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Ancienne Mère
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MessageSujet: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMar 3 Fév 2015 - 1:46



« Le cœur d’une mère est un abîme au fond duquel se trouve toujours un pardon. »

Qu'en est-il du cœur des enfants ?

Rachel se posait la question depuis cette nuit (le jour semblait avoir, à jamais, disparu) où le corps avait été ramené au Grand Arbre. Sa bouche était demeurée obstinément close tandis que ses bras enserraient ses enfants (ceux encore vivants), que sa bouche tentait de déposer des baisers réconfortants pour chasser les pleurs.

Elle s'était rendue, seule, à l'infirmerie, avait exigé de voir le corps jusque là recouvert pudiquement. Ses mains avaient caressé une dernière fois le visage de Vinyle, ses doigts avaient frôlé les plaies, touché le vide où aurait du se trouver quelque chose. Traçant, dans l'air, la forme des pieds tranchés, emportés par un pirate.

Rachel n'avait pas versé une larme. Pas même quand le corps fut enterré parmi les tombes anonymes, aux noms effacés par le temps. Une mère ne devait pas pleurer devant ses enfants. Une mère se devait d'être un cap, un roc qui, jamais, ne devait s'éroder. Elle était le phare qui guidait les enfants au sein de ces ténèbres. Elle n'avait pas le droit de flancher.

Mais, dans son esprit, de multiples interrogations se bousculaient. Une saveur aigre emplissait sa bouche tandis que ses yeux demeuraient secs.

Était-elle une bonne mère ?

Son amour pour ses enfants, son investissement, ses histoires, ses mensonges... Rien de tout cela n'avait pu sauver Vinyle. Les mots, ces belles paroles qui faisaient des Diplomates des êtres à part, les mots n'avaient pu permettre à Vinyle d'échapper à la mort.

Les mots étaient faibles. Et cette constatation faisait frémir Rachel. Ses convictions se retrouvaient ébranlées. Elle devait trouver quelque chose de plus puissant que les mots. Quelque chose qui lui permettrait de protéger ses enfants, de les sauver. D'empêcher que l'histoire... ne se répète.

Profitant que ses enfants partent mener leurs tâches quotidiennes, Rachel avait quitté le Grand Arbre sur la pointe des pieds. Ses doigts serraient la anse d'une lanterne tandis que, dans la poche de sa robe, reposait un couteau. Celui qu'elle utilisait, habituellement, pour confectionner les repas de ses enfants.

Quittant le domaine des Enfants Perdus, la Mère s'enfonça dans les tréfonds de l'île avec un objectif en tête : demander l'aide de guerriers Peaux-Rouges. Peu lui importait la tribu. Elle voulait simplement apprendre à se battre, devenir une lionne capable de veiller sur ses enfants. Seuls ces êtres pourraient lui conseiller la voie à suivre. Si les mots n'avaient aucune puissance, la violence, elle, saurait probablement éviter de futures tragédies.

Une mère se devait d'être prête à tout pour ses protégés.

Mais la nuit éternelle était plus sombre que ne l'escomptait la Mère. Ses pas la dirigèrent loin des tribus indigènes, l'emmenant, lentement mais sûrement, jusqu'au repaire du Croquemitaine. Rachel ne le constata que lorsque les bruits naturels de la jungle laissèrent place à une atmosphère plus oppressante. Des cris lugubres semblaient émaner de toutes parts, la faisant sursauter à chaque pas. La sueur rendait les paumes de Rachel moite.

Une ombre passa devant elle, lui arrachant un cri. La créature fit tomber la lanterne au sol avant de s'enfoncer dans les ténèbres, ne laissant dans son sillage qu'un rire malsain. Rachel se précipita après la lanterne.

Un coup de vent éteignit la mèche.

Le souffle de Rachel se stoppa net. Des rires résonnèrent autour d'elles, éclatants tels des bulles de savon. La Mère ferma les yeux et se roula en boule. Des mains glacés touchèrent son corps, lui arrachant des couinements terrifiés.

« Vous ne m'effrayez pas ! Vous ne m'effrayez nullement ! »

Sa voix avait la texture d'un couinement de souris. Ses piètres mensonges s'étiolaient, augmentant le rire des sinistres enfants du Croquemitaine.

Les barrages cédèrent, laissant les pleurs dévaler le long des joues de la Mère. Les sanglots l'étouffaient, l'obligeant à hoqueter pour ne pas mourir, étranglée par sa propre détresse.

Déjà, peu à peu, son corps s'ammolissait. Aucun mot ne pourrait la sauver de cet endroit.

Citation :
Ce RP fait suite à celui-ci de Les pirates partent à la chasse. Cela fait un moment que je voulais le lancer, histoire de tenter une évolution de mon personnage. Je m'excuse d'avance pour la longue introduction, et remercie ceux qui voudront bien partager cette aventure à mes côtés.  La faiblesse des mots 3918789698
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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMar 3 Fév 2015 - 23:31

Cosmos a vu Rachel quitter l'ombre de sa cabane aussi discrètement qu'une brise, mais son pas est lourd et accablé. Cosmos a senti ses vibrations douloureuses gratter le sol jusqu'à lui. Une part morte accompagne la démarche de la mère, comme une cape. Cosmos, poussé par un élan instinctif sans être impulsif, délaisse sa position recueillie et se met à la suivre. Son pas à lui est léger, mais assuré, droit.

Rachel se dirige vers une terre morte. Cosmos ne manifeste aucunement sa présence tandis qu'il foule le sillage de celle qu'on nomme la Menteuse. Jamais Cosmos ne l'a appelé ainsi, car Cosmos ne croit pas au mensonge. C'est certainement la seule chose à laquelle il ne croit pas. Il ne regarde ni de côté, ni derrière lui, ses yeux gris fixant sans ciller le dos de Rachel.
Après une marche longue et endurante, le Village d'Halloween se révèle. Cosmos se force à maitriser sa respiration qui s'emballe. La nature s'arrête là, la vie s'arrête là. S'il y a une partie qui n'attire pas Cosmos sur l'île de Jamais, c'est celle-là. C'est celle du noir, de l'horreur et la laideur. Même les esprits ne s'en approchent pas. Rachel a pénétré l'endroit avec une sorte de crispation que Cosmos ressent, même de loin, comme si elle entrait dans une eau glacée. Il la suit, toujours.

Toutefois, une fois au sein de la Forêt Macabre, son équilibre pourtant si stable est ébranlé par cet environnement de désastre. Jamais il n'a contemplé lieu si mort. Aucune lumière ne trouve brèche où se glisser. Rien. Le pied de Cosmos hésite, tremble. Il a même froid en son esprit. C'est tellement rare qu'il hoquette.

— Vous ne m'effrayez pas ! Vous ne m'effrayez nullement !

C'est la voix de Rachel. Il l'a perdu de vue. Fermant les yeux, il se laisse guider par l'écho de sa voix et s'élance à travers les arbres noirs. Il sent sous ses pieds les racines et les pièges que les bois lui tendent, et les évite avec grâce, uniquement absorbé par la voix stridente de Rachel. Une détresse immense enveloppe la voix, une détresse qui dépasse le cadre de cauchemar qui les entoure.

Lorsque Cosmos sent la présence de Rachel tout près, il s'arrête brusquement. Elle est là. Ses sanglots secouent la terre. Cosmos s'approche à pas feutrés. Autour d'eux, les rires s'érigent, acérés comme des lances. Cosmos ne leur prête pas attention. Tout en lui est dirigé vers Rachel. Doucement, mais avec une sorte de force tout de même, il pose une main sur son épaule recroquevillée. C'est la peine et la peur qui ont appelé les ombres autour de Rachel. Lui ferme son âme à ces atteintes et parvient, avec une concentration absolue, à les ignorer. Il ne sait pas si l'entreprise durera, car des gouttes de sueur maculent déjà ses tempes sous l'effort qu'il emploie.

— Rachel... Sa voix est très douce. Rachel, ils ne sont là que parce que tu les appelles.

Il s'accroupit auprès du corps contracté, roulé en boule, de la jeune fille. Elle tremble comme une feuille, le visage enfiévré par l'épouvante.
Cosmos s'empare d'une gourde qu'il a ceinturé autour de la taille et la tend contre la bouche de Rachel.

— Rachel, regarde-moi. Ne laisse pas la peur te dévorer.









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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyLun 9 Fév 2015 - 0:48

Les cris de la Mère s'étranglent dans sa gorge à l'instant même où la main se pose sur son épaule. Tout le corps de Rachel se tend, prêt à bondir, à fuir, le danger qui se profile. Yeux écarquillés, la Mère se retourna prête à dévisager le faciès d'un monstre. La gueule ignoble d'une créature de l'ombre. La stupeur la saisit quand elle découvrit qui se tenait près d'elle. Ni monstre, ni pirate. Ni créature, ni adulte. Ce n'était autre qu'un enfant. Pas même un des siens. L'enfant d'une autre Mère.

« Cosmos... »

Rien qu'à prononcer ce nom, Rachel crut discerner une légère lueur les illuminer, tous deux. Les mots avaient peut-être de la puissance, après tout.

Les mains de la Mère s'agrippèrent à la gourde, ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser filtrer l'eau jusque dans sa gorge. L'eau n'avait jamais paru aussi apaisante à la Mère. C'était comme boire à une source de lumière, se laisser gorger par la vie. Les paroles de Cosmos résonnaient dans son esprit, allumant en elle une veilleuse capable de repousser les pires cauchemars.

Elle devait vivre, survivre. Se relever, ne pas abdiquer.

Les mots sont puissants.

Serrant la gourde, à demi vide, entre ses mains, Rachel plongea son regard dans celui de la Flèche.

« Je ne m'en sortirais pas toute seule. Je vais avoir besoin de toi. »

Poussant sur ses jambes, Rachel se remit debout. Son pied heurta la lanterne, mais elle ne fit aucun geste pour la ramasser. Elle en avait plus besoin. Rendant sa gourde au Grimpeur, elle lui prit la main.

« Tu veux bien être ma lanterne, mon guide ? Je... ne me souviens pas du chemin. Mais toi, tu sais, n'est-ce pas ? Tu a de grands pouvoirs, tous les Enfants le disent, même les miens. »

Rachel voulait y croire. Elle devait à nouveau puiser le réconfort dans les mots, y déceler une puissance qu'elle avait cru éteinte.

Trop concentrée sur sa propre personne, Rachel omettait de se poser les questions essentielles. Comme la raison qui avait poussé Cosmos à se rendre dans un tel lieu.
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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyLun 16 Fév 2015 - 18:08

Le sourire de Cosmos, irrépressible car nécessaire en cet instant, tente de relever le corps cassé de Rachel. Sa détresse demeure si palpable qu'elle lui brûle quasiment la peau. Il est plus petit qu'elle, plus menu aussi, plus jeune, mais il a l'impression d'être un vieux sage, grand et fort, qui soulève une silhouette brisé par le froid et la peine.
Toutefois, en dépit de sa stature qui ne flanche pas, Cosmos ploie intérieurement sous cette pression nouvelle qui veut que Rachel, pourtant si dure, si résistante, mise tout sur lui pour percer les ténèbres. Il a une confiance pure et simple en lui comme en tout, mais se sent ébranlé tout de même. Le Village d'Halloween est aux antipodes de son monde à lui, son univers intérieur. Il doute un instant d'avoir les armes.

Son crâne frémit un moment, comme s'il chassait une pensée. Non. Il ne doit pas songer aux mots que sont "doute" et "arme", ils condamnent trop facilement. Ils sont laids, en plus.
Sa main se resserre, à la fois ferme et tendre, sur celle de la Menteuse.

Derrière eux, des sons inquiétant effleurent le silence lugubre. La présence stable et lumineuse de Cosmos a, précisément, déstabilisé les ombres, mais ces choses-là trouvent toujours une brèche. Cosmos sait qu'il ne faut pas s'attarder en ce lieu.

— Nous n'avons qu'à retourner sur nos pas, Rachel. Tu n'es pas perdue tu sais.

Il tente de l'inciter à marcher. Puis sa réflexion se prolonge, ses mots en entrainant d'autres.

— En vérité, tu es moins perdue que moi. Tu as encore un nom, celui qui te relie au passé, ce même passé que tu caches toujours. Il n'existe pas de telle chose que le mensonge, Rachel. Il n'y a que des vérités, parfois elles sont juste enveloppés dans un écrin solide qu'il faut gratter très longtemps pour ôter. Mais le mieux, c'est encore de ne pas le gratter, car cet écrin est là pour une raison. Nous pouvons même mettre un écrin sur cette forêt. Ce ne sera pas un mensonge. Ce sera une protection.

Subtilement, presque insidieusement, Cosmos a relié leur situation à la personnalité trouble de Rachel, qui veut que sa Vérité soit dissimulée, sans cesse, par un nouveau récit. Rachel doit absolument retrouver un peu de paix si elle veut pouvoir avancer. Et lui aussi.
Il se retourne, près à faire marche arrière et convaincu que la chose ne durera que quelques minutes. Il se souvient très bien du chemin emprunté. Pourtant, lorsqu'il fait face audit chemin, il ne découvre qu'un rideau d'arbres épars. Le chemin a disparu. Il déglutit, et très vite, le réflexe de ne pas paniquer s'impose à lui. Ne pas angoisser. Ne pas désespérer. C'est tout ce qu'ils attendent.

— Nous ferions mieux de continuer tout droit, finalement. La forêt ne peut pas durer éternellement. Et comme ça, nous aurons tout le temps de lui inventer un écrin.

Il se met à marcher, lentement mais toujours très droit, déterminé. Ne pas laisser le doute filtrer. Il entraine Rachel sur le sentier qu'il redoute de voir bouger. Modérer sa cadence, mesurer son souffle.

— Dis-moi, quel sorte d'écrin voudrais-tu donner à cette forêt ? Il me semble qu'elle manque de lumière et de vie ! Nous pourrions même donner un nom à ces arbres !

Il rit doucement. C'est une bonne idée, il s'en félicite humblement. Nommer, c'est apprivoiser. Apprivoiser sa peur, c'est la dominer. Il faut que ça marche. Il n'a jamais vu Rachel si fragile. La mort est souvent la pire des blessures. Il attendra avant de l'évoquer. Pas tout de suite. Pas tant qu'elle tremble.








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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMer 18 Fév 2015 - 22:44

Un nom lié à son passé. Rachel n'y avait jamais songé avant que Cosmos y mette le doigt dessus. C'est vrai, elle partageait ce privilège qu'avaient toutes les Mères : celui de pouvoir conserver le nom du monde d'avant. Aussi ténu soit ce lien avec le passé, il était présent. Elle était une privilégiée.

La main de Rachel tremblait contre celle de Cosmos. Non pas par crainte, ni peur des ombres qui se tenaient là, prêtes à bondir sur eux. Elle tremblait de reconnaissance. Cosmos la comprenait, il voyait clair en sa démarche. Il avait saisi l'importance des mensonges qu'elle tissait, chaque jour. Comme il le disait si bien, ses mots étaient des écrins, créés pour protéger ses enfants. Par sa parole Rachel confectionnait des veilleuses pour éclairer le chemin de ses enfants, les aider à chasser les ombres qui tourmentaient leurs cœurs.

Se tenant plus droite, galvanisée par la présence de la Flèche, Rachel avançait droit devant. Elle veillait à conserver le regard fixé à l'horizon, là où devait se trouver le bout du chemin. La fin du village. Laisser errer son regard ailleurs serait comme tendre une perche aux créatures de l'ombre. Comme leur laisser une emprise sur sa personne.

—  Dis-moi, quel sorte d'écrin voudrais-tu donner à cette forêt ? Il me semble qu'elle manque de lumière et de vie ! Nous pourrions même donner un nom à ces arbres !

La Mère en Rachel refit surface, brisant les barrières qu'avaient érigées le chagrin. Une mère peut transformer le lieu le plus désolé qui soit en un endroit empli de poésie. Déjà, dans l'esprit de Rachel, la forêt prenait de nouvelles couleurs, de nouveaux éclats. Une histoire se tissait, peu à peu. Sa langue se délia, prononçant des paroles pareilles à une formule magique.

« Quand le jour reviendra, cette forêt montrera sa véritable beauté. Mais on peut déjà en voir des fragments si on y regarde bien. Vois-tu les lumières suspendues parmi les branches ? Ce sont des lanternes qu'a allumé l'Esprit-Lune, à partir de fragments d'étoiles que les fées sont allées récolter. Ce fut un travail des plus délicats. Les étoiles sont des objets très fragiles, seules les fées peuvent les manipuler sans les briser. »

Les lumières en question étaient, en réalité, les pupilles incandescentes des Horreurs, les enfants du Croquemitaine. Mais l'écrin rendait la réalité bien plus belle et, surtout, moins oppressante.

Un cri lugubre résonna qui fit frisonner Rachel de toutes parts. La Mère s'obligea à fermer les yeux, l'espace d'un battement de cœur. Lentement, Rachel inspira et expira, laissant l'air emplir ses poumons, chasser la peur. Mais la crainte demeurait tapie, tentant de lacérer son regain de vie à coups de griffes.

« Ce cri... n'est rien. C'est simplement celui d'un animal qui ne vit qu'ici, mais qui ne s'attaque pas aux humains car il en a peur. Regardons plutôt le chemin qui se présente à nous. C'est un chemin pavé de briques jaunes, pavé d'or. Au bout nous trouverons un fabuleux trésor pour récompenser nos efforts et notre courage. Un trésor caché là par les Esprits de l'île pour éprouver la témérité de ses habitants. »

Ils étaient près de la sortie, Rachel en était certaine.

Mais les enfants du Croquemitaine ne les laisseraient pas fuir si facilement. La Mère sentait leur présence grandissante. Les poils de ses bras se hérissaient, la chair de poule commençait à la gagner. Et, peu à peu, son regard commença à flancher, à quitter l'horizon.
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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMer 11 Mar 2015 - 23:49


Voilà, c'est à ça que sert le mensonge. Le mensonge-bouclier, celui qui est nécessaire et non condamnable. Le principal usé par Rachel. Cosmos l'encourage silencieusement, par un sourire et un pas assuré, dont la légèreté contraste avec l'atmosphère pesante, noire, qui tente de les accabler.

Cosmos est épaté par la capacité à s'élever de Rachel. On aurait du l'appeler "la Tisseuse", songe-t-il, car en lieu de mensonges effrontés, c'est bien des contes qu'elle tisse comme des étoffes, précieuses, fines et détaillées. Ces fils de mots, d'idées, l'élèvent loin de la misère ambiante. Pas étonnant que la mère ait plu à Peter. Ils parlent le même langage.

— Ce cri... n'est rien. C'est simplement celui d'un animal qui ne vit qu'ici, mais qui ne s'attaque pas aux humains car il en a peur. Regardons plutôt le chemin qui se présente à nous. C'est un chemin pavé de briques jaunes, pavé d'or. Au bout nous trouverons un fabuleux trésor pour récompenser nos efforts et notre courage. Un trésor caché là par les Esprits de l'île pour éprouver la témérité de ses habitants.

Cosmos hoche vigoureusement la tête. Son bâton heurte le sol avec une force positive qui aurait de quoi ébranler cette forêt morte.
Il le voit, le chemin d'or, il sent le contact chaud des pierres dorées, comme des épis de maïs. Est-ce le Pays de Jamais, pays de l'Imaginaire, qui lui nourrit cette impulsion de fantasmagorie ? Est-ce une contre-attaque inconsciente face à la peur ? Est-ce simplement la présence forte de Rachel, qui n'avait besoin que d'un coup de pouce pour affronter l'obscurité, inventant ses lueurs pour combler leur absence...
Peu importe, ça marche.

Jusqu'à ce que, devant eux, les arbres se resserrent. Cosmos se demande s'ils ont entendu les mots de Rachel, et s'ils ont décidé d'obstruer le chemin d'or exprès... Il peine à croire que des arbres, aussi noirs et pourris soient-ils, aient de si bas desseins. Voir les hommes avilis est une chose tristement ordinaire. La nature, c'est une autre affaire...

Cosmos resserre l'étreinte de son bâton.

— Rachel, lâche-t-il d'une voix nouée. Prépare-toi à courir très vite sur le chemin pavé d'or.

Il s'élance alors, bondit, et frappe d'un coup souple et précis sur le tronc d'un des arbres les plus proches d'eux. Celui-ci grogne — oui, il grogne ! — et chancelle, puis ses branches s'agitent, comme pour saisir son assaillant. Cosmos sautille comme un grillon. Son angoisse est double : à celle de se faire broyer par des chênes en furie s'ajoute celle de voir vaciller le fantasme salvateur de la Menteuse...

— Ce n'est rien, Rachel, tu vois ! ajoute la Flèche, essoufflé. Ce sont des arbres chatouilleurs, une des pires... espèces de l'île, il vaut mieux éviter... de se frotter à eux ! ... Cours, j'arrive !

Il tâche de sourire. Mensonge-bouclier.









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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyVen 20 Mar 2015 - 19:07

La crainte tenta de planter ses griffes dans le cœur de Rachel. Mais la Mère tint bon, se secouant comme si elle tentait de se dépêtrer d'une gigantesque toile d'araignée. Elle ne pouvait pas laisser Cosmos en retrait. Qui sait ce que commettraient les arbres sur sa personne ? Sûrement pas des chatouilles.

Du regard, Rachel quêta une aide quelconque. Ses yeux tombèrent sur une plante, dont les grains dorés, brillaient d'une lueur presque irréelle. Des épis de maïs, mûrs à point, prêts à éclater se balançaient, lentement, au gré du vent. La Mère se précipita et arracha un des épis, mue par l'instinct. Un objet brillant, tel un phare dans une mer de ténèbres, ne pouvait être qu'une aide providentielle.

Rachel braqua l'épi de maïs sur les arbres, comme si elle tenait une arme dangereuse. Dans ses mains, l'épi vibrait. Quelque chose de puissant, et d'improbable, allait se produire. Rachel en était certaine.

« Cosmos, recule-toi ! »

Les grains de maïs se propulsèrent vers les arbres, telles des balles végétales dont l'épi n'était autre que le pistolet. Rachel tressautait, agitée par les secousses produites par le canon à épi. Les arbres grognaient sourdement, levant leurs branches pour éviter les grains de maïs, reculant en geignant. Rachel avança, faisant reculer peu à peu les arbres. Du moins jusqu'à ce que le dernier grain de maïs ne soit expulsé, ne laissant dans ses mains qu'un épi vide que Rachel lança sur les arbres, en guise de dernier projectile.

Sa main agrippa le bras de Cosmos, emportant le Garçon Perdu dans une course folle, la Mère dévalant les pierres du chemin pavé d'or.

Les arbres les poursuivaient, leur colère décuplée par la douleur qu'avait provoqué le canon à épi.

« Ne te retourne pas ! » Rachel haletait, essayant de parler alors que son cœur battait jusque dans ses oreilles, l'assourdissant. « Si tu te retournes, alors le Croquemitaine t'emportera. Les noires pensées t'assailliront. Il ne faut songer qu'à des choses agréables. Regarde, les fées viennent à notre rencontre pour nous aider ! »

Mais les étincelles que l'index de Rachel montrait n'étaient que de vulgaires lucioles. Des lucioles qui répondaient de curieuses lueurs, tantôt rouges, tantôt vertes. Ni Rachel, ni Cosmos, ne pouvait deviner quel singulier personnage se cachait derrière ces lucioles. Elles étaient, en réalité, des jouets crées par le Père Noël qui les avait répandu sur l'île pour aider les enfants, leur apporter un peu de lumière au sein des ténèbres du Croquemitaine. Des lumières dignes d'un sapin de Noël.
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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyLun 23 Mar 2015 - 0:53

Rachel a un don incroyable pour passer d'une apathie désespéré à de l'action pure.
Cosmos ne peut que le constater alors que la Mère des Diplomates l'entraine dans une course folle à travers la Forêt Macabre, sa main crispée contre son propre poignet.
Derrière eux, les arbres provoquent nombres de grincements et grognements, leur indiquant qu'ils ne réduisent nullement l'allure. En dehors de la morbidité, de l'épouvante et de la mort, un autre grand thème de ce territoire demeure la rage bestiale dont font preuve les Horreurs. C'est peut-être le plus dur à affronter pour la Flèche.

Les mots de la mère le font frissonner malgré lui. Son ton est zélé, déterminé, mais la mention fataliste du Croquemitaine est violente.
Lorsqu'il lève la tête pour observer lesdites fées mentionnées par Rachel, il ne peut que plisser des yeux de perplexité. Son don de tissage est bien plus aiguisé que le sien, au fond, et là où elle distingue des êtres féériques, lui ne voit que des éclats étranges, et surtout étrangers. Étrangers à sa connaissance, à son monde, puisque Cosmos n'a jamais réellement eu vent du Père Noël, même s'il le trouve parfaitement fascinant. C'est drôle comme les enfants d'Europe aiment les cadeaux. Les choses matérielles. L'espace d'un instant, il oublie le cadre de leur environnement et se demande ce qu'il aurait aimé recevoir comme...

PAF.
Un choc terrible l'arrache à ses divagations, fatales dans leur cas. Cosmos vient de trébucher contre une racine – l'action est suspecte d'ailleurs – et s'est étalé de tout son long sur le sol aussi noir que le reste de la forêt.
En se redressant, groggy et hagard, il s'aperçoit que son nez est en sang et que son pantalon est déchiré. Des insectes de tailles diverses s'attroupent autour d'eux, attirés par le liquide poisseux, rougeâtre, qui s'écoule sur son visage. Cosmos regarde Rachel d'un air désolé. Des scolopendres carnivores tentent déjà de lui grignoter les orteils. Il doit résister à la tentation de hurler d'horreur. Rachel a été claire : plus on a peur, plus on appelle la peur. Il respire à fond, en fermant les yeux.

— Si seulement on avait un peu de poussière de fée !

Il se rabat finalement sur les armes de Peter et cette faiblesse le dépite. Il a honte. Ce sentiment est si intense en lui, à cet instant, qu'il l'ébranle de toutes parts. Il est venu pour Rachel, et c'est lui qui faille. Il s'en veut. Les arbres chargent toujours.

— NON !

Il frappe le sol de son bâton, qui tremble légèrement.
En se retournant pour leur faire face, un peu bêtement au fond, il aperçoit un terrier dissimulé derrière un amas de rochers gris. Il fait signe à Rachel de le suivre, bondit sur le côté et se mit à filer à quatre pattes, le souffle raide. Ils accèdent au terrier en bien plus de temps qu'il n'aurait cru, et ses muscles bandés le font souffrir le martyr.

Il pénètre dans l'antre plongé dans un noir quasi opaque, lâchant un soupir de soulagement.

— Est-ce que tu as un mouchoir ?

Il espère que Rachel n'a pas aperçu les larmes mêlées à son sang. Il les cache bien, normalement.








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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMer 25 Mar 2015 - 21:20

L'odeur de terre humide emplit les narines de Rachel, une odeur si prenante qu'elle lui faisait tourner la tête. La tête rentrée dans les épaules, la Mère s'efforçait de respirer lentement. Ses mains tremblaient, légèrement, ses ongles s'incrustaient dans la terre meuble. Sa position actuelle lui provoquait une peur tenace : celle que la terre dégringole, que le tunnel s'effondre. Rachel se voyait déjà, enterrée vivante, la bouche emplie de terre et d'humus, mourant lentement, asphyxiée.

La Mère pesta, lâchant un soupir. C'était bien le moment de se découvrir des tendances claustrophobes !

Mais elle ne pouvait pas savoir, la petite Mère, que cette sensation remontait au monde d'avant. Au monde qu'elle avait connu avant de poser le pied sur l'île.

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Les pas des officiers martelaient le sol avec la même cadence que le tic-tac d'une horloge. Les hommes agissaient tels des automates bien huilés, se mouvant au même rythme. Rachel devait se taire. L'enfant avait ramené ses genoux contre elle, tentant, par tous les moyens, de se faire plus discrète qu'une souris. Le dos collé contre le mur, elle retenait sa respiration, fermait les yeux. C'était comme jouer à cache-cache. Un cache-cache contre la Mort.

Ne pas respirer. Retenir son souffle, ne rien lâcher malgré les poumons qui brûlaient. Fermer les yeux, ralentir les battements du cœur.

Malgré tout cela, venait, à un moment, la panique. Enfermée au sein du placard, Rachel sentait son corps hurler de douleur, ses poumons réclamer de l'air. Ses ongles finissaient par strier le bois, comme un mort écorche ses doigts contre le couvercle de son caveau.

Rachel craignait, à chaque fois, d'être retrouvée par les officiers, trahie par un souffle d'air. Ses nuits étaient hantées par des fantômes d'hommes en uniforme, l'arrachant à son placard. Quand ce cauchemar ne peuplait pas ses songes, il était remplacé par la vision de son corps, enfermé dans le meuble, oublié de tous.

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— Est-ce que tu as un mouchoir ?

Rachel tourna son regard vers Cosmos. Les yeux de l'Enfant brillaient dans la semi-obscurité. Il fallut quelques secondes à la Mère pour se rappeler de l'endroit où elle se trouvait, de l'instant présent. Son esprit avait été hanté, pendant quelques instants, de la vision d'une jeune fille, sans visage, enfermée dans un placard. Rachel ne s'expliquait pas une telle image. La nuit éternelle commençait à lui peser.

« Oui... Oui. Prends-le. »

Fouillant dans ses poches, Rachel en sortit un mouchoir blanc, et propre, qu'elle déposa dans la main de Cosmos.

Une boule duveteuse se frotta à la jambe de la Mère. Cette dernière réprima un cri, mais replia sa jambe, ne sachant si la créature était hostile ou non. La créature remonta, se faufilant entre l'Enfant et la Mère. Deux longues oreilles apparurent, douces au toucher. Un rayon lunaire parvint au sein du tunnel, éclairant la scène d'une lueur douce. Rachel reprit son souffle en reconnaissant la créature qui s'était jointe à eux : un lapin sauvage.

La Mère posa sa main dans le pelage, caressant doucement le lapin qui se laissait faire. Elle sentait, sous ses doigts, le cœur de l'animal battre à tout rompre.

« Il a du être terrifié par les enfants du Croquemitaine, comme nous. Dis-moi, Cosmos, sais-tu parler aux animaux ? Peut-être que notre ami saurait nous guider jusqu'à la sortie. »

Méconnaissant les arts dont usait Cosmos, Rachel lui prêtait de grands pouvoirs – peut-être même un brin trop grands pour un aussi petit garçon. Rampant jusqu'à l'entrée, la Mère se permit de jeter un coup d’œil à l'extérieur. Le lapin en fit de même, comme s'il avait décidé d'imiter à l'exacte l'humaine – pour mieux se faire adopter ?

« Je ne vois plus ni arbres, ni scolopendres. Juste des chauves-souris dans les airs. Pas de chauve-souris suçant le sang, évidemment. »

Dans la précipitation, Rachel avait omis de continuer à mentir, à déformer la réalité pour ne pas sombrer dans la peur.
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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyDim 29 Mar 2015 - 17:16

A quoi songe-t-elle.
Où son regard se promène.
Vers quel songe, blanc ou noir, son esprit l'enfonce.

Cosmos contemple sans bouger, sans pratiquement respirer, la silhouette raide de Rachel.
Il sent qu'elle est partie, dans un ailleurs inaccessible, où son corps n'est pas, ou son âme vibre comme la flamme d'une bougie.
Il attend patiemment qu'elle revienne, malgré la peur toujours plus intense dans la solitude.

Les yeux de Rachel papillonnent un instant, puis son regard s'anime d'un éclat qui lui indique qu'elle est revenue. Elle était loin, il le sent à la lueur ravivée dans ses pupilles, malgré l'obscurité qui les enveloppe.
Un bruissement très faible lui fait soudain dresser l'oreille et Cosmos saute sur ses orteils, accroupi dans le noir, aux aguets. Ce n'est qu'un lapin, au coeur palpitant. Il sourit légèrement, et le sang séché autour de sa bouche craque un peu.

— Dis-moi, Cosmos, sais-tu parler aux animaux ? Peut-être que notre ami saurait nous guider jusqu'à la sortie.

La Flèche est surpris par la question. Il se demande si Rachel ne se fait pas des idées à son sujet. En général, les animaux aiment beaucoup Cosmos, probablement parce que leur sixième sens, ceux que les hommes ont tant étouffé qu'ils ont fini par penser qu'il n'existait pas, leur font sentir qu'aucune sorte de danger n'émane de son aura. Mais en dehors de ceux qui connaissent le langage des hommes, Cosmos n'a jamais tenté d'établir un quelconque dialogue de mots. A quoi bon ?
En revanche, il s'est déjà fait comprendre d'eux et eux l'ont déjà compris. Si tout n'est qu'un et qu'un et tout, l'immense impulsion cosmique qui circule en chaque être peut trouver son chemin à travers leurs liens comme leur individualité.

— Je ne vois plus ni arbres, ni scolopendres. Juste des chauves-souris dans les airs. Pas de chauve-souris suçant le sang, évidemment.

Cosmos porte son propre regard au dehors. L'air est tellement lourd, sale, ça pèse sur ses poumons. Il rejoint en quelques pas – enfin, à quatre pattes – Rachel et le lapin qui guettent l'extérieur. Il sera dur de sortir. C'est toujours difficile de quitter un refuge pour se projeter dans un monde de violence et de frayeur.

— Je ne crois pas qu'il nous soit nécessaire de parler son langage, dit Cosmos d'une voix très douce, très calme. Et je pense qu'il a plus besoin de nous que nous avons besoin de lui. Nous devons le ramener dans son monde.

Le coeur palpitant du lapin accapare son attention. La vie. Ce coeur semble si désireux de vivre dans un monde si mort. La créature infime, fragile, peut-être même stupide, lui donne un courage armé de vitalité, et Cosmos déploie son corps gracile pour gagner l'extérieur. Exposé. Il tend la main à Rachel.

— Je crois qu'il veut rester à tes côtés. Nous sommes responsables de lui, maintenant.

Il entraine la mère vers un sentier tout gris et biscornu.
Sur le sentier, des créatures bizarres les observent. Leurs yeux sont rouges, leur corps noir et décharné, à la peau flasque et râpeuse. Deux dents jaunes très pointues suintent de leur museau et des oreilles décrépies pendant ou se dressent sur leur crâne. Cosmos déglutit en comprenant.
Ce sont des lapins. Peut-être d'anciens lapereaux normaux, sains, mutés par le domaine d'Halloween. Peut-être les frères de celui que Rachel tient à présent entre ses bras.

— Je crois que notre ami est un survivant, Rachel. Il a renoncé au mal et s'est battu pour garder un coeur noble. Regarde.

Il désigne la demi-douzaine de lapins répugnants sur le bas-côté.

— Il faudrait lui donner un nom, un nom de battant. C'est à toi de le faire, puisque tu es sa mère. Tu as une idée ? J'aimerais bien donner mon avis.

Plus loin, les arbres semblent moins denses et moins hauts.










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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMer 1 Avr 2015 - 21:42

Responsable d'un animal. Responsable d'une vie.

Rachel saisit toute la teneur des propos de Cosmos, tout le poids de la charge qui vient de lui incomber. Le museau du lapin frétillait contre sa poitrine, le rongeur enfouissant sa tête dans ses vêtements. Pour ne pas voir le vide qui le séparait du sol. Pour ne pas voir ses anciens frères, à jamais transformés en ignominies. Rachel grimace à leur vue. On croirait voir des lépreux se décomposant. La Mère a déjà aperçu des cadavres, dévorés par des prédateurs, symbole du cycle de la vie. Mais ces lapins sont l'émanation du Mal, du Cauchemar, de la Corruption. Rachel n'en comprend pas le sens, n'y voit que de la souffrance.

Ses mains serrent davantage le lapin contre sa poitrine.

Que le Croquemitaine soit maudit.

— Il faudrait lui donner un nom, un nom de battant. C'est à toi de le faire, puisque tu es sa mère. Tu as une idée ? J'aimerais bien donner mon avis.

Rachel regarde Cosmos, n'osant comprendre ce droit, non, ce devoir qu'il lui accorde. Seul Peter Pan, au sein des Enfants Perdus, a le droit de nommer, de donner une identité. Rachel s'humecte les lèvres. Elle a la sensation qu'un grand pouvoir lui a été accordé. Ce pouvoir la galvanise, et l'effraye à la fois. Un nom recèle tant de choses. Il ne faut pas le choisir à la légère. Le lapin, dans ses bras, ne se distingue pas de ses semblables. Il a un pelage brun, typique des lapins sauvages. Mas il faut un nom à la hauteur de la chance, du courage, que l'animal a témoigné face à la corruption du Croquemitaine.

« Ulysse. »

Le lapin leva la tête, ses yeux noirs scrutant le visage de sa nouvelle mère.

« Ulysse est le héros d'une longue histoire, d'une prodigieuse odyssée. Il réussit à vaincre les obstacles par son intelligence, et sa ruse. Ce qu'a du faire notre compagnon pour pouvoir échapper à la noirceur du Croquemitaine. »

Le nom sembla octroyer plus de force au concerné. L'animal dressa ses oreilles, et tourna la tête vers ses anciens camarades. Il les regardait, sans aucune peur, comme si l'âme du héros venait de le posséder. La horde de lapins répugnants recule d'un pas, comme s'ils étaient incapable de soutenir le regard de leur camarade vivant. Galvanisée par la force qui émane de son protégé, Rachel reprit sa marche, invitant Cosmos à la suivre. Côte à côte, Mère et Enfant Perdu martelaient les derniers mètres qui les séparaient de la sortie, de la lumière, de la Vie. Car, même si la nuit demeurait éternelle, elle était moins obscure hors des terres du Croquemitaine.

Les yeux des lapins brillaient dans les herbes qui jalonnent les abords du chemin. Des créatures bougeaient parmi les frondaisons, produisant des bruissements distincts, inquiétants. Mais Rachel ne quitta pas le bout du chemin du regard. Elle se prit même à fredonner, une mélodie sans queue ni tête, une de ces comptines basée sur un rythme entêtant.

Les étoiles se mirent à briller, d'une lueur moins cruelle. Rachel laissa échapper un « Ah ! » de surprise quand ses yeux distinguèrent de fines ailes d'insectes, parmi les lueurs. Des fées les survolait, peuplant la nuit de leurs tintements. Elles survolaient l'entrée du village, faisant briller leurs corps luminescents pour guider Cosmos et Rachel. La vision éclaira le visage de Rachel. La Mère poussa Cosmos devant elle, le poussant à franchir la limite en premier.

Dès que Rachel posa son pied hors du village, un poids quitta ses épaules. La chaleur du lapin, de la vie qui coulait dans ses veines, brûlait ses mains. Elle se sentait incroyablement vivante.

« Merci. »

Le remerciement, venu des tréfonds de son cœur, concernait aussi bien Cosmos, venu la sauver, que les fées qui la surplombaient. Un bras calant le lapin contre elle, Rachel posa sa main sur l'épaule de Cosmos. Sans prévenir, la jeune fille déposa un baiser chaste sur la joue du Grimpeur. Un baiser comme les Mères en offrent à leurs enfants.

« Sans toi, Cosmos, le Croquemitaine aurait fini par m'avoir. Je suis soulagée que tu sois venue à moi. Si jamais, à l'avenir, tu as besoin de quoi que ce soit, d'un service, d'une présence, d'aide... Je serais là. »

Qui aurait cru, qu'un jour, un Grimpeur remonterait dans l'estime de Rachel et aurait sa reconnaissance ?
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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyLun 6 Avr 2015 - 17:07


Cosmos rougit en se grattant la nuque.
Le contact des lèvres de Rachel est atypique pour lui, inédit. Il n'a jamais connu de baiser. De dés à coudre, comme dit Peter. Ce geste incroyable lui a été dévoilé à partir de sa vie dans les Cabanes. Au début, son sens lui échappait quelque peu, mais il commence peu à peu à y voir un certain sens, une certaine portée, comme les histoires du soir.
Il ne s'attendait pas, en revanche, à éprouver une chaleur si intense, si diffuse. Il espère que la nuit environnante masque le rouge qui éclos sur ses joues, faisant rosir sa figure toute ronde.

— Je n'ai pas fait grand chose... réplique-t-il, gêné. Et... Je ne crois pas que le Croquemitaine t'aurait eu. Tu lui aurais inventé un beau mensonge et il t'aurait laissé partir !

Cosmos rit de bon coeur, les yeux fermés, en faisant tournoyer son bâton à son côté.
Il ne faut pas prendre les choses trop au sérieux. Surtout ce genre de choses.

Rire le ramène toutefois à une réalité plutôt brute. Il a mal partout. Le stress, la course, la chute, ces évènements ininterrompus ont eu raison de sa sérénité physique autant que psychique. Le psychisme se ressourcera de lui-même, mais son corps a besoin d'un mince répit.

— Rachel, je crois que j'ai besoin d'eau. Le sang séché sur mon visage m'irrite et mes jambes sont lourdes d'angoisse. J'aimerais me reposer un instant au bord d'un ruisseau afin d'écouter la course de l'eau et de détendre mes muscles.

Aux yeux de la Flèche, cette requête est loin d'être insolite. C'est son quotidien, son existence, comme un guerrier affûte sa lame ou un chanteur exerce sa voix. Il en a besoin. Pour vivre.
Ses yeux gris cherchent un cours d'eau, ses oreilles se tendent en quête du son distinctif. La Nuit étouffe les formes mais les bruits en sont amplifiés.

— Si tu veux rentrer au Grand Arbre dès maintenant, je comprendrais. Tu as sûrement hâte d'être en sécurité. Après tout... les mères sortent rarement, n'est-ce pas ?

Une interrogation s'impose à son esprit. Elle lui brûle les lèvres. Il se les humecte, comme pour l'inciter à glisser dessus, les sourcils froncés par le doute.

— Rachel. Pourquoi es-tu venu ici ? Pourquoi ?

La démarque volontaire de la Menteuse, au fond, s'apparentait à une forme de suicide. Et cela, cela, était la pire des choses pour un être aussi amoureux de la vie. Un être comme Cosmos.









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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMar 7 Avr 2015 - 0:21

Rachel était moins certaine de sa potentielle victoire sur le Croquemitaine. On ne combat pas la noirceur avec juste quelques récits, et une belle veilleuse. Mais elle partagea le rire du Grimpeur. Sourire était important. Il ne fallait pas perdre espoir, jamais. Les fées, au-dessus d'eux, les éclairait de leurs lueurs.

Ce ne fut que lorsque Cosmos mit des mots sur sa fatigue que la Mère ressentit la sienne. Ses jambes tremblaient, ses muscles protestaient. L'odeur de la peur avait quitté son corps, remplacé par la sueur. Rachel plissa le nez, incommodée par ses propres fragrances.

« J'aurais bien besoin d'un bain, moi aussi. Demandons donc aux fées de nous guider. »

Une poignée se détacha du groupe, répondant à l'appel de la Mère. Elles luisaient d'une lumière bleutée, montrant ainsi leur entière appartenance aux fées des eaux. Rachel suivit la guirlande points lumineux qui se formait devant eux, les créatures féeriques les guidant à travers la nuit éternelle. Dans le ciel les étoiles brillaient d'une lueur bien plus chaleureuse qu'au sein du village du Croquemitaine.

L'atmosphère se teinta d'humidité, signe que les deux enfants se rapprochaient de la rivière. Ni une, ni deux, Rachel se déchaussa et laissa tomber ses chaussures sur la berge. La Mère noua sa jupe sur le côté, et s'immergea dans l'eau. L'eau froide monta jusqu'à ses genoux, lui procurant des frissons presque agréables. Rachel avait l'impression que l'eau refroidissait son corps en sueur, dénouait ses muscles. Ulysse, le lapin, déposé sur la berge, gambadait gaiement, sans même exprimer la moindre compassion envers ses comparses mutés par le Croquemitaine. Il avait probablement tiré une croix dessus.

La voix de Cosmos troubla la quiétude de l'instant. Rachel se figea. Les raisons de son départ lui revinrent brusquement. La Mère retourna sur ses pas, et s'assit sur la berge. Elle fit signe à Cosmos de la rejoindre pour écouter son récit.

« Tu sais, même les Mères ont des faiblesses. Tu as du en entendre parler mais, tout récemment, un de mes Enfants est mort. »

Rachel ne précisera pas comment, ni dans quel état est revenu le corps. En bonne Mère, elle se doit de préserver les enfants. Même ceux qui ne sont pas les siens.

« J'ai eu du mal à l'accepter. Sa disparition m'a beaucoup remis en question. Mon enseignement était-il bon ? N'étais-je pas trop présomptueuse à croire que les mots, seuls, peuvent être une garantie aux dangers ? J'ai mesuré l'étendue de mes faiblesses, et j'ai eu peur. »

La Mère noua ses bras autour de ses jambes. Ses orteils jouaient avec le sable, provocant de petites vaguelettes. Elle leva un regard, brillant de larmes retenues, sur le Grimpeur.

« Tu m'as aidé à remonter la pente, à renouer avec cette confiance que j'avais perdu. Je ne préfère pas imaginer ce qui serait advenu si tu n'avais pas été là. »

Une inspiration.

« J'espère revoir le soleil, un jour. Sa chaleur me manque. »
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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyJeu 9 Avr 2015 - 22:20


Cosmos ôte doucement ses souliers en peau et les mets à couvert sur la berge. L'eau du ruisseau est extrêmement froide, privée de la chaleur diffuse du soleil, et la Nuit empêche qu'ils puissent se réchauffer. Ils devraient faire vite.
L'eau devient plus profonde à quelques pas de là. Elle atteint même sa taille.
Il se débarrasse ensuite de sa tunique, puis de son pantalon. Son maigre apparat – un sous-vêtement – n'est pas très choquant, ainsi drapé dans l'obscurité... Et puis, de toutes façons, Cosmos ne tarde pas et saute dans l'eau en poussant de petits cris sous l'effet de la fraicheur soudaine qui s'infiltre dans chaque pore de sa peau. C'est douloureux et bon à la fois. Il sourit.

Toutefois, les mots de Rachel redonnent à son visage un masque sérieux, recueilli. Il hoche la tête avec respect, écoutant la Mère jusqu'à ce qu'elle termine. Elle doit déverser les émotions qui encombrent son esprit, son âme, les laissant glisser le long d'elle-même comme le ruisseau dans lequel ils se trouvent. Cosmos se sert de cette comparaison, et après un silence respectueux, il déclare d'une voix douce :

— La peine doit s'écouler, Rachel. Elle ne doit pas vivre cloisonnée dans notre coeur. Elle doit s'écouler comme le ruisseau où nous trempons. Tu vois, il nous a fait mal au départ. Au départ, même, on n'osait pas s'y immerger. Nous craignons le froid, la douleur. Mais si nous n'y étions pas baigné, Rachel, nous nous sentirions encore tout sales. Tout lourds. Malades.

Il marque une pause. Prenant une gorgée d'eau au creux de ses mains, il la dépose délicatement sur son crâne nu, les yeux fermés.

— Nous avons bravé nos réticences, nos peurs. Nous avons forcé le barrage qui nous retenait. Et après la douleur... Après la douleur, tu ne trouves pas qu'on éprouve quelque chose comme... quelque chose de bon ? Quelque chose de frais mais doux à la fois. Une sorte de paix.

Sans transition, Cosmos tombe, toujours aussi doucement, s'immergeant complètement. Le monde disparait un moment, brouillé par l'eau remuante. La Flèche reste en apnée, quelques dizaines de secondes, puis revient à la surface. Il a très froid, maintenant.

— Est-ce que ça va mieux, Rachel ?

Cosmos se hisse sur la berge et attrape Ulysse qu'il pose sur ses genoux. Il grelotte un peu.

— Tu as raison, le soleil se fait attendre. Mais je pense que nous devons nous imaginer qu'il s'agit d'une nuit comme les autres. Tu sais, comme ces nuits où le sommeil tarde à venir. Les nuits nous paraissent très longues aussi. Pourtant, le matin finit toujours par arriver. C'est ainsi. La nuit ne peut être sans jour. Comme le blanc sans noir. Le ying et le yang.

Il rit de la simplicité de son propre discours.

— Disons que quand le soleil reviendra, nous admettrons que l'âme de Vinyle est en paix.

Car il sait, Rachel. Il sait depuis le départ. Lui non plus n'a pas oublié Vinyle. L'oubli est toujours plus lent chez lui.

— Tu sais, j'ai entendu dire que Peter Pan les accompagne un moment. Dans le ciel. Les enfants morts...

Il ne croit pas au ciel, pas vraiment. Mais il croit fort en la beauté des idées et leur impact sur l'âme.

— Je suis sûr qu'une fois que Peter Pan lui aura montré le chemin, Vinyle se dispersera dans l'immensité des cieux. Ensuite, il reviendra nous voir. Peut-être qu'il est déjà là, au fond. Peut-être qu'il est ce pissenlit qu'Ulysse renifle sans oser le manger.

Il fixe sur Rachel un regard tendre.

— Tu devrais sortir. Je pense que tu es bien moins sale et bien moins lourde que toute à l'heure. Non ?

Une fée lévite dans le ciel et se fixe dans le noir de la nuit. On dirait presque un petit soleil...









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MessageSujet: Re: La faiblesse des mots   La faiblesse des mots EmptyMar 14 Avr 2015 - 21:18

Cosmos parlait comme un sage, un vieux sage Huron. Sous ses yeux l'enfant à demi nu se transforma. Son corps grandit, une fine barbe poussa de son menton. Ne restait de l'ancien Cosmos que le même regard clairvoyant, l'aura apaisante, les paroles caressantes. Rachel se tut, ne partagea pas l'illusion qui s'était dessinée sous ses yeux. Malgré son savoir, malgré sa sagesse, Cosmos demeurait un enfant. Elle ne partagea pas même à Cosmos qu'elle l'imaginait bien, plus tard, en chaman chez les Hurons. Il ne fallait jamais parler d'un futur adulte. L'enfance devait demeurer éternelle, comme Peter Pan.

« Ce que tu dis sur l'âme de Vinyle me rappelle une histoire. »

C'était un Enfant Perdu qui l'avait rapporté, l'esprit encore encombré des souvenirs du monde réel. Il n'avait cessé de partager son savoir, de faire comprendre ce qu'il avait vu, vécu. Les fictions avaient été le plus important, mais surtout le plus imposant. L'enfant avait partagé ses lectures, les histoires qu'il avait pu voir sur des écrans. Rachel s'en était gorgée, comme nombre d'autres enfants, mêlant cette matière à ses propres récits, tissant de nouveaux romans.

« Je crois que l'histoire est aussi ancienne que l'île. Des enfants avaient découvert ce qui advenait des enfants morts. Ils avaient suivi, dans l'ombre, la silhouette de Peter Pan, grimpant au sommet des arbres pour le voir guider leurs anciens camarades. Et arrivés au plus haut du firmament, les corps explosèrent en un myriade d'étoiles, aussi scintillantes que de la poussière de fée. »

Rachel leva les mains en l'air, tentant de mimer le phénomène.

« Cette poussière d'étoile retomba sur l'île et s'incarna. En un animal, en une fleur, en un enfant qui venait de naître. »

La Mère posa un doigt sur le museau d'Ulysse, l'empêchant de croquer la fleur de pissenlit qui le narguait.

« Contrairement à Mary, j'ai bien du mal à croire en un Dieu omnipotent, et surtout, qui peut se montrer aussi cruel envers ses protégés. Je préfère, tellement mieux, imaginer que nous sommes dans un cycle éternel, que les âmes ne sont pas enfermés dans un monde froid et sans vie, mais retournent à la terre, à l'eau, aux éléments de l'île. »

Le froid commençait à gagner la Mère. Rachel retira ses pieds de l'eau, les frottant contre l'herbe pour raviver le sang. Avant de se lever, la Diplomate se saisit de ses chaussures. Elle les renfila hâtivement. Elle avait hésité à marcher pieds nus mais, peu habituée à cet exercice, elle craignait de se blesser.

« Veux-tu que je porte Ulysse ? Nous pourrions aussi le laisser nous suivre à son rythme. Libre à lui de rester auprès de nous, ou de nous quitter si le cœur lui en dit. »

Rachel leva les yeux vers la fée qui les observait. La créature demeura là, sans bouger, faisant comprendre à l'humaine qu'elle ne partirait que lorsqu'elle en aurait décidé.

« Cosmos. Puis-je te demander un service ? »

Rachel posa sa main sur l'épaule du Grimpeur.

« S'il te plaît, ne dis rien à personne sur les... raisons de ma soudaine disparition. Je ne veux inquiéter personne. Surtout pas mes enfants. Les pauvres doivent déjà se demander pourquoi le repas n'est pas prêt. Il va me falloir redoubler d'efforts, sinon je crains qu'ils ne voudront transformer Ulysse en civet. »

Un rire échappa à Rachel, néanmoins sa crainte demeurait accrochée à elle, telle une teigne. Elle devait redevenir une Mère forte, et protéger ses enfants.
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