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Grizzly Funeste
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MessageSujet: Danse avec moi.   Lun 17 Avr 2017 - 3:24

La pluie, clapotis dévorant, picotement, piqûres… gouffre béant, qui jaillit, s’éparpille sur toute sa musculature. Milliers d’enfants terrassant Goliath d’une gouaille acharnée, redoublante. Les gouttes sont devenues trombes, qui lacèrent son cuir d’homme. Et Il sent chaque brûlure, chaque filée. Estafilade blessées, rallongée ; révélées.
Ce n’est que de l’eau. De l’eau un peu salée. De l’eau qui attaque la moindre plaie ouverte, de sa morsure, de ses échos.
Elle s’engouffre cette eau. Elle ne laisse aucun répit, vague oripeau dont elle drape ses victimes. Et Grizzly que ce linceul sublime, que ce tombeau ouvert étouffe, atrophie. Grizzly qui veut bouger, Grizzly qui se sent restreint, qui se sent prisonnier.

La pluie l’épie.

Il en a le sentiment.
Des millions de gouttes et tout autant de regards, d’œil grand ouvert qui explosent à son contact. Le traverse. Le caresse. Le lacère.
Grizzly s’ébroue, se débarrasse de la gêne par de grande brassée de mains qui les écartèlent.

Bataille vaine !
Elles reviennent de plus fort. Ces gouttes, ces cordes, ces flèches, cette horde d’amertume. Jamais l’Ecorché n’aura tant été touché par la peine de l’Esprit Enfant. Jamais n’en aura-t-il été plus proche. Plus sonné. Plus dépendant.
Jamais n’aura-t-il autant regretté l’avant.

Mais la pluie est.


N’avait-il pas vaincu sa nuit ? Au plus profond des entrailles de l’île, faite de diamant et de glaise. N’en était-il pas sorti, de ses saisons entières ; vivant et victorieux ?
Alors pourquoi ces quelques gouttes –même véritable déluge – pourquoi cette eau, ce que lui et les siens appelaient de leur danse… Pourquoi cette eau lui devenait insoutenable ?
Grizzly n’a d’autres échos que les plaintes de ses frères que la pluie de Jamais effraie.

Alors le sauvage ne se demande pas s’il est normal qu’elle l’affaiblisse ainsi, qu’elle se joue de son esprit.
La Pluie est égale. Et tous en sont victimes. Ses sensations sont celles de son peuple. Il n’y a rien de différent. Rien d’alarmant.

Il avait vaincu sa nuit.

Et les considérations, les interrogations le perdent. L’agacent. Grizzly est homme d’action. La réflexion, il la laissait aux chamanes. Il n’était pas sage. Il est guerrier sauvage. Intrépide. Irréductible.

Inconscient.

Et Grizzly en sentinelle s’avance, fend le rideau constant de pluie. Il cherche. Il traque.

La chose s’était attaquée plus tôt à l’un de leur jeune chasseur, qui, effrayé par son aspect était parti quérir l’Ecorché. Superstitieux de nature mais peu coutumier à battre en retraite, les Piccaninnys ne laisseraient jamais parjurer leur bravoure. Tamarin Audacieux, en ces temps étranges, avait choisi la prudence. Mais Grizzly ne laisserait pas l’acte impuni, quelle qu’en fut la créature. On ne s’attaquait pas au Clan de l’Ours sans en subir les conséquences.

Les traces ont depuis longtemps disparues, l’eau ne leur permet plus de lire la nature. Alors il se fie à l’expérience et au grondement de la bête qui l’oriente, lui susurre la vie. La direction à prendre. Ce qui bouge, ce qui vit. Ce qui devra mourir.
L’éloignant au plus profond de la jungle, le peau-rouge ignore pourquoi si loin. Il ne fait que suivre… son instinct. Il sait le territoire volé proche. Il sait la présence des visages pâles qui pollue la roche. Il sait, il sent. Ce qui ne l’a jamais retenu avant.
Il poursuit.
Sa proie aujourd’hui sent l’étouffé. Comme lui. Il en est obsédé.

Tamarin lui aussi, avait dû beaucoup s’éloigner. S’aventurant seul sur des territoires qui ne leur étaient pas favorables. Ici, les cuisses auront tendance à s’enliser plus vite et Grizzly doit jouer avec les branches pour ne pas être avalé.
Les Terres des hommes-nuit ne doivent pas être éloignées et l’Ecorché, s’il est frondeur, sait aussi qu’il y aie des noirceurs qu’il vaut mieux éviter. Surtout en ces temps troublés. Pourtant, en lui, ses entrailles lui somme de continuer.
La chose est à proximité. Il la sent.

Il l’entend.
Il la voit bouger.

A son aspect, Grizzly comprend pourquoi Tamarin n’aura guère insisté.
Elle bouge. Morte. Elle s’incarne, semble sourire à sa vue. Elle s’approche, carnassière irascible et l’indien l’écarte d’une poussée. Observant sans colère cette chose énervée, cette chose prisonnière.
Grizzly a pitié.

Il ne réfléchit pas. Pas de prudence pour le Brave.

Il l’abat.



Ps:
 








Il s’était éveillé. Il s’était réveillé.
Le monstre demeurait.
A ronger ses entrailles, à exiger encore sa part insatiable.
Les lunes décroissent, s’effacent...
Et le regard sombre de Grizzly fend la pluie.
Il est de retour chez lui.


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Baron Dimanche
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MessageSujet: Re: Danse avec moi.   Lun 17 Avr 2017 - 17:25

HRP:
 


Depuis que la pluie avait redoublé d’intensité, le Baron Dimanche se prenait à inspecter régulièrement ses mains.
Ses stigmates luisaient toujours, mais d’un feu amenui, plus souterrain. D’autres fois, la braise de ses entrailles prenait une teinte différente, sulfureuse et bleutée. C’était un changement étonnant, mais qui pour le moment ne l’affectait qu’en apparence. Il pensait donc que ses pouvoirs n’étaient pas diminués, et malgré les quelques contrariétés que la pluie avait apportées avec elle, il n’en demeurait pas moins d’excellente humeur. Aussi paradoxal que cela puisse paraître – ou justement parce que c’était un goût paradoxal – il adorait la pluie. Cela lui rappelait les monstrueux cyclones qui martelaient son ancienne île, et il y avait quelque chose dans ce vent salé, dans cette pluie lourde, dans l’angoisse qui enfle aussi sûrement que les lits des rivières, qui était tout à la fois rassurant et exaltant.
Comme toujours, il se sentait à sa place au milieu du chaos.

Cependant, ce soir-là, le Baron Dimanche n’était pas exactement d’humeur à célébrer le déluge salé.
On le voyait circuler dans le Bayou, survolant à peine les pontons et passerelles à moitié submergées. A sa suite, pateaugeant dans l’eau et la boue, ses « Grands-Brûlés » avançaient maladroitement. Ils poussaient des râles crissants comme du charbon, mais ils semblaient calmes. Le Baron La Croix chantonnait doucement, du bout des lèvres, comme pour lui-même.

« O la pli li ve tombé ti baba, les’ali tombé
Kan li va ‘riv ater, na rod in manier pou dirij ali »


Les gens du Bayou qui le croisaient ne s’y trompaient pas : ses mots étaient un sortilège qui renforçait en continu son emprise sur ses serviteurs, afin de la Pluie ne les rende pas fous. Et c’était pour cette raison précise qu’il était sorti de chez lui : l’un de ses morts-vivants préférés, devenu féroce et confus, s’était considérablement éloigné du coeur du Bayou. Le Baron n’était même pas certain d’avoir encore une quelconque emprise sur lui, mais il s’était mis en tête d’aller le chercher, et de le ramener. (Bien  entendu, résumer les intentions du Baron La Croix à cela serait mal le connaître. Les raisons profondes de sa sortie se devaient de rester mystérieuses, peut-être même pour lui-même.)


Il suivait la trace de son serviteur – pas un trace physique et tangible, mais davantage un petit lien qui les unissait encore, car il avait donné de sa flamme pour raviver la leur. Plus il avançait, moins il croisait de dalons, moins il voyait de ponts, de canots et de lanternes suspendues. Il s’approchait des limites de son territoire, là où l’emprise du rêve de l’enfant esclave s’effritait face à la volonté d’un autre enfant.
Soudain, il s’arrêta.
Ses yeux laviques s’arrondirent lentement sous l’effet d’une stupeur incrédule. Le lien venait de se rompre. Comme un hauban qui claque sous la tempête. Il avait juste eu le temps d’entendre son pauvre zam gémir de douleur, et ce fut tout. Un pesant silence enveloppa le Baron – si bien que même ses serviteurs cessèrent leurs râles et semblèrent fixer un point invisible devant eux de leurs yeux incandescents. Même le déluge continuel sembla s’assourdir.


Venait-on d’abattre son mort-vivant ?





Il ne fallut pas longtemps pour qu’il retrouve sa trace.


D’abord, ce furent ses serviteurs qui émergèrent les premiers de l’obscurité épaisse des bois, trois noires silhouettes calcinées dont seuls les yeux brillaient d’un éclat surnaturel. Ils devançaient leur maître pour s’approcher de leur dalon terrassé. Une flèche solide s’était logée dans sa gorge; il s’était écroulé en arrière, en travers d’un épais lacis de racines de palétuviers. Pas d’autres blessures : ce seul coup précis avait suffi.

Pauvre zam.

En retrait, lévitant à quelques centimètres au-dessus des eaux boueuses et presque adossé au tronc d’un arbre, le Baron l’observait. Il avait les bras croisés sur son torse, et ne semblait pas remarquer que ses crevasses embrasées venaient de prendre cette teinte sulfurée. Un bleu étrange.

« Bien-Aimé. »

Il s’était redressé, et avait prononcé le nom de son serviteur d’une voix chantante, aux accents maîtrisés. Le corps à moitié immergé ne bougea pas. Le Guédé reprit, sur le même air, amplifiant la portée de sa voix où vibrait la magie :

« Ayo Bien-Aimé, arlèv a ou, arvien a ou ! »

Un serviteur se pencha et se saisit de la flèche de ses doigts épais et rendus rigides par les brûlures. Il tira, et dût s’y reprendre à plusieurs fois pour déloger la flèche solidement enfoncée dans la gorge de Bien-Aimé. Mais maintenant, il était libre.

« Ayo Bien-Aimé, arlèv a ou, arvien a ou ! »

La bouche parcheminée du mort-vivant s’entrouvrit. Un râle presque modulé s’en échappa : le zam cherchait à répondre au chant sorcier, car c’était ainsi que fonctionnait le Maloya du Baron Dimanche. Bien-Aimé ouvrit ses yeux creux, au fond desquels luisait cette flamme, maigre bougie allumée par un volcan.

Le Baron ne s’accorda pas le temps de paraître satisfait : il se tut, et ses mâchoires se crispèrent visiblement. Son regard, toujours posé sur ses quatre serviteurs, se durcit. Il n’ignorait pas que, qui que soit l’inconscient qui avait attaqué un de ses Grands-Brûlés, il ne devait pas être bien loin. Quelqu’un était resté.


Il espérait qu’il avait apprécié le spectacle.
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MessageSujet: Re: Danse avec moi.   Mar 9 Mai 2017 - 18:49



Des présences. Multiples. Il les a senties.
Y en avait-il d’autres ?
Comme le bruit d’un tambour un peu sourd qui s’accélère, rythmant l’avancée. Elles ont beau glissé, feutrée. Le bruit mouillé de cette eau dérangée les annoncent par clapotis, ce que même les picotements du ciel qui pleure n’aura pas assourdi.

Le guerrier peut être patient quand il s’agit de chasse. Son ombre s’est dissimulée, entre les lianes et les branches noueuses de la Mangrove. Sa respiration elle-même semble s’être atténuée. Ses sens affûtés par les bruits et les mouvements, lui permettent de ne plus se laisser distraire des gouttes lancinante. Il observe. Attend, prêt à vrombir quand ce sera le moment.
Ses yeux luisent à l’arrivée des trois créatures, des trois retournés, ces engeances qui rejoindront la terre dont on les avait arrachée.
Mais Grizzly attend. Il attend le dernier. La présence plus intense, plus sourde, celle qui ne pourrait lui avoir échappée.

Tamarin ne connait pas sa chance. Et le guerrier se jure d’empêcher toute nouvelle menace à venir. C’est avec intérêt qu’il suit la progression de leur maître. Grizzly ne le reconnait pas, ne l’identifie pas tout de suite. Pour lui, il s’agit d’un homme-nuit, ceux que les visages pâles amenèrent ou peut-être créèrent. Il a entendu les rumeurs sur leurs chamanes, sur les enfants de la Squaw sombre. Il ne sait pas qui lui fait face. Simple chamane ou demi-démon. Tout ce qu’il sait ; c’est le danger.

Et ni les reflets bleus, dansant autour de l’homme-nuit, ni l’étrange rituel ramenant la menace qu’il pensait avoir soufflée, ne l’encourage à penser autrement. Une seule évidence, peut-être deux : il ne s’agissait pas d’un de leur chamanes. A l’obscure magie de flammes, Grizzly devine avoir à faire à l’un des fils de Squaw-Obscure, étrange héritier d’Hastsezini et cette révélation ne peut que le contrarier.
Car pour nombre des enfants de la sombre, Grizzly avait déjà statué ; aucune pitié. Mais celui-là, celui-là, à leurs grands esprits était lié. Et si le peau-rouge se chaut peu de la furie des hommes et abominations, il est en revanche plus concerné par celle des manitous.

Il était trop loin de Boa pour lui demander conseil.
Et le fils d’Hastsezini l’avait probablement – si ce n’est repéré - senti.

L'Écorché n’avait jamais été des âmes de paix, pris dans un dilemme qui le dépassait il agirait toujours fidèle à sa nature :  frontalement.

Et c’est de front qu’il s’était révélé aux cinq paires d’yeux enflammés. Arc rangé, mais main négligemment posée sur le tomahawk à sa ceinture.
Il aurait largement pu tirer, venir à bout d’au moins deux des créatures avant qu’il ne les relève mais il se méfiait. Et si ses entrailles rugissaient, appelaient à saigner ; lui gardait silence. La violence attendrait.

« Ton marcheur de mort a attaqué le premier. »

Il était important de préciser la légitimité. Les Piccaninnys étaient un peuple fier où de l’honneur, on ne pourrait se tromper.

« C’est à la terre, qu’il doit retourner. »

Et ainsi le prix serait payé. L’injure, lavée.
En l’absence de certitudes, l’Écorché n’était pas sûr d’être en droit de tout purger.








Il s’était éveillé. Il s’était réveillé.
Le monstre demeurait.
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Et le regard sombre de Grizzly fend la pluie.
Il est de retour chez lui.


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MessageSujet: Re: Danse avec moi.   Dim 2 Juil 2017 - 23:39

Le Baron avait attendu, mais pas bien longtemps.

Le regard droit, la bouche close, il avait continué à fredonner un air sombre, connu de lui seul. Quelques notes seulement – bleues, entêtantes, qui roulaient comme des vagues au fond de sa gorge. Un sourd avertissement. Ses Grands-Brûlés l’écoutaient, si parfaitement immobiles que l’on aurait dit des statues taillées dans le basalte, à peine visibles dans la pénombre bleuie du Bayou. Il avait attendu, mais pas longtemps.

La pluie tombait à grosses gouttes partout autour d’eux; la mangrove frémissait sous le clapotis constant, les feuillages gras des arbres tremblaient. Le vent sifflait, loin au-dessus de la forêt salée. Pourtant, tout semblait s’être amoindri, pour former cet étrange cadre amorti, étouffé même, où même ceux qui possédaient encore un souffle l’auraient retenu sans y penser.


Forcément, le Baron fut surpris de voir le tireur de flèches émerger de sa cachette, choisissant ainsi de se révéler de face, sans brusquerie ni armes à la main.

Il en oublia aussitôt de fredonner.

L’homme était un Peau-Rouge du clan de l’Ours. Chose que le Baron soupçonnait déjà fortement, compte tenu de la précision létale du tir qui avait failli lui arracher son Bien-Aimé, et des ornements inspirés de la flèche elle-même qui ne sauraient être l’œuvre des Enfants sans Ombres. Le Guédé Calciné haussa les sourcils, et considéra curieusement l’intrus tandis que ce dernier faisait quelques pas vers eux, ses jambes luttant sans effort apparent contre l’eau limoneuse.
Son visage avait l’air d’avoir été taillé dans la pierre rouge des volcans, dur et tourmenté par les jeux d’ombres des sous-bois. Comme les autres de son clan, ses longs cheveux noirs coulaient souplement autour de son visage sans parvenir à en adoucir les traits. Le regard était fixe, mordant même ; bien digne d’un guerrier Piccaninny, dont il a aussi la très haute taille et la musculature sèche. Les yeux du Baron Dimanche s’étrécirent légèrement – deux minces lignes flamboyantes qui scrutaient minutieusement le Peau-Rouge, comme s’il cherchait quelque chose, sans le trouver. Sans savoir encore quoi exactement, il y avait bien quelque chose chez cet homme de plus étrange encore que son calme. Lorsque le guerrier parla, d’une voix qui n’évoquait toujours que les pierres, ce fut à peine si le sorcier du bayou y prêta attention.

« Ton marcheur de mort a attaqué le premier.  » 

Bien-Aimé poussa un râle aphone, montrant les dents à l’archer – il esquissa même un mouvement en avant, mais presque aussitôt, la main couverte de bagues du Baron Dimanche se posa doucement sur son crâne, comme une caresse qui ramena instantanément le mort-vivant au calme.

« Opé, Bien-Aimé. Sois gentil. » murmura distraitement le Guédé en tapotant négligemment le front de son serviteur.

Le mort gronda encore un peu, sans lâcher de ses yeux creux le Piccaninny. Ce dernier prit de nouveau la parole, exigeant avec aplomb que le Brûlé soit retourné à la terre. Ce commentaire sembla enfin tirer le Baron de sa minutieuse inspection. Il releva la tête – et tous les morts semblèrent en faire de même. Cinq paires d’yeux brûlants posés sur le Peau-Rouge fier et assuré. Contre toute attente, le Guédé ne semblait pas particulièrement froissé par la franche directive de l’archer – ou s’il l’était, il parvenait à le cacher à merveille. Il posa un coude sur la tête de son Bien-Aimé et reposa son menton contre ses phalanges, affectant des airs de curiosité décontractée. Un sourire se fraya un chemin sur ses lèvres, et il consentit enfin à s’adresser au guerrier directement :

« Oh, oui. Chacun y retourne un jour, ne t’inquiète pas pour cela, Chasseur. »

En créole, ce genre de réponses s’appelait un foutan. Bien sûr qu’il dédaignait l’ordre de l’inconnu : il était maintenant beaucoup trop intrigué par ce fourmillement indéfinissable qu’il devinait sous la peau d’airain du chasseur pour prendre ses requêtes au sérieux. Ce petit quelque chose qui lui échappait, et avait hameçonné toute son attention. La perte de Bien-Aimé, ou ce qu’il avait bien pu causer à l’extérieur du Bayou n’étaient plus qu’un insignifiant détail, à présent. Cependant, sans doute au vu de l’expression du Peau-Rouge, il esquissa une moue taquine, avant d’ajouter :

« Mes pauvres chéris n’aiment pas la pluie. »

Le sourire fendu s’étira. Il fit un signe de tête léger, comme pour désigner l’allure générale du Peau-Rouge détrempé :

« ...Ils ne semblent pas être les seuls, d’ailleurs. »

Le Guédé pencha la tête de côté, toujours attentif à ce qu’il percevait chez le guerrier. Le grand gaillard respirait la force et quelque chose d’infiniment plus bestial encore – mais n’était-ce pas monnaie courante pour le clan de l’Ours ? Ils s’attachaient à des Zams d’animaux. Un bel art, pas aussi éloigné qu’on le croirait des pactes anciens qui enracinaient Erzulie-Sans-Nom à ses serpents. Mais c’était encore autre chose qu’il devinait chez l’archer. Un nafèr qui fleurait l’argile et le danger. Lui qui parlait de retourner les morts à la terre avait sur lui ce presque lambeau de tombe, une bizarrerie que le Baron ne s’expliquait pas tout à fait, car l’homme en face de lui semblait bien vivant, et en possession de son zam.

Et le Baron Dimanche étant un grand curieux, et surtout un très grand menteur, il décida de changer de ton.

Celui qu’il prit ensuite était bien moins badin, plus grave - presque égal à celui sentencieux du Peau-Rouge. Il se redressa, une main toujours posée avec élégance sur l’épaule de son mort-vivant, l’autre trouvant appui sur le bras d’un autre Brûlé.

« Chasseur, tu n’ignores pas sur quelles terres tu te trouves…  »






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MessageSujet: Re: Danse avec moi.   Dim 30 Juil 2017 - 18:00

Le ton presque badin de l’homme-nuit l’étonne, sans qu’il ne le laisse transparaître. Le guerrier n’est pas familier des gens des Marais. Le guerrier revint de la glaise peu après leur arrivée.

Ils n’ont aucune légitimité.

Ils ne sont pas d’ici, ils ne sont pas de cette terre. Ils ne sont pas des leurs. Alors Grizzly n’a pas vraiment besoin de s’y attarder, ni de faire preuve de respect. Il a déjà fait montre de plus de patience qu’il n’en avait. Et la condescendance qu’il pense percevoir suffit à l’ébrouer.

Il ne répond pas à la provocation. Il a suivi attentif, l’intention arrêtée de l’incarnation par deux fois ramenée et se jure de le réduire en cendre dès qu’il en aurait l’occasion. Que l’héritier sombre ne puisse plus jamais le relever.
Grizzly n’aime pas ce qu’il sent peser sur lui. Il n’aime pas la pesanteur du regard par trop rougie. Toute son attitude en fait, suffit, à le mettre hors de lui, et les derniers mots prononcés créent l’étincelle.

Ses paupières se plissent, jaugeant la portée des serviteurs qu’il aurait –dans un premier temps – à immobiliser. Pour ensuite donner leçon à leur Maître.


« Et quelles terres crois-tu posséder ? Quel droit crois-tu avoir sur elle, sur eux – il désigne les marcheurs – ou même sur Grizzly ?
Grizzly Funeste t’aurait déjà tranché la gorge si tu n’avais été fils d’Hastsezini. »


Grizzly se fiche bien de ses chances de réussite ou de la différence de capacités. Il a toujours été prompt à se mesurer, même dans l’inégalité à survivre ; cela ne l’avait… jamais arrêté.

Le tomahawk joue d’une main à l’autre. L’Ecorché s’est même avancé bien plus près, malgré le limon et les terres humides bien éloignée de ses terrains de prédilection.
Il a pris l’injure – comme la menace – au sérieux, est prêt à faire pleurer des fleurs séchées sur les bouches craquelées.

« On ne s’attaque à l’Ours sans en payer le prix. »

Il a suffisamment prévenu des valeurs de son clan, l’homme de nuit n’a voulu écouter. Grizzly avait fait l’effort de ne pas immédiatement s’emporter. Il était dans son droit et il le savait. Les marcheurs de morts… Il les condamnerait.

« Grizzly Funeste te laisse une chance ; une seule, de laver l’injure que ta créature et toi, avait proférée. Et ne me parle plus des terres que vous n’avez jamais possédées car même le respect de Grizzly aux Manitous ne saura t’épargner. »

Il n’est pas fin stratège, le funeste, ni diplomate, ni recherché. Il s’est annoncé. A son tour de … provoquer assez pour qu’elles l’attaquent ; ces créatures bientôt cendrées. Qu’elles soient l’excuse à la débauche qu’il a grand hâte d’acculer.








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MessageSujet: Re: Danse avec moi.   Jeu 10 Aoû 2017 - 22:02

Ainsi, son nom est Grizzly Funeste.

Bien trouvé, ce nom. Bien assorti au visage contracté, à la pression de sa main sur son tomahawk, à l’étincelle furibonde dans ses yeux. Il n’avait pas fallu grand-chose pour l’attiser, d’ailleurs. C’était presque trop facile.

Le Baron donnait tout l’air d’écouter attentivement le chasseur. Mais il le regardait comme on surveille le feu de bois sous sa marmite – en pensant à autre chose. Il fallait savoir que la rengaine sur la souveraineté du Bayou, il l’avait déjà entendue plus d’une fois ; et quitte à y prêter attention, il préférait encore la voix riche et mélodieuse de ce bon vieux Louis Riverside à l’avalanche de pierres qu’était la voix du Piccaninny. Mais ça l’avait fait sourire, cette indignation spontanée. C’était bien de s’indigner. Le Baron avait tendance à croire, faute de bien les connaître, que les natifs de l’Île étaient trop enclins à déguiser leurs renonciations sous un masque de sagesse ou de philosophie, et qu’ils gaspillaient leurs talents pour complaire au marmay. Ce chasseur, au contraire, s’était embrasé sur un presque-rien, un début de phrase tout au plus, et invoquait ses manitous et son Hastsezini tout en jouant de sa hachette. C’était ravissant à voir.

Et bien entendu, le Baron désirait en voir plus.

Le Grizzly Funeste.
N’avait-il pas déjà entendu ce nom?

Les doigts d’artiste du Baron pianotèrent avec lenteur sur la peau carbonisée de son serviteur. L’or safrané de ses bagues luisait tout doucement. Il prenait le temps de réfléchir, scrupuleusement indifférent à la colère de son vis-à-vis, et cependant attentif à ses moindres gestes. Finalement, comme tiré de ses pensées par la dernière menace de l’Ours, il fit de sa choix chantante :

« Mon pauvre chasseur, es-tu perdu ? Les choses changent toujours au Pays de Jamais... »


Un geste de main badin, comme si sa succincte réplique suffisait à balayer les mots hachés du Peau-Rouge. A nouveau, le sourire amusé. Il ne résisterait pas longtemps à l’envie de jeter de l’huile sur le feu. Pour savoir ce qu'il cachait ? Peut-être. Pour se divertir? Absolument. Et il y avait sans doute des milliers de motivations noires et secrètes comme les rivières sous la montagnes pour justifier l'étincelle de malice qui éclaira son regard à ce moment-là.

Discuter ne l’intéressait guère, en somme : il voulait le voir en action. Et si ce dernier semblait déjà prêt à se jeter à sa gorge, qu’il vienne. Le Baron La Croix ne refusait jamais une petite danse avec le danger.

Autour de lui, ses morts s’agitaient à mesure qu’ils percevaient l’animosité grandissante du Peau-Rouge, prêts à intervenir, rendus avides de violence par la Pluie qui accablait l’île.  

Il ajouta alors, avec du miel et du piment dans la voix :

« Mais dis-moi, je t’en prie : comment vais-je donc pouvoir laver cette vilaine, vilaine injure ? »






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