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Zeb Skelton
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MessageSujet: Réunion de Famille   Lun 18 Juin 2018 - 4:54


- Réunion de Famille -
How can I be lost
If I've got nowhere to go?
Search for seas of gold
How come it's got so cold?

How can I be lost
In remembrance I relive
And how can I blame you
When it's me I can't forgive?



Accoudé au bastingage, Zeb observait le soleil s’élever lentement au-dessus de la côte noyée de nuages gelés. On aurait dit une étrange maladie, quelque champignon vicieux qui se serait greffé sur l’Île – une grossière masse grise et bleue, agitée de vents contraires, qui envoyait des ramifications empoisonnées à la surface de la mer comme autant de tentacules avides. La Zorra se tenait bien à distance, et la Rouille aurait dû en concevoir un certain sentiment de sécurité, mais il n’était pas dupe : même de là où ils se trouvaient, l’odeur froide et métallique du Givre se mêlait au parfum de sel de l’océan, et si le vent n’avait rien du blizzard glacé qui ravageait les terres, il était toujours froid, porteur de flocons de neige qui venaient emperler les voiles du navire. Ils n’étaient pas assez loin. Mais quelque chose disait au vieux pirate qu’ils ne le seraient jamais assez.

Zeb émit un grognement rageur et referma un peu plus sa cape autour de lui : il portait toujours le surcot médiéval qui lui avait servi de costume pour le bal, ce qui paraissait des siècles plus tôt et pas quelques heures auparavant, mais même l’épais tissu de laine peinait à le garantir du froid ambiant. Le charpentier massa doucement son bras droit, raide de douleur depuis le coup que Smee y avait porté, et il se dit qu’ils allaient avoir besoin de gants, de bottes, de bonnets, d’écharpes, de fourrure, de couvertures – de vêtements chauds, bon sang! Et pourtant le Port était perdu, tout comme leurs possessions restées à bord du Jolly Roger.

Penser au navire qui s’éloignait en glissant sur l’eau malgré ses voiles gelées fit naitre un point douloureux dans la poitrine de Zeb, qui préféra se détourner du paysage. Il remonta le long du pont de la Zorra, en ordonnant aux quelques hommes qui avaient embarqué en hâte (surtout des Bermudons) de continuer à louvoyer en vue de la côte, mais de rester prêts à envoyer toute la voilure si nécessaire. Il s’adressa en particulier à la vigie :

"Ouvre bien l’œil mon garçon, et si tu fatigues, fais-toi remplacer : ils peuvent encore nous tomber dessus."

Il n’en dit pas plus, mais il vit bien les regards que s’échangeaient les marins. Bien, qu’ils aient peur. Contrairement à eux, Zeb avait vu l’effet que le Givre avait sur les hommes, et il savait à quelle vitesse le Roger pouvait se déplacer à présent. Si la chose qui avait envahi Hook décidait de les poursuivre, rien que pour l’exemple, il leur faudrait tout ce que pouvait donner la Zorra pour espérer leur échapper. Et encore, Zeb n’était pas certain que cela suffirait.

Le charpentier frôla l'idée d'un combat naval contre le Jolly Roger et il s’obligea à déglutir une salive qui lui parut épaisse et brûlante de rage: son petit cotre était un navire exceptionnellement vif et maniable, capable d'accomplir des miracles contre des vaisseaux de bien plus gros tonnage, mais aurait-il la moindre chance contre un bateau fantôme qui n'avait vraisemblablement même plus besoin de vent pour manoeuvrer? Leurs boulets de canon pouvaient-ils seulement passer à travers la carapace de glace qui recouvrait le trois mâts? Non, décidément, ils ne pouvaient pas se permettre une confrontation directe. Et certainement pas maintenant, alors que la moitié du petit équipage était encore sous le choc.

A cette pensée, Zeb tourna la tête vers le gaillard arrière pour poser un regard critique sur l'homme qui se tenait à la barre - qui s'y tenait depuis qu'ils avaient pris la mer, en fait. Toute la nuit, sans interruption. La Rouille amorça un geste pour le rejoindre, mais au dernier moment il changea d'avis et préféra emprunter la descente arrière, pour atteindre l’unique entrepont du bateau.

La cabine du capitaine se situait à la poupe et se résumait à un petit espace fonctionnel : à main droite, un bureau attaché au mur et surmonté d’étagères, à main gauche une simple couchette, dans un coin un petit poêle à bois qui éclairait la pièce, et guère plus. Contre le mur du fond, Zeb avait installé un hamac, qui lui était bien plus confortable qu’un lit traditionnel – après tout, c’était ainsi qu’il avait dormi toute sa vie, sauf les quelques fois où il se trouvait en galante compagnie. Et encore, dans ces moments-là, il avait clairement fait un effort pour ladite compagnie.

Mais de toute façon, la question ne se posait pas : Dieu sait que la Rouille aurait eu besoin de dormir un peu, et que l'air chaud et sec de la petite pièce était un indicible soulagement pour son pauvre bras maltraité, mais il avait encore beaucoup à faire avant de s'autoriser du repos. En fait, il passait juste voir dans quel état se trouvait l'homme allongé sur la couchette.

Difficile d'émettre un jugement catégorique dans cette pénombre, d'autant plus qu'ils l'avaient recouvert avec plusieurs couvertures en les remontant bien jusqu'à la base de ses longs cheveux sombres, mais celui que Zeb appelait toujours Christo avait l'air de s'être endormi. Vraiment endormi, et pas seulement évanoui - sa respiration s'était enfin faite régulière, presque exempte de toux. Rassuré, la Rouille préféra ne pas s'approcher et risquer de le réveiller. Il repartit, en fermant doucement la porte derrière-lui, avant de lever les yeux vers l'escalier qui menait au pont.

Bon, et maintenant, l'autre.

Zeb n'avait passé que quelques minutes dans le ventre du bateau, mais cela fut suffisant pour que l'air froid de l'extérieur lui fasse l'effet d'une claque. Il releva encore une fois le col de sa cape, avant de s'approcher du timonier:

"Ils n’ont pas l’air d’avoir engagé de poursuite pour le moment, mais on va continuer à caboter vers le nord. Il faut qu'on s'éloigne du Port."

La Rouille aurait aimé un juron, une bravade, même rien qu'un grognement et un crachat. Mais ce Keith là avait disparu depuis un moment. Zeb en avait tout d'abord été triste, quoiqu'un peu résolu - après tout, il était malheureusement très bien placé pour comprendre ce que vivait le timonier. Mais quelque chose n'était plus tout à fait pareil depuis qu'ils avaient ramené Christo sur la Zorra, depuis que la Rouille avait vu la manière dont Keith avait jeté son soi-disant fils sur la couchette pour immédiatement remonter sur le pont. Un autre pirate aurait pu croire que le Barré se précipitait simplement pour aider à la manoeuvre, mais Zeb le connaissait trop bien pour ça; en plus, il avait remarqué que Keith n'avait pas regardé Christo. Pas une seule fois.

Et cela, alors qu'il venait de perdre sa seule maison, qu'il avait froid, qu'il avait mal et que encore très récemment il passait ses journées à esquiver des hallucinations morbides sur ses propres fils, cela évoquait au charpentier une réponse bien plus agressive que de la tristesse.

Mais Keith était un ami. Et pour l'instant, Zeb faisait encore l'effort de se retenir.

"Au fait, je suis passé dans la cabine: il a l'air d'aller mieux."

Inutile de préciser de qui il parlait.

"Mais je ne sais pas si on va pouvoir le ramener sur le rivage, Keith. Je ne sais pas dans quelle tribu il s’est installé, mais la neige a l’air de remonter loin sur l’Île et on ne voit déjà plus la fumée de ceux qui vivent sur la falaise…"


Dernière édition par Zeb Skelton le Mer 22 Aoû 2018 - 18:42, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Jeu 16 Aoû 2018 - 21:40







Y fait bien trop froid. Tellement froid qu'je suis tenté d'gueuler au chien galeux là bas d'm'amener une bouteille d'rhum, histoire d'me réchauffer la carcasse. Mais j'ai fait une croix sur c'te boisson des dieux, j'dois avoir l'esprit clair pour faire c'que j'dois faire ; jusqu'au bout. Alors j'grelotte comme un ptit chiot à peine naît, même 'vec c'te couverture drapée étroit'ment autour d'moi.
Le vent fait rouler fort la Zorra, mais c'est pas ça qui va m'inquiéter, même l'Démon du Tourbillon m'a pas fait douter : à la barre, j'ai l'esprit serein. Ça a toujours été comme ça, aussi loin qu'j'me souvienne.
Juste l'bruit des vagues qui s'écrase contre la coque, le bois qui craque, les voiles qui claquent, les cordes qui tires.
Ça m'permet d'pas penser à c'foutu Hook démon tirant sa carcasse hors du gosier du Croco. Ou d'son second le suivant, tout bleu. Ni à l'enfoiré adoré qui pionce dans la cabine d'notre nouveau Capitaine. J'pense même pas au coup d'gueule sur le quai d'ce nouveau capitaine : Zeb Skelton.
Merde. J'ai pensé à tout ça.
J'gueule des ordres pour m'remettre d'aplomb et fixe le large. J'ai pas pioncé d'puis c'foutu bal d'l'enfer : j'sens la fatigue roder autour d'moi, mais ma rage l'éloigne, comme un bon gros brasier qui éloigne les ombres.
J'veux pas lâcher la barre, j'veux pas penser à tout c'merdier. Pas plus que j'le fais déjà en tout cas.
Et puis surtout j'veux pas aller voir Christo. J'sais pas encore si j'veux l'balancer par d'ssus bord, l'embrasser, lui gueuler toutes les horreurs du monde, l'achever, le...

Ils n’ont pas l’air d’avoir engagé de poursuite pour le moment, mais on va continuer à caboter vers le nord. Il faut qu'on s'éloigne du Port.

J'sursaute pas, surtout par fierté mais aussi parce qu'j'en ai même pas l'énergie.
J'acquiesce juste sans lâcher l'large des yeux.

Au fait, je suis passé dans la cabine: il a l'air d'aller mieux.

J'grogne et hausse les épaules en réponse. J'veux pas savoir comment y s'porte.

Mais je ne sais pas si on va pouvoir le ramener sur le rivage, Keith. Je ne sais pas dans quelle tribu il s’est installé, mais la neige a l’air de remonter loin sur l’Île et on ne voit déjà plus la fumée de ceux qui vivent sur la falaise…

J'décroche enfin mon r'gard pour l'planter dans l'gris d'Zeb ; mon ami, si ça a encore un sens.

On a pas qu'ça à foutre d'le ram'ner chez les sauvages. Quand y tiendra sur ses guibolles y s'mettra au boulot sur la Zorra ou y passera par d'ssus bord, comme les autres.

Mes mots ont un sale goût dans ma bouche. Amer.

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MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Jeu 23 Aoû 2018 - 2:19

Quand il était plus jeune, la Rouille n'était pas homme à se mêler des affaires d'autrui. Lui-même détestant l'idée qu'on puisse le juger et lui imposer des limites en raison de valeurs qui n'étaient pas les siennes, il partait du principe qu'il n'avait pas à le faire pour les autres. Alors même lorsqu'il avait des conseils à donner ou des avertissements à dispenser, il tentait de ne le faire que si on le lui demandait. Il s'efforçait de ne porter aucun jugement, ou alors il les gardait pour lui. Et quand il désapprouvait, il le faisait rarement sentir à travers davantage qu'un regard.

Mais quand on assumait une place importante dans un équipage de pirates, ce désir de ne pas s'interposer pouvait rapidement dévier vers la lâcheté. Et Zeb avait sa fierté: s'il refusait d'être un chieur bien pensant, il lui était encore plus insupportable de passer pour un trouillard.

Alors, petit à petit, il s'était affirmé. Il restait conscient de ses limites et, dans la mesure du possible, il tentait toujours de rester neutre, surtout vis-à-vis du reste de l'équipage. Mais plus le temps passait, plus il devenait intransigeant sur certains points. Par exemple, cela faisait longtemps que tout le Roger savait qu'il ne valait mieux pas tenter un viol quand la Rouille trainait dans les parages. Zeb n'avait jamais rien dit à ce sujet, jamais donné d'explication. Il se contentait d'interrompre les réjouissances, en cognant si besoin - et certains anciens pouvaient témoigner que, dans ces cas-là, il cognait fort.

Or depuis qu'ils étaient au Pays de Jamais, cela ne faisait qu'empirer. La tolérance de la Rouille s'érodait de jour en jour, en particulier (et sans surprise) depuis que Hook avait ordonné le massacre des Garçons Perdus. Le respect qui liait encore Zeb au Capitaine et la crainte des possibles représailles envers ses fils l'obligeaient à se retenir, mais cela lui coûtait. Et inexorablement, il commençait à commettre des erreurs. Comme cette fois où il avait interrompu le "jeu" de Lòng. Comme quand il avait décidé qu'il couvrirait les activités trop altruistes de Earl.

Ou comme quand, à l'instant, il avait clairement grincé des dents quand Keith avait prononcé le mot "sauvages" - surtout alors qu'il se tenait sur un bateau nommé "la Zorra" et que lui était censé savoir d'où venait ce nom, merde!

Et encore, si seulement le timonier s'était arrêté là...

"Quand y tiendra sur ses guibolles y s'mettra au boulot sur la Zorra ou y passera par d'ssus bord, comme les autres."

"Tu parles de Christo, Keith."

C'était sec et pourtant vaguement compatissant, une sorte de "arrête tes conneries, pas à moi".

Zeb jeta un regard au reste de l'équipage, un tas de Bermudons pour la plupart sans expérience, qui confondaient piraterie avec anarchie. La Rouille ne tenait pas à hausser le ton avec Keith devant eux. Parce que cela ne les regardait pas, déjà. Mais aussi parce que Zeb était meilleur capitaine qu'il ne voulait bien se l'avouer, et qu'il avait déjà compris que les prochaines heures seraient déterminantes dans l'image que ces hommes auraient de lui. Ils n'étaient plus en train de naviguer pour le plaisir autour des atolls: ils étaient en guerre. Si Zeb voulait s'assurer de leur (fidélité) fiabilité, il devait paraitre sûr de lui. Or une engueulade publique avec son timonier, qui était le seul autre ancien du Roger sur le pont et en acquérait presque automatiquement le statut de second, cela ne le ferait pas paraitre sûr de lui.

Le charpentier pivota sur lui-même pour s'appuyer sur la barre tout en épargnant son bras droit toujours inerte et douloureux. Rien à voir avec le fait que cela lui permettait de parler à Keith sans que l'équipage puisse voir son visage.

"Ecoute. Je sais ce qu'il t'a fait. J'en suis désolé, et bon sang tu sais que je sais comme ça fait mal. Sur le Roger, j'aurais rien dit."

Un temps. Douloureux. Amer.

"Mais on n'est plus sur le Roger. Et si on veut y retourner un jour, faut qu'on s'organise. Et je vais avoir besoin de toi, sur ce coup-là; je ne tiendrai jamais tout seul cette bande de chacals, la moitié d'entre eux n'a jamais navigué sur un bâtiment à voiles et l'autre moitié croit qu'être un pirate ça veut dire faire n'importe quoi."

Zeb soupira, puis il prit quelques secondes de silence pour étudier le visage fermé du timonier. Il n'avait pas envie de ne lui parler que responsabilité et piraterie; au fond, le véritable problème, c'était que la Rouille avait certainement perdu ses deux fils et qu'il brûlait de dissuader un ami d'en arriver au même point. Alors, aussi précautionneusement qu'il le pouvait, il glissa:

"Ce serait peut-être mieux pour tout le monde que tu ailles écouter ce qu'il veut te dire, tu crois pas?"
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MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Jeu 6 Sep 2018 - 18:56








"Tu parles de Christo, Keith."

Y r'çoit qu'un reniflement dédaigneux en réponse. J'le r'garde même pas dans les yeux et j'veux pas savoir si c'est pour lui montrer que je m'en tamponne le coquillard ou si c'est parce que j'm'en veux.

"Ecoute. Je sais ce qu'il t'a fait. J'en suis désolé, et bon sang tu sais que je sais comme ça fait mal. Sur le Roger, j'aurais rien dit."

Pour sûr qu'je sais qu'y sait c'que ça fait. Nom d'un kraken, c'est mon ami c'vieux loup d'mer - pour c'que vaut un "ami" dans c'foutu monde de merde. Un instant une image d'Kit et ses grands yeux d'merlans face à mes histoires rocambolesques ; un bon gamin.

"Mais on n'est plus sur le Roger. Et si on veut y retourner un jour, faut qu'on s'organise. Et je vais avoir besoin de toi, sur ce coup-là; je ne tiendrai jamais tout seul cette bande de chacals, la moitié d'entre eux n'a jamais navigué sur un bâtiment à voiles et l'autre moitié croit qu'être un pirate ça veut dire faire n'importe quoi."

J'pince les lèvres, j'ai même l'impression qu'mon corps tremble sous l'effort que j'fais pour pas lui cracher à la gueule. C'mon Capitaine, c'mon ami. Et même si plus rien d'tout ça compte maintenant, j'suis un pirate dans l'âme et j'ai encore c'foutu Code qui m'retient d'lui balancer ses quatre vérités à la gueule. J'évite son regard insistant et j'fixe la bande de chacals en question : tous des bons à rien.

"Ce serait peut-être mieux pour tout le monde que tu ailles écouter ce qu'il veut te dire, tu crois pas ?"

Et là ça sort, ça explose même :

Mais t'as pas compris qu'il a rien à m'dire ? L'est heureux 'vec lui même et ses choix, même si il a laissé son foutu père en lambeaux derrière lui ça importe pas ça !

J'lâche la barre et lève les bras dans des grands gestes furieux. J'suis parti, on m'arrête plus :

Et l'Roger, t'as pas compris ça non plus ? Je m'en tamponne l'coquillard de c'rafiot : y signifie plus rien pour moi, ni lui ni son foutu Capitaine démoniaque ! Tout c'qui m'importe maint'nant c'est d'trouver c'foutu gamin et d'venger Shifty. C'EST TOUT !

J'ai gueulé fort et une bonne partie d'ces chiens galeux se sont arrêtés pour nous r'garder ; pff, même pas capables d'faire semblant d'être occupés pour tendre l'oreille discrètement.

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MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Mer 12 Sep 2018 - 2:27

Ah ça pour gueuler fort, il gueulait fort, le con. Zeb la connaissait, cette voix qui portait loin; pour faire marrer les plus jeunes, sur le Roger, la Rouille avait déjà juré que quand Keith beuglait depuis la barre, on pouvait l’entendre jusque sur le gaillard d’avant en plein coup de vent, et qu’une fois il avait même flingué un goéland en plein vol rien qu’en hurlant. C’était une bonne blague, qui plaisait toujours beaucoup.

Sauf qu’à présent, Keith gueulait, et cela n’avait rien de drôle. Rien. Dans ses mots, dans ses yeux, sur son visage, jusque dans ses mains qui volaient dans tous les sens, il n’y avait que de la colère, de la haine. Et beaucoup, beaucoup trop de douleur, tellement que Zeb en resta un instant estomaqué :

"Mais..."

"Et l'Roger, t'as pas compris ça non plus ? Je m'en tamponne l'coquillard de c'rafiot : y signifie plus rien pour moi, ni lui ni son foutu Capitaine démoniaque ! Tout c'qui m'importe maint'nant c'est d'trouver c'foutu gamin et d'venger Shifty. C'EST TOUT !"

"MAIS ARRETE DE GUEULER, MERDE !"

Le temps d’une seconde surréaliste, Zeb se figea, comme s’il était lui-même stupéfait de s’entendre crier. Oh bien sûr, il lui arrivait de hausser le ton – il pouvait difficilement superviser un équipage aux trois quarts composé d’ancien Perdus qui ne savaient rien de la marine à voile sans les secouer de temps à autres. Mais le plus souvent, quand il était en colère, il était de ces hommes dont la voix s’assèche, se fait âpre et cinglante, comme s’ils étaient moins disposés à hurler que prêts à mordre. Et si vraiment il fallait gueuler, c’était en désespoir de cause, parce que l’autre en face ne faisait même plus l’effort de l’écouter.

Mais à l’instant, Zeb n’avait pas crié par colère. Il aurait bien aimé. Mais la vérité, très simple, c’était qu’il était épuisé, qu’il avait mal, qu’il en avait encaissé beaucoup trop en une seule soirée, et que les reproches de Keith était si violents, si inattendus… Eh bien oui, qu’ils lui avaient fait peur.

On ne disait pas ces choses-là. On ne crachait pas sur le Capitaine et le Roger. Surtout pas ainsi, dans ces circonstances. La Rouille était presque choqué de réaliser à quel point, pour lui, cela relevait du blasphème.

Et à quel point Keith allait tellement plus mal qu’il ne le pensait.

Sans un mot supplémentaire pour le timonier et en ignorant avec superbe les regards peu discrets de l’équipage, Zeb fit signe à un matelot assez proche d’eux ("Toi là, tiens la barre.") avant de refermer sa main valide sur le bras de Keith pour l’entraîner jusque sur le gaillard arrière, à quelques mètres de là. Le charpentier agit vite, pour ne pas laisser le temps au Barré de se rebeller, et dès qu’ils furent un tout petit plus à l’écart des autres, la Rouille fixa son vieil ami d’un air critique :

"C’est bon ? Tu me laisses deux minutes avant de te remettre à brailler ?"

Zeb inspira à fond, avant de faire un effort presque physique pour se calmer et reprendre d’une voix à peu près stable :

"D’accord. Je te dois des excuses. Je ne savais pas que… c’était à ce point-là. Pour Shifty. Je suis vraiment désolé."

Il était sincère : il savait que Keith aimait cette gamine. Certains avaient ri, se demandant ce que la jolie serveuse à la tresse avait bien pu faire à ce taré de timonier pour le ferrer si solidement. Mais Zeb savait: Shifty avait apporté de l’espoir à Keith à un moment où il n’en avait plus aucun. C'était tout ce qu'il y avait à expliquer.

Cependant, la Rouille avait beau comprendre (hélas) ce que Keith traversait, il n’aimait pas la manière dont son ami formulait sa colère. Vraiment pas. Parce que ça ne ressemblait pas à de la vengeance.

"Mais Keith…"

Ça ressemblait à du suicide.

"Sérieusement, de quoi tu parles là ? Comment tu peux dire que y’a plus rien qui t’intéresse ? T’es pas tout seul, tu ne réalises pas ?"

Un temps, pour enfoncer le clou.

"Pourquoi tu crois que Christo était là, hier soir ? Pourquoi tu crois qu’il t’a donné ça ?"

Est-ce qu’il venait d'exploiter sciemment le souvenir d'une conversation faite seulement à demi-mots, tant elle était chargée de douleur, et de désigner le pendentif en forme de mouette caché dans les revers crasseux de Keith ?

Tout à fait. De manière parfaitement déloyale, directe et assumée.
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MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Sam 13 Oct 2018 - 18:05






"MAIS ARRÊTE DE GUEULER, MERDE !"

J'me fige et j'ai les yeux aussi écarquillés qu'lui : Zeb a jamais gueulé, ou tellement rarement que ça me paraît qu'une légende.
J'suis tellement choqué qu'j'ai la bouche ouverte mais qu'aucun son en sort.
J'me laisse tirer vers l'arrière du pont.

"C’est bon ? Tu me laisses deux minutes avant de te remettre à brailler ?"

J'me souviens que j'ai la bouche ouverte comme un poisson mort et j'la r'ferme sagement. J'peux pas nier qu'son coup d'gueule a fermé la mienne.

"D’accord. Je te dois des excuses. Je ne savais pas que… c’était à ce point-là. Pour Shifty. Je suis vraiment désolé."

Ça fait mal, un mal de chien. Rien qu'sa mention m'fait l'effet d'un sabre rouillé qui triture dans la chair pourrie d'mon cœur sanguinolant. Ouais, c'tait à c'point là. Même moi j'me l'expliquais pas trop ; les sentiments et moi on a un problème de communication, j'me contente de les ressentir, d'les subir plutôt.

"Mais Keith… Sérieusement, de quoi tu parles là ? Comment tu peux dire que y’a plus rien qui t’intéresse ? T’es pas tout seul, tu ne réalises pas ?"

J'détourne l'regard, j'préfère affronter l'horizon noir fouetté par la neige que le regard bleu acier d'mon ami.
J'suis pas tout seul…
Ça résonne dans ma tête, dans mon corps, dans l'trou purulent d'mon cœur. Et y a un écho qui lui répond.
Zeb Skelton est là, il reste là, avec moi, me parle, me tire vers le haut, malgré tout c'que je crache, tout c'que je gueule, malgré l'ciel qui va nous tomber sur l'coin d'la gueule, malgré Hook et son armée de givrés.
J'suis pas tout seul… Mais j'ai perdu Shifty. On m'a arraché Shifty. Peter Pan m'a arraché la femme que j'aime.
C'est tout c'qui compte. Voilà c'qui m'intéresse !
Et alors que j'veux balancer ça à la Rouille, histoire qu'il me lâche, y m'balance une crasse. Un coup bas, même pour moi.

"Pourquoi tu crois que Christo était là, hier soir ? Pourquoi tu crois qu’il t’a donné ça ?"

Y pointe du doigt ma poitrine et j'ai l'impression qu'y m'enfonce un poignard à l'endroit qu'y désigne.
C'est vraiment un coup d'chien galeux.
La colère flambe d'nouveau, alimentée par du ressenti, d'la déception et d'autres trucs que j'veux pas trop nommer d'peur qu'ils prennent trop d'importance.
Les sourcils froncés à s'en toucher j'pousse un grognement qui semble v'nir des profondeurs d'océan.

"Mêle toi d'ton cul Zeb."

Mais ce doigt, foutre Poséidon, ce doigt !
Il a pas l'droit, il a pas l'droit d'parler d'ça !

"T'AS PAS L'DROIT D'PARLER D'ÇA !!"

Que j'beugle avant d'me jeter sur lui, le poing fusant comme un boulet d'canon jusqu'à sa pommette que j'sens craquer sous mes phalanges.
Et avec l'élan on s'étale sur l'bois du pont sous les cris des matelots qui accourent déjà pour s'en prendre plein les mirettes : l'capitaine et l'timonier qui s'foutent sur la gueule, ils vont en avoir pour leur argents ces chiens galeux !

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MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Mar 16 Oct 2018 - 15:24

Ah oui, il avait oublié ce léger détail : Keith ne faisait pas que gueuler fort. Il cognait fort aussi.

Fugitivement, Zeb se dit qu’il l’avait peut-être un tout petit peu cherché. Il savait que le timonier prendrait mal son allusion au pendentif, seul moyen de communication que son fils lui avait laissé – Keith prenait mal tout ce qui avait un lien avec Christo, de toute façon. Mais cette fois-ci la Rouille ne comptait pas le laisser s’en tirer avec un grognement et un « occupe-toi de ton cul » : ce chieur de timonier était son ami, ne lui en déplaise, et Zeb Skelton n’était pas homme à laisser ses amis foncer dans un ouragan toutes voiles dehors.

Keith voulait crever ? Grand bien lui fasse, le charpentier ne le laisserait pas faire. Pas sans lui rappeler qu’il avait encore des gens pour tenir à lui, pas sans lui montrer qu’il avait encore un fils qui l’aimait, qui n’avait jamais cesser de l’aimer. Zeb voulait le secouer, le ramener à la réalité, l'obliger à en parler, même si cela devait mettre le Barré en colère.

La Rouille n’avait juste pas prévu que cela le mettrait tellement en colère.

"T'AS PAS L'DROIT D'PARLER D'ÇA !!"

Le coup de poing était une surprise et Zeb le reçut de plein fouet, juste sous l’œil gauche. Abasourdi par la brutalité de l’attaque plus que par la douleur, il ne réagit pas assez vite pour empêcher Keith de se jeter sur lui et les deux hommes valdinguèrent de concert, heurtant le pont sans douceur tandis que le reste de l’équipage se précipitait vers eux.

Bizarrement, alors même que Zeb se prenait une autre beigne de la part de son soi-disant ami, ce fut ce détail (les autres pirates qui s’amassaient à la poupe pour assister au spectacle) qui raviva sa propre colère : putain Keith mais sérieux ?! Même pas foutu d’avoir une engueulade entre adultes responsables, alors que la Rouille venait explicitement de lui dire que cette bande de marins d’eau douce était intenable et qu’il allait avoir besoin d’aide pour leur faire comprendre qui était le capitaine ?

Keith le frappa encore, aux côtes cette fois, juste à côté de son bras droit déjà douloureux, et cette fois-ci Zeb répliqua d’un grand coup furax qui visait la mâchoire : le brutal rappel qu’il était toujours handicapé dans un combat à mains nues avait eu l’effet d’une vilaine décharge d’adrénaline et de rancœur et soudain la Rouille était furieux lui aussi, furieux contre son corps qui le trahissait, furieux contre l’inconséquence de Keith, furieux contre l’équipage qui ne s’interposait pas, furieux contre Hook qui avait cédé à la Voix Froide, furieux contre tout ce putain d’univers imaginaire qui lui avait pris sa vie et ses propres fils et lui aussi se mit à cogner comme une brute – poing gauche, mais aussi genoux, pieds, violents mais appliqués.

Puis, brusquement, un coup de tête, qui visait bien l’arcade sourcilière – en évitant le nez de manière plus ou moins consciente, parce que cet abruti de Keith restait un pote, le con. Puis, profitant de l’effet surprise qui était de son côté cette fois, Zeb repoussa le timonier pour le faire tomber sur le côté et inverser leurs positions, en tentant de plaquer l’autre pirate au sol de tout son poids, ses avant-bras pesant sur sa poitrine et sa gorge, ses genoux cherchant à immobiliser les bras.

"Mais tu vas te CALMER, PUTAIN !"

Et même que si Keith avait besoin d’un autre coup de boule pour enregistrer le message, pote ou pas, Zeb était tout à fait disposé à le lui offrir.
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Castor Apaisé
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♦️ Ancienne fiche
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MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Dim 25 Nov 2018 - 19:11


Le Joly Roger tel que Castor l’a connu n’existe plus.
Quand son capitaine a disparu dans la gueule du Crocodile, que le froid prégnant s’est abattu sur l’île et que l’heure a été au choix, les amis l’ont abandonné, laissant derrière eux un chant terrible, vrillant les cœurs de sa plainte.

Cette litanie de deuil, ces trilles d’une sirène dont l’amour est mort, l’Aurore l’entend encore dans son sommeil.
Bercé par sa mémoire cruelle, il revoit le corps de la fille de l’Océan allongé sur le pont, redessine ce moment d’angoisse où, trop faible, il pense ne pas pouvoir rejoindre les siens, condamné à mourir ici, loin de ceux qu’il aime. Il repense à Keith avec cette douleur vive, fidèle à celle qu’il a ressenti tout au long de la soirée puis vient s’esquisser dans son subconscient son sauvetage par son Père et la Rouille.
Il se rappelle alors traverser la passerelle soutenu par eux deux, mettre pied sur la terre ferme puis rejoindre la Zorra, descendre dans la cabine du capitaine et tomber sur le lit, instant à partir duquel sa mémoire se délite, l’esprit surement conscient d’être en sécurité, se donnant le droit de sombrer dans un repos sans songe.

Il sommeille ainsi des heures et tout doucement la fatigue s’estompe, son corps recouvre sa chaleur, sa tête se met à rêver, à rembobiner les événements, les distordant avec une angoisse qu’il s’autorise enfin à entièrement exprimer et évacuer.
Prisonnier du cauchemar, il s’agite par intermittence, geint à peine mais ses yeux restent clos, les paupières bases et lourdes.
Il n’entend ni le bruit des marches ni celui de la porte qui s’ouvre quand Zeb entre le voir, vérifie son état puis repart, l’attention entièrement tournée vers le fait de ne pas troubler son sommeil.

Il reste plongé dans cette demie-quiétude jusqu’à ce qu’une série de mots vociférés avec colère éclate la bulles du rêve, l’éveille sous un frisson de panique, le fait se lever de son lit précipitamment, une quinte de toux dans la gorge qu’il peine à contenir, le cœur battant vite, trop vite sous les piques d’adrénaline.

Dehors, par delà les murs et les ponts de bois, la voix continue à crier ses paroles et Castor reconnait l’intonation du ton et la violence de l’aigreur de cet homme qui a connu joyeux, triste, saoul mais rarement comme aujourd’hui, mauvais, détruit et destructeur à croire que tout dans son cœur est putréfié.

La gorge de l’Aurore se noue sous les mots du timonier et les châles sur les épaules, le bâton à la main, il quitte la cabine, chancelant, monte l’escalier vers les ponts supérieurs.
En haut, répondant à celle du Père, une autre voix s’est élevée en opposition. C’est celle, puissante, ferme de Zeb telle que Castor ne l’a jamais entendu car rarement la Rouille sort de ses gonds, apparente tranquillité qui lui sert de contenance. Le fait même qu’il lève le ton est donc un signe d’urgence, de danger et d’impuissance qui encourage Castor a accélérer sa marche malgré le sifflement et la douleur de ses poumons, la sensation d’être voyeur, intrus et fautif dans cette dispute dont son père et lui sont les tristes sujets.

Il se mord les lèvres, le cœur au bord de celles-ci, ouvre la trappe, plisse son regard sous la morsure du froid, rate un battement quand il émerge sur le pont  et qu’un "T'AS PAS L'DROIT D'PARLER D'ÇA !!" éclate, aussitôt suivit d’un bruit de collision qui attire les bermudons curieux.
A l’extréme du gaillard arrière, une bagarre a éclaté entre la Rouille et le Barré, et les corps, poings ou  genoux, se fracassent, vident par la violence des gestes la détresse que les mots n’ont pas pu évacuer.

Ca fait mal physiquement aux deux amis qui se cognent comme des ennemis comme ça fait mal, psychologiquement à l’Aurore.
Ça détruit de se savoir la raison de cette violence quand on clame la paix et la réconciliation, blesse au point de tout vouloir arrêter, suspendre le temps pour prendre cet instant pour respirer.
Juste respirer. Evaluer. Comprendre et réattaquer par les mots, le pacifisme. Telle la parole du Messie.

Ses dents de serrent et Castor emprisonne dans ses poumons une inspiration. Un instant. Celui de trouver le courage.
Il souffle, à peine.  

-ARRETEZ.

L’ordre perce entre les silhouettes des pirates curieux qui se sont précipités quand la dispute a éclatée. Caché derrière les figures, la voix n’a pas encore de visage visible mais elle est reconnaissable entre mille, ourlée de fermeté, brodée de douleur, une dentelle fine de détresse à sa bordure.
Castor a toujours eu cette façon de parler dans ces occasions même s’il n’a pas crié comme il aurait crié avant, enfant désemparé sous le nom de Christopher.
Il s’est assagi avec l’âge, a appris à composer avec les drames et l’ardeur de la passion l’a quitté ne laissant que la droiture et la résignation dans son esprit.
Face à ces deux Pères de cœur et amis d’âme, son ton ne s’est donc pas levé ou brisé et d’un mouvement de bras, il écarte les bermudons, se fraye un chemin, appuyé lourdement sur son bâton, la jambe boiteuse, partiellement morte.
On lit sur son visage la fatigue, la maladie, la douleur, la tristesse mais aussi la détermination. Infaillible. De celle qui n’a pas peur, s’exprimera et affrontera si elle le doit.
Pour lui, pour son Père. Pour l’amour qu’il a envers celui qui chaque instant, se perd un peu plus dans la violence et détresse.








Playlist de C-M. R
l'Aurore brille en SteelBlue


Merci à Hemeros pour ce superbe dessin de Castor ♥️
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Keith Jackson
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✘ DISPO POUR RP ? : Essaye toujours et on verra bien !
✘ LIENS : Yoho, l'âme des pirates jamais ne mourra !


MessageSujet: Re: Réunion de Famille   Jeu 6 Déc 2018 - 15:47





Y rend les coups l'chien ! Heureusement qu'y rend les coups ! J'suis pas une donzelle ou une couille molle, y m'connait bien assez pour savoir qu'y faut pas m'ménager.
On cogne fort, pour sûr, mais on cogne jamais vraiment là où ça fait mal. Son bras, son foutu bras, j'crois qu'même noyé dans ma haine et ma rancœur j'pourrais jamais toucher à son bras. Incapable d'faire ça à c'lui qu'a toujours été mon ami.
Et qui m'envoie un violent coup d'boule dans l'nez : ça craque et ça pisse le sang et j'pousse un putain d'cri.
L'chien en profite pour retourné la situation et j'me retrouve coincé sous sa carcasse. J'essaye d'me débattre mais l'sang d'mon nez coule dans mes yeux et Zeb m'étrangle à moitié tout en coinçant mes bras sous ses genoux. Saucissonné comme un foutu porcelet.

"Mais tu vas te CALMER, PUTAIN !"

J'réponds par un grognement proche du cri.
J'veux pas arrêter, c'est comme une digue que j'viens d'ouvrir : ça coule à flot et ça fait du bien. J'veux frapper, j'veux faire sortir toute cette eau croupie.

"ARRÊTEZ."

C'est loin, c'est familier mais ça s'noie dans la foule de spectateurs et dans ma rage.
A travers l'sang j'distingue que Zeb au dessus, j'vois pas la foule s'écarter, j'entends pas l'baton cogner contre l'pont à un rythme claudiquant, j'vois pas Christo au dessus d'nous.
J'veux pas l'voir, j'veux pas l'entendre.

"Laisse moi crever comme j'le veux Zeb ! Y a rien d'bon sur c'te foutue Île, on aurait mieux fait d'tous s'tuer quand on est arrivé !"

C'est la rage ou l'désespoir qui parle là ? J'préfère pas y réfléchir. Ça vomit d'ma bouche comme après une putain d'cuite : ça fait mal mais ça soulage.

J'continue à m'débattre, mais plus faiblement.
J'ai fermé les yeux.
J'vois rouge.
J'vois rien.

code par trush

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