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Fib Steiner
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MessageSujet: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Mar 3 Juil 2018 - 15:06

NB :
 

***

La bouche était énorme et riait. Il entendait son cœur battre dans la moindre parcelle de son corps : ses lèvres, ses pieds, ses mains, partout.
Pire que tout, il sentait la vie, grouillante, derrière ses yeux.
La pression, l'impression que tout va jaillir.
Goût de nausée, soudaine terreur, suée.
Peur.
Peur.
PEUR.

Il se réveilla en sursaut, grelottant dans l'obscurité de la cale où il dormait avec les autres marins. Son hamac s'agitait dangereusement et menaçait de le renverser. Plutôt que de se stabilier il tendit la main vers la lampe à pétrole qu'il gardait toujours à proximité, puis battit sa pierre à briquet pour faire naître une étincelle, et rallumer la flamme.
A côté un autre marin grogna et lui ordonna d'éteindre, ce à quoi Fib répondit en approchant encore un peu plus la lumière, histoire de bien asseoir son autorité d'emmerdeur, vous voyez ?

Pourtant il n'avait pas le cœur à rire, ni à pourrir la vie de qui que ce soit. Il avait beau faire le malin, ses mains tremblaient, faisant s'agiter les immenses ombres sur les murs.
Monstrueuses ombres, qui en rappelaient d'autres.
Il ne trouverait plus le sommeil.

Le cœur au bord des lèvres – il avait décidément sacrément voyagé – Fib se tira de la toile et posa ses pieds nus sur le bois, provoquant au passage une vague de tranquillité dans tout son être.
Il n'était plus là-bas, il était revenu, et même si tous ces fantômes le hantaient, même si les voix se glissaient contre son oreille la nuit, il était toujours en vie.
Et il ne savait pas encore ce qu'il avait dû sacrifier pour ça.

Remontant l'étroit escalier qui menait au pont, Fib commença à reprendre définitivement ses esprits. Ceux qui l'auraient croisé en cet instant ne l'auraient probablement pas reconnu : son masque clownesque s'était effrité, cédant la place à un visage encore bien trop jeune, mais déjà marqué par des ridules d'inquiétude et même – ô miracle – de sérieux.
Steiner faisait surface, l'esprit clair et lucide mais un trou dans la poitrine, cette sensation de gouffre sans fin, impossible à remplir, cette douleur lancinante qui irradiait dans tout son être et demandait à être rapidement calmée, rapidement satisfaite.
Elle n'était pas là avant, il en était certain ; parce qu'à une époque il avait su la dompter, la vaincre, et oublier.
Cadeau empoisonné des Landes, te voilà.

Une fois à l'air libre, il emplit ses poumons du doux air marin. Sel sur ses lèvres et sur le bout de sa langue. Sensation sèche de la peau qui tire.
Il voulait monter, gagner en hauteur, aller embrasser ses étoiles qui savaient, seules, le rassurer et le bercer.
Mais il était cloué au sol, lumière en main, incapable d'aller parler romance aux belles des cieux.
Simplement parce que la lumière naissait de sa main, et lui coupait les ailes.

Il grogna, un grognement de dépit, un grognement de vaincu.
Fuite du sommeil. Définitive.
Il s'approcha du bastingage, à la proue du navire, puis posa ses bras solides de grimpeur, laissant son regard gris – tirant sur le bleu – fixer l'horizon qui l'invitait au voyage.

Plongé dans ses pensées il n'avait pas vu, ni même entendu, l'autre insomniaque, marcheur des nuits sombres.
C'était dire à quel point ses sens étaient perturbés.






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Aaron Dirtyhands
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Mar 3 Juil 2018 - 18:01

Parfois, Aaron avait du mal à respirer. On devrait s’en douter, en le voyant trop fumer, se délectant d’une dose incroyable de nicotine en une seule journée. On pouvait se moquer de sa manière de s’étouffer, d’happer l’air comme un affamé ; il s’en moquait, peut-être trop, d’avoir toujours l’air en apnée. 
Mais il y avait d’autres fois où c’était terrible, de le voir en une si grande peine. Le souffle erratique, urgent, dangereusement précipité, il se donnait l’impression de mourir, glissant dans une agonie sifflante. Il craignait même de s’étrangler sur la moindre particule de poussière flottant quelque part dans l’air qu’il appelait avec désespoir. 
C’était comme ça presque tous les soirs. 

Parce qu’Aaron, il se noyait trop facilement. Tiré par les bras et les jambes vers le fond, il plongeait si aisément ; il n’arrivait même pas à se débattre. Il avait beau jouer des pieds, de ses mains habiles, il n’en finissait jamais de sombrer, d’être entraîné vers les abysses. Bientôt, il fut enveloppé, étreint par l’obscurité ; ce furent les ténèbres, qui vinrent l’embrasser. Il accueillit le froid, l’aveuglement, et bientôt l’asphyxie. 
Il essaya d’hurler, de tendre la main vers un ciel qu’il ne distinguait même plus, et espéra. 
Qu’une main vînt saisir la sienne, peut-être. Ou qu’il finît par s’étouffer avant de trop souffrir. 

Et puis, il se redressa. Brusquement, tiré à ses terribles rêveries, ce fut une bouffée d’air empoissonnée qui le ramena à sa cruelle réalité. Contre son corps moite, ses vêtements collaient à sa peau opaline, une fine pellicule de sueur faisant scintiller son visage à la faible lueur d’une bougie restée à son chevet. A la surface de ses joues miroitantes, un halo carmin dansait au rythme de la maigre flamme qui s’agitait. 
Ses yeux peinaient à s’habituer à la trop grande obscurité ; et Aaron, il se mit à paniquer.
Parce qu’il avait encore peur d’être avalé. 

Alors, il se leva, attrapant sa bougie adorée, et monta à la surface. Il croyait s’échapper d’un enfer, celui de ses nuits, en redécouvrant à peine les contours d’un ciel parsemé d’étoiles. Il monta jusqu’à en oublier ses mains qui tremblaient, sa poitrine qui souffrait, ses jambes qui flageolaient ; à chaque marche menaçait de se dérober sous ses pieds. 

Puis. 
Il y arriva. Son premier réflexe fut de pencher la tête vers l’arrière, de chercher cette belle lumière argentée qui baignait le navire dans un spectacle glacé. Sa peau fut frappée d’une fraiche brise, faisant naître à la base de son échine une nuée de frissons. 
Il soupira d’aise, rapprochant la bougie de son coeur, comme pour le réchauffer.
Ou simplement éloigner les démons, les siens, tapis quelque part là où la Lune ne pouvait les chasser. 

Finalement, lorsqu’il se redressa, Dirtyhands ne tarda pas à remarquer une autre lueur, qui embrasait les draps de la nuit. Comme inconsciemment attiré par cette source éclatante, le voleur en oublia presque de s’annoncer ; mais l’autre éveillé ne semblait même pas le remarquer. Il se rassura, chassant ses angoisses en profitant de sa lampe. 
Avait-il seulement le droit de s’y réfugier ? Sa bougie était maigre, fondue, quelques gouttes de cire perlant sur ses doigts à peine égratignés. La morsure de la chaleur se mêla à celle du froid frappant ses bras dénudés. 

En réalité, Aaron s’en fichait. 
Comme il se fichait d’absolument tout. 
Mais ça, il n’arrivera jamais à le cacher : son visage brisé par la terreur, par cette peur irrationnelle. Il avait l’air trop effrayé. 
Comme à peine tiré de ses cauchemars. 

Puis, finalement, à la lueur de la lampe, il commença à reconnaître les traits de cet autre fugitif nocturne. Son masque était brisé, son regard moins vaillant, mais il y avait des détails qui ne trompaient pas ; ses yeux, notamment. 
Fib. 
Certainement la dernière personne qu’il pensait croiser ici, dans sa ronde damnée. 

L’apprenti cuisiner pensa alors à s’éloigner, à se poster ailleurs ; tant pis pour la lumière. Mieux valait certainement conserver un semblant de fierté que de se confronter ainsi à une rencontre à coeur ouvert. Il ne pouvait exposer ses faiblesses, qui se lisaient trop facilement sur son visage. 

Alors, il commença à reculer, d’un pas prudent. Passant une main dans ses cheveux bruns, il ne faisait pas encore suffisamment attention au vent, qui se mit à souffler plus fort, ni aux fins flocons qui chutaient sur le pont. 

Dans un souffle, et il jurerait qu’il venait d’un démon moqueur, la flamme de sa bougie mourut. 

« Merde, jura-t-il, baissant les yeux vers le morceau de cire difforme resté dans sa main. C’est pas… »

Vrai. 
C’est pas vrai. 
Mais si, Aaron ; tout ça, c’est réel, même si ça ressemble à un cauchemar. 
T’es abandonné dans le noir. 

Alors, il s’approcha encore, se réfugia. Sans un mot, sans un cri, il avala la distance qui le séparait de cette lampe allumée. 
Il se posta à peine près de Fib, qui cette fois-ci, ne put que le remarquer. 

« Salut. »

C’est ça, Aaron, joue la carte de la cordialité. 
T’arriveras pas à cacher longtemps que t’es juste terrorisé.
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Fib Steiner
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Mer 4 Juil 2018 - 0:20

Le « merde » attira son attention. On n'allait pas se mentir, le Tétrodon était du genre à aimer tout ce qui entrait dans le domaine de la scatophilie la plus élémentaire. Le flot de détritus qui coulait sans cesse de sa sale grande bouche entrait dans une dimension de pourriture et d'excrément, qui avait depuis longtemps dépassé le stade du correct.
C'était en partie ce qui l'aidait à se différencier d'un enfant. Il se roulait dans sa fange, baladait sa langue sur les viscosité répugnantes pour les recracher avec vivacité, et faire pourrir toujours plus profondément l'esprit de ses victimes.
Morsure terrible.

Il redressa la tête, posa sur le nouveau venir son regard dans lequel couvait à nouveau la démence.
Et il sourit, reconstitua son masque morceau par morceau, une protection épaisse contre l'extérieur.
Contre l'autre.
Une muraille trop dense pour un cœur trop mince.
Aucune faiblesse.
Attaque le premier, mords dans la nuit déchire, détruis.
« Saluuuut »
Ses mots suintaient la douceur écœurante du miel douteux. Danger.

Une approche. Oui. Fib Steiner s'approcha, gomma la distance sans pour autant être trop près. Il fixa et fixa, déshabilla sans pudeur puis inspira longuement avant de cracher :
« Tu pues la peur ».
Et lui aussi, oh oui... lui aussi. Et comme tout animal effrayé il montrait les crocs en premier, soulevait le voile sur les faiblesses des autres pour ne pas voir les siennes.
« Qu'est-ce qu'un tout petit être comme toi viens faire ici, tu fuis la nuit et ses vilains, oh oui siii vilains zombies ? »
Il claqua des dents à plusieurs reprises, fort, à s'en faire trembler la mâchoire.
Mordre, mordre, mordre.

L'apprenti cuistot était réputé dur à cuire, difficile à effrayer, pas le genre à se laisser intimider – pas comme un tendre petit mousse de sa connaissance – mais Fib ne faisait jamais le tri dans ses victimes, surtout parce qu'il n'était pas bien dangereux.
Juste très con.

« Et on n'a pas de lumière pour fuir le manteau des ténèbres, alors on vient voir ce cher petit Tétrodon, pour ne pas devenir aveugle, pour ne pas se faire engloutir »
Théâtre, les gestes qui accompagnent, les mains qui ferment les yeux puis les rouvrent vite, pour ne pas se retrouver trop longtemps dans l'obscurité des paupières.
« On fuit le lit et les cauchemars et on perd ses pas sur le pont. Pat, pat, pat... qu'est-ce que c'est ? Le bruit des pieds du petit cuistot... »
Il partit d'un rire saccadé, un rire parfaitement faux, parfaitement forcé, et qui mourut lorsqu'il enfouit son visage déformé dans ses mains abîmées et tannées.
Elles sentaient la peur elles aussi.
Et son esprit était beaucoup trop clair, beaucoup trop lucide. Ses pitreries ne suffisaient pas et il espérait que ce garçon là, encore si jeune, encore si frais, arriverait à l'occuper.
A l'oublier.






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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Mer 4 Juil 2018 - 19:51

Evidemment, il aurait dû s’en douter. Au bal des déjantés, c’était souvent la nuit que les déments s’offraient leurs valses. Danser sur le fil de la folie, les insomniaques et autres noctambules savaient faire. Lui-même osait encore se targuer d’une certaine sainteté d’esprit, mais ne saurait promettre de la conserver pour toujours : il naviguait sur des eaux trop troubles pour se jurer d’arriver au port de la raison à chaque voyage dans ses songes. D’un regard impassible, puisqu’il était toujours ainsi, Aaron observa les réactions singulières de son interlocuteur d’infortune. Il s’exprimait d’une voix traînante, inquiétante pour ceux trop habitués aux chants douloureux de timbres plus chaleureux. Si seulement le cuisinier était normalement constitué, ou possédait simplement plus d’humanité, il n’hésiterait pas à affirmer qu’il fuirait comme la peste face aux frissons d’effroi que ses mots feraient naître en lui. 
Mais Aaron était un monstre d’impassibilité ; un monstre tout court, peut-être. Il s’acharnait parfois au lieu de reculer, frappait plutôt que de caresser. Il était une contradiction à lui seul, et osait s’en amuser. Puis, finalement, peut-être était-il silencieusement animé par la même logique que ce détraqué de Steiner : être son plus grand ennemi, pour ne jamais être terrassé. Si seulement il s’érigeait en véritable démon, en abomination, il n’aurait à craindre les vices du monde extérieur et de ses parasites. 

Cela ne restait que supposition. En vérité, Aaron était trop las et paresseux pour y réfléchir dans l’immédiat. En proie à des frayeurs trop vives, puisque trop récentes, il ne pouvait que se concentrer sur l’instant présent. 
Et ce dernier ne lui plaisait pas. 
Fib pointait d’un doigt accusateur ses failles, les faiblesses qui se lisaient sur son corps malmené par la fatigue et l’angoisse. Il devinait les cercles bleutés décorant ses yeux éteints, sa posture amochée par le manque de sommeil, la fine pellicule de sueur froide faisant luire la surface de sa nuque. 
C’était facile à deviner, malgré son masque glacé et ses coups d’oeil assassin. Il était brisé, ainsi lancé dans l’obscurité. 

Mais Aaron était observateur, lui aussi. Et lorsque Fib ne l’avait pas encore aperçu, trop plongé dans ses rêveries qu’il devinait chaotiques, le pirate s’était amusé de l’inattention du gabier pour reconnaître les mêmes indices sur son visage transformé. 
Alors, discrètement, Aaron se mit à sourire ; à la manière sardonique d’un démon, le voilà revêtant ses habits de luciférien trop longtemps apaisé. Il haussa une épaule, s’accouda contre le bois. 
Ne le lâcha pas un seul instant du regard. 

« Tu parles de moi, Steiner ? Ou de toi ? »

Inclinant légèrement la tête sur le côté, Dirtyhands se donnant un air puant de fausse innocence. 
Il transpirait l’arrogance. 
Après tout, au concert des apparences, n’était-il pas un maestro ? 

« Puisque tu as l’air si assuré, tu ne vois aucun inconvénient à ce que je te pique ta lampe ? J’ai la vue qui baisse, j’en aurais bien besoin. Après, c’est promis, je te laisse tranquille. »

Il parlait avec trop de fierté. Déjà, sa main experte s’approchait de ce bien trop précieux, de ce soleil ambulant. 
Il cherchait à tâtons la chaleur, ses doigts galopant contre le bois. 
Tap, tap, tap. 
La voilà, cette mélodie agaçante, de celui qui s’impatiente. 


« Qu’est-ce que tu en penses ? »
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Jeu 5 Juil 2018 - 14:25

Le sourire du Tétrodon se figea et – si sa bouche continuait à former la demi-lune – son regard s'était fait plus dur et plus lucide.
Calme du danger.
Une main déterminée se referma aussitôt sur le poignet de l'apprenti cuistot, l'empêchant ainsi de continuer sa progression. Le gabier ne serrait pas fort, il était facile de se dégager et il ne cherchait pas à faire mal.
Mais la poigne était menace, une menace claire, qui prévenait que s'il continuait, Dirtyhands ou pas, bon combattant ou non, ses côtes auraient la visite des couteaux du Tétrodon.
Un avertissement, une parade pour éviter un affrontement. Si la personne en face était sensée, tout se passerait bien.
D'ailleurs Steiner s'éloignait déjà, rendant à son interlocuteur sa liberté, à peu près conscient que seul la nuit avait peut-être empêché de déclencher une bagarre.
La nuit et les règles du capitaine.

Il ne reprit pas son air fou et hypocrite, conservant un visage étonnement grave, un visage nocturne.
« Regardez-moi ça, la petite tambouille qui vient tutoyer le pas bien méchant gabier...  J'en pense que si tu poses une seule main sur ma possession tu y perds tes doigts, aussi hargneux sois-tu. Je n'aime pas beaucoup mordre, mais je mords fort »
Demandez à n'importe laquelle de ses vict...
Ah non... il n'en avait presque pas fait, en réalité. La parade d'intimidation était probablement assez efficace. Quelle chance !

Une douleur atroce lui déchira la poitrine et il grimaça, fixant soudain la rambarde en respirant profondément par le nez.
Putain de Landes. Il devait rallumer la folie avant qu'elle ne s'éteigne de trop. C'est que c'était difficile à entretenir ces choses-là, surtout avec un esprit aussi affûté que le sien.
Plus particulièrement la nuit.

« Je pensais pas qu'un gars comme toi se faisait dessus dans son lit. C'est drôle d'imaginer le vilain apprenti frigo aussi craintif qu'un putain de chiard dans le noir »
On pouvait lui retourner le même reproche et il en était parfaitement conscient. Fib n'avait pas peur de grand chose, en partie parce qu'il était trop extrême pour vouloir préserver sa vie alors, forcément, l'idée de se découvrir une faiblesse aussi énorme n'était pas pour lui plaire.  

« On va passer un deal, petit con, je laisse ma lampe au milieu le temps qu'on puisse rentrer sans se chier dessus, et en échange tu ne parles pas de ma frousse, et je ne parle pas de la tienne. Les bons comptes font les bons amis paraît, j'suis pas prêt d'être ton pote, mais au moins on sera tranquille. »
Et comme à son habitude il se décida à sceller l'alliance dans une bonne vieille poignée de main. Hop, on monte la paume vers les lèvres, un bon crachat dynamique et voilà qu'il tendait en direction du jeune gars.
« J'adore faire ça, ça m'excite »
Mon cul ouais.






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Dernière édition par Fib Steiner le Mar 10 Juil 2018 - 11:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Jeu 5 Juil 2018 - 19:55

Qu’importaient les injures lancées à son encontre, l’air menaçant que Steiner abordait en le lorgnant de son regard enragé ; il avait obtenu ce qu’il voulait. Une réaction, aussi vive qu’il l’avait espérée, avait émané du gabier. Sa main s’était refermée avec une ferme emprise sur son poignet, lui interdisant formellement d’approcher ses doigts de voleur de son bien précieux. 
Il l’admettait. Pire, il n’avait pas cherché un seul instant à le nier : il avait peur, lui aussi. Terriblement peur à l’idée d’être plongé dans une obscurité trop gourmande, qui risquerait de l’avaler dans ses profondeurs infinies. Il était terrifié face à l’image d’un néant l’engloutissant dans ses mers visqueuses et drapées de ténèbres. 
Il était un peu comme lui. Pire, Aaron eut l’impression de se confronter à une version troublée de son propre reflet. Etait-ce à cela qu’il risquait de ressembler, si seulement il s’abandonnait à la tendre étreinte de la démence ? Sa langue se fourcherait-t-elle sur une vulgarité à peine retenue, en viendrait-il à rire avec sénilité et un rythme décousu ? 


Il préférait ne pas y songer. Plutôt, il se contenta d’esquisser son sempiternel sourire d’enfoiré ; une signature bien à lui, qui ponctuait ses réussites comme ses larcins discrets. Dans sa défaite, il avait arraché à Fib une petite victoire. Il esquiva d’un regard las les moqueries de son interlocuteur, sachant pertinemment qu’il pourrait facilement les retourner contre lui. Peut-être le savait-il, d’ailleurs, ce qui expliquerait sa manière si précipitée d’essuyer ses bavures à son compte. 
Aaron s’en moquait, d’être tourné en ridicule. Il connaissait sa valeur, il le pensait, au moins. 


Il se redressa à peine, lorsque Fib proposa ainsi de placer cette incident sous le signe de la confidence. Un secret bien gardé par deux bouches venimeuses, l’une se tordant dans un rictus fou, l’autre perdue dans une courbe silencieuse. Il tendit une main poisseuse, pour sceller cet accord. 
Aaron se rappela de ces trêves conclues entre garçons perdus. Cracher dans sa main, serrer l’autre, et ne pas un seul instant se lâcher du regard. 


« Deal, dit-il tout simplement. »


Il l’imita, portant sa main vers ses lèvres légèrement gercées, avant de la tendre vers le tétrodon. 
Il la serra d’une poigne assurée, réfrénant une grimace dégoûtée. 


Cela ne dura que quelques secondes, mais assura une nouvelle éternité. 
Ils se lâchèrent dans un soupir. 


« Tu as une bien belle manière de t’exprimer. J’avais oublié. »


Il était cynique, bien plus lorsqu’il était fatigué. Sans filtre, les mots s’échappaient d’entre ses lèvres à la volée. 
Il haussa les épaules, se tournant vers l’horizon. Manches retroussées, regard perché vers les étoiles scintillantes, il retrouva un peu de tranquillité. Doucement, les signes d’une peur viscérale fuirent son corps. Il paraissait plus apaisé. 
Paraissait seulement. 
Son coeur continuait de battre trop fort. 


« Au moins, la vue est agréable, dit-il en plongeant une main dans sa poche, là où il savait en permanence dissimulé un paquet de cigarettes entamé. Pour la compagnie, on repassera. »


Le voilà piochant sa dose de nicotine en barrette du bout des doigts, l’approchant de la flamme de la lampe. La seconde suivante, il vint pendre la cigarette à ses lèvres, inspirant longuement. Un nuage de fumée vint polluer sa vue, troubler l’air ; mais c’était trop bon. 
Ça calmait les nerfs. 

« T’en veux une, ou tu vas me mordre la main si j’te tends le paquet ? »
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Mar 10 Juil 2018 - 12:14

Des sourires, des sourires... un duel de grimaces différentes, de masques qui collent et claquent et se gluent à la chair au point de la faire fondre.
Ne reste plus que le squelette abimé, le pantin désarticulé au visage de bois. C'était ça le JR, pour beaucoup d'anciens GP. Oh les matelots originaux avaient gardé la tête sur les épaules mais les autres...
A bien y regarder ils étaient beaucoup trop abîmés. Les risques de la haute mer.

Bien... au fond c'était un deal de dupe, du genre à la Faust et Méphistophélès : comment savoir – avec deux enfoirés pareils – s'ils allaient tenir parole ? Impossible, mais c'était mieux que rien, n'est-ce pas ?
Et puis... en réalité certains pirates devaient bien se douter que, si le Tétrodon se levait si souvent dans la nuit, ce n'était pas simplement pour aller pisser sur le pont, comme il le prétendait.
Oh bien sûr il le faisait parfois, au passage, pour emmerder ceux qui nettoyaient et se venger de sa nuit de merde.

« T'aimes mon langage fleuri ? Si t'es sage je t'apprendrai le même, ça t’ôtera peut-être le balai du cul »
Non mais c'est vrai quoi... il pouvait presque rivaliser avec La Mouche, c'était pour dire ! Mais bon c'était normal : il était jeune, tout nouveau pirate... au début on voulait en imposer, histoire de faire oublier que, lorsque le soleil tapait un pu trop, on ne montrait aucune ombre. Et puis le gars avait l'air du genre renfermé et pas franchement taquin. Ca lui donnait d'autant plus envie de l'emmerder mais, d'un autre côté, le petit saligaud l'avait joué fine en se proposant comme cuistot. Pas envie de se retrouver avec des trucs dégueu dans son assiette. Par exemple des brocoli. Des choux de Bruxelle...

Pour la blague – et qu'est-ce que c'était drôle, diantre – Fib était bien tenté de lui choper le paquet pour le bouffer ; mais ces trucs que fumaient certains pirates et GP lui collaient la nausée, probablement parce qu'elles lui rappelaient un adulte, loin dans son passé.
« Je préfère pas, je maîtrise pas toujours mes dents. Note ça pour plus tard, on sait jamais, si l'envie te prend de me tendre ta queue. »
Toujours dans la finesse, toujours dans la délicatesse, loin de l'éducation qu'on lui avait enfoncé dans le crâne et dont il venait tout juste de se souvenir.
Parler correct c'était re-devenir un enfant de l'Autre-monde. Hors de question.

« Bon après, si t'as envie de profiter de la nuit pour faire des galipettes, je connais un joli coin pour t’explorer le troufion. Mais je suppose que mossieur est du genre à pas faire ce genre de truc, hein ? On est bien élevé, bien coincé, bien frigide. Dommage, t'sais pas ce que tu perds »
Rien, strictement rien.
« Après tu changeras d'avis et tu te diras que le gabier est un drôlement bon coup, avec un madrier aussi costaud que le grand mât »
Et ça le faisait rire, mais un rire sans joie.
Il cherchait, mettait mal à l'aise, essayait de déstabiliser ce type qu'on disait difficile à perturber.
Il tentait quand même : moyen comme un autre de récupérer sa lampe, et sa nuit.






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Dernière édition par Fib Steiner le Mer 18 Juil 2018 - 15:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Ven 13 Juil 2018 - 13:04

La vulgarité, Aaron avait fini par s’y habituer. Sur le pont du Jolly Roger, les chants des marins se teintaient souvent de nuances plus viciées, bien moins innocentes que les comptines chantonnées par les douces voix des mères et des apprenties nourrices. Ici, tout puait l’excès, l’abandon de sa vertu ; dans les embruns d’alcool, les nuages de fumée s’élevant dans les airs comme un mauvais présage, les allers et retours vers la maison close du port, il n’y avait plus aucune place pour un semblant de candeur. 
Ainsi, les mots de Fib parvinrent aux oreilles du pirate comme une mélodie redondante ; une musique d’ambiance qu’il avait l’habitude d’entendre. Chacune de ses phrases se donnait même de drôles d’air de poésie, si on aimait le lyrisme de ces obscénités pleines de fantaisie. 

Il était certain que cette façon de s’exprimer contrastait grandement avec la retenue naturelle de Dirtyhands. S’il lui arrivait de laisser un juron passer la barrière de ses lèvres dans un élan de contrariété, il était bien plus rare de l’entendre plaisanter sur des sujets invitant à toutes les décadences ; le sexe en faisait partie. Loin d’être pudique pour autant, et le gamin possédant son lot d’expériences, il n’avait jamais ressenti le moindre besoin de s’éterniser sur le sujet. 
Contrairement au gabier qui paraissait bien enclin à s’y attarder. 

Lorsque le tétrodon répondit ainsi à sa remarque concernant une éventuelle morsure, Aaron ne put s’empêcher d’arquer un sourcil. Non, il ne s’était pas attendu à une telle réponse. Qui aurait pu ? 
Il se contenta de hausser une épaule. 

« Je retiens le conseil, si un jour l’occasion se présente. »

Au fond, Aaron n’était pas certain de reconnaître la démarche de Fib. Était-ce un tentative de détendre l’atmosphère en traitant de sujets aussi futiles, ou bien cherchait-il au contraire à le répugner au point de le faire fuir ? Peut-être était-ce simplement sa nature, de provoquer ainsi sur des terrains glissants. 
Malheureusement pour lui, qu’importaient ses tentatives et leur but, Dirtyhands était de ceux qui ne s’offusquaient de pratiquement rien. Il était une éponge, absorbant les informations, les gardant en lui un temps pour pouvoir mieux les recracher plus tard. Il s’habituait rapidement, pour ne jamais perdre le contrôle. 
Difficile de le contenir face à quelqu’un d’aussi imprévisible, songea-t-il néanmoins. Peut-être que s’il se risquait à trop lui répondre, le gabier mettrait en pratique ses idées lubriques. 

Il préféra secouer la tête, pour chasser ces viles idées de son esprit déjà bien encombré. 

« Eh bien, je n’étais pas encore au courant d’une telle réputation. Je suis ravi de l’apprendre. S’y songerai, si un soir je me sens trop seul dans mon hamac. »


Il plaisantait : du moins essayait. Si Aaron était doté d’un sens de l’ironie plutôt aiguisé, son humour laissait souvent à désirer. Il n’avait rien d’un pitre, mais d’un cynique trop désabusé. 
Un mec ennuyant à souhait, pour la plupart des détraqués. 

« Je suis peut-être trop romantique. Je crois encore au prince charmant, et attends le troisième soir avant de m’offrir. Il faudra m’en excuser. »
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Mer 18 Juil 2018 - 16:08

« Si un jour l'occasion se présente »...
Ouais... probablement quand les mouettes cesseraient de vous chier dans la bouche. Il avait beau se la péter le Tétrodon, il avait beau parader et raconter ses histoires de cul, fallait pas pour autant oublier qu'il était parfaitement puceau, et que de nombreux membres de l'équipage l'avaient bien compris. Il ne cherchait pas à s'en cacher d'ailleurs, ça ne l'intéressait pas ces choses-là, contrairement à ce qu'il disait. Les choses du sexe – comme on dit dans les bouquins – ne l'agitaient pas, et il préférait largement cracher un bon vieux bobard qu'un long jet de mini-lui.
Il ne pouvait physiquement pas, de toute façon, alors c'était réglé.
Mais ça, mis à part le Dragon, personne ne le savait.

« T'es sérieux ? J'suis triste, moi qui espérais te voir filer dans l'autre sens. J'avais oublié que t'étais pas un gars rigolo facile à choquer, hein ? Le Bâtard ? »
La tentative de second degré était pas trop mauvaise, puisque Fib la sentait. Il voyait bien quelles armes maniait le cuistot, elles étaient claires dans son esprit. Il aimait la sonorité de l'ironie méprisante, du cynisme mordant, et un peu distant.
« Mes vieux m'ont toujours dit que les types qui utilisaient l'ironie et l'humour étaient ceux qui avaient le plus besoin de se protéger. C'est vrai ça mon mignon ? T'as des trucs à l'intérieur de toi que tu veux pas voir approcher ? »
Ses vieux...
Envie de vomir rien que d'y penser. Putain de souvenirs : il espérait qu'ils s'effaceraient vite, à nouveau, que son esprit serait nettoyé du passé et des rancœurs qu'il charriait, dans un grand torrent de boue visqueuse.
Le genre qui vous rentre dans la bouche et vous noie.

En attendant... c'était assez drôle de jouer avec ce genre de gars, il n'avait pas l'habitude... c'est sûr qu'à côté du Mousse, il n'y avait pas photo point de vue caractère. Avec un peu de chance Fib pousserait plus loin, se prendrait un joyeux pain dans la tronche et ça occuperait le reste de sa nuit.
Il était heureux rien que d'y penser et cette idée lui donna des ailes.

Volage, pas innocente, lourde et grasse, sa main alla se poser sur celle du cuistot, insistante, lourde, écœurante.
Au second degré il fallait opposer le premier degré, beaucoup plus drôle.
« J'aime le petit côté princesse, ça change des noctambules habituels... Mais tu vois, moi j'suis pas trop du genre patient... »
Ni du genre charmant, d'ailleurs.






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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Dim 22 Juil 2018 - 15:28

Aaron fronça les sourcils, et ce fut une réaction suffisamment importante pour être soulevée. S’il avait manqué d’esquisser un rictus moqueur face aux paroles désinvoltes de son interlocuteur, teintées de la même vulgarité que les précédentes, c’était désormais une expression bien plus sérieuse qu’il affichait. 
Ses vieux, qu’il avait dit ; ses parents. Il s’en souvenait donc ? Il avait cette chance - ou alors ce fardeau ? C’était si rare pour eux, les bannis, de conserver des fragments de leur passé. Lui-même n’était plus certain de pouvoir reconstituer le tableau de son enfance passée dans l’Ordinaire, si bien que lorsqu’il lui semblait effleurer un souvenir du bout des doigts, il ne savait jamais s’il s’agissait réellement d’un morceau de réalité ou bien une illusion arrachée à ses rêves. 
Il savait qu’il avait eu une mère. Ça, il en était persuadé. Passée cette fine frontière entre l’éveil et le sommeil, il lui semblait encore sentir une tendre caresse invisible passer sur son front dans un geste tendre ; il était persuadé qu’il l’avait connue, cette main délicate, et qu’il l’avait aimée. 

Mais c’était tout. Des odeurs, quelques couleurs, peut-être les tintements d’un rire, voilà les seules choses qui revenaient à la lisière de sa mémoire. Le reste était bloqué quelque part, arraché : il ne se souvenait de rien. 
Juste d’avoir adoré quelqu’un. 

Dirtyhands fut arraché à ses profondes réflexions lorsque la main du gabier se posa sur la sienne. Frissonnant d’effroi face à ce contact volé, le voleur ne put s’empêcher d’afficher l’espace d’une micro-seconde une mine révulsée. 
Il fronça encore les sourcils. 

Il n’était pas du genre patient, alors. Cela ne l’étonnait pas. Néanmoins, Aaron avait peur de voir cette mise en scène ridicule tourner à son désavantage. Qui sait, peut-être Steiner était-il sérieux dans ses propositions douteuses. 
Il osait encore espérer que non. 

Dans un geste lent, le cuisinier tenta alors de récupérer la liberté de sa main, la faisant glisser jusqu’à lui. 

« Malheureusement, les princesses ont besoin de temps, plaisanta-t-il dans un haussement d’épaule. De la galanterie, un cheval blanc, ce genre de conneries. »

Bref, toutes les choses qu’il détestait. Car si Aaron était loin d’être une princesse, il s’éloignait aussi bien du portrait d’un preux chevalier, hardis et prêt à libérer sa belle. Il n’était pas non plus le dragon gardant la tour, crachant du feu et attaquant des innocents. 
Non. Lui, il était plutôt la tour. Un obstacle inoffensif, fermé, secret ; fait de briques et de lierre. Il était l’infranchissable, il était la forteresse. 
La menace silencieuse. 

Mais ce n’était pas le plus important. 
Ce qu’il avait dit précédemment l’intriguait toujours. 

Il se racla la gorge, comme pour signaler le changement soudain de sujet. 

« Tu as parlé de tes parents, reprit-il en se tournant vers le tétrodon. Tu te souviens vraiment d’eux ? Jusqu’à te rappeler leurs mots ? »
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Jeu 23 Aoû 2018 - 18:14

Si quelqu'un avait osé le traiter de « princesse », le tétrodon aurait pas apprécié, lui. Fallait dire que niveau virilité, il avait un petit truc à compenser, voyez ? Il était un bonhomme, un vrai, un poilu, un costaud, un sale.
Un mec. Du moins dans son esprit.
De toute façon le cheval blanc ça passait pas sur le pont, et la robe rose à paillettes c'était pas super pratique dans la jungle. Quoique... le côté « je chante et j'ai toute la nature au cul pour me le lécher », ça avait un côté pratique dans cette île de merde. « Fib, roi des chimères ». Ça sonnait bien, ça l'aurait presque fait marrer au point d'en oublié qu'il était perdu en plein milieu des ténèbres, avec juste sa petite lampe pour lui épargner un moment de panique.
Chut. Fallait pas y penser, se concentrer sur le cuistot plutôt.
Vital.

On lui offrait d'ailleurs un autre sujet de concentration : pas plus agréable cela dit. Il grimaça, ne cachant pas son dégoût à l'idée d'évoquer ce merdier. Pas du genre à cacher ses émotions le gabier, au contraire il fallait les laisser vivre et remplir.
Sauf la peur, évidemment. Bien pour ça qu'il répondit :
« J'avais oublié, comme tout bon gars qui débarque ici et se voit piquer sa putain d'ombre. J'ai plus de notion du temps, j'ai perdu le compte et j'avais effacé toutes les conneries de l'autre monde mais... »
Mais il s'était donné pour objectif de récupérer ce que Peter leur volait à tous. Une sacré bêtise, surtout quand on allait chercher le tout dans un endroit beaucoup trop dangereux. Même pour lui.
« Je pensais que les Landes pourraient apporter une réponse à mes questions. Des réponses elle en a apportées, mais pas les bonnes et je me foutais pas mal de ce que ce maudit endroit m'a foutu dans le crâne. »
Les sons, les odeurs et surtout les voix, qui tournaient dans sa caboche à des moments incongrus. Il avait quitté la folie épaisse dans laquelle il évoluait avant, pour prendre le regard froid de la lucidité. Fou il l'était toujours mais par volonté, par nécessité. Et ça ne cachait pas suffisamment la musique cartésienne de son esprit revitalisé.
Une malédiction.
« Toutes les foutus sentences, les leçons, mon ancienne langue même... tout est dans mon crâne. Si je suis venu ici c'était pour fuir, ça aussi je m'en souviens. Probablement pour oublier aussi. La Lande le savait... elle est vivante, j'en suis sûr ! Elle savait que ces souvenirs me rendraient dingue ! »
Évoquer le sujet était plus libérateur qu'il ne l'aurait pensé. Entendre sa voix dire à haute voix ce qu'il pensait s'avérait purificateur. La peur était toujours là mais elle rétrécissait, se tassait dans le fond de son estomac et se roulait en boule, probablement dans le but de dormir, un petit somme rapide avec de commencer à le bouffer ; à nouveau.

Il posa ses mains bien à plat sur le bastingage, le souffle trop rapide.
L'angoisse. Elle était là, lui nouait la gorge. Elle ne s'était pas couchée finalement, avait simplement remonté sa trachée pour s'y lover un temps.
Peur de l'avenir.
Putain. Ouais il était définitivement un adulte maintenant, hein ? Y'avait qu'eux pour flipper en regardant plus loin.
« Un aveu pour un aveu mon gars, rien n'est gratuit à bord. Pourquoi le noir te fait mouiller les draps ? »
Une faiblesse contre une faiblesse. Anarchique, bordélique, dangereux, timbré, certes... mais l'égalité c'était un truc qui lui plaisait bien aussi, à Steiner.






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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Lun 3 Sep 2018 - 14:35

Aaron ne s’était pas attendu à obtenir une telle réponse ; en fait, il avait même prédit le silence de son interlocuteur face à son interrogation. Parce que lui même n’aurait certainement pas offert de pareilles confidences à un inconnu, une simple rencontre nocturne. Il se serait fermé, aurait protégé ses sentiments par un mutisme dérangeant, une barrière de glace contre ses lèvres closes. Il aurait baissé le regard, prétextant une feinte réflexion, avant de chasser les questions de son camarade d’un mouvement nonchalant de la main, comme pour en balayer les poussières virevoltant dans l’air.
Il n’aurait rien avoué, rien dit, pour ne pas qu’on puisse retourner ses souvenirs contre lui. Le percevoir comme un être faible, attaché à une forme de chimère, une nostalgie infantile. Il n’était plus un gosse accroché aux jupons de sa mère, et encore faudrait-il qu’il pût se souvenir de son visage. 
Alors il se contenta d’écouter, assistant aux effusions sentimentales du gabier. Si la plupart des bannis aurait évoqué son passé avec une certaine forme de tendresse, ce n’était certainement pas le cas de Steiner : sa voix était parasitée de peur et de dégoût. Il crachait sur les fragments de mémoire qu’il avait soutirés aux Landes, ternissait le peu d’informations qu’il détenait. 

Etait-il à ce point traumatisé ? Ses terreurs nocturnes et sa phobie de l’obscurité provenaient-elles de là ? C’était l’explication la plus plausible. 
Ainsi, Fib était venu à Neverland pour fuir l’Ordinaire. Encore un, songea Aaron en levant les yeux vers les étoiles. Environnement abusif, pauvreté ou abandon, rares étaient les gosses qui avaient suivi Peter Pan sans avoir envie de simplement quitter leur enfer. 
Mais il n’avait pas ce sentiment là, Dirtyhands. Il n’était pas certain d’avoir choisi de s’en aller pour s’échapper d’une terrible situation : cela ne lui ressemblait pas, de toute façon. L’avait-il fait simplement pour lui, ou pour quelqu’un ? 
Non, impossible, il était trop égoïste. Jamais il n’aurait changé de monde simplement pour les beaux yeux d’une autre personne. 

Sauf peut-être une. La seule qu’il avait un jour réellement aimée. 
Il préférait ne pas y songer. 

De toute façon, Aaron n’eut nullement le temps de se plonger plus longuement dans ses réflexions : Fib lui posait en retour une question. 
C’était à prévoir. Oeil pour oeil, dent pour dent, secret pour secret. Il lui fallait répondre, mais Dirtyhands savait pertinemment que tout ce qu’il avait à avouer n’était pas aussi précis que ce qu’avait pu délivrer Steiner. 

Lui ne se souvenait de rien. 

« Je vais sûrement te décevoir, mais je n’en ai aucune idée, répondit-il dans un haussement d’épaules. Depuis que je suis ici, je ne supporte pas l’obscurité, et je n’ai jamais su dire pourquoi. »

C’était plus fort que lui. Comme son don pour le vol, ses manies qui semblaient ancrées en lui, la peur du noir faisait partie intégrante de son patrimoine génétique. Il s’agissait d’une réponse que son corps offrait sans raison aux ténèbres ; une terrible panique parfaitement irrationnelle. 
Inexplicable. 

« Contrairement à toi, je ne me souviens pas de ma vie dans l’Ordinaire. J’imagine que l’origine de ma… peur s’y trouve. Tant pis. »

Au fond, il n’avait pas non plus envie de savoir pourquoi il en venait à détester la nuit, pourquoi ses yeux s’accrochaient avec désespoir à la moindre trace de lumière. 
Il n’avait pas envie de s’avouer ses propres faiblesses, au fond, et encore moins de pouvoir les expliquer. 

« Pourquoi t’as fait ça ? Ne pas te souvenir, ça ne te suffisait pas ? »
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Dim 16 Sep 2018 - 23:17

Fib Steiner était un bavard, il pensait que c'était de notoriété publique, d'ailleurs. Sa gouaille légendaire avait passé les frontières, au point même que certains sauvages préféraient s'enfuir plutôt que de l'affronter : il ne fallait pas prendre le risque d'avoir les oreilles prises dans ses conneries. Bavasser et mitonner c'était son fond de commerce ; lui aussi jouait les cuistots en un sens, à sa manière, sa petite tambouille au jus de mensonge et pointe de mégalomanie. Les petits secrets et les longs silences c'était pour les faibles, et ceux qui ne savaient pas jouer avec les mots.
Lui n'avait pas peur. Plus peur.

« Oh je n'ai jamais d'attente, comme ça je suis sûr de ne jamais être déçu, tu vois ? Vous avez tous oublié, l'île a tout nettoyé à moins que... »
Oui à moins que... à moins que quoi Fib ? Finis donc mon jeune ami.
« A moins que tu l'aies laissée faire, parce que tu voulais voir tous ces petits souvenirs partir en fumée... »
Une autre question qui s’enchaînait à la suite : et cette fois le tétrodon n'avait pas envie de répondre.
Du moins pas comme on l'attendait.

« Si tu veux bien je vais te raconter une histoire, et comme tu n'as rien à faire – et que j'ai la lampe avec moi – tu vas m'écouter ».
Oh comme il aimait avoir une oreille attentive pour l'écouter, quelqu'un sur l'esprit duquel laisser défiler les ombres de son formidable récit, les marionnettes de son imagination et de ses bobards.
Le conte : quelle formidable fable, et quoi de mieux pour garder un esprit éveillé ? Surtout un esprit angoissé.

« Il était une fois un enfant... ou plutôt des enfants. Ces enfants n'avaient plus de parents et vivaient sur une île avec un grand frère qu'ils pensaient aimant, toujours présent, drôle et joueur, attentif, vif et conscient. Mais, vois-tu, ce grand-frère n'en n'était pas un du tout et il riait quand ses petits amis mourraient, quand leurs cerveaux s'écrasaient en bas de l'arbre où ils vivaient, quand les méchants leur ouvraient les tripes pour s'amuser et quand leurs petits poumons s'emplissaient d'eau salée, parce qu'ils avaient osé suivre les belles qui chantaient... »
Une histoire ? Hum peut-être pas tant finalement... mais les mots continuaient de couler.
« Comme ce grand tyran avait peur que ses enfants se rendent compte de sa méchanceté, il leur volait quelque chose de précieux, un quelque chose qui – une fois disparu – rendait leurs âmes si lourdes qu'elles ne pouvaient plus jamais s'envoler. Il les collectionnait, pas par méchanceté mais par égoïsme, juste pour ne plis jamais être seul, et alors on ne pouvait plus jamais les récupérer.»
Le tétrodon planta son regard dans celui de son interlocuteur ; et ce regard-là était d'une lucidité et d'une intelligence difficilement soupçonnable. Le calcul, la ruse, une acuité qui permettait de voir et de comprendre.
« Mais il faut bien un endroit pour ranger une si impressionnante collection, non ? Et que se passerait-il si un Enfant trouvait la grande armoire ? S'il récupérait ce qui lui a été pris, et qu'il pouvait à nouveau... »
Il laissa courir ses doigts sur la rambarde puis les fit décoller vers les étoiles.
« … s'envoler ? »

Il laissa tomber le silence, et passa sur ses lèvres gercées une langue humide, mais qui assécha encore un peu plus son anatomie.
« Certains enfants cherchent toujours la petite bête et même si leurs corps poussent, ils ne grandissent jamais vraiment. Et toi qui as peur du noir, comme un petit garçon, oseras-tu dire le contraire ? »






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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Sam 29 Sep 2018 - 21:28

Oublier. C’était si étrange pour lui de se dire qu’on lui avait arracher quelque chose d’aussi précieux que sa mémoire. Voir ses souvenirs se noyer dans un océan d’oubli, de néant, de rien du tout ; sa tête s’était vidée de toutes traces qu’il gardait de l’Ordinaire. Les saveurs, les odeurs, les visages et les chansons s’étaient échappées par quelques failles de son crâne pourtant si fermé, jusqu’à disparaître en fumée. 
Il aimait le contrôle, Aaron. C’était la seule chose à laquelle il s’accrochait réellement, comme aux particules d’oxygènes que dérobaient son souffle au vol d’une inspiration. Contrôler ses émotions, ses expressions, ses mots et surtout ses mains baladeuses ; il était le marionnettiste de son propre pantin. Seul joueur de sa partie d’échecs. 
C’était un voleur, Aaron. L’un des meilleurs, l’un des plus doués ; un magicien de la magouille et du pickpocketisme furtif. Il était rapide, agile, silencieux et discret. 

Quelle ironie, alors. Pour un voleur de s’être fait cambrioler d’un morceau de son coeur. 
Il avait essayé de résister, dans les premiers temps, il le savait. Il avait tenté de retenir du bout de ses doigts ces fragments de mémoire qui se désintégraient contre sa main, puis s’envolaient dans les airs comme une nuée de cendres. Tous les soirs, il essayait de se rappeler du nom de sa ville, de son année de naissance, jusqu’à son âge, et peut-être le prénom de sa mère. 
Plus il essayait, plus il s’était senti perdre tout ce à quoi il s’accrochait d’une main de fer. 

Et puis il avait même fini par oublier de tenter de souvenir. 
Il ne lui restait maintenant plus rien, pas même un espoir d’avenir. 

Juste des sons, comme des impressions de déjà-vu. Le sentiment que parfois, sa mémoire récalcitrante se mêlait à ses rêves ou ses cauchemars. Son talent pour le vol, sa peur du noir, elles venaient bien de son ancienne vie aussi ; il en était certain, parce qu’il ne l’avait jamais appris, ni commencé à craindre l’obscurité en arrivant ici. 

Il écouta alors la fausse histoire de Fib d’une oreille attentive, son regard se portant bien plus loin que l’horizon, comme s’il fixait un point bien au-delà de la ligne délimitant le ciel de la mer. 
Il réfléchissait. En oubliait de se moquer de ses manières, ou bien de relever sa dernière pique lorsqu’il le traita indirectement d’enfant. 

Il se contenta d’hausser une épaule. 

« Tu racontes bien les histoires, déclara-t-il. Tu aurais dû être une mère, dans l’Arbre. »

Il leva les yeux vers le gabier, soupirant légèrement. De fatigue, de lassitude, et un peu d’agacement. 
Parce qu’il avait raison, au fond. Même si Aaron avait grandi, échangé son corps de gamin contre celui d’un jeune adulte et qu’il n’avait jamais été suffisamment naïf pour être réellement enfantin, il demeurait un gosse perdu à sa manière ; dans son ennui, son manque d’envie, jusque dans ses craintes irrationnelles. 
Mais est-ce qu’il avait envie de retrouver ses souvenirs pour autant ? Non. Surtout si cela voulait dire devenir comme le Gabier, à simplement se rappeler que son passé était tout à fait merdique. 

« Mais regarde-toi, au final. Tu te souviens, mais ça t’a rendu fou. Plus que tu ne l’étais déjà, au moins, j’imagine. Tu crois vraiment que ça valait le coup, de plonger là-dedans pour retrouver ce que tu as perdu, et qui finalement ne t’a redonné rien de bon ? »

Il se racla la gorge. 
Se redressa légèrement. 

« C’était quoi, une question de fierté ? Pour prouver que tu pouvais reprendre ce que Peter t’a pris ? Pour lui montrer que t’étais plus fort que lui ? »

Il se secoua la tête, comme pour montrer l’ironie de la situation. 
C’était peine perdue, d’essayer de gagner contre quelqu’un qui ne pourrait jamais perdre ; il changeait les règles en permanence. 

« Regarde-toi. Regarde-nous tous. On a perdu nos ombres, et ce sera toujours comme ça. A moins que tu n’aies d’autres projets par la suite… »

Et dans ce cas-là, peut-être qu’il aimerait être au courant. 
Juste pour s’amuser un peu. 
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MessageSujet: Re: [Flashback] Nuit jolie, glisse aux oreilles des âmes perdues   Sam 29 Sep 2018 - 23:17

Une mère ? Ces espèces de petites salopes qui jouaient les saintes ? Certainement pas... Il n'avait jamais beaucoup aimé les femmes mais alors elles : c'était encore pire que tout. Elles ressemblaient plus à des sales gamines qui jouent à la poupée qu'à de vraies « mères ». Encore une connerie de Peter ça, cette volonté d'empêcher les enfants de grandir mais de leur confier des responsabilités au point de les écraser sous leur poids.
Depuis quand avait-il autant de rancœur contre les GP et leur roi ?
Depuis le début, peut-être. Difficile de se mentir : il n'avait jamais su trouver sa place dans l'arbre, ce qui expliquait peut-être ses nombreux changements de groupes.
Il n'avait pas été mère mais Grimpeur, et Armurier puis Artisan. Il avait bien aimé quelques autres gamins mais sinon... que lui avait apporté cette visite dans l'arbre ?
Avant il pouvait rêver, imaginer qu'il y avait été à sa place avant de venir ici, chez les pirates.
Maintenant... les Landes avaient tout cassé. Fib n'avait pas voulu se souvenir, il avait juste voulu redevenir entier, se sentir enfin...
Impossible d'expliquer, il ne trouvait ni les mots ni les émotions adéquates.

« Sérieusement, j'ai l'air d'être un mec qui a de la fierté ? Si j'avais ramené mon cul là-bas pour une chose pareille je pourrais plus me zyeuter dans le moindre reflet, ok ? Si t'as de la fierté, ici, tu crèves la gueule ouverte, et tu seras le premier. Mieux vaut revoir ton ego à la baisse si tu veux pas finir le cul empalé sur un bout de mat ».
De la fierté non, mais une énorme de dose de stupidité à volonté, ça oui. Dirtyhand n'avait pas tort sur un point : ce voyage n'avait rien apporté à Fib sinon des questions, toujours plus de questions, et l'impression que son vide s'était encore un peu plus creusé, au point de devenir un gouffre qui l'aspirait tout entier. Combien de temps tiendrait-il avant de retrouver la douceur de l'oubli ? Cette douceur arriverait-elle un jour, ou les Landes l'avaient-elle bannie à tout jamais ?
Mieux valait ne pas y penser : Carpe Diem.

« Si tu veux tout savoir, mon jeune ami, j'étais probablement bien plus fou avant qu'après et ceux qui m'ont connu avant les Landes me trouvent plus posé »
C'était pour dire le niveau... bon il exagérait un peu, certes ; mais ne mentait pas. Quelque chose s'était éveillé, une lucidité et une intelligence que son ancien lui n'avait jamais connus. Il avait couru le long des chemins, toute langue dehors, sans savoir où il allait ni ce qu'il allait faire. Maintenant c'était différent : il avait conscience de s'éloigner du chemin et le faisait à dessein.
Son regard pouvait en témoigner, surtout maintenant, plongé dans une discussion étonnement sérieuse.

« Ne nous rapproche pas, toi et moi, nous n'avons rien en commun. Des projets j'en ai, des projets magnifiques qui mettront cette île à feu et à sang, mais ne crois pas que je vais les partager avec toi, saches juste une chose... »
Il se redressa, et son sourire était plus humain, sa posture plus fière et son regard droit, clair.
« Le feu de la rébellion couve de tous les côtés et il ne faudrait pas grand chose pour que tout s'embrase. A ce moment-là je te conseille d'avoir mis tes fesses bien au frais, histoire de ne pas finir dévoré... »
Il tendit la main vers la lampe, caressa un instant le métal dans un geste tendre, presque érotique. Comme il avait hâte de voir cette jolie petite cage céder et libérer son brasier.
Il chasserait la nuit à jamais et ferait tomber sur Neverland une odeur de sang et de rage.
Une si belle promesse.






Fib parle en #666666

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