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Mab
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☼ Reine des Fées ☼


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MessageSujet: Colour blindness   Colour blindness EmptyLun 21 Sep 2020 - 23:05

Mab soupire. Ses sourcils délicats se froncent alors qu'elle parcourt la missive de son regard noisette. Ses lèvres se pincent au fil de la lecture.

Assise à un bureau dans ses appartements, l'Étincelante trempe une plume de paon dans un encrier et trace quelques sons sur une feuille de vigne. Malgré la blancheur du Cocon, malgré le sacrifice des Sylvains, la situation n'avance pas. Il y a de petites accalmies, ici et là, mais les rapports que son Altesse reçoit ne sont pas concluants. Sans compter les actions individuelles de ses ouailles. Mab dit souvent que ses fées sont qui elles sont et font ce qu'elles veulent, mais il est difficile de ne pas se mêler de leurs histoires lorsqu'elles la touchent d'aussi près.

Un nouveau soupir, une nouvelle ligne qui se trace. A la recherche du terme exact, la reine lève la tête. Son regard tombe sur un tableau coloré, cadeau de son dernier souci en date.

Prisme est parti de la Citadelle féerique depuis bien longtemps. En temps normal, cela n'alerterait pas la souveraine : l'Irisé.e fait partie de ces fées à qui il arrive de vadrouiller beaucoup parmi les humains (ce qui est très peu étonnant si l'on se fie à la personne qui l'a élevé). Mais certains des échos qu'elle a reçus sont inquiétants. Dont le dernier, qui l'amène aujourd'hui à faire à son Messager une demande un peu particulière.

Continuant toujours sa missive, sa Majesté bataille intérieurement avec elle-même. Elle n'a vu ni l'un ni l'autre des concernés depuis le bal d'hiver, mais les connaît suffisamment bien pour savoir qu'ils ont dû s'éviter comme la peste. Ether est une personne pleine de qualités, mais incapable de prendre ses responsabilités lorsque cela implique de regarder ses sentiments en face. Quant à Prisme, elle est encore trop jeune et trop impétueuse pour faire de même, et son mal-être risque d'exploser peu importe où elle se trouve.

C'est ce qui agite le plus la reine actuellement.

"Votre Majesté ? Le Messager est là.
-Merci Thé. Faites-le entrer."

Le majordome acquiesce et s'incline tandis que la reine des fées appose les dernières notes de son courrier. Bientôt, le voilà roulé et entouré d'un élégant ruban. Elle se tourne ensuite dans la direction d'Ether, à qui elle adresse un sourire agréable.

"Bonjour, mon cher ami. Comment vas-tu ?"

Après un échange de plaisanteries comme ils peuvent en avoir facilement -mais est-ce vraiment aussi simple cette fois-ci ?- Mab tend la feuille soigneusement emballée à son Messager.

"Apporte ce courrier au Gouverneur de l'Archeforêt, je te prie." Un instant de silence. "Et ensuite... j'aurais une faveur à te demander."

Mab se lève, plongeant son regard dans celui du Séraphin. Au-delà de sa douceur et sa bienveillance habituelle, il peut certainement distinguer sa fatigue -de plus en plus apparente au fil des jours et de l'absence d'amélioration de l'état de Peter- et l'inquiétude qui la fait continuer.

"J'aimerais que tu retrouves Prisme, et que tu le ramènes au Palais. Il est certainement parmi les pirates rebelles, d'après les derniers rapports que j'ai reçu. J'ai bien conscience que ce n'est peut-être rien mais..." Les lèvres fines de la reine se pincent à nouveau. "L'un des commis l'a vue fureter en cuisines pour prendre en douces quelques rations de nectar et d'ambroisie. Je pense que nous savons pertinemment tous deux que ce n'est pas son style de se faire la plus discrète possible." Un léger sourire, qui ne lui monte pas jusqu'aux yeux. "Il n'y a pas trente-six mille raisons pour qu'il fasse de telles réserves. J'ai peur qu'il nous échappe, Ether. La situation est actuellement trop tendue pour qu'il soit découvert d'une façon ou d'une autre. Les pirates ne sont pas les plus tendres des habitants de l'île et les tensions sont à leur comble." Elle soupire. "Je ne souhaite pas perdre l'un des miens de cette façon. Retrouve-le, et persuade-le de rentrer."

Elle pose sur lui un regard bercé par la fatigue, le doute, et tout au fond, une hantise qui ressemble à s'y méprendre à de la peur. Celle d'échouer dans la tâche qui lui a été confiée il y a si longtemps.

"S'il te plaît."






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Ether
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyLun 28 Sep 2020 - 11:56

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Mab & Prisme

Le temps s'est écoulé très étrangement dernièrement… Le dernier événement notable - le bal de l'Espoir - me paraît s'être déroulé seulement hier et semble parfois venir d'une autre vie.
J'ai vécu comme dans un brouillard. Ou immergé, la vie aussi trouble que l'eau. Oui, j'ai vécu en apné sans même m'en rendre compte. Depuis que Prisme est allé s'établir au Ranch j'ai cessé de m'y rendre ; je ne me sens pas la force ni l'envie de croiser son chemin, ou même seulement son regard.
Les mots de Mab, au bal, tournent en boucle dans mon esprit sans discontinuer, se transformant en bruit de fond. J'ai même l'impression qu'ils ont fusionné avec mes pensées, me rendant presque sourd au monde extérieur. J'ai continué mon travail et ma vie comme un automate de la Machine. J'en aurais presque des airs du Bourreau, même si je parviens toujours à donner le change. Seules quelques personnes très proches pourraient percevoir l'ombre sous mes sourires. L'une d'elle est partie chez les humains et l'autre m'a fait demander dans son bureau ; j'y traîne ma culpabilité et mon sentiment d'injustice.
Je ne taquine même pas Thé qui m'accueille avec son air pincé habituel. A quoi bon ?

J'entre dans le bureau royal où l'Étincelante m'accueille avec un sourire aussi agréable que d'habitude, bien que je puisse voir la fatigue extrême dans ses yeux, ses ailes un peu basses et sa lumière moins vive. Son sourire me transperce et je sens la consternation monter en moi. Notre conversation au Bal n'a donc aucune importance pour elle, elle agit comme si de rien n'était.
Je lui réponds pourtant en une petite révérence :

« Égal à moi-même ma chère. »

Mon sourire, mon ton et mes mouvements pétillent de malice, comme toujours ; briller et jouer est ma spécialité. Tout se passe comme d'habitude et cela me retourne l'estomac. Je sens même des picotements dans mon yeux. La frustration et la colère me rongent alors que j'affiche un sourire en coin tranquille tout en saisissant la missive royale.
L'Archeforêt, très bien, j'y resterais peut-être un moment. J'ai besoin de distance avec… Tout ça.
Mais la Reine n'en a pas fini avec moi.
A mesure qu'elle déroule cette "faveur", mon sourire se craquelle. Je n'arrive plus à garder la face.
Aller chercher Prisme. Evidemment, je suis son mentor, bien que je ne l'ai jamais voulu. Cette idiote décide d'aller vivre chez les humains et c'est à moi que revient la tâche de la sauver de sa bêtise. Je ne suis pas surpris que Mab me demande cela, c'est tout à fait logique. Et pourtant je ne peux empêcher la colère de bouillonner, attisée par ce sentiment d'injustice et d'incompréhension qui m'habite depuis le Bal.
Et moi alors dans tout ça ? Je ne veux pas y aller. Je ne peux pas y aller. Est-ce que l'on me demande comment je vais ? Non, personne ne s'inquiète de comment va le Séraphin, le lumineux, rayonnant et charmant Messager. Pour la première fois de ma vie, je hais mon image parfaite.
Et même si je ne parviens plus à tenir mon sourire, je ne parviens pas plus à exprimer ce qui se passe à l'intérieur de moi.
C'est la mort dans l'âme que je m'incline mécaniquement et réponds d'une voix blanche :

« Tes désirs sont des ordres. »

Je me redresse et me dirige vers la sortie, les yeux brillants mais pas de mon charme féérique.
La solitude me pèse.
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyLun 28 Sep 2020 - 18:46

L'attitude d'Ether a beau être impeccable, Mab voit en lui comme dans un livre ouvert. Son abattement est palpable derrière les pitreries qu'ils échangent, et elle dénote même un petit quelque chose sur lequel elle est incapable de mettre un nom pour le moment, mais qui l'amène à cacher un froncement de sourcils en se retournant pour prendre la missive sur son bureau.

C'est après avoir fait part de sa demande au Messager qu'elle comprend de quoi il est question. De la colère. Contre elle. Le sentiment la heurte bien plus qu'elle ne le montre. Parce qu'il s'agit d'un de ses plus vieux amis, parce qu'ils n'ont jamais éprouvé nulle rancune contre l'autre malgré leurs caractères bien différents ou parce qu'elle est déjà ébranlée par la situation de l'Île dans son ensemble, Mab ne saurait le dire exactement. Un joyeux mélange de tout cela, à n'en point douter.

La révérence et les paroles sèches de son ami la font imperceptiblement reculer d'un pas. Un éclair de douleur lui agresse la poitrine, du même type que ceux qu'elle ressent à la mort d'un fée. Pourtant, instinctivement, elle sait que ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Elle sait que le fée qui le provoque est debout devant elle, bien vivant.

"Ether..."

Sa voix n'est qu'un murmure alors qu'elle tente de le rattraper.

"...Nous parlerons à ton retour."

Ce n'est pas ce qu'elle voulait dire, mais l'Étincelante n'a jamais été très douée pour parler de ses sentiments. C'est une chose que le Séraphin sait mieux que quiconque. Alors qu'il est sur le point de quitter les lieux, une dernière réplique passe la barrière des lèvres de la Souveraine.

"Fais attention à toi, je t'en prie."

Elle ne l'envoie pas au Ranch pour le punir, il s'agit du cours d'action le plus simple et le plus logique : elle le ferait elle-même, si c'était possible, mais les réunions avec le Haut-Conseil s'enchaînent sans lui laisser le temps de battre des ailes. Ce n'est pas pour autant qu'elle a envie de voir son ami prendre des risques. Mais elle sait qu'il est le seul capable de ramener sa pupille au Palais.

...Ou tout l'inverse.






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Ether
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyLun 5 Oct 2020 - 15:36

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Mab & Prisme

J'espère qu'elle me retienne, je l'espère tellement fort. mes yeux brûlent et je mords mes lèvres tremblantes alors que je lui tourne le dos, la porte se rapprochant.

« Ether… »

L'espoir bondit dans ma poitrine à m'en faire mal. Elle a peut-être compris, malgré mes sourires de façade. C'est mon amie après tout, elle devrait pouvoir voir à travers tout ça, que je vais mal. Que j'ai mal. Elle va me retenir, me parler, me demander de parler et… J'essayerais de lui expliquer ce que je ne comprends pas encore bien moi-même.
Je me suis arrêté, la tête légèrement tournée sur le côté, je ne la vois pas, je n'ai ni le courage ni la force de feindre la désinvolture.
Alors elle ne voit pas mon visage s'affaisser alors qu'elle lâche un ridicule :

« Nous parlerons à ton retour. »

J'y sens presque une réprimande, comme un parent préviendrait son enfant d'une punition l'attendant à son retour d'école.
Amer et encore plus déçu, je lui tourne complètement le dos et ne réponds pas. J'aurais peur qu'en ouvrant la bouche, des mots que je ne suis pas prêt à dire ni entendre en sortent.
Alors que je m'apprête à refermer la porte derrière moi, ses derniers mots me parviennent. Ce n'est qu'un murmure mais ils trouvent mon coeur, le réchauffant un peu tout en le déchirant.

« Fais attention à toi, je t'en prie. »

Elle reste Mab, mon amie, malgré tout ça. Mais cela me paraît bien mince face à tout ce qu'elle m'a infligé dans sa négligence.
Je disparais sans un mot, ni à Thé qui me regarde partir, un sourcil levé devant mon visage fermé où plus aucun simulacre de sourire n'est visible.

Je m'envole silencieusement. Quitte l'Arbre des Fées sans un regard en arrière. Rejoins le ciel gris, loin des Orbleus, des Gargouilles et loin de tout.
Je vole pendant un long moment. Le soleil à le temps de se coucher et se lever à nouveau, bien qu'ici cela ne veuille rien dire.
Je me perds dans le gris du ciel pour y noyer mon trouble, ma peine et ma colère.
Et alors qu'une larme coule sur ma joue, je pousse un cri libérateur, résonnant dans les cieux.
Ainsi quelque peu calmé, je prends taille humaine en plein vol et rejoins enfin le Ranch.
Je reconnais Miss Lila dehors en train de vider une bassine d'eau sale, je note tout de suite qu'elle a maigri ; le Givre est dur pour les humains.. Elle m'aperçoit et son beau sourire vient illuminer son visage alors qu'elle lâche la bassine et court dans mes bras.

« - Hermès ! Je ne t'avais pas vu depuis longtemps, ou étais-tu ?

Je caresse ses cheveux, un sourire tendre aux lèvres et la serre contre moi.

- Je suis navré, ma Lila, j'ai été occupé ailleurs, un baiser sur son front. Et je suis encore plus désolé car je ne vais pas pouvoir rester.

La jolie blonde lève la tête pour me regarder et m'adresse une moue boudeuse.

- Tu vas encore disparaître pendant longtemps ?
- Je ne sais pas ma douce, je suis désolé, je dépose un baiser au coin de ses lèvres et lui murmure au creux de l'oreille. Pourrais-tu m'aider ma Lila ? elle me répond d'un geignement que je prends pour un oui. Où pourrais-je trouver les jumeaux Morgan et Rowan ? Je dois leur parler.

Elle gigote dans mes bras et susurre, joueuse.

- Je veux bien te le dire, mais ce n'est pas gratuit. »

Je souris en réponse, attrape son menton avec douceur et lève son visage vers le mien. Mes yeux émeraudes se mettent à luire doucement alors que j'approche lentement mes lèvres des siennes. Je la sens frémir tout contre moi et un gémissement lui échappe alors que nous nous embrassons.
Moi même laisse échapper un grognement de contentement. Cela faisait trop longtemps que je n'avais pas aimé une femme.
Nos lèvres se séparent et elle halète un instant, les joues roses.

« - La troisième fenêtre sur le flanc ouest. C'est leur chambre.
- Merci ma douce. »

Et je m'éloigne d'elle en un battement d'ailes, caressant son visage en coeur au passage.

Je trouve la fenêtre indiquée : elle est ouverte.
Prisme, quelle inconsciente. Le froid n'est pas le seul danger…
Mais sa bêtise me permet d'entrer dans la chambre. Je sais que je ne me suis pas trompé d'endroit en voyant la profusion de prototypes et autres tests de couture s'étalant partout. Cependant, je note l'absence de déco et de couleurs qu'il aurait normalement eu grand plaisir à faire exploser - avec goût.
Je remarque enfin la forme allongée dans le lit. Elle est là, assoupie.
Je ne sais pas bien ce qu'il se passe en moi à ce moment là, mais je n'aime pas cela.
J'hésite un moment, pas très sûr de comment le réveiller ni même si j'en ai envie.
Je n'en ai pas envie
J'ai envie de m'enfuir par la fenêtre et disparaître dans le ciel.
Mais mon sens du devoir a toujours été aussi fort que ma lâcheté, alors je me trouve une place sur une chaise pas trop encombré, inspire un grand coup et lâche un simple :

« Prisme. »

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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyLun 5 Oct 2020 - 21:40

Depuis le Bal, rien n'était allé en s'arrangeant. Le peu d'entrain que Prisme avait réussi à retrouver s'était au jour le jour étiolé. Il ne supportait plus la vie au Palais. Il ne supportait plus les fées de la Citadelle, leur indifférence, leur égoïsme, leur méchanceté. Il n'avait plus envie de leur parler. Il ne supportait plus de croiser Ether dans les couloirs et de constater la façon dont son mentor l'évitait consciencieusement, agissant comme s'il n'avait jamais existé.

Les rares amitiés qu'il avait liées ne suffisaient plus à compenser la profondeur de l'abysse qu'il contemplait. Ou bien était-il déjà tombé au fond du trou ?

Alors, malgré le Givre qui le terrorisait et qui jusqu'à présent l'avait poussé à rester enfermé bien confortablement à la Citadelle, à l'abri du danger, Prisme s'était remis à sortir. Le danger, et même le risque de maladie, d'orbleuisation, de mort, ne revêtaient plus le même caractère urgent qu'au préalable. C'était à peine s'il s'en souciait encore. Tout cela ne lui semblait plus avoir grande importance.

Il grapillait ce qu'il pouvait, où il pouvait, pour ne pas s'effondrer sur lui-même, pour continuer de fonctionner, pour ne pas redevenir gris, blanc et noir de l'extérieur comme de l'intérieur. Il s'accrochait à ses désirs, à ses passions, même si elles lui paraissaient toutes moins fortes, moins brillantes qu'avant. Se concentrer sur l'apprentissage de la couture lui permettrait sans doute de penser à autre chose, ou en tous les cas d'arrêter de penser. C'était ce qu'il s'était dit.

Puis il s'était rendu compte du point auquel cela lui faisait du bien se s'éloigner de l'Arbre aux Fées. De rejoindre le Ranch. D'y adopter ses identités humaines, et de se fondre dans une communauté aux yeux de laquelle il cessait d'être invisible et insignifiant. La franchise et la gentillesse sans arrière-pensée de ses amis du Port avaient soigné quelque chose de profondément coupé, en lui. Cela lui avait mis du baume au cœur. Il avait retrouvé un peu de joie de vivre.

Il s'était rendu compte qu'il ne voulait plus rentrer. Il ne pouvait plus rentrer. Cette perspective lui paraissait tout simplement insupportable, asphyxiante. Là-bas, il n'avait plus d'air, il étouffait. Il se noyait. Il lui fallait fuir, ou bien il allait devenir complètement fou. A certains moments, il lui semblait n'être pas loin du compte. Quelque chose de dangereux bouillonnait en lui et le terrorisait. Son état ne s'améliorait pas réellement, il le sentait : il stagnait. Il était fragile. Il se tenait en équilibre sur la corde avec l'aide des Pirates, mais dans le fond, son malaise était toujours présent et rendait toutes ses activités épuisantes. Il vivait avec un fond de souffrance omniprésent. Il se sentait prêt à exploser, imploser, ou les deux tout à la fois à la moindre sollicitation de trop.

Prisme avait remarqué qu'Ether n'était pas venu au Ranch depuis très longtemps, alors que ses passages étaient habituellement réguliers. Ne pas le croiser était certes plus prudent pour ses nerfs, mais malgré ça cette constatation le froissait. Il craignait d'être responsable, pour cela aussi. L'idée lui était à peine soutenable, tant par la marque de rejet supplémentaire qu'elle représentait que par la culpabilité stupide qui se présentait à lui de plus en plus fort tous les jours, alors même qu'il savait que c'était malsain, et qu'il n'aurait probablement pas fallu qu'il tombe dans cet écueil : sans avoir le moindre contrôle sur cette émotion, Prisme commençait à s'en vouloir d'exister car après tout, rien de ce qu'il faisait, rien de ce qu'il était n'allait. Chaque respiration était de trop : c'était l'air dont quelqu'un d'autre aurait pu profiter. S'il n'avait pas existé, Ether n'aurait pas pu lui en vouloir d'être là. D'être tout simplement là.

Prisme se plongeait donc dans l'apprentissage de la couture à corps perdu. Sauf les visites régulières à ses amis qui réchauffaient toujours son cœur très fort, mais très provisoirement, c'était tout ce qu'il faisait de ses journées. Parfois même de ses nuits, lorsqu'il n'arrivait pas à dormir.

Il avait travaillé depuis son réveil sur l'une de ses nouvelles capes, dont les poches cachées lui permettaient de masquer ses ailes plus efficacement. Epuisé, il avait décidé de faire une pause, et il s'était assoupi sur son lit comme une masse.

Cela faisait un moment qu'il commençait à se réveiller, alerté par le courant d'air frais qui passait dans la chambre et qui lui glaçait les os. La fenêtre béante était un accident. Il l'avait mal fermée, et un coup de vent avait arraché la vitre à l'encadrure. Désormais, la brise rentrait désagréablement à l'intérieur.

« Prisme. »

La voix d'Ether sonna comme un cauchemar persistant durant une phase de réveil difficile. La fée à taille humaine, qui adoptait actuellement l'identité de Morgan Rose, eut un frisson violent qui se transforma immédiatement en angoisse. Et ce fut l'angoisse qui le réveilla parfaitement.

Il sut immédiatement que ça n'avait pas été un songe car il sentait la présence de quelqu'un dans son dos. Il entendait sa respiration. Son sang ne fit qu'un tour. Son corps devint glacial. Son visage passa du rouge à la pâleur la plus marquée en moins d'une seconde. Quelque chose de douloureux s'ouvrit en grand dans sa poitrine, et Prisme eut envie de disparaître. Il se recroquevilla dans le lit, les genoux remontés, les épaules tassées. Les mains sous son menton, il se mit à frotter son doigt mis à nu instinctivement, sans s'en rendre compte. L'absence de la bague était toujours aussi cuisante. La gorge bloquée, il lui fallut un moment avant d'être en mesure de s'exprimer. Ses oreilles chauffaient. Il était terrorisé. Il ne savait pas ce qu'il aurait dû dire, ni ce qu'il voulait dire. Lorsque sa voix sortit, elle était très douce, à peine audible. Cette pondération était loin d'être caractéristique de Prisme, lequel avait à l'inverse tendance à se montrer très excessif, généralement. C'est qu'il avait mis toute ses forces dans cette petite question de rien du tout. Il avait fait de son mieux pour que sa voix reste stable, et pour ne pas tout simplement se briser au moment où il prononçait les mots.

"... Qu'est- ce que tu fais ici ?"

Pas ici au Ranch, évidemment. Il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'Hermès s'y rende. Par "ici", il entendait ici. Dans sa chambre. Parce qu'il ne pouvait pas faire autrement, Prisme avait posé une question dont il n'avait aucune envie de connaître la réponse. Dont il connaissait sans doute déjà la réponse.

Cela faisait longtemps qu'il était parti. On risquait de commencer à trouver ça étrange, à la Citadelle. Il y était retourné pour se réapprovisionner en nourriture très récemment. Ca ne pouvait pas être une coïncidence. Et surtout, ça ne pouvait pas être Ether qui s'inquiétait pour lui. C'était vraisemblablement trop lui demander. Maintenant, Prisme l'avait compris. Ca ne signifiait pas que ça n'était pas douloureux de le constater encore, et encore, et encore. Figé, toujours fermé, toujours le dos tourné, Prisme attendait la réaction de son mentor comme on aurait attendu une condamnation.
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Ether
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyMar 13 Oct 2020 - 10:14

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Mab & Prisme


Prisme ne bouge pas et pourtant je sais qu'elle est réveillée. Je le vois à son corps qui s'est tendu au son de ma voix. Elle ne se retourne pas et finit même par se recroqueviller. Ca se serre à l'intérieur de ma poitrine. Je n'aime pas ce qu'il se passe, je n'aime pas provoquer ce genre de réaction. Ce n'est pas de la peur fanatique qui m'amuse tant chez Seraph, c'est autre chose, plus insidieux. Et dérangeant.
Le silence s'éternise, et je n'ose pas moi-même le briser.
C'est l'Irisée qui s'en charge, et pas avec la voix étranglée que j'imaginais, mais plutôt douce et basse. C'en était encore plus troublant, connaissant son tempérament impétueux.

« … Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Je comprends qu'elle ne fait pas référence à ma présence au Ranch. Après tout, le monde des humains est mon territoire avant le siens, j'étais là avant, ma place y est plus importante.
Je réponds à son dos, puisque c'est tout ce qu'elle daigne me montrer - et cela me convient parfaitement, je ne sais pas comment je réagirait face à son regard :

« Je suis venu te chercher. Il est temps de rentrer à la Citadelle. »

Je ne dis pas que c'est sous les ordres de Mab que je suis ici. Je ne saurais dire pourquoi j'omets cette information.


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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyMar 13 Oct 2020 - 14:52

« Je suis venu te chercher. Il est temps de rentrer à la Citadelle. »

Nouveau silence suite à cette déclaration dont le contenu n'étonna guère l'Irisé. La forme, en revanche, le prit de court et fit monter à ses yeux des larmes qu'il ne parvint à contenir qu'en y mettant toutes ses forces. Il connaissait trop Ether pour se laisser bercer par l'apparente bienveillance de ses propos. Cette formulation aurait pu laisser entendre qu'il était venu ici de son plein gré, de sa propre initiative, mais Prisme n'y croyait pas vraiment. Il était presque certain que la reine Mab avait quelque chose à voir là-dedans. Qui d'autre ?

"Pourquoi ?"

S'entendit-il répondre très systématiquement, sans trop y réfléchir, mais toujours sur le même ton qui simulait un calme, un sang-froid dont Prisme ne disposait pas réellement. Il ne comprit ce qu'il cherchait à entendre qu'a posteriori.

Il voulait qu'Ether l'admette, qu'il n'était là que parce qu'on l'y avait forcé. Qu'il ne se souciait de son devenir que parce qu'on l'avait chargé de le ramener. Il avait besoin de se faire mal en l'entendant. Il avait besoin de cette souffrance afin de se rappeler de ce qu'il ne devait plus faire, de ce en quoi il ne devait plus croire. Un espoir déçu était bien plus coupant qu'un état perpétuel de désillusion.

Il voulait aussi savoir pourquoi il semblait subitement nécessaire qu'il rentre. Ce n'était pas le genre de la reine d'empêcher ses sujets de faire des va-et-vient comme ils l'entendaient. Prisme s'était toujours bien débrouillé parmi les pirates. Les jumeaux Morgan et Rowan étaient des personnalités connues. A l'exception du malheureux accident avec Carmine (qui s'était bien soldé, elle n'allait pas vendre la mèche) personne ne se doutait de rien. Peut-être avait-il pris quelques risques en flirtant avec le Baron Lundi, mais rien qui ne fut pas calculé, lui semblait-il. Il faisait toujours très attention. Il était doué pour faire semblant, après tout il avait appris du meilleur.

Il serait bien resté dans cette position tout du long de cette douloureuse conversation, mais quelque chose en lui votait contre, sans qu'il ne sut exactement quoi. Un éclat de fierté résiduel, peut-être. A moins qu'il eut tout simplement besoin de se sentir moins vulnérable que dans cette posture couchée. Doucement mais sûrement, il se redressa en position assise. Il tournait encore le dos à Ether. Lui faire face était trop difficile. Il avait l'impression qu'il allait voler en morceaux au moment où leurs yeux se croiseraient.

Pourtant, il arriverait bien un moment où il faudrait qu'ils se voient l'un l'autre, maintenant qu'Ether était ici, et probablement chargé d'une mission qu'il n'abandonnerait pas si aisément. Alors il fallait y aller progressivement. Petit pas par petit pas.

Prisme se tourna à 90°, dans la direction du lit. Ainsi, il apercevait son mentor mais il ne le voyait pas encore tout à fait. Son profil était partiellement caché par ses longs cheveux détachés. Il remonta ses genoux contre lui et les entoura de ses bras. Il fourra son menton dans leur creux, seul moyen pour l'Irisé de se sentir un tout petit plus en sécurité. Peut-être Ether était-il capable d'apercevoir le bas de son visage, son absence d'expression, son sérieux terrible qui cachait un enfer bouillonnant, sensible et explosif.

"Je ne veux pas rentrer à la Citadelle. Je suis bien ici. Je ne fais rien de mal. Je n'embête personne."

Sa voix commençait à accuser quelques failles légères, même s'il continuait à faire de son mieux pour les lisser et ne rien en montrer. Ce n'était pas un caprice : Prisme ne voulait réellement pas revenir vivre parmi les fées. Cette seule idée lui donnait l'impression qu'on l'étranglait, qu'on l'enchaînait, qu'on le bâillonnait, qu'on l'enfermait dans un coffre minuscule. Pourquoi voulait-on l'empêcher de vivre de la seule manière qui lui paraissait encore supportable ? Ce n'était pas comme si il avait manqué à un quelconque devoir, ni comme si quiconque attendait réellement son retour.
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyMar 27 Oct 2020 - 1:06

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Le silence me répond.
Je lui laisse la place d'agir, de répondre. Je ne prends pas d'initiative, je ne prends pas possession de la scène ; pour une fois j'aimerais rester dans les ombres. Fuir la scène, à dire vrai.
Prisme finit par répondre, de la même voix troublante de calme contrôlé :

« Pourquoi ? »

Je réponds derechef, presque comme une créature de la Machine à l'aspect de chair, dénué de couleurs et de lumière :

« Parce que c'est dangereux en dehors des villes féériques. Tes allers-retours à la Citadelle sont aussi peu discrets qu'imprudents. Tu pourrais rencontrer une Gargouille, ou un Orbleu. Et puis… Ta place n'est pas ici, chez les humains. »

Si cela devait être la place de quelqu'un, ce serait moi plutôt. J'évoluais au milieu des humains avant même l'émergence de leur Port.
Je ne sais pas si c'est de la jalousie que je sens poindre mais j'essaie de l'étouffer en même temps que les pensées qui remontent avec : pourquoi Prisme a sa propre chambre chez les humains ? Pourquoi a-t-il l'air plus intégré que je ne l'ai jamais été ?
A mesure que je parlais, l'Irisée se redressait et je priais pour qu'elle ne me fasse pas face. Mais elle reste de profil, à moitié cachée par sa tignasse d'encre. C'est déjà bien assez dérangeant et douloureux. Sa bouche que je devine droite et à la fois crispée, sa mâchoire imperceptiblement tendue… Je préfère regarder un point à côté, sur le mur.

« Je ne veux pas rentrer à la Citadelle. Je suis bien ici. Je ne fais rien de mal. Je n'embête personne. »

Bien sûr qu'il rend cela plus difficile. Je ne peux m'empêcher de laisser s'échapper un soupir emprunt d'une immense lassitude, me pinçant l'arrêt du nez et me massant le front.
Je me surprends à détester Mab pour ce qu'elle me fait faire. Je me surprends encore plus à haïr mon professionnalisme et hésiter à tout envoyer balader. Je n'ai pas envie d'être là. Je n'ai pas envie de faire face à cette pupille que l'on m'a imposé. Je lâche une tirade un peu plus brusque, où bouillonnent irritation et fatigue :

« Ecoutes Prisme, tu n'as pas le choix : les humains vont finir par découvrir ta nature féerique et tu n'es pas assez sotte pour croire qu'ils accepteront tous cela avec joie sans envie de t'arracher les ailes, mon ton s'adoucit, se fait plus sucré. Et puis on a besoin de tes talents à la Citadelle ; les fées ne connaissent pas ce qui est de bon goût… Et Mab a besoin de nouvelles tenues somptueuses. »

Je sais que la flatterie a toujours marché sur Prisme, surtout si son égo est titillé avec l'argument "Reine Mab".

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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyMar 27 Oct 2020 - 11:53

Les justifications fusaient, toutes aussi vides et plates les unes que les autres. C'était à croire qu'Ether avait répété avant de venir, afin d'être sûr de savoir quoi dire sur le moment. Sauf que rien de tout cela n'avait de sens aux oreilles de Prisme. Ses "aller-retours à la Citadelle" se limitaient aux moments où il avait besoin de faire des réserves de nourriture. La plupart des autres fées étaient obligées à sortir bien plus souvent qu'il ne le faisait. Si ses sorties dérangeaient, ça ne pouvait pas être pour cette raison.

Du moins, c'était le cas lorsqu'il tentait de prendre le point de vue de la Reine. Prisme avait déjà établi qu'Ether ne pouvait pas être ici parce qu'il s'inquiétait personnellement. Et s'il avait besoin d'une preuve supplémentaire, la voilà : le ton de la voix du Messager, lisse, presque mécanique, en disait long.

C'était subtil, mais Prisme se tassa sur lui-même, comme pour échapper aux attaques de son mentor. Chaque phrase était comme un petit pic supplémentaire qui venait arracher sa chair. Chaque mot si désincarné qu'il fut lui apparaissait comme un reproche. Il avait en tête le regard froid et hostile auquel il avait dû se confronter chaque fois qu'ils s'étaient croisés depuis leur dernière réelle "conversation" - si on pouvait appeler ça comme ça.

Imprudent. Indiscret.

C'était injuste. C'était faux, et Ether aurait dû le savoir. Prisme ne se souciait certes plus autant qu'avant de sa propre sécurité, mais il n'avait jamais cessé de faire attention. Il se débrouillait. Il s'occupait de lui-même. Il n'était pas un fardeau. Pourquoi fallait-il qu'Ether lui fasse encore sentir combien il était de trop ? Combien tout ce qu'il faisait l'ennuyait, l'incommodait, au bas mot ?

"Ta place n'est pas ici, chez les humains."

Il se figea et cessa de respirer. Il avait l'impression que des stalagtites gelées étaient en train de pousser dans sa cage thoracique, et de remonter vers sa gorge. De toutes les fées qui existaient, qu'Ether se permette de lui faire cette remarque...

Une invalidation supplémentaire. Il était au bord d'un nouveau gouffre. Ether n'avait pas le droit de lui dire ça. Il n'avait pas le droit de lui arracher ce qu'il restait de sa fierté et de son individualité, ni de le juger pour ce qui aux yeux de leurs semblables apparaissait comme une lubie incompréhensible. Prisme, lui, ne l'avait jamais jugé pour ce qu'il faisait sur le Port. Au contraire, il l'avait toujours soutenu. Et il était probablement l'une des seules fées à le faire. Ce goût de l'humanité que Prisme nourrissait depuis son plus jeune âge, Ether en était probablement un peu responsable. Fut-ce en partie, il le lui avait transmis.

Si la place de Prisme n'était pas chez les humains, alors elle n'était plus nulle part.

Parce qu'il n'avait pas envie de faire de vagues, parce qu'il se sentait profondément incapable d'avoir cette confrontation sans que quelque chose d'extrêmement dangereux et explosif ne casse à l'intérieur de lui, Prisme fit de son mieux pour garder toute sa douleur, sa colère, son amertume, son profond sentiment d'injustice à l'intérieur de lui. Aussi calme qu'il était encore capable de l'être, il ne fit qu'annoncer ce qui devait l'être : il n'avait pas l'intention de rentrer. Il ne faisait rien de mal ici, rien de bien différent de ce qu'il avait toujours fait non plus, alors il ne voyait pas pourquoi on essayait de l'obliger.

Le soupir affligé de son mentor ne lui échappa pas. La bouche entrouverte, il essayait de reprendre sa respiration. Il se noyait. Et il continuait d'essayer que cela ne se voie pas.

Tu n'es qu'un fardeau pour lui. Il te déteste. Tu ferais mieux de disparaître. Tu n'es pas allé assez loin.

"Ecoutes Prisme, tu n'as pas le choix : les humains vont finir par découvrir ta nature féerique et tu n'es pas assez sotte pour croire qu'ils accepteront tous cela avec joie sans envie de t'arracher les ailes."

... Et voilà. Il le mégenrait encore. Il se trompait tout le temps. Il ne le regardait jamais vraiment. Ici, c'était largement excusable : après tout, Prisme lui faisait presque dos et parlait trop bas pour que de véritables indices sonnent dans sa voix. C'était difficile pour l'Irisé de voir cela. Il avait mal. Son esprit commençait à s'emmêler. Il perdait en cohérence.

Personne ne découvrirait rien du tout. Ca aussi, Ether aurait dû le savoir. Il auraît dû savoir que Prisme maîtrisait parfaitement ses personnages et qu'il avait toujours su justifier leur présence, leur absence, leurs comportements. Tout à l'inverse, si il partait maintenant, Lundi risquait de se demander où Rowan était partie et si le Baron décidait de la chercher par le ciel... S'il observait Prisme tandis qu'il était sous forme de fée... Alors là, oui. Il allait certainement être démasqué.

Ses ailes. De quelles ailes parlait-il donc. Ce n'était plus qu'une cape. Il ne voulait plus d'ailes. Il voulait se les arracher tout seul. Il le ferait certainement, s'il fallait cela pour qu'on le laisse exister. Pourquoi ne le laissait-on pas respirer ? Pourquoi ne pouvait-on pas comprendre qu'il n'avait pas le choix ? Que cette fugue était son dernier recours... Le dernier sursaut de son instinct de préservation qui tentait de trouver à quoi se raccrocher. Il n'y avait plus rien ailleurs. C'était le Ranch, ou l'obscurité.

Le ton abrupt du Séraphin disparut au profit de cette douceur mielleuse qui lui était caractéristique et qui fit enfler en l'Irisé une furieuse envie de vomir. Son baratin ne fonctionnait plus. Il parlait à une version de Prisme qui n'existait plus. Une version de Prisme qu'Ether avait personnellement et largement contribué à détruire. Son discours était totalement décalé. Insupportablement hors-sujet. Encore et toujours, Ether cherchait à s'en sortir par une pirouette sans mettre les mains dans le cambouis pour démêler le noeud du problème.

Prisme commençait à perdre la capacité de contenir ce qu'il ressentait. Son masque craquelait. Ses mains tremblantes grimpaient autour de son visage pour boucher ses oreilles. Il ne voulait pas entendre ça. Un premier mur s'effondra en même temps qu'un hurlement digne d'un animal blessé faisait résonner les parois de la chambre :

"ARRÊTE DE FAIRE COMME SI TOUT ALLAIT BIEN."

... Rien n'allait bien. Prisme aurait encore préféré qu'Ether l'insulte ouvertement plutôt qu'il fasse comme si rien n'avait changé. Comme si cela ne faisait pas une éternité qu'ils s'évitaient l'un l'autre. Comme si Prisme n'avait pas rendu à son mentor ce cadeau auquel il tenait pourtant tellement. Comme si la jeune fée n'avait pas enfin fini par comprendre la raison des absences et de la négligence de celui qu'elle avait longtemps aimé et admiré.

Comme s'ils s'étaient juste boudés l'un l'autre, de façon anodine. Sans enjeu. Comme si la façon dont Ether n'avait jamais répondu aux derniers reproches de Prisme, préférant plutôt l'éviter comme la peste, n'avait eu aucune forme de symbolique, puis de conséquences.

Tremblant de tous les bouts, Prisme décida de se lever. Il se sentait trop mal pour rester dans cette position. Il fallait qu'il bouge, à moins de choisir d'exploser. Sans se tourner vers Ether, il avança vers son bureau. Il appuya ses bras sur la chaise. Ses yeux se perdirent parmi les fils, les épingles, les aiguilles. Ils s'arrêtèrent sur une grosse paire de ciseaux. Une vision attirante, d'avance cathartique, même si Prisme n'était pas capable de comprendre ce que son propre subconscient était en train de trafiquer.

"... Je sais que tu n'as pas l'habitude d'échouer dans les missions que te confie la Reine, mais je ne compte pas rentrer. N'essaie pas de m'obliger."

Le temps des excuses était passé. Il y avait quelque chose de coupant et d'extrêmement résolu dans le ton de Prisme. Il ne plaisantait pas. Dans son regard, une lueur dangereuse. Il était prêt à tout ou presque pour défendre sa position.
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyJeu 19 Nov 2020 - 14:37

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Je m'attendais à beaucoup de choses de la part de cette fée susceptible. Pourtant, son hurlement me fait violemment sursauter. Outre le volume sonore faisant bourdonner mes tympans, c'est la fureur déchaînée dans sa voix et ses mots qui me saisissent et broient ma poitrine. J'en reste sans voix, mon regard perdu dans sa direction, même lorsqu'elle se lève, je ne la suis pas des yeux.
Non, c'est vrai, rien ne va plus. Mais rien n'est vraiment jamais allé. J'en étais juste arrivé à un point de saturation où je ne parvenais plus à faire semblant. Mais ça allait mieux depuis que l'on s'évitait, chacun pouvait faire sa vie tranquillement. Jusqu'à ce que cette sotte vienne vivre à temps plein chez les humains. Ne pouvait-elle pas simplement vivre sa vie en indépendance ? Elle n'est plus une enfant.

« …Je sais que tu n'as pas l'habitude d'échouer dans les missions que te confie la Reine, mais je ne compte pas rentrer. N'essaie pas de m'obliger. »

Je me masse les tempes. Effectivement, je n'ai pas l'habitude d'échouer. Mais je suis presque prêt à renoncer immédiatement et rentrer affronter la déception de Mab. Tout sauf être ici et affronter ce que je sens monter du côté de Prisme. Et ce que ça fait remonter de mon côté malgré tous mes efforts pour l'enfouir et l'ignorer. Je déteste les conflits, je déteste les choses désagréables et cette conversation avec les émotions qu'elle fait surgir est clairement insupportable.

« Tu sais que je n'aime pas ce genre de conversation. Tu sais que je déteste les conflits. Pourquoi ne pas faire comme si de rien n'était ? C'est tellement plus simple… »

Ma voix a perdu tout son miel, toute sa froideur. Je suis seulement las.
Pourquoi ne veut-elle pas faire semblant ? C'est tellement plus facile.

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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyJeu 19 Nov 2020 - 18:46

Il y avait quelque chose de différent dans la voix d'Ether. Subitement, il semblait plus facile de l'atteindre. Cela permit à Prisme de retrouver une sorte de calme frémissant, très instable. Peut-être ne parlait-il pas complètement à un mur, finalement.

Et pourtant, la teneur de ses propos donnait à Prisme l'impression qu'ils se trouvaient à mille lieux l'un de l'autre, dans des places mentales très différentes. Ce n'était pas très étonnant. C'était même assez logique. Prisme cilla si rapidement que c'est à peine si ses yeux se fermèrent. Intérieurement, il continuait de s'effondrer. Il n'était pas en mesure de juger de la nature ni de la profondeur des dégâts perpétués. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il n'avait pas les ressources en lui pour supporter cette discussion.

Et que les mots sortaient désormais de lui sans passer par la case "vérification". Il les entendait quitter spontanément sa bouche avec le sentiment d'être spectateur plus qu'acteur de cette scène.

"C'est probablement plus simple pour toi parce que tu n'en as jamais rien eu à faire de moi."

Le ton de sa voix était à nouveau trop calme, presque éteint. Il y résidait cependant une étincelle électrique qui avait quelque chose de malsain, vestige de l'explosion qu'ils avaient manquée de près et qui pouvait encore tout à fait arriver selon comment les choses tournaient.

Mais pour l'instant, ce qui venait, c'était des mots. Des mots sombres et désincarnés, témoins de ces états d'âme dont Prisme n'avait presque parlé à personne si ce n'est Absinthe. Des mots rapides, des mots cruels pour celui qui les prononçait autant que pour celui qui les recevait. Des mots qui mitraillaient, qui ne laissaient pas vraiment l'espace pour répondre à Ether, même si ce dernier l'avait voulu.

Il fallait bien que l'un de ces nombreux abcès finisse par percer. C'était une chance en soi que pour le moment, cela se manifeste de cette façon. On l'avait déjà pressenti : cela pourrait facilement devenir bien plus violent.

"Est-ce que tu penses que c'est ce que moi, j'ai envie de faire ? Que c'est le genre de conversation que j'ai envie d'avoir ? Tu crois que j'ai envie d'être en conflit avec toi ? J'ai gardé mes distances, comme tu le voulais, et parce que ça me fait trop mal de te voir. Je ne sais même pas si tu te rends compte de ce que ton évitement m'a fait, ou bien si c'est juste que tu n'en as rien à cirer."

Un vocabulaire familier, presque vulgaire, que Prisme avait certainement appris au contact des pirates. Habituellement il parlait mieux. Marque supplémentaire montrant que ses nerfs lâchaient.

S'il n'y avait que ça...

Sa main avait continué son chemin sur la table et s'était saisie des ciseaux. Sans que Prisme comprenne exactement pourquoi, ça le rassurait de les avoir à disposition. Cela lui offrait une sorte d'alternative. Une soupape. Une solution du désespoir.

Mais une solution à quoi ?

"J'espérais vraiment que tu reviennes, que tu me prouves que j'avais tort. Mais finalement, c'est le contraire qui est arrivé, n'est-ce pas ?"

Un observateur attentif remarquerait sans doute que quelque chose d'étrange était en train d'arriver. Il y avait bien sûr ce souffle dans la voix de Prisme, ce tremblement qu'il n'arrivait pas à cacher, mais ce n'était pas que ça. Ce que l'on voyait de sa peau devenait pâle... trop pâle. Cachés, ses yeux turquoise viraient progressivement au gris. Les rares couleurs qu'il avait mis dans ses vêtements disparaissaient à leur tour au profit d'un camaïeu de gris accidentel.

"Ne te présente pas devant moi pour me demander de faire comme si rien n'était arrivé, ça a quelque chose d'indécent. Assume un peu, pour changer. Je l'ai compris de toute façon, que je ne représente qu'une nuisance à tes yeux. Que tu ne me supportes pas, et que tu ne veux plus entendre parler de moi. Pour moi, ce n'est pas plus simple du tout. Ca rend ça encore pire de t'entendre me prendre pour un idiot et mentir."

La chaise sous ses doigts devenait grise aussi. Le sol sous ses pieds. Tout ce qu'il touchait semblait vouloir perdre en saturation, mais Prisme n'en avait vraisemblablement pas encore pris conscience. Il rajouta comme sur un coup de tête, sans pour autant que le ton de sa voix perde son caractère résigné, certes endolori mais paradoxalement posé.

"Mais tu sais quoi ? Continue de faire comme ça t'arrange en fait. Raconte les âneries que tu voudras à qui tu voudras, tant que je ne l'entends pas. Laisse moi vivre, s'il te plaît. Tu as ta façon de gérer, j'ai la mienne. Ne t'inquiète pas, je ne veux pas t'empêcher de profiter du Ranch. Je garderai mes distances. Si tu m'aperçois, ça ne durera pas. Je ne croise plus beaucoup de fées, mais personne ne saura pour ton allergie non plus. C'était juste des menaces en l'air, une mesure désespérée. Je ne te nuirai jamais volontairement."

Prisme ne l'avait jamais fait. Pas vraiment. Pas au-delà de quelques futilités sans grande importance, uniquement parce qu'il ne savait plus quoi faire d'autre pour attirer l'attention d'Ether. Il aurait largement préféré ne pas en venir à cela. Prisme voulait le bien du Messager. Il n'avait jamais rien voulu d'autre que le rendre fier et satisfait.

Peut-être qu'Ether s'en moquait, mais que ça lui plaise ou non il resterait toujours son mentor. La personne qui l'avait élevé. S'ils avaient été humains, il aurait été son père. Il aurait mieux valu que ça ne soit pas le cas mais Prisme l'aimait (et le détestait) comme tel. Il n'avait pas de contrôle sur ces sentiments là. Il ne pouvait pas décider d'arrêter de voir en Ether cette figure parentale qui l'avait abandonné.

C'était trop, et Prisme sut qu'il allait s'effondrer pour de bon. Il ne voulait pas être vu dans cet état. Il avait aussi besoin que cet échange cesse. La présence d'Ether lui était insupportable.

"Va t-en..."

Ce n'était pas un ordre. Encore moins un aboiement colérique. C'était juste une supplique dite dans un souffle. Un aveu de fragilité. Une main blanche comme le papier vint cacher son visage. L'autre restait fermement ancrée aux ciseaux. Prisme essayait de rendre ses sanglots discrets, mais c'était peine perdue.
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyLun 23 Nov 2020 - 20:52

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Evidemment, Prisme ne veut pas rendre les choses plus simples. Evidemment, elle ne prépare pas sagement ses affaires pour rentrer à la Citadelle. Evidemment, elle préfère la discussion à cœur ouvert qui fait mal et dérange.
Je me prépare à grimacer sous ses assauts, mais finalement, tout ce qui sort de la bouche de ma pupille est étrangement simple. Simplement vrai.
Non, je n'ai jamais vraiment prêté attention ou affection à Prisme. C'est un état de fait sur lequel je ne m'étais jamais questionné tant il était naturel. En ressens-je de la culpabilité maintenant qu'elle me le lance à la figure ? Je devrais, mais pas vraiment. Pour ce qui est de l'évitement… Le soubresaut dans ma poitrine se manifeste de nouveau et je l'enfouis. Je préfère me dire que je "n'en ai rien à cirer".
Alors que Prisme fait vomir de sa bouche tout ce qu'elle gardait sur le cœur, je ne la regarde pas un instant. Fuyant l'intensité bourdonnante que je ressens à la périphérie de mon regard. Je ne prononce pas un mot non plus, bien qu'elle ne m'en laisse de toute façon pas la place. Je n'ai rien à répondre à tout ceci, tout est vrai et juste. Mais je l'écoute, quelque chose me dit que je peux au moins faire cela. Et puis peut-être qu'une fois qu'elle aura tout déballer, Prisme sera apaisée et rentrera sagement.
Son offre me satisfait : la laisser tranquille pour qu'elle me laisse tranquille. Le seul bémol reste la déception de Mab à mon retour seul, mais je pourrais me débrouiller pour effacer l'ardoise.

« Va-t'en… »

Sa supplique me fait presque bondir de ma chaise alors que je mets toute mon énergie à ne pas regarder ni voir mon disciple. Je hais au plus haut point tout ce que cette conversation fait naître en moi et que je parviens de plus en plus difficilement à enfouir. Je déteste tout ce que provoque Prisme chez moi.
Je lui tourne le dos, sans un mot, rouvre la fenêtre et l'enjambe pas aussi gracieusement que ce que j'aurais dû. Au premier battement d'aile, je crois entendre un mot s'échapper faiblement de la chambre. Au second battement, un hurlement me fait bondir, les plumes hérissées.

« ATTENDS ! »

Je n'ai pas pu me retenir cette fois-ci : je regarde une Irisée sans couleur, accrochée à une chaise comme une perdue en mer et noyant tout de gris autour d'elle.
Cette vision est aussi impossible que choquante et a le mérite de me clouer sur place.
Je ne sais quoi dire ni faire, moi qui ai la verve si aisée. Mais justement, ce n'est clairement pas de faconde dont j'ai besoin ici, un "je pensais que tu voulais me voir partir et maintenant tu me hurles de rester, je suis perdu"… Non, vraiment, cela ne servirait à rien et je devine même que la tension bourdonnante autour de la jeune fée exploserait avec une telle remarque.
Je reste silencieux un moment, à la regarder ainsi misérable. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Cette petite chipie pétillante et piquante est en train de perdre son éclat plus sûrement qu'un mot d'un humain non croyant. Mon regard capte l'éclat métallique entre les doigts serrés de Prisme et mes yeux s'écarquillent. Le fou serait prêt à commettre un crime passionnel à cause de ma négligence ?
Est-ce moi qui ai provoqué cela ? Je me sens pourtant incapable d'avoir autant d'impact sur quelqu'un. Mon statut de mentor l'a tant affecté ? Je n'avais pourtant que le rôle de vague guide jusqu'à sa maturité. Nous ne sommes pas une famille, comme les humains l'entendent. Ciel est ce qui s'en rapprocherait le plus pour moi. Prisme, elle, représente ce qu'un apprenti représente pour un maître forgeron chez les humains. Pourquoi autant d'attachement ? J'ai accueilli cette petite pour contenter Mab, lui plaire et m'occuper tout en partageant à une jeune fée ma passion pour les humains. Oui, c'était très égoïste et orgueilleux. Mais comme c'est le cas d'un maître forgeron pour son apprenti.
L'incompréhension est aussi lourde que cette étrange culpabilité qui m'assaille et ce n'est qu'un filé de voix étranglée par ce poids qui sort de mes lèvres :

« Pourquoi t'es tu tant attachée ? Je ne suis qu'un mentor, tu n'es qu'un disciple. Nous ne sommes rien de plus l'un pour l'autre. »

Je me tiens là, devant sa fenêtre ouverte, frissonnant de froid mais pas que.

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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyMar 24 Nov 2020 - 0:42

Lorsque Prisme avait demandé à Ether de partir, il avait réellement pensé que c'était ce qu'il voulait que son mentor fasse. Après tout, il n'était ici que parce que la Reine l'avait envoyé le chercher. Prisme ne souhaitait pas rentrer, cette seule idée lui était insupportable. Le plus simple moyen pour se débarrasser de ce problème, c'était de conduire le Messager à repartir d'où il était venu sans qu'il insiste plus qu'il ne l'avait déjà fait.

Après tout, toute confrontation serait inutile. Prisme avait abandonné tout espoir qu'une discussion à coeur ouvert avec Ether puisse mener quelque part. Par son absence, son ignorance, son mépris, Ether le lui avait bien fait comprendre : il n'en avait plus rien à faire de lui. Peut-être n'en avait-il même jamais rien eu à faire du tout.

A quoi bon retourner le couteau dans la plaie, n'est-ce pas ? Prisme faisait de son mieux pour se reconstruire sans Ether et malgré la détresse quasi-constante dans laquelle il barbotait. Il ne voyait désormais plus son avenir qu'au Ranch. C'était le seul endroit où il trouvait encore stimulations, amitiés, consolations... et même un soupçon de passion imprévue.

Alors non, Prisme ne s'était pas attendu à ce que son coeur se serre autant en entendant Ether tourner les talons si facilement, sans rien répondre. Avait-il espéré, sans même s'en rendre compte, que le Messager ferait preuve d'un peu plus d'acharnement que cela, lui qui était généralement si soucieux de bien faire son travail ?

Parce que c'était de Prisme qu'il était question, il bâclait ? Est-ce qu'il le détestait à ce point ?

Prisme avait-il eu en lui un dernier espoir résiduel, alors qu'il pensait ne plus en posséder ? L'espoir que son mentor chercherait à se défendre des accusations qu'il venait de lancer... L'espoir qu'Ether fasse preuve d'un zeste de scrupules à son égard, et qu'il lui accorde un peu d'attention. Un regret des premiers temps, peut-être ? Ou le souvenir d'un instant passé ensemble durant l'enfance de Prisme. Juste un tout petit instant brillant, qui ne l'aurait pas laissé de marbre, et dont la mémoire aurait été ravivée par son monologue. Juste une trace. Une toute petite once d'amour. Quelque chose, même si ce n'était qu'un grain de sable. S'il lui avait donné quelque chose, Prisme aurait pu s'en relever.

Mais pas ça.
Pas le vide.
Pas ce néant, cette absence.
Pas cette façon de l'ignorer et de le fuir à nouveau.
Pitié, pas encore. C'était plus qu'il n'en pouvait supporter. Prisme ne pouvait pas vivre cette situation une fois supplémentaire.

Ses jambes cédèrent sous lui. Un halo de gris et de blanc se forma sur le sol, comme le résultat d'une onde de choc. Prisme gardait les ciseaux en main mais s'accrochait désormais au pied de la chaise comme s'il avait voulu l'enlacer.

Difficile de rester cohérent en ces circonstances. Il souffrait. Il ne voulait plus qu'Ether parte. Il ne voulait pas qu'on l'abandonne encore.

"... Attend... Ne pars pas comme ça... Attend... Non... Pas comme ça..."

Mais c'était trop tard, ou du moins, c'est ce qu'il crut. Son propre cri lui déchira les oreilles et l'étonna.

"ATTEND !!!"

Il n'était pas bien certain de savoir pourquoi il avait osé cet appel désespéré. Les larmes coulaient encore à grands flots sur ses joues monochromes quand Ether se tourna vers l'intérieur de la chambre. Hagard, désorienté, terrorisé, Prisme ne savait même pas ce qu'il voulait lui dire, maintenant qu'il avait de nouveau son attention.

Peut-être aurait-il dû simplement lui poser ces questions qu'il n'avait jamais osé formuler, trop fier pour le faire, trop effrayé d'entendre la réponse honnête qu'on avait à lui donner.

"Qu'est-ce que je t'ai fait ? Pourquoi est-ce que tu me traites comme ça ?"
"Pourquoi est-ce que tu m'as adopté, si tu ne voulais pas de moi ?"
"Pourquoi est-ce que tu ne m'aimes pas ?
"Pourquoi est-ce que tu as honte de moi ? J'ai fait de mon mieux. Je te promets que j'ai fait de mon mieux."
"Pourquoi est-ce que ce n'est pas assez ?"

Mais cette fois, ce fut Ether qui parla le premier. Sa voix était loin d'être aussi assurée qu'à l'habitude, mais les mots n'en parurent pas moins froids à Prisme. Froids, et coupants comme du métal. Le choc fut tel qu'il eut l'impression d'avoir pris un coup dans l'estomac. Le souffle coupé, il vacilla. Les ciseaux qu'il avait dans la main tombèrent au sol, pas volontairement, mais parce qu'il les avait tout bonnement échappés. Une inspiration étranglée en même temps qu'il écarquillait des yeux dont les larmes n'arrêtaient plus de couler. Quelle horreur. Quelle affreuse chose à lui dire. Il crut perdre connaissance, c'était comme si son coeur s'était arrêté. C'était comme si Ether l'avait poignardé en plein dedans.

Il fallut qu'il s'accroche encore un peu mieux que ça à la chaise. Il avait peur de tomber, ou de s'enfoncer dans le sol. Tout était trouble et tanguait.

C'était une chose d'avoir deviné. C'en était une autre de l'entendre de la bouche du principal interessé, et énoncé en des termes aussi limpides.

"Juste un mentor."
"Qu'un disciple."

Qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire exactement ? Même au sein de la Citadelle, ça n'existait pas, une chose pareille. Personne n'était "juste le mentor" de personne. Encore moins dans la nouvelle société fée. Cette même société au sein de laquelle Prisme était né, et dans laquelle il avait grandi. Cela impliquait toujours une forme de complicité. C'était un lien qui était censé se former tout naturellement avec le temps.

Comment Ether avait-il pu être assez aveugle pour ne pas se rendre compte de ce qu'impliquait réellement la relation qui les liait ? Et c'était sans compter les valeurs qu'il lui avait transmises. Quelle triste ironie... Ether n'était-il pas censé mieux comprendre l'humanité qu'aucune autre fée ? Il n'était pas capable de la reconnaître là où il avait pourtant si bien su l'insuffler.

Y avait-il vraiment besoin de lui ouvrir les yeux à ce point ? Bouleversé, incrédule, Prisme mit longtemps à retrouver sa voix. Lorsqu'il le fit, c'était encore très compliqué de parler. Il était dévasté. Il avait bien du mal à retenir ses hoquets de douleur.

"... Quand je suis né, on m'a donné mon nom et ensuite, une des premières choses qui est arrivée, c'est qu'on m'a mené jusqu'à toi. On m'a dit que maintenant, c'était toi qui allait t'occuper de moi, et que tu allais m'apprendre tout ce que je devais savoir. Tu m'as accueilli chez toi et tu m'as effectivement appris plein de choses. J'adorais quand tu m'expliquais des choses. C'était toujours intéressant. C'était le meilleur moment de ma journée. Tu m'as élevé. Tu m'as élevé." ça lui paraissait terriblement important, ce terme, ce verbe. C'était le détail qui résumait tout. "Ensuite j'ai fait mes propres expériences, mais si ça avait été quelqu'un d'autre qui s'était occupé de moi, je ne serais sans doute pas tout à fait le même, j'aurais une autre vie, je verrais le monde différemment. Est-ce que j'ai besoin de te faire un dessin ou est-ce que ça suffit comme ça ? Est-ce que... Est-ce que ça t'est déjà arrivé d'essayer de te mettre à ma place, juste un instant ? Tu penses que je n'ai pas d'émotions, et que ça n'aurait aucune forme d'incidence pour toi d'avoir une place aussi centrale dans mon enfance ? Si nous ne sommes rien l'un pour l'autre alors... Il me reste quoi exactement, hein ? Si c'est le cas, tu m'as juste privé de l'affection et du soutien auquel tout le monde... Tout le monde devrait avoir droit dans sa vie. Tout le monde sait ça. Même à la Citadelle, ils le savent mieux que toi. Si nous ne sommes rien l'un pour l'autre, alors tu n'aurais pas dû m'adopter. Quelqu'un d'autre l'aurait fait, et j'aurais eu une vie normale. Pourquoi est-ce que tu m'as fait ça..."

Tout était en train de craquer. C'était un barrage qui cédait. Un océan de souffrances tues et contenues depuis si longtemps que Prisme perdit le contrôle de ce qui était en train de se passer. Finalement, il allait les poser, ses questions, toutes obsolètes qu'elles furent. Il ne pouvait plus les retenir. L'esprit obscurci, il n'arrivait même plus vraiment à séparer Morgan et Rowan de lui-même. Il les avait trop intégrés à sa personnalité. Il avait trop souvent fait d'Ether ce père absent dont il parlait occasionnellement aux pirates d'abord pour donner du contenu à ses personnages et maintenant, parce qu'il vivait ce qu'il disait comme une réalité.

Ce n'était pas nouveau, que Prisme considérait Ether comme un père. Ce qui l'était en revanche, c'était que le terme sorte aussi naturellement de sa bouche. Une partie de lui voulait qu'il se rende compte. Qu'il se rende véritablement compte de ce qu'il avait créé. De ce qu'il avait provoqué.

"... Est-ce que tu es idiot, ou bien est-ce que tu es juste cruel ? Pourquoi est-ce que tu me fais ça, papa ? J'ai tellement mal que parfois je voudrais mourir... Pourquoi est-ce que tu me fais une chose pareille... Pourquoi est-ce que tu ne m'aimes pas ? Pourquoi est-ce que je ne mérite pas ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi est-ce que tu me détestes... Pourquoi est-ce que je te fais honte ? Pourquoi est-ce que tu n'en as jamais rien eu à faire ? ..... Pourquoi est-ce que je suis né comme ça ?"

... Cette dernière phrase l'acheva, peut-être parce qu'elle coïncidait aux raisons qui poussaient Prisme à rester au Ranch continuellement depuis quelques temps. La fascination qu'il éprouvait pour les humains, le jeu par lequel il se faisait passer pour l'un d'entre eux s'était mué en autre chose. Il les jalousait, désormais, eux qui avaient de vrais parents. Eux à qui on ne pouvait pas rire au nez lorsqu'ils appelaient quelqu'un "papa," ou "maman". Eux qui d'une manière ou d'une autre étaient légitimes à revendiquer ces liens, même si ça ne se passait pas tout le temps bien. Eux qui avaient des frères, des soeurs, des cousins. Personne n'irait leur dire que c'était absurde. Personne n'irait leur dire qu'ils étaient "juste les disciples" les uns des autres, et que ça n'avait absolument aucune valeur. Quelle chance, de naître avec des liens que presque rien ne pouvait révoquer.

Prisme était tout seul, et il était très fatigué. Les larmes désormais silencieuses coulaient sur son visage baissé. Il n'attendait plus d'Ether une réaction humaine. Peut-être qu'il allait juste s'en aller, une fois de plus incapable d'assumer le poids des reproches qui venaient de lui être formulés. Prisme n'osait plus le regarder, il avait trop peur, il était trop honteux d'avoir dit toutes ces choses qu'Ether allait trouver ridicules. Ses doigts coururent sur un pan de la cape qu'il avait dans son dos et dont la doublure contenait ses ailes. Que voulait-il faire ? Il ne le savait pas. Leur présence lui était simplement devenue douloureuse. Il aurait voulu les faire disparaître. Les fées non-aristocrates avaient cette chance de ne plus les avoir sous forme humaine. Les froisser, serrer le poing, se blesser pour passer sa frustration ? Cela suffirait-il seulement ?
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Ether
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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyDim 10 Jan 2021 - 19:51

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Mab & Prisme


Je pourrais presque voir mes mots voleter faiblement jusqu'à l'épave de celle que l'on appelait l'Irisée. Je les vois l'atteindre mollement et pourtant c'est un véritable meurtre horrifique auquel j'assiste. Les ciseaux tombent - fort heureusement - les larmes coulent de plus belle encore de ces yeux écarquillés à tel point qu'ils vont sortir de leurs orbites. Le petit corps s'affaisse sur la chaise qui ne semble plus réussir à la retenir de la noyade.
Et tout ceci… Me plonge dans la plus grande incompréhension. Je suis confus fasse à cette apocalypse que de simples mots dénués de haine ou de mépris ont déclenché. Je ne l'ai ni insulté, ni rabaissé, ni humilié, ni maltraité. J'ai seulement décrit notre statut de mentor et disciple. Avait-elle le naïf espoir que notre relation évoluerait en quelque chose de plus "familial", comme le font la plupart des autres duos féériques ? Ce n'est pas systématique et elle, plus que quiconque, devrait savoir que je ne m'attache pas aux fées. Ou du moins, plus depuis longtemps. C'est dommage, oui, Prisme est arrivée trop tard, j'aurais pu m'attacher à elle. Mauvais timing. Mais je ne l'ai pour autant pas délaissé, j'ai fait mon travail de mentor. Certes, le minimum, je ne le nierais pas. Mais au moins, je ne suis pas mort avant sa maturité comme c'est si souvent arrivé pour d'autre pupille. J'ai même gardé la b...
Prisme prend la parole et me coupe dans mes pensées. Je l'écoute raconter notre brève histoire, son histoire. Mes lèvres pourraient frémir d'un sourire au souvenir de mes histoires rocambolesques que je racontais à ma pupille en rentrant du Port.
Il est vrai qu'elle est la seule personne sur cette Île à qui je peux parler ainsi de mon amour, de mon obsession pour les humains, sans être jugé, méprisé, rejeté… J'ai aimé cette période, où elle n'était que ma pupille, encore timide et réservée bien que déjà pétillante.

« … papa ?… »

Je frémis à cette appellation. Partagé entre le dégoût, la gêne et… Autre chose.
Mais ce qui suit m'ébranle plus encore. Je sens les mots qui sortent des lèvres grises de ma pupille comme s'ils venaient du fond du monde, de loin, très loin, de l'origine. Comme une plaie infectée dont on extrairait le pue. Et chaque phrase me percute, d'abord une plume, puis une brindille, une pierre, des poignards…

« Pourquoi est-ce que tu me détestes… Pourquoi est-ce que je te fais honte ? Pourquoi est-ce que tu n'en as jamais rien eu à faire ? … Pourquoi est-ce que je suis né comme ça ? »

Je ne sais pas trop ce que je fais, mais je me retrouve de l'autre côté de la fenêtre, dans la chambre glacée. Puis je me vois au dessus de celle boule grise larmoyante. Je vois mes mains posées sur ses épaules, virant au gris elles aussi - ca ne fait rien - et mes yeux plantés dans les siens - pour la première fois.
Je ne sais pas ce que je fais mais les mots qui sortent de mes lèvres coulent comme si une digue avait été brisée :

« Je n'ai jamais vraiment voulu quelqu'un à ma charge. Je ne m'en sentais pas capable sans me l'avouer. Mais Mab croyait en moi, alors j'ai cru y arriver. Mais regardes toi, je suis un échec et tu paies mon échec. Tu mérites de vivre, d'exister. Et pourtant, je te jalouse. Je ne te déteste pas, je ne crois pas. Mais tu t'es mise à briller, briller si fort que je me suis senti menacé, alors je t'ai évité. J'ai évité ta lumière pour que tu n'occultes pas la mienne. Je ne sais que briller tu sais, et je t'ai appris à le faire. L'élève à dépasser le maître, mais le maître n'était pas prêt. Je n'ai pas honte de toi, je n'ai jamais eu honte, il n'y a rien chez toi qui me fasse honte. Tu brilles Prisme, tu brilles même trop fort et c'est pour ça que je t'en veux, que je me méprise. »

Je reprends enfin mon souffle, bats des cils et tente de revenir sur ce que je viens de déverser de façon totalement incohérente sans pourtant parvenir à réordonner le le tsunami qui a été relâché.
Je baisse enfin les yeux, le regard fuyant et, presque bégayant je continue :

« J'ai aimé te raconter ma passion. J'ai aimé les débuts de notre lien. La bague… ma voix s'étrangle, j'inspire et plonge ma main dans mon vêtement de nuages pour en sortir… ce n'était pas un cadeau vide. »

La bague que je lui ai offert - avant que ma pupille se mette à briller trop fort - se balance au bout d'une chaîne dont je n'ai jamais pu me défaire depuis que Prisme me l'avait rageusement rendu. Elle avait été un poids constant autour de mon cou que je n'arrivais - voulais - pas comprendre. J'ai voulu la jeter, la ranger au fond d'un tiroir, un nombre incalculable de fois, mais jamais je n'ai pu m'y résoudre.
Mes yeux parcourent mon corps, devenu gris, mais je ne dis rien. Ca me va bien.
Je murmure des mots que je prononce rarement, et plus encore de façon sincère, comme maintenant :

« Je suis désolé, que tu te sois retrouvée là, avec moi. Que tu essuies mon incapacité à m'attacher… mes yeux restent fixés sur la bague frémissante au bout de la chaîne. J'aurais aimé que tu me sois confiée plus tôt. Avant. Tu aurais moins souffert. Et moi aussi. »

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Prisme
Prisme

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MessageSujet: Re: Colour blindness   Colour blindness EmptyDim 10 Jan 2021 - 22:47

Prisme serrait entre ses doigts la cape, et à l'intérieur de la cape, une aile qu'il broyait à s'en faire mal. On ne s'en rendait pas forcément compte, le vêtement étant conçu de telle sorte que ses attributs féériques étaient cachés à la perfection. Il se mordait la lèvre, pleurant en silence de ce désespoir abrutissant qui le clouait au sol. Il attendait qu'Ether fasse ce qu'il faisait toujours : il attendait qu'il parte. Qu'il fuie, en laissant toutes les plaies ouvertes.

Soudain, deux mains sur ses épaules. Une sensation si surprenante que le corps de la (plus si) jeune fée se crispa sans contrôle. Il avait perdu l'habitude du moindre contact physique avec Ether, lequel avait cessé de lui accorder ce genre d'attentions depuis longtemps. Jusqu'à peu, Prisme n'en avait eu avec personne d'autre. La proximité impliquée lui faisait certainement peur à l'époque, et puis cela ne faisait pas forcément partie des mœurs de la Citadelle. Il était trop fier pour admettre qu'il avait besoin de ce genre de contacts, sans compter qu'il n'avait jamais su devenir suffisamment proche avec quiconque pour que ce type de gestes lui soient naturels. Tout avait certes bien changé dès lors que son mal-être était devenu plus important que son orgueil, au point qu'il était allé chercher chez le Baron Lundi des marques d'affection plus particulières, plus intimes encore.

Prisme se montrait beaucoup, mais ce n'était jamais que superficiel, à tel point qu'une majorité de fées pensait sans doute encore qu'il n'y avait que ça, et que sous le masque de superbe se trouvait un vide aberrant.

Pendant longtemps, Prisme lui-même avait ignoré qu'il y avait autre chose de beaucoup plus profond, mais surtout de beaucoup plus torturé. Il sentait bien que quelque chose clochait, dans le fond, mais c'était plus facile et moins douloureux de ne pas y penser, et de plutôt se laisser porter par les émotions faciles de l'instant présent, si envahissantes chez les fées lorsqu'elles gardaient leur forme originelle. La situation ne lui avait plus laissé le choix et désormais, il nageait dans des émotions plus complexes qu'il n'aurait jamais pu le prédire avant cette fatidique "prise de bec". Il avait appris beaucoup, en très peu de temps. Pour le meilleur et pour le pire.

Son regard qui n'était plus tout à fait le même se dressa pour croiser celui d'Ether. Prisme était estomaqué, et cela se voyait même au travers de l'abattement qui ne le quittait plus. Ether était si près, si accessible en apparence... Subitement, son mentor prenait visage humain. Ses émotions débordaient de lui. Prisme quant à lui débordait de l'envie de le prendre dans ses bras, mais il n'oserait jamais. Il savait, il sentait au fond de lui qu'un tel geste serait mal accueilli.

Pourtant et même dans cette désastreuse situation, il continuait d'éprouver cette profonde affection qu'il vouait à son modèle depuis toujours, sans même peut-être en avoir eu conscience au début. C'était bien pour cela que ce constat de non-réciprocité faisait si mal. Le pire dans tout cela, c'était de n'avoir aucun contrôle sur ce qu'il ressentait. C'était ainsi, et c'était tout. Ca aurait été plus simple s'il avait été capable de réellement détester Ether, ou de s'en moquer, tout bêtement.

Les premiers mots du Séraphin n'étaient pas surprenants. Prisme avait deviné beaucoup de choses. Absinthe avait eu les mêmes hypothèses que lui. Ainsi l'Irisé observait-il le Messager sans rien dire, écoutant patiemment, tristement résigné mais aussi apaisé, en un sens, de l'entendre enfin lui parler. Vraiment lui parler, de créature pensante à créature pensante. Fées, humains... Quand il était question de ce genre de choses, il semblait à Prisme que leurs différences n'étaient pas forcément si marquées.

Je ne sais que briller tu sais, et je t'ai appris à le faire. L'élève a dépassé le maître, mais le maître n'était pas prêt.

Retour à une surprise profonde, bien que la marque dans le regard de Prisme fut très ténue. Il n'aurait jamais imaginé qu'Ether se serait réellement senti dépassé. Il n'aurait pas pensé qu'il fut effectivement si fragile, sous les couches de brillance dont il s'habillait.

... Quelle triste plaisanterie de constater combien ils pouvaient se ressembler. Quelle tragédie de penser qu'il n'y avait peut-être rien à faire. Prisme ne pouvait pas cesser d'être lui-même, et c'était sa nature même qui menaçait Ether. Pourtant, il ne voulait pas de ça. Il détestait l'idée que cela puisse ainsi continuer.

Et puis il éprouvait une inquiétude pour son mentor qui paraissait totalement hors de propos en cet instant. Il aurait voulu pouvoir le consoler. Mais comment faire, considérant qu'Ether ne voulait pas de sa tendresse ?

Prisme aurait voulu revenir à ces débuts plus simple qu'Ether évoquait. Il aurait souhaité que les choses restent éternellement ainsi, quand bien même il savait désormais, avec le recul, que leur relation n'était déjà pas fonctionnelle à cette époque. Au moins, elle existait, et elle ne faisait de mal ni à l'un ni à l'autre.

La bague dévoilée, pendant autour du cou d'Ether, manqua de faire tourner de l'œil l'Irisé, lequel était évidemment toujours très fragilisé. Il porta une main devant sa bouche et se fit violence pour ne pas interrompre les mots du Messager par ses pleurs. La confusion ne tarda pas d'envahir son regard mouillé.

Trop de signaux contradictoires. Prisme était perdu. Ether s'excusait - Il s'excusait ?? Réellement ? - de son incapacité à s'attacher, mais il avait aussi dit que la bague n'était pas "un cadeau vide". Et si ce n'était que le présent infusé d'une quelconque fierté froide d'un mentor pour son "disciple", pourquoi Ether la portait-il autour de son cou plutôt que de l'avoir simplement gardée dans une poche, ou même au fond d'un tiroir ?

Et puis que voulait-il dire par "avant" ? Avant quoi Prisme aurait-il dû lui être confié ?
Est-ce qu'il avait envie d'avoir une réponse à cette question ?
Il n'était pas sûr d'avoir envie d'entendre la réponse à cette question.

Il préférait se concentrer sur le reste. Tous ces mots perturbants, si différents des précédents discours... Si incompatibles avec ce qu'Ether avait dit jusque là. Ce fut très difficile de parler. Sa voix daignait à peine sortir.

"... Je n'arrive pas à voir où tu veux en venir exactement. Tu dis des choses qui ne vont pas ensemble... Je ne sais plus ce que je dois penser..."

Ses yeux retombèrent sur la bague. Prisme n'osait pas s'en approcher, comme si elle avait été chauffée au fer rouge. Qu'est-ce qu'Ether allait en faire ? Est-ce qu'il allait lui redonner ? Et s'il lui redonnait, quelle signification mettre derrière ce geste ?

Avant quoi ?
Cette question continuait de le terroriser. Son esprit remonta frénétiquement jusqu'à cette histoire de jalousie qui avait mis le feu à des braises préexistantes. Une idée complètement folle était en train de pousser dans sa tête. Un dernier recours. Un dernier aveu, poussé par une sorte d'espoir résiduel qui persistait malgré tout, ravivé par la tournure inattendue des événements. Il redressa le nez, oubliant provisoirement le bijou entre eux deux, et la discussion qui semblait aller avec - qu'il n'avait pas envie d'avoir, pressentant ses conséquences destructrices.

"Je ne brille pas si fort que ça. Les fées ne s'intéressent à moi que pour ce que je peux leur apporter. J'ai plus d'amis ici que là-bas, tu sais." Un ricanement nerveux, teinté de cynisme. "... Et puis je ne suis qu'une fraude. Je n'ai toujours été qu'une fraude. Personne ne l'a encore remarqué. Je suppose que je ne fais pas si mal semblant..."

On allait encore dire qu'il avait bien appris.

Il ne l'avait jamais dit à personne, tellement cela lui faisait honte. Pourtant, en cet instant précis, il savait qu'il allait le faire. C'était logique. Ca devait sortir. Peut-être que ça guérirait quelque chose, peut-être que ça ne ferait rien du tout... Mais c'était mieux que de penser à ce avant quoi qui restait, comme un monstre caché dans l'ombre de sa raison.

"... Je n'ai jamais vu le rouge. Je ne sais même pas à quoi il ressemble. La seule chose que moi je sais vraiment faire, c'est manipuler les couleurs, et il y en a une qui manque. Et toutes ses nuances aussi, j'imagine. Alors tu vois... J'étais déjà cassé avant tout le reste. Inutile d'être jaloux d'une façade..."

Ce n'était pas si simple bien sûr. Ether avait probablement aussi peu de contrôle que Prisme sur ses propres insécurités. Mais cette révélation inédite, c'était tout ce que Prisme pouvait faire afin d'agir sur la situation. Le regard éteint, quoique toujours sous le coup de l'émotion, l'Irisé fixait son mentor. Il avait pensé avoir fini et pourtant il s'entendit rajouter :

"... Répète le si ça te chante. Je m'en fiche. Je ne veux plus briller, ça ne m'intéresse plus. Encore moins si c'est pour le faire à tes dépends."

Ether était une véritable commère, mais Prisme doutait qu'il évente ce secret si facilement, cette fois. Cela dit même s'il le faisait, l'Irisé ne mentait pas : en cet instant précis il s'en moquait éperdument. Sa réputation à la Citadelle n'avait plus aucune importance. C'était creux, futile, aux antipodes de ce qui lui manquait vraiment.


Dernière édition par Prisme le Jeu 14 Jan 2021 - 10:57, édité 2 fois
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