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Ancienne Créature
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Dim 26 Oct 2014 - 21:40

Hrp:
 


Une sorte de chaos régnait avec effervescence, bousculant la tranquillité platonique de la journée, et brisant le silence sage qui émanait jusqu'à présent des Cabanes. Automate de chaire, la Mère s'était transformée en une boule de déterminisme et le sentiment maternel qui l'unissait si fort à ses petits émanait de tout son être.
         Lorsque cette dernière s'était retrouvée encerclée par la petite bande apeurée, Astyh s'était coulée contre la nuque ombrageuse en penchant la tête pour observer l'agitation, soudain prise d'une pitié attendrie pour les petits êtres qui tendaient désespérément les bras en quémandant la protection de Rachel. Si ils n'avaient pas été aussi bondissants et hurlants, elle se serait sans nul doute perchée dans leurs bras pour les distraire un peu et sécher de ses doigts blancs les larmes bataviques qui perlaient sur leurs joues. Oh elle les craignaient...mais quel jouet n'a finalement pas la vocation de plaire alentours et de distraire ?

A l'injonction de la mère, la petite créature avait resserré sa prise sur le tissu de la robe en fronçant du nez, les bruits quotidiens de l'endroit bousculés sauvagement par des glapissements outrés et divers élucubrations qui tendaient à prendre le ton discourtois de l'accusation mêlée à une fureur attristée. La chimère hurlait à pleine voix au milieu de grognements désespérés ;

« VOLEURS !! Voleurs ! Où sont-ils ! »

Être enfermée aussi soudainement dans une prison d'osier décupla sa fureur et un pan du tissu de l'habit de Rachel crépita soudain comme de la braise et de petites flammes entreprirent de le ronger.

« Voleurs ! Rendez-les moi ! »

Une chaleur rougeoyante emplissait doucement la pièce et les ustensiles de cuisine de mirent à gondoler sous l'effet d'une température toujours plus élevée.

« Maman Rachel, lâcher le panier s'il-vous plaît ! Votre robe va s'enflammer, vous risqueriez d'être trop gravement blessée ! »

La petite créature posa ses deux mains contre le panier et grimaçant ; si la porcelaine n'était pas inflammable, la chaleur la craquelait et pouvait la faire chauffer si bien qu'exploser une matière si fragile était excessivement aisée. D'une voix tempétueuse, Astyh s'échina à réduire à un ton de voix plus entendable le...ou plutôt LA félifeu déchaînée :

« Je vous en pris madame calmez-vous ! De quoi accusez-vous qui ?
-  Ils ont pris mes petits ! Ces petits bipèdes stupides ! Je les ai vus ! Ils les ont pris pour jouer à leurs jeux cruels !"

      Les crépitements se calmèrent doucement mais les flammes grillaient encore férocement l'osier et le ton de la mère chimère restait inflexible et orageux, teinté d'une tristesse furieuse. L'histoire semblait être la suivante : la félifeu aurait entraperçu deux petits « bipèdes » portant ses petits en riant, s'enfuyant en direction des Cabanes. Ces derniers auraient évoqués quelque chose comme leur faire prendre une douche alors que les chimérions développaient tout juste leurs premières braises de pelage. La mère les auraient poursuivit et auraient perdus leurs traces juste avant les maisons des enfants perdus. La suite était bien aisée à comprendre.

« Maman Rachel...lesquels de vos enfants auraient-pu commettre ce larcin ? Enfin je veux dire... -sa voix se mua en murmures – si ce sont bien vos enfants qui ont fait cela. ..Maman Rachel votre robe !! »

Le tissu où le feu avait prit s'était étiolé, et les braises qui s'y étaient accrochés rongeaient tranquillement la robe en crépitant, découvrant doucement les jambes hyalines de la mère. A leurs pieds, la chimère furibonde s'excitait et trépignait alors que la température montait encore, glapissante !

« Elle dit qu'elle va mettre tout à feu si on ne lui rends pas ses petits... »





Tout brûle tout brûle, brasier terrible
Les braises vous grimpent le long du corps,
Le feu, de balles, votre corps, crible
Il se propage et vous dévore.
Les cendres s'étiolent sur votre peau
Vous, tristes Mères, vous qui versez
Pour vos enfants et vos marmots
Des océans et des brasiers.
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Ancienne Mère
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Mar 28 Oct 2014 - 20:21

La douleur cuisante du feu rongeant sa peau ramena Rachel à la réalité. La Mère poussa un glapissement, tapant fermement le tissu pour étouffer les flammes. Écoutant les conseils de la poupée de porcelaine la jeune fille libéra la Félifeu du panier, posant ce dernier à côté d'elle. Voyant combien la chimère flambait de colère, Rachel se confondit en excuses sincères.

« Veuillez pardonner mon offense. Je ne voulais que protéger mes propres petits. Je vais vous aider à retrouver les vôtres. Je suis Mère, moi aussi, je sais combien la colère peut être prompte quand un de nos enfants est en danger. »

Les oreilles du Félifeu avaient bougé, tout le long du discours de la Mère, montrant que la Chimère écoutait. La Félifeu poussa un feulement que Rachel salua en inclinant la tête.

« Vous pouvez rester ici. Cachez-vous sous un des lits. Regardez, si je tire sur la couverture... Cela fait un écran, on ne vous verra pas. J'annoncerais mon retour. »

Les mots semblèrent calmer la Chimère, du moins pour le moment. Rachel la salua à nouveau, comme si elle s'adressait à une personne de haute importance, avant de sortir de la Cabane. Ce n'est que dehors qu'elle observa la brûlure qui marbrait le bas de sa jambe. Rachel grimaça à sa vue.

« Au moins voilà une raison toute trouvée de voir les Soigneurs. Astyh, vous allez pouvoir découvrir un des groupes les plus importants des Enfants Perdus ! »

Tâchant de faire fi de la douleur irradiant de la brûlure, Rachel clopina jusqu'aux Cabanes des Soigneurs. Une odeur d'herbes flottait dans l'air. La plupart étaient suspendues au plafond pour être séchées, d'autres mijotaient pour créer des baumes ou des cataplasmes. Rachel appréciait cette odeur tout autant que le calme qui régnait chez les Soigneurs.

Les Diplomates étaient présents, certains couverts de bandages. Celui qui avait eu le bras mordu ne semblait pas en tenir rigueur à la Chimère. Il s'en vantait même fièrement auprès d'autres Enfants Perdus, assurant qu'il avait combattu la créature en combat singulier. Rachel se rapprocha de lui sur la pointe des pieds, bien décidée à le rabrouer.

« Il voulait s'attaquer à une des plus jeunes. Moi, courageux comme pas deux, j'ai sauté sur la Chimère et je l'ai agrippé par le cou ! Je l'ai soulevé et envoyé voler contre un mur. La Chimère était monstrueuse ! Grosse comme un lion et... »
« Gros comme un chat serait plus approprié. Et même si c'est un fieffé mensonge, je n'approuve pas la violence envers les animaux. »

L'Enfant se raidit comme s'il venait de subir une douche froide. Le sourire qu'il adressa à la Mère était crispé.

« Rachel, je ne voulais pas... »
« La Chimère qui est venue dans les Cabanes m'a dit que vous auriez pris ses enfants. L'un de vous aurait-il quelque chose à me dire ? »
« Tu sais parler aux Chimères, maman Rachel ? » demanda un des Enfants, particulièrement admiratif.

Rachel aurait pu se vanter d'un tel exploit. Mais elle devait une fière chandelle (c'était peu de le dire) à la poupée de porcelaine. La Mère dégagea ses cheveux, dévoilant à tous Astyh.

« C'est cette exquise créature qui m'a servi d'interprète. Je vous interdis de la toucher. Elle est trop fragile pour vous. Et puis... J'ai posé une question qui attend une réponse. »

Personne ne sortirait de cette cabane tant qu'elle n'en saurait pas plus.
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Ancienne Créature
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Ven 31 Oct 2014 - 12:35

Toute juste dissimulée quelques instants plus tôt, Astyh observait le décor autour d’elle, embaumé par de puissants effluves d’herbes et de cataplasme fleuris. Agitation et ferveur régnait dans tout l’espace, ponctuées de babillages faussement héroïques, de reniflements fébriles et d’injonctions impérieuses de la part des soigneurs les plus émérites, chacun s’affairant dans un ballet parfaitement maîtrisé en œuvrant à la tâche qui leur avait été incombée.
           Les rabrouements de la Mère des Diplomates, adressés à l’un de ses petits tombé dans une vantardise enfantine, avait brutalement instauré un calme respectueux, tant l’inflexibilité et l’aura fâchée qui se dégageait d’elle en imposait. C’est par ailleurs ce qui tint bien coite la petite créature, lorsque la main fine de Rachel la dévoila sans gène aucune aux yeux des enfants qui dardèrent sur elle du regard, une multitude de ferventes interrogations. Rosissant, la poupée s’inclina en une petite révérence tout en s’astreignant l’exercice difficile qu’était de garder son équilibre sur l’épaule de son hôte :

« Enchantée, Enfants Perdus. »

Un silence mêlé de bruits gênés et du froissement des vêtements tordus par l’angoisse d’être faussement accusé avait suivit la déclaration de Rachel… Les petits esprits accusaient les plus grands qui s’en allaient faire de même vers leurs cadets…
L’un des soigneurs rompit brièvement la lourdeur étouffante de l’instant pour faire asseoir la Diplomate sur un tronçon de bois, baume et bandage en main en lui intimant fermement l’ordre de rester immobile :

« Vous avez là une belle brûlure, Rachel. S’il-vous plaît, restez au calme pendant deux trois jours en appliquant le baume que je vais vous donner, et ce chaque matin. »

Dégringolant de l’épaule de la jeune fille, Astyh atterrit gracieusement sur le bois en lissant du plat de la main les plis de sa robe, avant de se racler la gorge –ce qui, en réalité, faisait plutôt penser à un bruit de cristal qui se brise sur du carrelage - :

« S’il vous plaît ! Comme l’a dit votre Mère, la chimère qui s’est trouvée chez vous recherche ses petits…je vous pris de me croire qu’elle n’hésitera pas à faire flamber jusqu’aux derniers de vos jouets pour récupérer sa progéniture ! »


Quelques déglutissements se firent entendre, tandis que tournaient en girouettes les visages tendus vers leurs voisins, en quête du coupable.
Un pleur soudain se fit entendre.
Émergeant des rangs, deux jeunes marmots dont les têtes brunes et rousses ne devaient pas excéder 8 et 9 ans, se présentèrent devant leur Mère, le visage tordus par l’angoisse de la sentence. L’un hoquetait en balbutiant des mots incompréhensibles, tout ruisselant de larmes, les mains s’agitant fébrilement pour tenter de donner corps à ses larmoyantes explications. Le second, plus digne, s’efforçait de contenir le sel qui lui brûlait les yeux avant de crachoter misérablement :

« On avait cru…qu’elle les avait abandonné…elle n’était pas là…ils avaient faim… »

- Si vous êtes tout deux les petits voleurs, où sont-ils à présent, garçon ? demanda doucement la petite créature de porcelaine, en figeant sur lui ses prunelles bleutées.

Le plus larmoyants des deux fautifs pointa l’extérieur du doigt en essuyant de sa manche le filon de morve qui tendait à s’échapper de son nez pour se coller à son vêtement :

« On…on les a mis dans le coffre à jouet…a…avec du charbon et…et des couvertures… »

Satisfaite, Astyh tapa sur les doigts d’un des plus jeunes qui trouvait fort amusant de tirailler ses cheveux pour tourner un visage souriant et pragmatique vers Rachel :

« Maman Rachel, je crois que vous avez ce qu’il vous faut n’est-ce pas ? Par ailleurs…

Un feulement distordu accompagné de crépitements sourds lui arracha une grimace, beuglement teinté d’une impatience grandissante quant à réduire en cendre l’objet de son malheur.

« …il me semble que vous devriez faire vite ! »





Le proverbe dit « faute avouée
Sera à moitié pardonnée ».
Pourriez-vous vous mettre en danger
Pour que justice soit appliquée ?
Pour un « le sort en est jeté »,
Pour l’autre « la guerre quémande la paix ».
Mais pour une mère déchirée
Y aura-t-il sentence à son pied ?
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Ancienne Mère
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Sam 1 Nov 2014 - 13:03

Avec tous ces tracas la Mère avait oublié la brûlure qui marbrait sa jambe. Docilement elle obéit au Soigneur, le laissant appliquer baume et bandages. Rares étaient ceux qui pouvaient ainsi se faire obéir de la Mère des Diplomates. Les Soigneurs, même les plus jeunes, possédaient ce curieux pouvoir. Immobile, Rachel suivait les échanges entre la poupée et ses enfants.

Le voile du mystère fut levé. Rachel posa un regard bien dur sur les enfants qui venaient de confier leur faute. Un soupir franchit ses lèvres.

« Vous auriez du m'en parler plus tôt. Cela nous aurait évité cet incident. Un de vos compagnons a même été blessé par votre faute ! »

Les coupables hochèrent la tête en reniflant. Sentant bien qu'ils étaient conscients de leur faute, la Mère s'adoucit. Elle posa ses mains sur les têtes blondes, ébouriffant leurs cheveux.

« La prochaine fois, sacripants, venez me le signaler si vous hébergez une Chimère ou un animal. Vous avez de la chance que ce ne soit pas un moineau. Les oiseaux abandonnent leurs enfants s'ils sentent une odeur humaine sur lui. »

Ainsi était la Nature, juste mais cruelle.

Les paroles de la poupée de porcelaine la ramenèrent à l'urgence du moment. L'impatience du Félifeu grondait, faisant trembler les Enfants les plus craintifs. Rachel se leva d'un bond, ce qui agaça le Soigneur qui venait à peine de finir son bandage.

« Vous ne devriez pas encore bouger, il vous faut... »
« La colère d'une Mère ne peut attendre. Je me dois de lui rendre ses petits. Mon travail achevé je reviendrais. »

Le Soigneur ne put que hausser des épaules. Il savait, qu'au pire des cas, il irait lui-même rendre visite à la Mère dans la soirée afin de lui prodiguer les derniers soins. Reprenant la poupée sur elle, la Mère reprit le chemin des cabanes des Diplomates. Rachel gravit les marches quatre à quatre, poussant sans s'excuser les Enfants qui osaient se trouver sur son chemin.

A genoux devant un des lits, Rachel plongea ses mains dessous. Sentant le bois sous ses doigts, la Mère tira la caisse vers elle. Parmi les couvertures et les monceaux de charbon reposaient les deux Félifeux. En mettant sa main juste au-dessus d'eux la Mère sentit la chaleur qui émanait des Chimères. Ils semblaient être en bonne santé. A demi endormis ils clignèrent des yeux.

Rachel lâcha un soupir.

« Pendant un instant j'ai crains que l'un d'eux ne s'échappe... Leur mère va être ravi de... »

Comme pour la contredire un des Félifeu sauta à bas de la caisse. Il venait d'entendre le rugissement de sa mère.
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Dim 2 Nov 2014 - 0:16

Une fois de plus perchée sur l’épaule de la Mère Diplomate, Astyh assistait en curieuse spectatrice au petit spectacle offert par la troupe d’enfants. Si la seul sentence appliqué aux fautifs semblait être celle de porter le poids de leur faute, la dame chimérique semblait perdre peu à peu sa belle résolution de patience. Il était heureux que la jeune fille à la langue acérée est l’esprit assez vif et la foulée large malgré la blessure qui veinait ça et là la peau la moins fragilisée et dénuée de bandages.
Enfonçant ses petits ongles d’émail dans les plus du tissu auquel elle s’accrochait, la poupée se porcelaine hasarda entre deux foulées de son hôte :

« Maman Rachel, croyez-vous que cette dame enflammée se contentera de quelques remontrances ? Je m’efforcerais de le lui expliquer si tel est votre bon plaisir mais je ne sais pas si…oups ! »

Elle n’eut pas le loisir de finir sa phrase, culbutant souplement par-dessus l’épaule de Rachel qui tirait de dessous le lit, le dit coffre mentionné par les malheureux marmots inconscients. S’y accrochant quelque peu maladroitement, elle eut juste le temps de voir bondir une petite boule de fourrure crépitante de petites braises nouvelles par-dessus de couvercle, les mots rassurés de Rachel se perdant dans sa propre exclamation de surprise :

« NON ! Reste ici petit ! S’il-te plaît ! »

Le chimérion poussa un couinement déchirant à l’entente des rugissements toujours plus impatients qui montait de la chambre proche, ce qui ne fit qu’exciter et alarmer le second qui s’appliqua à se débattre entre les bras de Rachel. Vive, la petite poupée sauta devant le premier en écartant les bras, implorant du regard la petite chimère qui hurlait à fendre l’âme vers l’extérieur :

« Maaaman ! Maaman !
- Oh je t’en pris cesse de hurler, quémanda la créature de porcelaine !  Si tu hurles encore, ta mère détruira tout pour arriver jusqu’à vous de manière peu orthodoxe et les chasseurs risquent de rappliquer ici ! »

La bête sembla se calmer quelques peu sans que rougeoient pourtant moins les petites braises de son pelage aux tâches cendrées. Ses prunelles mordorées jetaient alentours des regards furtifs emplis d’inquiétude tandis que, le cœur battant, Astyh posa ses mains contre les yeux du bébé en l’invitant à la suivre dans un filet de voix :

« Maman Rachel…ouvrez la voie s’il vous plaît, je me perdrais facilement dans toutes ses pièces…Oh, vous devriez placer votre mains devant les yeux de votre petit excité, les bêtes les plus sauvage se calment en perdant la vue et seront plus aptes à la coopération. »

L’étrange petit cortège se mit enfin en branle en direction des lueurs rouges qui émanaient de la fenêtre où la Félifeu avait consenti jusqu’ici à attendre…






Patience est la vertu des sages,
Vélocité des intrépides,
Noires impulsions des ères en rage,
Naïveté des plus candides.
Rendez donc son du à César,
En quémandant son bon pardon,
Car il n’y a pas de pires cauchemars
Qu’une Mère menant votre expiation.
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Dim 2 Nov 2014 - 11:35

Toute cette histoire allait la rendre folle. Rachel entendait les battements de son propre cœur emplir son esprit, résonnant dans son crâne. La voix de la poupée de porcelaine avait un effet apaisant sur elle, calmant son cœur et les tremblements de ses mains. Le plus délicatement qu'elle put, la Mère saisit le chimérion, le déposant entre ses bras. Suivant le conseil d'Astyh elle posa sa main sur les yeux de son protégé. Celui-ci se calma instantanément, se figeant même.

Rachel lâcha un soupir.

« Merci de tes conseils avisés, Astyh. Nous n'aurons pas à marcher longtemps. »

Le petit groupe gravit un énième escalier pour rejoindre la cabane de Rachel, située en hauteur. La cabane semblait être en proie aux flammes, l'intérieur baignant dans des lueurs rougeoyantes. La Félifeu tournait en rond, comme un animal en cage, laissant éclater ses grondements, exprimant toute sa fureur. Dès que Rachel fit son entrée, la Mère crut que la chimère allait lui sauter à la gorge. La mère chimère s'était mis en position de chasse, prête à bondir. Rachel comprit, intuitivement, ce que la Chimère lui hurlait.

« Vos enfants sont là. »

Rachel déposa le sien à ses pieds, lui libérant la vue. Le chimérion émit un miaulement mélodieux, se ruant sur sa mère. Le second en fit de même, frottant sa tête contre le pelage maternel. La scène avait de quoi toucher le cœur le plus endurci. Dépassée par les événements, submergée par le soulagement et la fatigue, Rachel se laissa tomber au sol. Assise sur le plancher, la Mère tendit sa jambe blessée pour calmer la douleur ravivée par sa course effrénée.

« Mes enfants les avaient bien avec eux. Mais pas pour jouer... Ils les croyaient abandonnés et les avaient ramenés pour les héberger, les nourrir... Leurs intentions n'étaient pas mauvaises. »

Mais cela n'excusait pas tout, et Rachel en avait conscience.

« Je les punirais comme il se doit. Ils auraient du m'en parler, cela vous aurait évité... bien des craintes. »

Rachel regarda Astyh. Avait-elle trouvé les mots justes pour calmer la chimère?
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Dim 2 Nov 2014 - 18:03

La scène des retrouvailles était d’une poésie si adorable qu’Astyh laissa un petit sourire flotter sur ses lèvres, appréciant le babillage inquiet de la femelle et les « maman » innocents de ses petits, déjà tout remis des émotions car si jeune, on se plaît tant à romancer la moindre péripétie. Traduisant avec la plus juste fidélité les paroles de Rachel, la créature de porcelaine s’inclina devant la chimère, cette dernière dardant sur la Mère ses prunelles flamboyantes avant de lâcher un ultime glapissement, nuque courbée :

« Elle vous remercie, maman Rachel. Et vous enjoins à ne pas être excessivement sévère. »

Ses derniers mots traduits, la mère félifeu mordit délicatement la peau du cou des chimérions pour sauter vers l’extérieur et se fondre au travers de la végétation luxuriante de l’épaisse forêt. Sitôt qu’elle fut partie, la teinte rougeâtre se dissipa et la température retomba pour laisser place à un air plus respirable, laissant tout de même sur son passage quelques larmes de verre fondu – un verre laissé là n’avait pas résisté à la fureur de la flamboyante mère – et des pans de couverture brûlée.
Un brin inquiète, Astyh se retourna pour poser ses mains sur la brûlure bandée de son hôte malheureux, le visage tordu d’une grimace désolée :

« Vous devriez retourner chez les Soigneurs…ce n’est pas une jolie chose que vous avez là ! Ne prenez pas ça à la légère s’il-vous-plaît… »

Impressionnée. Oui, là était sûrement l’adjectif le plus juste pour qualifier le sentiment nourrie par la petite créature envers les deux mères qui venaient de s’affronter, quelque part, pour préserver leur bien le plus précieux. Il semblait à la fois si doux et si ardu d’être la gardienne de petits êtres, tant et si bien que l’espace d’un instant, la poupée se prit à regretter tristement de n’avoir rien à chérir de la sorte. Il faudrait qu’elle farfouille dans ses trésors…peut-être y dénicherait-elle une quelconque idée !
Grimpant sur l’épaule de Rachel, Astyh sourit en posant ses doigts contre la joue brûlante de cette dernière avant d’incliner de la tête en fermant les yeux :

« Vous m’avez fait confiance et vous m’avez permis d’approcher votre petit monde. Je vous en serais toujours reconnaissante, Maman Rachel. Ne m’oubliez pas trop vite lorsque je m’en irais… Maintenant levez-vous et allez vous reposer chez les Soigneurs ! Vos enfants ne doivent attendre que vous, j’en suis persuadée ! »

A présent que la mère était blessée, l’Insensée - perchée sur son épaule -se trouvait si déboussolée qu’elle se prit à raconter tout et n’importe quoi, d'histoires délirantes aux chansons, pour peu que Rachel oublie la douleur. Elle hésitait tant à repartir à présent !






Voyez voyez, pauvres ignorants,
Le doux combat que seules, elles mènent
Protégeant en se meurtrissant
Chacun des petits êtres qu’elles aiment.
La fin se déchire en silence,
L’espoir se dessinant dans l’ombre :
Lumière bleue pétrie d’indécence
Chimères drapées de flammes sombres.
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Mer 5 Nov 2014 - 21:52

La sollicitude de la poupée la touchait plus qu'elle ne voulait le montrer. Dire qu'au début de la rencontre, la Mère avait été deux doigts de transformer la créature en débris de porcelaine. Elle avait bien fait de ne pas céder à ses pulsions. La petite Astyh faisait, doucement mais sûrement, sa place dans le cœur de la Mère. Rachel laissa un sourire s'épanouir, et posa son index sur la main de la poupée.

« Je ne vous oublierais jamais Astyh. Vous êtes inoubliable. »

Pure vérité, véritable confidence.

Suivant les conseils de la poupée, Rachel retourna dans la cabane des Soigneurs. Le garçon qui s'était occupée d'elle s'empressa, à nouveau, de la faire rasseoir. Dans sa précipitation Rachel avait, malencontreusement, dénoué le bandage, mettant la brûlure à nue. Le pauvre garçon dut effectuer les soins tout en étant encerclé par les Diplomates. Tous étaient curieux de connaître la fin de cette grande aventure.

« Rachel tu as combattu la Mère ? Elle t'a attaqué ? »
« Tu rigoles. Rachel ne se bat jamais. »
« Tu lui as parlé alors ? Avec ta rét.. réto... »

« Réthorique. Oui je lui ai parlé. Aidée de mon amie Astyh. »

Le regard de Rachel se posa sur les deux petits coupables. Leur faisant signe d'approcher, elle moucha le nez de l'un, essuya les yeux larmoyants de l'autre.

« La mère des petits m'a fait promettre de ne pas être trop sévères avec vous. Remerciez-les. Du coup vous ne serez pas privés de dessert. Je pense que votre peur de la punition suffit. »

Les coupables s'empressèrent de hocher la tête. Voyant que le Soigneur avait besoin de calme, et surtout d'espace, Rachel finit par frapper dans ses mains.

« Allons l'incident est clos. Retournez accomplir votre travail. »

Les Diplomates se dispersèrent hors de la cabane, telle une portée de moineaux. Le Soigneur remercia Rachel d'un signe de tête. Cette dernière se détendit, s'abandonnant aux mains expertes. Ses yeux se posèrent sur la poupée de porcelaine, sa compagne du jour.

« Alors Astyh, quelle aventure n'est-ce pas ? J'espère que vous n'avez pas été trop éreintée. Ni blessée. Si c'est le cas, je suis certaine que nos Soigneurs pourront vous aider. Ce sont de véritables magiciens. »

Le Soigneur rougit, et se détourna sous prétexte d'aller enquérir un bandage propre. Rachel dissimula son rire derrière sa main, s'amusant de la réaction du garçon.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Ven 7 Nov 2014 - 21:54

Hrp:
 



Les paroles tendres et amicales de la Mère firent si bien fondre le petit cœur fragile de la poupée, qu’une bouffée de reconnaissance et d’émotions bousculées lui embua les yeux l’espace de quelques secondes, tandis qu’elle pressa l’index entre ses mains pales. Oh elle avait tant rêvé que l’on lui dise une chose pareille, terrifiée de son éphémèrité indécente…et à présent qu’elle lisait une amitié sincère dans les yeux de la jeune fille, tout son être s’en trouvait tourneboulé.

« Tout autant que vous l’êtes, maman Rachel… » murmura la poupée en déposant une main presque tremblante sur sa poitrine.

Lorsque les enfants eurent détalés sous l’injonction de la Diplomate, un calme tranquille s’installa, tout juste ponctué du bruit du ciseau sur les bandages et du froissement léger des tissus. Lorsqu’enfin Rachel prit la parole, Astyh glissa doucement de son épaule pour se tenir bien droite sur les jambes de cette dernière en esquissant une petite révérence :

« Bien qu’un feu fatiguée, ce ne fut jamais si plaisant qu’en votre compagnie et cette petite aventure m’aura appris une chose –son sourire s’étira - : les liens les plus beaux se tisseront dans l’adversité la plus inattendue, et ce malgré toutes nos méfiances et nos différences, pour peu que nos cœur s’accordent.»

La sollicitude de la jeune fille l’émut un peu plus et joignant les mains à la manière d’une prieuse, lui assura n’avoir subit aucun dégâts notables. Dès lors que la brûlure de la Mère eut reçut de nouveaux soins adéquates, le Soigneur remit à la blessée un onguent à appliquer sérieusement et avec régularité chaque soir, avant de s’éclipser vers l’extérieur.
                 La petite poupée de porcelaine posa un long regard sur la grande jeune fille au cœur chaud en se remémorant les évènements. Elles s’étaient méfiées, les menaces avaient planées et plus d’une fois, les vapeurs inquiétantes des cris et des regards inquisiteurs avaient presque poussé la créature à détaler sans demander son reste. Puis le dialogue s’était ouvert…un dialogue timide, inquisiteur également, encore teinté d’une certaine méfiance dès lors que leurs mots trahissaient une pensée toute autre que celle que l’on voulait bien admettre. Les histoires avaient remplacées les vérités quotidiennes et les fronts des combats s’étaient intensifiés, jusqu’à prendre l’ampleur de brasier de St-jean –au sens propre comme au figuré, s’entends -. Une entraide s’était imposée, une fragile amitié naissante au cœur de la tourmente jusqu’à se solidifier assez pour que s’instaure une confiance nouvelle.

Ainsi étaient-elles à présent. Par la méfiance, le doute, l’incertitude, le mensonge, les histoires, la vérité, la crainte, la douleur, l’affection, l’amour maternel,  la sincérité, la confiance, l’épreuve et l’amitié, Astyh savait qu’elle aurait à jamais la trace indélébile de sa rencontre avec la Mère Diplomate. Tant et si belle amitié pour elle, que devoir repartir lui semblait plus ardue que jamais, la crainte du silence l’étouffant presque. Oh mais il le fallait, oui, car elle n’avait pas sa place chez les enfants perdus et n’aurait sûrement jamais de réelle maison autre que dans le cœur de ceux qui le voulait bien.
Sa voix tremblotait légèrement lorsqu’elle reprit la parole :

« Maman Rachel… Il m’est plus difficile de devoir vous quitter à présent…mais vous devez prendre soin de vous avant tout et malgré toute l’affection que je vous porte maintenant, il n’est pas dans mes habitudes et dans ma nature même de demeurer trop longtemps au même endroit ! Je sais que si je m’attarde encore, repartir sera une tristesse trop grande que je ne veux pas avoir à supporter ! »

L’Insensée sauta au bas des genoux de sa Mère en pliant soigneusement les siens avant de se retourner vers celle qui, d’hôte, était devenue l’amie de manière si étrange :

« Merci…Merci pour tout. J’espère que vous me permettrez de revenir vous voir. En attendant…

Elle esquissa une ultime révérence en soufflant, la gorge un peu serrée :

« …je vous souhaite tout ce que cette sombre et merveilleuse île pourra vous offrir de meilleur. »

C’est sur ces derniers mots que la poupée fit volte-face pour disparaître vers l’extérieur, avant de se noyer dans la forêt avoisinant les cabanes. Là où tous les dangers et les trésors reposent paisiblement en accueillant à grands cris silencieux, le retour d’une fragile imprudente comblée jusque dans l’âme.





La fin n’est jamais qu’un début
Pour peu que l’on s’y penche un peu
Car ces dorés liens apparus,
Font l’âme qui se peint dans vos yeux.
L’amour est un don indécent
Que l’on réclame, désespérés,
Mais qui parmi ces indigents
Auraient pu croire un seul instant
A la naissance d’une amitié
Entre une Mère et une poupée ?
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Ancienne Mère
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Invité



MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Sam 8 Nov 2014 - 13:32

Spoiler:
 

Rachel se sentait toute chose face aux paroles de la poupée. On aurait dit que son cœur devenait aussi fragile que la porcelaine, prêt à se briser. Cette douleur lui rappelait celle qu'on éprouve quand un être, devenu cher, disparaît de notre vue. Rachel avait l'impression, troublante, de se séparer d'un enfant. Pire d'une amie, d'une égale. Sa main se porta à son cœur, comme pour l'empêcher de fuir, emporté par la poupée de porcelaine.

« Oh Astyh. Bien sûr que vous pourrez revenir, et ce quand vous le souhaitez ! »

Ce serait même un plaisir immense pour la Mère. Elle pourrait se confier, tout en devisant allègrement sur tous les sujets possibles.

Rachel répondit à la révérence, gauchement à cause de sa jambe blessée. Ses yeux suivirent la poupée jusqu'à ce qu'elle la perde de vue, enfouie dans la nature. Prenant le baume laissé par le Soigneur, Rachel regagna, pas à pas, sa cabane. Malgré les bruits environnants, les rires des enfants et leurs éclats de voix, il lui semblait qu'un lourd silence retombait. Le tintement joyeux de la voix d'Astyh lui manquait déjà.

Obligée de demeurer dans sa Cabane le temps que la douleur de la brûlure se calme, Rachel rassembla bois mort et chutes de tissus. Plus d'une fois elle reprit son ouvrage, voulant, comme toujours, atteindre la perfection. Le soir tombé, quand les Diplomates vinrent quérir leur dîner, un étrange objet reposait sur la balustrade de la fenêtre, près du lit de Rachel. Un lit, construit à la taille d'une poupée, avec sa couverture et son oreiller. Un enfant curieux osa poser la question que personne n'osait formuler.

« Maman Rachel, c'est quoi ? »
« Un lit pour une amie. Si jamais elle a besoin d'un abri pour la nuit. »

La Mère n'en toucha pas un mot de plus. Les Enfants qui avaient été témoins de l'affaire de la journée soufflèrent eux-même la réponse. L'amie en question était une curieuse poupée de porcelaine.

Fin de l'aventure.
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L'Ombre
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✘ AVENTURES : 1717

MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   Jeu 20 Nov 2014 - 20:41

The End


Ici les amitiés,
Ne connaissent pas de loi,
Rachel en cette journée,
Cette idée nous renvoie,
Car son amie du jour,
N'est pas faite de sang,
Pourtant c'est sans détour,
Que Rachel l'attend.


FIN DE L'AVENTURE




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MessageSujet: Re: Délicate porcelaine   

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