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Peter Pan
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♛ Roi des Garçons Perdus ♛


✘ AVENTURES : 2594
✘ SURNOM : L'Enfant Roi
✘ AGE DU PERSO : Eternel

✘ DISPO POUR RP ? : Un peu chaud !
✘ LIENS : Je suis un petit oiseau à peine sorti de l'oeuf.
Et aussi tout ça !

MessageSujet: Sa Majesté des mouches   Mer 5 Mar 2014 - 13:52

Peter Pan


Trucs

Surnom : L'Enfant Roi
Groupe : Garçons Perdus
Age : Aucun
Rôle : Roi des Garçons Perdus


Révérences

Gai, innocent et sans coeur.

Il vole. Il vole au coeur des nuages, éventrant le bleu du ciel de son sillage gai et sauvage. Il vole plus vite que le vent qu'il croit être son ami, vole au-dessus des astres à qui il conte des facéties, vole jusqu'à la lune où il a fait son nid. Peter vole les âmes aussi.
Mères, fermez les fenêtres de la chambre d'enfant, assurez-vous que nul être, nulle ombre ne pût pénétrer le lit ou l'esprit de vos rejetons. Peter ne vous craint pas. Peter vous hait. Peter vous blessera comme il fut blessé, il vous atteindra là où la peine est incurable. Il s'en prendra à vos enfants, les condamnant par sa magie à une vie figée, merveilleuse et terrible, une vie loin de vous. Mères, fermez les fenêtres de la chambre d'enfant.
Ne voyez-vous pas cet enfant, si jeune et si chétif pourtant, s'introduire dans votre appartement ? Et tandis que le regard de votre petite fille chérie se pose sur sa silhouette féérique, vous savez déjà qu'elle est sienne. Vous savez qu'il est trop tard.
Un parfum d'enfance vous revient néanmoins, un parfum de rire, de feuilles et d'aventure. Cet enfant vous l'avez connu, c'était il y a longtemps, si longtemps que vous pensiez qu'il n'était que le produit d'un songe d'antan. Cet enfant n'est pas le résultat d'un rêve, car c'est lui qui les tisse, c'est lui qui les souffle, vous l'avez simplement oublié. Cet enfant s'appelle Peter Pan.

Il est le meilleur et le pire de l'enfance.

Peter ne réfléchit pas. Il n'en est pas capable. Sait-il seulement penser ? Il n'est qu'un concentré d'émotions brutes et pures, une tornade miniature qui pleure, rit, bouge en continu. Ses pensées sont sans cesse décousues, volages, aériennes. Elles ne se fixent pas à sa conscience. Il concentrera toute son énergie sur une chose avec une intensité alarmante, puis la délaissera sans plus de raison pour aller vivre une aventure dont lui seul connaitra le bonheur et l'issue. Autour de lui comme dans lui, tout n'est qu'un tourbillon endiablé qui vous entrainera dans sa farandole avant même que vous ne le compreniez.

Peter n'a ni mère ni père, ni famille ni foyer, ni ami ni vie. Il est tout et il n'est rien. Est-il seulement humain ? L'existence de Peter se passe derrière la fenêtre. Il ne connait pas les réjouissances de la tendresse, de la sagesse, de l'amour. La vie pour lui, si tant est que ce mot trouve quelque portée en ce qui le concerne, n'est qu'une succession d'aventures loufoques et intemporelles. Peter n'est pas seulement immortel, il est invivant, cloué, pétrifié dans une enfance qui a fini par le perdre. Quelle importance puisqu'il est si joyeux ? La joie, Peter ne connait que cela ! Peter rit sans cesse. Pourvu que ce soit lui qui mène la danse. Pourvu qu'il vous possède, vous et le monde entier, pourvu qu'il soit le maitre de l'univers. Il en est le centre, le Soleil absolu, et tous gravitent autour de lui en tâchant de tenir la cadence effrénée qu'il impose. Vous ne pouvez résister à son attraction. Peter est un diable qui ne songe qu'à capturer les coeurs et les faire battre pour lui à l'unisson. Comme pour compenser la fragilité du sien, qu'il tente d'ignorer. D'oublier.
Peter oublie. Les gens, les choses, les évènements. Il s'oublie lui-même. Quel souvenir lui reste-il ? Un seul. La fenêtre fermée. Peter vous a oublié. Les filles grandies sont remplacées, les enfants péris sont renouvelés, les péripéties ne trouvent jamais de fin. Peter ne s'ennuie pas, il abonde d'idées pour ce qui est des aventures. La chose la plus barbante du monde – par exemple, s'asseoir sur un tabouret – devient à ses yeux un jeu complexe et suprêmement divertissant. A l'inverse, il se fatiguera de danser avec l'Esprit Lune – bien qu'il soit le seul à avoir cette chance –, de tuer des pirates ou d'avoir les conversations les plus stimulantes avec ses amies les étoiles.
Parce que Peter n'a pas de logique. Cela va au-delà de la conscience et de la morale – qu'il a limitées également –, il est comme déstitué de raisonnement. Tout ce qu'il fait n'a ni queue ni tête. Toutefois à ses yeux, chacune de ses actions suit un ordre tout à fait raisonnable ! Il faut se cramponner pour le suivre, que ce fût en corps ou en pensée. Peter ne s'en rend pas compte. Il ne fait pas exprès.

L'Enfant Roi a pourtant un côté intimement humain, une fragilité qui ne prend effet que chez les enfants et les adultes mal grandis. Il est extraordinairement crédule, croit à chaque fable, chaque effet, chaque mise en scène. Lorsqu'il se tient assis en tailleur, l'oreille tendue et les yeux écarquillés, s'abreuvant des récits qu'on lui narre, alors Peter ressemble à un tout petit garçon. L'innocence embue son regard et l'on voit les muscles de ses bras se tendre à chaque rebondissement. Peter adore les contes et les histoires, il y croit plus que quiconque, il y a toujours cru et y croira toujours. Il les réclame, les redemande, il n'en aura jamais assez. La limite entre le vrai et le faux, le réel et l'imaginaire, n'est pas seulement aténuée chez lui. Elle n'existe pas.
Il serait si aisé, finalement, de le prendre au piège. Il est malin, cruel, mais il n'a pas la perfidie élaborée que seuls possèdent les adultes à l'âme aigrie. Il peut même démontrer d'une noblesse d'âme étonnante, et d'une bravoure sincère qui, toutefois, se mêlent bien souvent à une terrible inconscience. Peter a cette chance insolente de s'extraire chaque fois des situations les plus dramatiques. Rien ne semble le destiner à périr ou disparaitre. Peut-être un être qui n'a jamais réellement vécu ne peut-il mourir. De toutes façons, Peter ne craint pas la mort. Elle fait partie du jeu. Pour lui, elle n'est rien d'autre qu'une grande aventure.

Peter aime la fête, les rires, les jeux. Les jeux qui vont très loin, les jeux qui ne s'arrêtent jamais. Il n'a pas de limite. Il n'a pas la conscience de dire "STOP" lorsque ça dégénère. Et comme personne n'ose se soulever contre lui, le jeu continue, encore et encore, alors même qu'il prend des airs de manège infernal dont tout le monde veut descendre.
Peter est le maitre. Never Never Land, c'est son île. Une île à son image, bourrée de paradoxes qui en font un monde instable et chaotique. Infantile et éternelle, colorée et obscure, fabuleuse et dangereuse. L'île est un sourire enjôleur qui dissimule des dents acérées. Et lui aussi. Peter contrôle tout. Les Garçons Perdus n'ont d'autre choix que de subir sa domination, aussi incohérente, farfelue et capricieuse soit-elle. L'Enfant Roi possède bien un certain sens de la justice, mais celui-ci ne prend source que dans un romanesque théâtral dont il aime se savoir le héros. Il se donne des airs, il joue la comédie. Puisque c'est tout ce qu'il sait faire. Rien n'est grave pour Peter. Rien n'est vraiment sérieux. Rien n'est vraiment vrai. C'est un rêve agréable et intense qui ne finit jamais. Pays de Jamais. Et tant pis si pour les autres, le rêve devient cauchemar. Il ne le remarque même pas.

Alors, Peter n'est pas seulement innocent. Il est insouciant, il est inconscient. Personne ne l'a éduqué, personne n'a formé son esprit, personne ne lui a appris les choses de la vie. Peter ne sait pas que tuer, c'est mal. Lui, il adore ça, c'est drôle et excitant. Cela le stimule, le ravive. On entend son rire un peu dément, un peu tordu, tandis qu'il plante dans la chair d'un homme son sabre effilé. C'est son côté morbide, son côté sombre et délirant. Il ne se rend même pas compte de ce qu'il fait. Et il sait bien qu'il ne risque rien, ni châtiment ni revers de fortune, puisque c'est lui qui fixe les règles !

Les fantaisies de Peter, chacun s'y ploie. On ne cherche plus à les comprendre. On ne cherche pas à les justifier, à les analyser, à les contrer. Non. Même les plus résistants ont fini par courber l'échine. Il vaut mieux l'avoir de son côté. C'est la seule chance de survie. Beaucoup ont fini par adopter son mode de pensée, dissolu et macabre, futilisant la mort et retrouvant un état bestial, corrompu. Peter a avalé leurs âmes.
Tout se fait selon ses humeurs et ses envies. Elles-mêmes changent sans cesse. Il faut s'adapter, et vite. Peter ne tolère pas la contrariété. Il faut toujours être prudent, manipulateur presque, ou totalement soumis pour ne pas risquer une décision aussi injuste qu'irrévocable. Il faut aller dans sa direction. Le carresser dans le sens du poil. Le flatter, le suivre, l'encourager. Oh Peter, tu es si malin ! Oh Peter, quelle bonne idée ! Oh Peter, tu es vraiment le meilleur.
C'est qu'au-delà d'être tyrannique et versatile, Peter est un gamin, un gamin pas fini qui tombe dans tous les pièges un peu trop mûrs pour sa pensée immature. Il est aussi naïf qu'il est séducteur, espiègle et puissant. C'est sa contradiction. Peter est un feu d'artifice qui explose sans s'arrêter.

Et puis, qu'est-ce qu'il est prétentieux ! On ne connait garçon plus crâneur. Peter se pavane et se vante tout le temps, insistant pesamment sur le fait qu'il est bien meilleur que chacun. Son égo est aussi invulnérable que sa jeunesse. C'est en ce sens qu'il interdit qu'on cherche à lui ressembler. Son courage aux limites de l'inconscience prend certainement source dans cette certitude irrévocable qu'il est plus fort que le monde entier. Il n'a jamais peur d'affronter des Bêtes de cent fois son poids ou des Pirates cent fois plus aguerris que lui – bien que Peter démontre d'une grande agilité au combat. Il rit même quand il est blessé ou en danger. Chaque exploit minime de sa part lui fait l'effet d'une grande fierté. C'est cette arrogance qui le rend si insupportable aux yeux du sombre James Hook.

Il y a quelque de chose de furieusement étrange, dérangeant même, dans l'idée de voir en ce tout petit garçon un empereur despotique. Pourtant c'est bien de cela qu'il s'agit. Les enfants happés par son emprise, à présent enclavés dans son monde dément, subissent une dictature. La sienne. Quiconque se rebelle est banni. Quiconque le remet en question, brave sa loi, quiconque fait offense à son autorité risque un châtiment ineffable.

On n'aurait pas cru, au début. Quand Peter est venu, un soir de nuit d'hiver, accompagné parfois d'une boule de lumière. Petite fille en chemise de nuit, coeur battant et regard luisant, on ne voyait rien d'autre que le garçon le plus merveilleux du monde. Un être qui nous susurrait à l'oreille que rien sur terre n'était plus beau que son Pays. Qu'il y vivait des fées, des sirènes et plus de merveilles qu'on aurait pu l'imaginer. On restait stoïque, déchirée, tandis qu'il abattait une à une les barrières de doute et de réticence que nos parents avaient soigneusement érigées à notre intention, comme s'ils avaient pressenti le danger. Les visages des pères, des mères et des nannys s'effacent lentement alors que les contours de l'île se dessinent dans notre imaginaire. Peter insiste, nous agrippe, nous émerveille, nous capture. Nous condamne. Il gagne toujours. Il nous fait voler. Peter l'emporte sur la Terre. Sur le réel. L'enchantement est à son comble, nous ne résistons plus, nous ne pensons plus. Nous sommes à lui.
Les petites filles ne rêvent que d'offrir à Peter leur baiser caché, celui au coin de la bouche, que Peter ne saurait comprendre mais qu'il reçoit toujours. Les petits garçons, eux, aspirent à lui ressembler, à égaler sa grandeur. Oh non, aucun enfant ne peut y résister. Peter Pan est la menace suprême de tous les parents. Il est invincible.

Les petites filles les plus subtiles – peu de garçons accèdent à cette sagacité – finissent parfois, bien plus tard, par discerner une brèche dans cette omnipotence effrontée. D'où vient cette folie ? Où se trouve l'origine du manège ? Qu'y a-t-il derrière le sourire malade et lutin de l'Enfant Roi ?
Oh, Peter maintiendra qu'il ne veut pas grandir. Le pourrait-il seulement ? ... Un enfant sans mère peut-il grandir ? Muré dans l'enfance, il ne peut s'extraire de sa prison dorée, et pour mieux supporter la fatalité, il s'imagine que c'est sa volonté. Beaucoup le croient aussi. Son rire sonne si vrai, si fort, qu'on ne le devine pas parade, façade, fanfaronnade. Peter s'est joué de tous, et plus encore de lui-même. De toutes façons, chez lui, la vie n'est qu'un jeu. Et il en est le maitre.

Pourtant, Peter Pan n'a pas toujours été Peter Pan, n'est-ce pas ? Il l'est devenu, il s'est transformé, muté. On ne nait pas enfant magique, enfant fée, enfant dieu. Et on ne le devient pas sans sacrifice. Peut-être même a-t-il donné sa vie pour se changer en Enfant Roi. Lui seul peut dire jusqu'où il était prêt à aller pour avoir des ailes.
Et nul ne sait comment était le Peter tout court, le Peter ordinaire et exclusivement humain. Ses cauchemars répétés, qu'il nie de toute sa hargne – Peter ne cauchemarde pas, voyons, de même qu'il ne dort jamais ! – laissent deviner qu'une chose grave et terrible l'a brisé. La chose la empêché de grandir. La chose l'a coupé de tout. La chose l'a changé en Pan.
Dans les songes et les bribes de souvenirs de Peter, la chose prend la forme de la fenêtre fermée. La seule qu'il n'a su ouvrir, puisqu'elle avait des barreaux. Afin de contrer cette impuissance douloureuse, Peter ouvrira les fenêtres des chambres d'enfants les unes après les autres. Il inverse la logique amère qu'il a subi. Lui ouvre les fenêtres et arrache les enfants à leur foyer, là où on l'empêcha, lui, de regagner le sien. C'est là, certainement, son véritable but.

Peter brille tant qu'il éblouit, il ébahit, il enchante son monde. Même les mères le trouvent fascinant, sans remarquer qu'en leur présence il grince des dents. Peter doit briller. Il doit être regardé. Il ne se rend pas compte que par ce biais, il ne cherche qu'un seul regard. Celui dont il a toujours manqué, celui dont il a besoin, celui qui n'a jamais été là et dont l'absence l'a privé de la chance de grandir. Celui de sa mère.
Elle hante ses nuits et peuple ses chimères. Il l'attend et la rejette, l'aime et la déteste. Sa mère est sa damnation. Le petit Peter avait tout fait pour recevoir le regard. Il tentait par tout moyen de le capter, de l'attirer. Devant les yeux de la mère demeurait un voile, invisible mais non moins opaque, et toute tentative de la part de l'enfant ne pouvait être que vaine. Le voile était solide, inviolable, et ni les mains ni les cris de Peter n'aurait pu l'arracher aux paupières de sa mère. Tout chez elle était loin, hors d'atteinte. Ses yeux, sa voix, son contact. Peter n'osait même plus le réclamer, mais tout sur son visage exprimait l'attente interminable qu'il subissait. La mère ne venait pas à lui. Elle ne savait ni le protéger, ni le nourrir, ni le toucher... Elle était tel une âme désincarnée, incroyablement triste, plus morte que vive. Peter ne pouvait combattre cette fatalité. Peut-être n'était-il finalement jamais venu au monde, et qu'il l'ignorait.
Alors il finit par renoncer, et il alla trouver la vie ailleurs, là où elle se révélait plus radieuse. Il peuplait sa solitude d'enfant de songes éveillés, de compagnons imaginaires et d'aventures fantasmées. Ses journées se passaient aux Jardins de Kensington, où il passait son temps à contempler, à la fois intrigué et envieux, les vraies mamans embrasser ou gronder leurs enfants. Il n'était pas encore l'enfant derrière la fenêtre, seulement l'enfant derrière le buisson, le banc ou le tronc d'arbre. Mais déjà, il tentait de toucher du doigt une réalité qui ne l'atteignait pas, alimentant sa carence de visions qu'il s'imaginait authentiques. Il transférait l'affection des autres mères sur lui-même et plus il le faisait, plus le procédé était efficace. Il se perdait. Et personne ne prit la peine de le retenir avant qu'il ne fût trop tard.

Ainsi Peter rencontra les oiseaux et les fées, qui tombèrent sous son charme. Il trouva en eux un réconfort certain, un réservoir de joie et de vitalité, ces choses inédites que son propre foyer ne savait lui apporter. Toutefois, ne pouvant se résoudre à délaisser sa mère, il revenait à elle chaque fois, abandonnant la vie et la gaieté pour la froideur de sa demeure. Jusqu'au jour où, lorsqu'il revint des Jardins, en volant puisque Peter sut voler très vite, il trouva la fenêtre fermée. Ce jour où Peter frappa, hurla, appelant sa mère de toute sa force tandis que le ciel crachait des sanglots. Mais elle ne le vit pas, ne l'entendit pas. Il n'y avait plus seulement le voile. Il y avait des barreaux à la fenêtre. Il y avait même, dans son lit, un autre petit garçon. Peter était abandonné, oublié, remplacé. Peut-être le croyait-on mort, et peut-être l'était-il. Il était, en tous cas, condamné à vivre sans le regard d'une mère, sans lequel aucun enfant ne peut exister.

C'est le seul souvenir qui demeure en la mémoire de Peter. C'est la seule pensée qui est capable d'affaisser son sourire et d'essouffler sa joyeuse arrogance. Alors Peter hait les mères autant qu'il les recréé. Et ce pour l'éternité. Tant que les enfants seront.

Gais, innocents et sans coeur.




Unique au monde

★  Peter Pan est un véritable despote auprès des enfants. Il se considère comme un roi, un empereur, et il se trouve que la plupart le considèrent également ainsi. Loin d'en imposer par sa carrure – Peter est réellement jeune et plutôt menu – il diffuse une aura de pouvoir et de magie qu'il est quasi impossible d'ignorer. Capricieux, autoritaire, changeant, parfois absurde, Peter est un petit tyran dont chacun craint les décisions. Bien qu'étant très dispersé, il reste un véritable chef, il en a l'âme et l'attitude. Il sait diriger son peuple et ses foules avec brio. On peut flairer ses élans, notamment par la force de l'habitude, mais il reste un être fondamentalement imprévisible. Comme tout roi, Peter a néanmoins une cour, prête à satisfaire le moindre de ses caprices, applaudir la moindre de ses lubies, et à l'abrutir de flatteries en tous genres. La plupart de ses favoris sont donc soit totalement et sincèrement dévoués, soit très manipulateurs – c'est notamment le cas de Bow, le Chambellan, qui a une emprise considérable sur lui. Peter, lui, se voit comme un véritable sauveur auprès des enfants, persuadé qu'ils lui sont très reconnaissants. Chaque critique, chaque contestation, est donc mise sur le compte du fameux "grandissement". Peter s'imagine que seul un adulte, mauvais et bête, peut ne pas le trouver merveilleux. Au fond, il a sûrement raison, car la grande majorité des enfants de l'île est littéralement émerveillée par sa présence. Seul les plus perspicaces, donc les plus matures, savent bien souvent voir au delà de cette façade lumineuse...

★  Cela étant, Peter voue une véritable haine aux grandes personnes. Convaincu qu'à chaque fois qu'un enfant respire, un adulte se rapproche de la mort, lors de ses élans colériques envers eux il a coutume de respirer très vite pour précipiter ce cruel destin. De même, Peter ressent la détresse d'un enfant, autant que sa foi, sa joie ou son appel. Ça l'attire, instinctivement. Il se fait régulièrement leur défenseur, leur libérateur. Il a ainsi plusieurs fois arraché des marmots à une existence blessée ou terrifiée par des adultes, et ne fuit jamais devant un quelconque danger lorsqu'un enfant souffre dans le monde ordinaire. Il sera prêt à tout pour secourir un enfant opprimé. C'est certainement la plus noble partie de son être.

★  Peter est un paradoxe à lui tout seul. Tour à tour fragile et invincible, versatile et maniaque, instable et charismatique, naïf et charmeur, innocent et malin, effrayé par la solitude et horrifié par le moindre contact. En dehors de cette fragilité, parfois triste ou cruelle, Peter est profondément inconscient – devant le danger, la mort ou la morale – et immature – aussi bien dans son comportement que dans l'aboutissement de sa pensée. Il se lasse très vite et à l'inverse, s'amuse d'un rien. Il lui arrive d'organiser des jeux géants dans le camp, où des centaines d'enfants participent, ou bien de jouer tout seul en se parlant à lui-même. Il n'oblige jamais explicitement un enfant à jouer avec lui, mais c'est vivement conseillé d'accepter sa requête...
Il serait faux de penser, toutefois, que Peter est vil et corrompu, car cela impliquerait qu'il n'est pas innocent, que son âme a été souillée, et ce n'est pas le cas. La cruauté de Peter n'est que le résultat de son caprice, son instabilité et son inconscience, que son immense pouvoir et son charme magique ne font que légitimer, encourager. Il peut même se montrer très juste, noble et courageux. Il a un sens de l'honneur aiguisé et intouchable, est enclin à une forme de justice – lui-même, par exemple, se trouve toujours très juste dans ses décisions –, de même qu'il démontre d'un respect relatif envers les filles. C'est aussi pour cela que la trahison, qu'elle prenne la forme d'une traitrise de Garçon Perdu, d'une parade malhonnête lors d'un combat ou d'une fourberie des Pirates, le bouleverse profondément. Lui n'est jamais sournois.

★  Peter est assez obsédé par les mères, c'est l'une de ses grandes fiertés dans son système. Il ne voit aucune faille à ce dernier, et le côté académique de la maternité ne représente rien d'autre qu'un grand succès ! Il est tout aussi captivé par les mères du monde ordinaire, qu'il déteste et adore, dont il veut à la fois prendre sa revanche et qu'il prend tout autant en pitié, comme ce fut le cas de Mme Darling.

★  Peter est en outre fasciné par les déguisements, les panoplies, et le Chef des Raccommodeurs se tue à la tâche à tenter de satisfaire ses désirs. D'autant que Peter Pan n'a pas la réputation d'être très patient. Peter est toujours obnubilé par les mêmes figures : des Grands, terribles ou héroïques, mais toujours puissants. Il dispose donc de costumes de Napoléon, de pharaon, de parrain mafieux, de généraux, de cosmonaute, de peau-rouge et, même de pirate. Son costume favori, en plus de son habit de feuilles, reste celui de roi. Il se promène donc la plupart du temps avec une couronne sur la tête ainsi qu'une cape rouge, ourlé d'hermine. Pour les occasions, il dispose d'un sceptre, et dans la Maison Souterraine siège son grand trône.

★  On ne peut lui donner d'âge. Dès lors qu'on essaye, même approximativement, on ne peut s'empêcher de se dire en soi-même : "Non, il est plus jeune que cela" – il a toutefois l'apparence d'un jeune enfant, aucunement d'un adolescent. D'ailleurs, lui-même ne connait pas son âge et dit toujours "Plutôt très jeune" quand on lui demande. C'est un peu comme la couleur de ses cheveux qu'on ne saurait définir, et qui même semble changer constamment. Ils vont de l'auburn au doré en passant par le roux ou le blond vénitien. Même ses yeux, d'un noir d'encre, sont parfois constellés d'éclats verts, or ou bleu, comme s'ils reflétaient les millions de rêves et d'aventures qu'ils ont vu passer.

★  Depuis la Nuit du Croquemitaine, où les Horreurs ont failli dévorer le Pays de Jamais en l'envahissant d'un noir de cauchemar et où Peter, de ce fait, faillit disparaitre, une certaine paranoïa s'est emparée de lui. Il reste joyeux et dispersé, bien souvent à outrance, mais ses cauchemars ont redoublé d'intensité et il manifeste une anxiété inédite dans certaines situations, notamment lorsqu'il s'agit de sa propre sécurité.

★  Peter a toujours un poignard sur lui, de même qu'une flûte de Pan dont il sait jouer délicieusement, et qui a un certain pouvoir enchanteur. Cette même flûte sert à capturer les noms et les ombres des nouveaux arrivants.

★  Lorsqu'un élan d'allégresse le saisit ou qu'il est particulièrement fier de lui, Peter pousse un grand "Cororico" !

★  Peter n'a, bien évidemment, pas besoin de poussière de fée pour voler.  

★  La légende voudrait que Peter guide les enfants morts lors de leur trépas, les prenant par la main afin qu'ils n'aient pas trop peur. C'est d'ailleurs lui-même qui enterre les Garçons Perdus disparus. De même, il se rend fréquemment aux Jardins de Kensington, son premier monde, afin de rendre visite aux Oiseaux qui l'ont élevé.

★  L'Ombre de Peter s'est détachée de lui et semble à présent être une entité à part entière.  Manifestement, il en sera toujours ainsi.




L'île

Comment vis-tu ton séjour à Never Never Land ? Que représente ce lieu pour toi ?  
C'est mon royaume.

Peter ne se souvient pas comment il a connu l'île. Les fées l'ont-il mené jusqu'à elle ? N'est-ce qu'un de ses nombreux rêves qui aurait fini par s'incarner à la force de sa foi ? A moins que ce ne soit qu'une étoile qu'il a sculpté d'après un fantasme puissant et infantile, créé par la magie... Nul ne sait. Puisqu'il l'a oublié, comme tout le reste.
Le fait est que l'île semble liée à Peter autant que Peter est lié à l'île. Sans lui, elle ne peut exister, elle ne peut vivre. Peter est son coeur palpitant, et chaque fois que l'Enfant Roi la déserte, elle sombre dans le sommeil en attendant le retour de son souffle de vie. Tout sur l'île gravite autour de lui. Et il le sait.
Il n'ignore pas non plus que sans l'île, lui-même ne peut exister. Lui est trop jeune pour songer à de telles vérités, mais les plus intrigués se demanderont si, en fait, Peter a jamais existé dans le monde réel. N'est-il pas qu'un enfant qui ne serait jamais né ? N'est-il pas qu'un rêve, qu'un esprit, qu'un petit démon incarné que l'enfance a kidnappé afin de garder auprès d'elle les bambins destinés à grandir ? N'est-il pas qu'un petit garçon, si petit au fond, qu'on a cessé de regarder, cessé d'écouter, cessé de porter, jusqu'à l'abandonner et le condamner à l'oubli. Parce qu'un enfant sans regard perd son existence. Peter a-t-il seulement existé ?

Alors sans l'île, Peter n'a rien, Peter n'est rien. L'île lui donne tout ce dont il a besoin pour pallier à son manque de tout. De tout ce que les enfants ont et qu'il n'aura jamais. Peter reste alors persuadé d'être le garçon le plus chanceux du monde. Quel gamin pourrait se vanter d'affronter de vrais pirates, de vivre auprès de vraies fées, de nager avec des sirènes et danser avec des peaux-rouges ? Qui peut prétendre être aussi heureux que lui ?
L'île est son refuge. Il ne peut vivre ailleurs. C'est le ventre d'une mère fantasmée, celle qu'il n'a jamais eu, et dans lequel il se sent libre et en sécurité. Il est à la fois son âme et son maître. Il en est conscient, oui, mais tout cela reste un vaste jeu dont il s'assure de tenir les rènes, peu inquiété de savoir si les autres s'amusent. Lui, il s'amuse vraiment bien !



Regrettes-tu ta vie d'avant ? Voudrais-tu pouvoir retourner dans le monde ordinaire ? Si tu n'en as jamais connu d'autre, désirerais-tu une autre vie ? L'autre monde te fait-il envie ?
Jamais !

Rien ne le retient dans l'autre monde. Le monde réel n'est, à ses yeux, qu'une mare noire et triste boursouflée d'adultes sales. Il le hait. Il le hait pour cela. Le monde l'a blessé, et même si Peter l'a oublié, l'offense demeure et attise sa haine. Le monde lui échappe, le rend confus et malheureux. L'Enfant Roi est en constante lutte contre lui. Il lui vole ses enfants, et esquive sa misère en quittant son sol pour s'élever plus haut que la peine elle-même. Armé de l'imagination, sublimé par son pouvoir, il se sent omnipotent.
Au fond, ce monde-là l'effraie et l'angoisse, il lui fait mal. Roi du rêve et Roi de l'enfance, Peter n'en est pas moins le Roi de l'évasion, de la fuite, du déni. Il sait échapper aux tourments que le monde a voulu faire peser sur ses frêles épaules. C'est ça, en vérité, sa plus grande force.



Comment vois-tu Peter Pan ? Quels sont tes sentiments envers lui ?
Je m'adore et je me maudis.

Tout au fond de lui, où la conscience s'estompe, Peter donnerait tout pour être un petit garçon comme les autres. Lorsqu'il vivait à l'état sauvage au milieu des oiseaux des Jardins de Kensington, il avait coutume de dérober des objets oubliés par des enfants et de les préserver avec soin et tendresse. Peter est béni, merveilleux, extraordinaire, mais son pouvoir prend facilement les traits d'une malédiction. Il est condamné à la précarité, à la muabilité éternelle. Il ne peut se lier à personne et ne peut aimer pour de vrai. Il ne peut comprendre la sécurité d'un foyer et le bonheur d'un baiser maternel. Tout ceci lui échappe, n'atteint pas sa conscience, et cette confusion le perturbe. Il ne comprend pas pourquoi les enfants qu'il ramène dans son Pays des Merveilles désirent un jour le quitter pour retrouver leur maison grise. Pourquoi ? Il ne voit pas l'essentiel. Il pense que le bonheur est une suite d'aventures épiques et excitantes, un cycle infini et redondant qui n'a ni fin ni sens. Il sait que quelque chose manque, il sent que quelque chose ne va pas. Alors pour ne pas se laisser le temps de penser, de se rendre compte à quel point il s'est fait prendre à son propre jeu, Peter vole, Peter joue, Peter rit. Son rire finira bien par chasser les pensées obscures qui tentent de violer son esprit.





Bout d'aventure


Margaret ne dormait pas.
Margaret dormait de moins en moins, en vérité. Les cernes bleutées qui cerclaient ses yeux entachaient la beauté juvénile qui émanait de sa personne. Oui. Elle avait grandi. Et tandis qu'elle contemplait le petit corps agité qui se tournait et se retournait dans le grand lit de la Maison Souterraine, tandis qu'elle décortiquait des yeux l'être qu'elle avait tant aimé, Margaret le voyait de plus en plus comme un enfant seul, triste et écorché. Un élan de pitié saisit son coeur, pourtant si las, si fatigué. Peter. Quels rêves te visitent donc avant tant de violence ? Où pars-tu pendant ton sommeil ? Cela doit être bien loin, bien au-delà des frontières rassurantes de ton monde à toi. Là où même la joie s'éteint et où plus aucune pensée heureuse ne peut t'emporter loin de tes tourments. Loin de la terre. Loin du réel.

Tout doucement, Margaret approcha ses doigts diaphanes du front moite de Peter. Elle l'effleura, comme on effleure une chose infiniment fragile, comme si son visage avait été un pétale de rose sur le point de tomber. Pan s'éveilla d'un seul coup, ouvrant grand ses yeux oblongues qui ressemblaient à ceux des fées. Il empoigna brusquement la main de Margaret et la repoussa dans un mélange de panique et de dédain, s'écriant d'une voix déchirée :

– Ne me touche pas !

Margaret, déconfite, rabattit docilement son bras le long de son corps gracile.

– C'est vrai, Peter, pardonne-moi. Personne ne doit te toucher.

Les lèvres crispées, le regard dur, Peter acquiesça avant d'éponger la sueur de son front d'un revers de main. Sans plus de manières, il accrocha son poignard à sa ceinture, alla boire à la petite source, avant de sortir au grand air. Margaret, toujours stoïque, eut tout juste le temps d'entendre son puissant Cocorico, ensuivi d'un jovial : "Qui est prêt pour une aventure ?". Puis, les cris de joie des Garçons Perdus. Puis, une larme sur sa joue. Ah. Si elle avait su.


★    ★    ★


Le jour – ou plutôt la nuit – de la fenêtre ouverte, puisque tout commençait toujours par une fenêtre ouverte, Margaret dormait profondément. En ce temps-là en effet, son sommeil n'était point encore perturbée, car Margaret ignorait tout du rôle de Mère, et sachez que les Mères sont bien souvent les plus à plaindre en ce qui concerne les troubles du sommeil. Bref.
Ce fut le vent, complice intime de Peter Pan, qui vint chatouiller ses paupières closes. Dans un baillemment, Margaret ouvrit les yeux, mais elle dut les refermer aussitôt du fait qu'une lumière aveuglante avait pénétré dans la pièce en même temps qu'un mystérieux garçon. Garçon vêtu de feuilles et de quelques toiles d’araignée, plutôt chétif, plutôt sale, mais enveloppé d'une aura de magie que les jeunes gens ressentent tout de suite.
Encore engourdie mais d'ores et déjà enchantée, la petite Margaret se redressa sur son oreiller en tapant dans ses mains.

– Oh, c'est une fée, une vraie fée !

Le mystérieux garçon, qui ressemblait furieusement à un rêve incarné et dont le parfum évoquait toutes les choses qu'aiment les enfants, parut quelque peu vexé de voir que la fée recevait plus d'attention que lui-même.

– Oui, c'est une fée, elle s'appelle Tinkerbell. Elle est parfois très assommante ! dit le mystérieux garçon en adoptant une expression contrariée qui n'était pas très naturelle.

Margaret le toisa avec attention. Son cœur s'emballait fougueusement, comme s'il avait déjà pris la décision de s'envoler.

– Tu es Peter Pan, n'est-ce pas ? souffla-t-elle, les yeux luisants.

Pour toute réponse, l'intéressé lui adressa un sourire espiègle, laissant apparaitre ses dents de lait qui ressemblaient à de multiples petites perles blanches. Puis, il adressa une révérence gracieuse et plutôt cérémonial à la petite fille, qui en fut aussitôt charmée.

– Je le savais ! dit-elle tapant des mains à nouveau, s'extrayant de son lit avec hâte. Maman m'a raconté tant d'histoires à ton sujet. Elle en doutait, mais j'ai toujours cru à ton existence ! On raconte que tu vis parmi les fées ! Oh, est-ce donc vrai, Peter ?  

– Oui, c'est vrai, répondit Peter en haussant les épaules, comme s'il s'était agi d'un fait d'une banalité outrageante.

– Oh, par Saint-George ! C'est merveilleux, c'est divin !

– Oui, un peu. Mais les Sirènes sont parfois de meilleure compagnie. Et les Peaux-Rouges sont plus intéressants.

Un éclat malicieux, un peu étrange, traversa le regard sombre de Peter Pan. Il scruta le visage ébahi de la petite fille, comme pour guetter une réaction qu'il savait imminente.

– Oh, Peter, quelle chance tu as ! Où se trouve ce Pays où vous vivez ?

Le garçon mit ses mains sur ses hanches et releva le menton.

– Deuxième à droite, et tout droit jusqu'au matin. Bien sûr, on ne peut s'y rendre qu'en volant.

Le sourire de Margaret s'affaissa.

– Quelle pitié, je ne sais pas voler. Et de toutes façons, Maman ne me laissera jamais quitter la maison.

Un faible rictus agita les lèvres de Peter.

– Dans mon Pays, on nage avec les Sirènes, on danse avec les Fées, on combat les Pirates et on chasse avec les Peaux-Rouges.

– Tout ça me semble si fabuleux ! Mais Maman...

– Dans mon Pays, nous ne connaissons ni le chagrin, ni l'ennui. Nous n'avons pas d'école et nous vivons une foule d'aventures.

– Cela ressemble à un doux mirage. Oh, comme c'est difficile ! Pourtant... Ma pauvre Maman serait bien triste sans moi...

– Dans mon Pays, tu seras notre Reine, tu seras ma Mère, et tous te couvriront de baisers pour l'éternité !

Le ton de Peter augmentait en débit et en force à mesure qu'il énonçait ses imparables arguments, à mesure que la volonté de Margaret tanguait, à mesure qu'il s'emparait de son cœur.

– Peter... Maman...

Le garçon lui saisit la main.

– Avec moi, tu ne connaitras plus aucun des soucis des grandes personnes. Ta vie sera semblable à un rêve qui ne finit jamais. Viens. Je peux t'apprendre à voler.

La volonté s'effondre. La petite fille se laisse emmener sans effort. Saupoudrée de promesses fantasques et de poussière de fée, elle s'envole. Elle quitte la chambre d'enfant, le monde, le vrai. Elle échappe à sa mère, à sa chance de grandir, et Peter a sa revanche. Son cœur à lui pulse avec puissance, effronté et infaillible, comme à chaque fois qu'il remporte une victoire.
Le mystérieux garçon transperce les airs, resserrant l'étreinte de celle qu'il a capturé. Il l'émerveille, l'impressionne, la gâte. Il la fait se sentir unique et importante. Il lui souffle dans l'oreille une flopée de songes qui danseront dans la tête de sa nouvelle mère. Le meilleur reste encore à venir.



★    ★    ★


–  Tu n'aurais pas grandi, par hasard ?

Margaret lâcha brusquement la gamelle en terre cuite qu'elle était en train de nettoyer. Elle s'agrippa aussitôt les mains afin de contenir leur tremblement.
Peter se tenait assis mollement sur ce qu'il appelait son trône. Un grand fauteuil de bois dont la structure était ensevelie de lierre et autres lianes entremêlées, sur lequel lui seul avait le droit de s'installer.

– Pourquoi dis-tu cela, Peter ? répondit-elle en tâchant de couvrir l'inquiétude de sa voix, se concentrant sur sa tache esquivant le regard de l'Enfant Roi.

Tout en croquant dans une pomme, Peter balançait sa jambe nue appuyée sur l'accoudoir.

– Je sais pas. J'ai cru. Mais au fond, je sais bien que tu n'oserais pas. Tu sais ce que tu risques, après tout.

Cette fois-ci, la jeune fille reposa l'assiette sur la table et se tourna lentement vers Peter, les mâchoires crispées, les prunelles tremblotantes. Le garçon la lorgnait avec intensité, mais conservait sa posture nonchalante, assurée. Une lueur de défi, dominante et redoutable, animait ses pupilles.

– Oui. Je sais.


★    ★    ★


Margaret était en train de fleurir les tombes des Garçons Perdus enterrés au pied du Grand Arbre lorsque la bande arriva. Peter poussait des cris de Peaux-Rouges, le visage peinturluré de symboles colorés, escorté par ses compagnons en pleine effervescence. Ses vêtements et ses membres étaient maculés de traces de sang séché. Complètement excité, l'Enfant Roi décolla du sol et poussa un grand "COCORICO !!!" qui résonna jusque dans la jungle et fut acclamé par son petit peuple.
Apercevant la jeune Mère, Peter fondit sur elle et s'exclama :

– Regarde, Margaret, regarde ! Nous avons gagné une victoire contre les Peaux-Rouges ! C'est la quatorzième ce mois-ci !

En vérité, Peter n'avait aucune idée ni du nombre de victoires remportées, ni du mois présent, il se contentait de lancer un chiffre au hasard. A ses yeux pétillants, ses gestes désordonnés et le rouge qui bourgeonnait à ses joues, Margaret put deviner qu'il était survolté et extatique. Le dévisageant gravement, la jeune fille répondit :

– Félicitations, Peter. Y a-t-il eu beaucoup de morts ?

– Oh oui, plein ! Quelle terrible bataille !

L'Enfant Roi esquissa un sourire ravi, avant de retourner auprès des Garçons. Fiers et inconscients, comme il avait pris le soin de les rendre.


Le soir-même, comme il était de fort bonne humeur, Peter décida de parcourir les Cabanes afin de souhaiter la bonne nuit à ses petits sujets. Le ton gai, il déclarait : "Bonne nuit mon fils !" ou "Bonne nuit ma fille !" en gloussant dans sa main, hilare de son propre jeu.
Lorsque la tournée fut achevée, tous deux quittèrent les hauteurs du Grand Arbre et retrouvèrent la chaleur de la Maison Souterraine. Le silence les enveloppa un moment, glacé pour Margaret, inopérant sur Peter qui se racontait déjà des plaisanteries à lui-même.

– C'est sérieux, tout ça, Peter ? rompit soudain la Mère, le timbre voilée par une solennité qui alarma immédiatement l'Enfant Roi.

– De quoi tu parles, maman ?

Margaret déglutit, tandis qu'un frisson acéré parcourait son échine. Elle se souvenait de son enchantement lorsqu'elle entendait, autrefois, Peter l'appeler ainsi. Comme les choses avaient changées...

– Tout. Est-ce que tu te vois comme un père ? Est-ce qu'ils sont tes enfants pour toi ? Est-ce que je suis leur mère ? Ta femme ? Ou ta mère ? Que suis-je, Peter ? Dis-le moi.

Margaret se surprit à éprouver une bribe d'espoir qu'elle croyait mort, un vestige de foi qu'elle avait su préserver sans le savoir. Peter, de plus en plus anxieux, s'éloigna d'un pas de la jeune fille. Son visage ne reflétait plus du tout l'arrogance enjouée qui lui était si fidèle. On y lisait la confusion, la frustration. La peur.

– Mais qu'est-ce qui te prend ? répliqua-t-il. Son ton était légèrement brisé, il y suintait l'angoisse.

– Réponds-moi. Que suis-je pour toi ? Qu'est-ce que tu ressens pour moi ? Réponds. S'il te plait, Peter.

Totalement désemparé, l'Enfant Roi avait tout perdu de sa grandeur, de son assurance. Il reculait d'un pas à chaque mot prononcé par la Mère, son souffle devenait raide, son corps bouillant.

– Mais je ne sais pas, moi ! Arrête, maintenant !

Margaret, aussi tendue qu'un arc, s'avança lentement vers le garçon. Il paraissait de plus en plus petit, de plus en plus jeune, de plus en plus humain. L'effroi enrobait ses iris tandis qu'il s'agrippait aux façades de la Maison, ses ongles sales plantés dans la terre.

– Dis-moi, Peter. Pourquoi ne partirions-nous pas ? Loin d'ici, dans le vrai monde. Dans la vraie vie. Nous pourrions connaitre une existence normale, retrouver une véritable maman et...

– C'est toi notre maman !

– Je ne suis qu'une petite fille, Peter. Les mères sont...

– Tu ne sais rien des mères !

La gravité qui perçait les mots de Peter fut telle que Margaret réprima un sursaut. Une haine contenue, sourde et vibrante, venait de jaillir de sa bouche. Margaret en sentait encore le souffle noir sur son visage. A la frontière de ses paupières, une larme perla, embuant son regard et détournant celui du garçon.

– Ça suffit Margaret. Ne parle plus de ça. Ne t'inquiète pas. Ce n'est rien d'autre qu'un jeu. Je ne suis pas le père pour de vrai. Tu sais bien. Rien n'est pour de vrai. Ne t'inquiète pas.

D'autres larmes s'amoncelèrent à la bordure des paupières, elles chutèrent en pagaille et vinrent s'écraser contre le tissu usé de la robe. Les larmes se muèrent en sanglots, les sanglots en soubresauts, en torrents, en marée. Alors Peter ordonna que les sanglots cessassent. Il menaça Margaret de la bannir si elle n'arrêtait pas immédiatement le robinet de ses larmes. Alors Margaret cessa de pleurer. Presque d'un seul coup. Elle leva les yeux vers Peter, qui vibrait comme une feuille agitée par la brise.

Peter fut alors secoué d'un rire, un rire bizarre, dérangeant, dérangé. Un rire nerveux qui se changea progressivement en éclats sonores et frénétiques. Le rire vint rebondir contre les murs de la Maison Souterraine, terrible et résonnant. Jusque dans l'âme pétrifiée de Margaret.





Invisible pour les yeux

Pseudo : Pan
Avatar : Illustration de Scott Gustafson.
Age : Eternel.
Comment as-tu découvert l'île ? Tout ceci est mon oeuvre.
As-tu quelque chose à dire ? Je suis le meilleur !



Dernière édition par Peter Pan le Dim 19 Juil 2015 - 15:37, édité 13 fois
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MessageSujet: Re: Sa Majesté des mouches   Ven 7 Mar 2014 - 23:11

Eh bien je n'ai ni le texte officiel, ni vraiment l'intention de souhaiter bienvenue, mais il faut bien que quelqu'un poste ici non ?

Plus sérieusement, Peter, tu mérites tout autant les louanges que tu fais aux autres, c'est une fiche incroyable et un Peter Pan on ne peut plus Peter-Panesque. Il est sombre et un peu inquiétant mais conserve cette petite lueur d'humanité qui fait qu'on l'aime bien malgré tout, ce pauvre enfant maudit sans que l'on sache vraiment pourquoi. Enfin maudit. Ou béni, si l'on vit chez les fous. Fort heureusement c'est le cas.

En tous cas, bravo à toi pour cette fiche qui a su relever et remporter le défi de saisir l'essence du personnage à ce qu'il me semble (moi humble pirate).
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✘ AVENTURES : 2594
✘ SURNOM : L'Enfant Roi
✘ AGE DU PERSO : Eternel

✘ DISPO POUR RP ? : Un peu chaud !
✘ LIENS : Je suis un petit oiseau à peine sorti de l'oeuf.
Et aussi tout ça !

MessageSujet: Re: Sa Majesté des mouches   Sam 8 Mar 2014 - 18:33

Merci Hook (je cours me laver la bouche, attends).
Je suis immensément fier et un peu ému de recevoir de tels commentaires.
J'avais assez la pression, mine de rien. J'espère que Monsieur Barrie est fier de moi !

Et maintenant, c'est parti pour l'aventuuure !







La musique que je joue au gré du vent : Flûtes de Pan
Les dessins que je peins au gré du temps : Crayons de Pan



Je tyrannise en forestgreen.
Portraits par Kim Minji.





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MessageSujet: Re: Sa Majesté des mouches   Dim 9 Mar 2014 - 3:47

Superbe fiche ! (Moi, jaloux? pas vrai è_é Bon peut-être un peu ^^;;;)

La façon dont le mental de Peter est représenté est sublime car on peut aisément retrouver dans son caractère tout ce qui peut composer un enfant livré à lui-même et proche de la folie.

Par ailleurs, son côté "sombre" et son morceaux d'aventures où il est clairement démontré son côté manipulateur et séducteur m'a personnellement donné des frissons car je me demandais : s'il venait à ma fenêtre, saurais-je résister? Même en sachant ce qu'il en est, on est à la fois effrayé et attiré, tout le paradoxe de ce garçon à mon humble avis.

Fiche très longue, mais quand c'est bon, c'est jamais assez long ^__^
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MessageSujet: Re: Sa Majesté des mouches   Dim 9 Mar 2014 - 19:06

Moi, j'ai juste pas de mot. C'est juste magnifiquement bien écrit, la psychologie, l'âme torturée de Peter transparaît à chaque ligne... Sublime ! *se sent toute petite et comprend mieux les éloges de Lili*

Bref, j'étais venue dans les fiches pour souhaiter la bienvenue à tout le monde, mais comme pour Hook, ça serait idiot pour l'équipe admin, alors je me tais.

Me torture pas trop, mais amuse-toi bien avec nous quand même <3
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