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Zeb Skelton
Zeb Skelton

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MessageSujet: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyMar 23 Oct 2018 - 21:44

---Intrigue 6 - Le Givre---



- La Louve et la Hache -

And it's not my fire
But was forged in flame
Can drown the sorrows
Of a huntsman's pain



Certaines tragédies sont des tornades : elles surviennent sans prévenir, frappent sans pitié, puis disparaissent aussitôt. Elles sont si brusques, si violentes, que les survivants ne peuvent souvent même pas les décrire, encore moins les expliquer. Mais au fond, tout le monde sait qu’elles n’ont pas besoin d’être racontées : il suffit pour comprendre de voir les débris qu’elles laissent derrière elles.

Cette tragédie-là était survenue au Rocher aux Lions, dont les Réfugiés avaient fait un avant-poste pour surveiller la progression du Givre. Au milieu de la savane enneigée, tellement calme depuis que la plupart des bêtes avaient fui l’hiver, il y avait à nouveau eu des voix, un feu, de la vie. Cela avait duré un temps. Et prit fin ce jour-là.

Dans la lueur grise de la fin d’après-midi, l’immense promontoire de roches était silencieux et sombre. A l’entrée de la caverne qui avait un jour abrité toute une famille de lions, le grand foyer qui avait servi à réchauffer les sentinelles était mort et son charbon entassé ressemblait à un tas d’os calcinés. Non loin gisait une masse informe, vaguement quadrupède, carbonisée elle aussi. Et tout autour, de grandes traces sombres marquaient les endroits où le grès clair avait bu le rouge des giclées de sang.

Les ruines laissées par une tornade.

Au pied du rocher naissait une série de traces, profondes, encore bien visibles malgré la neige tombante qui en poudrait doucement les reliefs. Un adulte, botté. Et en pointillé le long de ses pas trop lents, encore un débris, encore une histoire muette : de petites gouttes écarlates qui avaient fait fondre la neige.

Au bout de la piste, Zeb s’obligeait à marcher, encore. La neige, qui ne lui arrivait qu’aux chevilles, n’était pas assez abondante pour coucher les hautes herbes et le pirate devait avancer avec précaution pour ne pas se tordre une cheville dans un terrier ou sur une pierre masquée par la végétation. Pourtant il essayait visiblement de maintenir une allure soutenue, peut-être juste un peu trop : il avait repoussé la capuche de son manteau et baissé l’écharpe qui lui couvrait d’habitude le bas du visage, et malgré cela il haletait et son front brillait de sueur.

La Rouille n’avait pas encore froid, grâce à son effort continu. Mais il fatiguait. Inexorablement, il fatiguait.

Car sur le dos du pirate, la petite silhouette enveloppée dans un manteau trop grand pour elle s’était faite lourde et inerte ; au bout de sa jambe gauche, le sang continuait de couler, lent et terrible chronomètre.

Quand le corps juvénile s’était affaissé contre lui, Zeb avait dû le hisser en travers de ses épaules. Il avait tant bien que mal saisi une cheville de sa main à moitié paralysée, avant de passer son bras valide dans l’anneau que formaient les poignets de l’enfant, attachés avec un foulard. La Rouille gardait ainsi une main libre, pour porter la torche dont leurs deux vies dépendaient.

Les yeux clairs du maître charpentier restaient braqués droit devant lui, sur ce qu’il espérait être la naissance des falaises de roche qui s’enfonçaient progressivement dans la terre pour devenir le Canyon Rouge. Parfois, entre les flocons de neige, il lui semblait même distinguer la lueur de la barrière de fumerolles qui entourait le havre des Réfugiés, mais c’était peut-être juste un effet d’optique, un mirage nourri de sa peur et de son désespoir grandissant.

Parce que oui, Zeb Skelton avait peur. On le devinait à son pas heurté, à son teint pâle, à la crispation de sa mâchoire. A l’expression hantée de son regard trop fixe.

Il avait l’air d’un homme qui fuit et qui mobilise toute sa volonté pour ne pas se retourner. Pour ne pas confirmer ce qu’il sait déjà.

Le Rocher aux Lions n’était pas aussi mort qu’il y paraissait. Et quoi que Zeb ait réussi à repousser, c’était déjà revenu.

C’était déjà à sa poursuite.







"Zeb Skelton, peux-tu s'il-te-plaît cesser ce petit manège du gars attentif et naturel
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Louve Féroce
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MessageSujet: Re: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyDim 28 Oct 2018 - 22:01

Dans la neige froide et le vent mordant la Louve avance, elle chasse. Tout ce qui se trouve sur son territoire est vu comme un ennemi, qu'il le soit réellement ou non. En ces temps difficiles, quand l'Esprit du guerrier est mis à rude épreuve, il n'y a plus assez de monde pour assurer la sécurité de la meute et les plus vaillants doivent alors multiplier leurs efforts.
La Piccanniny est un être de guerre, de bataille dure et rangée, frontale et sanglante, mais elle accepte de jouer les éclaireurs pour un temps, parce que c'est utile au plus grand nombre, parce qu'elle protège.
Elle protège toujours, même si sa meute s'est agrandie d'une manière qui lui déplaît.

Outtguetté est restée au camp, parce qu'elle ne voudrait pas mettre en danger sa précieuse jument. Aller à pieds est plus lent, plus dangereux aussi, mais la carnassière peut ainsi se fondre dans le décor et se faire plus discrète. Son pas léger ne fait pas de bruit mais l'effort est gâché par son souffle qui naît et monte en fumée blanche, un souffle court qui montre une certaine fatigue, de plus en plus de mal à tolérer l'effort.
Il fait si froid. Elle a si froid.
Surtout à l'intérieur d'elle.

Autour il fait sombre, des ténèbres qui ont envahi l'île depuis que l'Esprit enfant s'est endormi. Le danger est partout et la Louve finit par arrêter sa progression pour monter son campement, un peu après la sortie du canyon. Lorsque l'Obscure devient trop sombre mieux vaut ne pas laisser son cœur ouvert aux marcheurs dévorants, il faut au contraire le protéger et le réchauffer.
C'est ce qu'elle fait. Elle trouve un abri dans la brousse et monte la tente de peaux, avant de creuser et de bâtir l'abri du feu. La Sans-Pitié n'a pas peur de l'allumer, elle sait que ses frères et sœurs de meute veillent. Ils ne viennent pas jusqu'ici d'habitude, la Brousse n'est pas leur domaine : mais le Givre change tout, redistribue les cartes et elle se sait protégée.
Le Cri l'avertira.

Alors qu'elle s'enroule dans une couverture, les extrémités bien protégées et le corps chauffé par le feu, elle entend soudain le hurlement d'un loup : un jeune, vu la puissance née du thorax.
Un avertissement.

Aussitôt la guerrière se redresse et plie les affaires, emballant l'ensemble et se précipitant en direction de l'appel. La campeuse a cédé la place à la traqueuse et elle avance, les oreilles tendues, le nez en l'air, son couteau bien en main. Elle n'a pas besoin de ses yeux parce que, là-bas, toujours, le prince canidé la guide.

Lorsqu'elle arrive sur place elle sait, elle sent. Elle s'immobilise, attend, écoute et repère le pas dans la neige, le souffle fatigué : la douleur, la peur. Ils sont deux parce que le pas est très lourd, ou alors la personne qui avance a une très grosse masse. Petit à petit elle voit la lueur qui se rapproche et reste là, à couvert, essayant de comprendre la situation.
L'analyse avant l'attaque, parce qu'elle attaquait toujours avant de prévenir. Plus efficace, moins dangereux. Mieux vaut prévenir que guérir.

Soudain la source de lumière éclaire un visage et Louve sent le Monstre réagir à l'intérieur d'elle, gronder sa haine, sa rancœur, sa douleur aussi. Il part du ventre et veut dévorer ses entrailles. Une phrase tourne dans sa tête : Hommes de la Mer.
Ceux que les papooses de l'Esprit Enfant appelaient « Pirates ».

Elle perd aussitôt toute capacité de réflexion, son sang ne fait qu'un tour et – alliance ou non – elle se jette en avant, le couteau au clair, la lame brillant au clair de lune. Par respect elle pousse d'abord un long cri d'attaque, à la fois pour montrer sa volonté à ses ancêtres mais aussi pour prévenir l'ennemi, parce qu'une vraie guerrière ne prend pas à défaut.

Sa griffe factice fend l'air mais son adversaire réagit et tombe au sol, entraînant avec lui son paquet.
Un papoose. Louve ne la voit pas bien mais elle semble très petite et blessée.
Son sang ne fait qu'un tour et elle fixe l'homme, le toise, le regard mauvais et dangereux, plein de malédiction.
Elle ne fait pas le lien, ne comprend pas qu'il a essayé d'aider l'enfant, de le sauver peut-être. Pour elle les Hommes de la Mer sont mauvais, tous, et ne sauvent pas les papooses.
Dans son esprit la sentence est claire.
La mort.

Mais elle se recule pour le laisser se relever. On n'achève pas un homme à terre.

Un nouveau trophée se balancera bientôt à sa ceinture.


Dernière édition par Louve Féroce le Mer 7 Aoû 2019 - 13:42, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyMar 30 Oct 2018 - 6:11

En entendant le long hurlement d’un loup quelque part sur sa droite, Zeb eut la réaction la moins adaptée possible : il leva les yeux au ciel avec un râle excédé.

Oh c’est pas vrai, manquait plus que ça…

Dans n’importe quelles autres circonstances, le pirate aurait bien entendu montré l’angoisse et la prudence qui s’imposaient ; les loups le rendaient aussi nerveux que la plupart des humains, peut-être même un peu plus étant donné qu’il était un homme de la mer, guère familier de ce genre de bestioles, et qu’il venait d’une époque où apprendre aux enfants à craindre le Grand Méchant Loup était encore littéralement une question de survie.

Mais ce jour-là, Zeb avait été témoin de ce que même les plus atroces des contes de fées ne racontent pas. Il avait vu des créatures terrifiantes s’adonner à des actes ignobles, le genre qui pouvaient filer des cauchemars même à un vieux pirate qui en avait déjà beaucoup trop vu, le genre qui pouvait fissurer l’esprit et y instiller la folie. Et en cet instant, alors qu’il fuyait avec une petite fille inconsciente sur les épaules, la Rouille savait qu’il n’en avait pas fini avec ces choses. Il savait qu’elles en auraient après lui. Puisqu’il savait très bien qui les menait.

Alors honnêtement, à ce moment-là, se faire poursuivre par une meute de loups paraissait plus un mauvais coup du sort très contrariant qu’un danger mortel. Au contraire, même : avec un solide sens de l’humour bien cynique, on pouvait presque considérer que la présence des canidés était un bon signe. S’ils prenaient le risque de se lancer à la poursuite de deux humains, c’était bien qu’ils n'étaient pas distraits par un danger plus redoutable dans les parages, n’est-ce pas ?

Parce que ces loups n’étaient pas des Orbleus. Zeb le savait, à présent : les créatures du Givre n’avaient pas besoin de hurler pour communiquer. Elles n’avaient même pas besoin de parler. Elles se contentaient d’avancer, ensemble. En silence.

Et soudain, comme à propos, un autre cri. Mais pas celui d’un loup. Oh que non.

Les animaux étaient incapables de hurler une telle haine.

Pur instinct, sans même vraiment comprendre ce qui venait de jaillir des hautes herbes pour se jeter sur lui – c’était tout juste s’il avait capté un mouvement du coin de l’œil – Zeb pivota brutalement sur lui-même, en un geste d’esquive précipité qui ne lui laissa pas le temps d’assurer son équilibre ; déstabilisé par la charge supplémentaire de l’enfant qu’il portait, il ne parvint pas à se rattraper à temps et s’étala de tout son long dans la neige peu profonde.

Son regard bleu ne tarda pas à rencontrer une paire d’yeux autrement plus sombres, qui le fixaient avec une hargne glacée par-dessus l’éclat froid d’une dague.

Alors, avec la rapidité qu’apporte l’expérience et l’étrange clairvoyance détachée qui nait dans l’adrénaline, Zeb comprit qu’il allait mourir.

Parce que l’ennemi était une jeune femme, en tout cas nettement plus jeune que lui, dont la garde trahissait la force et l’entraînement au combat. Que sa peau mate, les plumes qui ornaient ses longs cheveux noirs et sa tenue proclamait l’appartenance à un peuple ennemi de Hook. Que le crâne jauni qu’elle portait en diadème, son attaque même en temps de paix et la fureur qui transparaissait sous le masque rigide de ses traits trahissait la Piccaninny - et encore, Zeb n'avait pas compris ce qu'étaient ces lanières séchées qu'elle portait à la ceinture.

Peut-être que la Rouille aurait pu lui tenir tête, dans un véritable face à face. Il aurait pu essayer, en tout cas. Hélas, quand il était tombé, il n’avait pas réussi à retirer son bras de l’anneau formé par les poignets attachés de la gamine qu’il portait – pour cela, il aurait fallu lâcher la torche, et même dans ces conditions catastrophiques Zeb savait que perdre le feu c’était perdre la vie. Sauf qu’à présent il se retrouvait au sol, sans arme, son seul bras valide pris dans l’étreinte de la Garçonne Perdue inanimée; sa vie, il allait de toute évidence la perdre quoi qu'il advînt.

Par réflexe, il avait levé l’autre main, celle dont il ne pouvait même pas vraiment écarter les doigts en signe universel de paix. Pourtant, il avait déjà vu des regards comme celui de la guerrière qui lui faisait face. Il savait que ces yeux-là n’avaient que faire des mains tendues.

Mais encore une fois, les circonstances n’étaient pas ordinaires.

"ATTENDS !"

Le pirate n'espérait pas vraiment une réaction favorable de la part de l’inconnue et il avait déjà ramené ses jambes à lui, tentative instinctive pour préparer un coup désespéré. Cependant, la jeune femme sembla marquer un temps d’arrêt. Zeb la vit même esquisser un pas en arrière ; il ignorait que c’était juste parce qu’elle préférait le tuer debout plutôt qu’à terre et désarmé, mais de toute façon il ne prit pas vraiment le temps de se poser la question et se contenta de saisir fébrilement les quelques secondes que la guerrière lui accordait :

"Je ne suis pas un ennemi. J’étais au Rocher, j’essaie de la ramener au camp. Les Orbleus ont tué tout le monde là-bas, et ils sont sur mes traces. Il ne faut pas rester là, ils vont…"

Un nouveau hurlement de loup interrompit le pirate. Mais cette fois-ci, même Zeb qui n’y connaissait rien sût que ce n’était ni un avertissement, ni un appel à la chasse : tout ce qui transparaissait dans cette longue plainte stridente, c’était de la terreur.

Bientôt le cri fut relayé par une autre voix, puis encore une autre, et à chaque fois elle gagnait en intensité et en panique. Jusqu’à ce que la dernière de ces clameurs se métamorphosât soudain en glapissements suraigus, terrible concert d’appels à l’aide et d’aboiement torturés qui fut tout à la fois interminable et atrocement bref.

Puis, à nouveau, le silence.

Zeb en resta figé, haletant, son visage toujours bien trop pâle tourné vers la Piccaninny. Quand bien même aurait-il voulu ajouter quelque chose, il n’aurait pas pu.







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MessageSujet: Re: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyMer 7 Aoû 2019 - 17:07

Ses cheveux noirs volent autour d'eux et fouettent son visage, portés par le vent glacé qui lui gerce les lèvres et crevasse la peau. Son regard dur ne quitte pas l'Homme à la barbe de feu et elle montre des dents.
Parce qu'il ne bouge pas assez vite à son goût.
L'émail blanche souffre du froid mais reste là, les lèvres remontées, donnant un aspect sauvage et effrayant.
Elle attend, elle écoute et met du temps à comprendre les mots de l'Homme de la Mer.

Puis elle voit ce petit paquet, ce petit être fragile qu'elle avait déjà remarqué mais sans bien comprendre.
Ce petit être que le tueur du Port protège.
Pourquoi ?
Pourquoi ce monstre s'est-il encombré d'un papoose ? Pour le tuer plus tard ? Le torturer ?
Dans cette situation ?

Trop de questions que la Louve décide de ne pas prendre en compte. Ce n'est pas le moment, et elle n'aime pas encombrer son esprit.
Les décisions se prennent vite.

Puis elle comprend la présence des Hommes de Givre et le cri des loups. Ils ont peur et relayent la progression des poursuivants dont parle l'Homme Faible.
Elle doit prendre le papooze et partir au plus vite, commence à réfléchir au chemin qu'elle pourrait emprunter. Les Givrés sont de terribles traqueurs et elle SAIT qu'ils ne resteront pas loin.

Sans plus hésiter elle s'approche de l'Autre et se penche pour récupérer le blessé. Le petit être est chétif, et son front fiévreux. La Louve sent la douceur prendre son ventre et son cœur battre plus fort. Le regard s'adoucit, le sourire se veut rassurant mais le pouls est faible, beaucoup trop faible.

Cette fois ses yeux évoluent pour croiser celui de l'Homme toujours au sol, et elle pince les lèvres. Les Hommes bleus sont rapides et elle est fatiguée. La papooze est tout de même lourde et ses totems s'opposent : La Louve voudrait abandonner le plus âgé mais la peau-rouge pense qu'il peut s'avérer utile.

Vite elle se décide.

« L'Homme des mers peut encore être utile ? »
Ils ne l'étaient jamais, mais qui sait ? Les miracles pouvaient exister...

« Ou préfère-t-il mourir entre les crocs du froid ? »


Dernière édition par Louve Féroce le Mer 1 Avr 2020 - 20:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyLun 9 Déc 2019 - 23:21

Pour les sens inondés d'adrénaline de Zeb, le monde était un fatras de contrastes agressifs – le regard si sombre de la Piccaninny, ses (crocs) dents très blanches entre les ondulations de ses mèches noires, l'éclat glacial de sa lame, mais aussi le vent froid qui mordait sa propre gorge, le linceul humide de la neige qui s'infiltrait à travers ses vêtements, les hurlements des loups qui reprenaient et se rapprochaient… Tout autour de lui était danger, tout autour de lui était mort, et un instinct souterrain mais puissant le poussait à tout abandonner, torche et gamine, tout laisser et se relever pour courir, se relever pour fuir, aussi vite et loin qu'il le pouvait.

Mais la Rouille était un pirate. Un vieux pirate. Il connaissait le goût âpre qui envahissait la bouche avant les batailles, le conflit entre la peur qui gelait le ventre et la fureur qui brûlait la tête. Et surtout, surtout, il savait que céder à l'un comme à l'autre était ce qui avait tué des hommes autrement plus forts et hargneux que lui.

Zeb avait vu bien assez de combats et croisé le regard de trop de tueurs pour se méprendre sur la détermination de la Piccanniny: à terre ou pas, désarmé ou pas, s'il faisait le moindre geste brusque, s'il ne faisait que songer à se lever, il était mort. C'était écrit en lettres de sang dans les yeux de la Peau Rouge.

Alors, même si ça lui demandait un effort de volonté titanesque, Zeb s'obligea à ne pas bouger. Même quand la jeune femme décida de s'approcher de lui et de la gamine qu'il transportait, il resta immobile, la tête légèrement baissée en une instinctive attitude d'apaisement; seuls ses yeux clairs, arrimés à chaque geste de la Piccaninny, trahissaient la tension extrême qui sourdait de son corps figé.

La chasseresse s'accroupit pour examiner le visage de la Perdue, à peine visible sous la capuche du manteau d'adulte dans lequel elle était enveloppée. La main de la jeune femme, étonnamment délicate, écarta un peu l'épais tissu. Zeb ne vit pas le sourire tendre et inquiet qui passa alors sur le visage de la Piccaninny: tout ce qui avait attiré son attention, c’était la terrible pâleur qui marquait les traits de l'enfant, bien davantage que lorsqu'il l'avait mise sur son dos là-bas au Rocher. Et dans la poitrine de la Rouille, quelque chose se fit soudain plus lourd que la peur et la rage de vivre.

Il avait mis trop de temps. Il avait été trop lent.

"L'Homme des mers peut encore être utile ?"

Il tressaillit, surpris d'entendre la voix de la Piccaninny – aussi grondante que ses yeux de jais, aussi nette et précise que le fil de son arme. Un instant, il la dévisagea sans rien dire; peut-être qu'il était tout simplement étonné qu'elle lui adressât la parole au lieu de lui planter son couteau dans la poitrine.

"Ou préfère-t-il mourir entre les crocs du froid ?"

La réplique était plus sèche, impatiente, et cette fois Zeb sembla reprendre ses esprits. Il adressa un hochement de tête à la jeune femme pour lui signifier qu'il avait compris et sans perdre davantage de temps il planta la torche dans la neige, pour pouvoir dégager son bras gauche des poignets attachés de la Perdue et se redresser à genoux. Laissant à la Peau Rouge le soin de guetter leurs sinistres poursuivants, la Rouille saisit la gamine avec une fermeté non dépourvue de précautions, avant de la hisser en travers de ses épaules du geste assuré d'un homme qui a passé toute sa vie à porter bien plus lourd qu'un gosse inconscient. Sauf que cette fois, ce fut son bras droit qu'il passa entre ceux de la Perdue: vu ce qui les attendait, il voulait pouvoir utiliser sa main valide.

Zeb se saisit de la torche et se releva d'un coup de rein, sans une plainte malgré le choc visible que ce fut pour son dos. Et toujours en silence, il tendit le flambeau à la Piccaninny, l'acceptant tacitement comme guide.







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MessageSujet: Re: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyMer 1 Avr 2020 - 21:41

Elle fixe un instant la torche, la louve, avant de la prendre, et de la diriger vers l'avant. Tout son corps reste tendu, son esprit grand ouvert aux sons, aux odeurs aux sensation du grand Monde. Elle n'a pas la tête pratique d'un chaman ou d'un guérisseur, ni même d'un chef. Elle est la lame et la main, le bras même peut-être, et tout ce qui sert à tuer.
Mais pas la volonté qui donne l'ordre et mène les hommes au combat.
Pourtant elle doit réfléchir, prévoir. Elle avance, elle donne tout ce qu'elle a malgré la fatigue, malgré les muscles qui brûlent et son intérieur qui crie de douleur, hurle en se laissant dévorer par la maladie du froid, qui pourrit les os et active le mal intérieur.

Soudain elle s'arrête, revient sur ses pas, tourne en rond, comme le chien qui repère quelque chose, une chose qui ne va pas.
Elle tend l'oreille, coupe son souffle.
Les loups. Ils ne sont plus là.
Un long frisson suit le chemin de la colonne.
Attention.
Danger.
Mort.

Incapable de tenir en place elle grogne, et tourna à nouveau ; le corps aussi agité que l'esprit.
ILS remontent. ILS rattrapent.
ILS font hurler la nature et trembler ce qui fut désert.
Elle claque des dents, menace l'invisible, et se retourne vers l'homme des mers .
Non.
Vers la petite qu'il porte.
Elle cherche la force du cœur qui bat, qui lutte.
Mais il ne lutte qu'à peine, si faible sous ses doigts.
La papoose va mourir.
La louve est épuisée, l'homme de l'eau salée aussi.
Alors elle fait un choix. Le choix.

Son regard noir, l'aiguisé de ses yeux de lame se plante dans ceux de Poil de feu.
Et elle décide.

« Viens ».

Plutôt que de continuer vers le camp, elle accélère le pas, puise dans ses forces et part vers la gauche.
Un peu de ce temps qui ne file pas, puis un peu plus et plus encore.
Là une fissure.
Plus large qu'elle n'y paraît.
Un trou. Qui enferme. Nécessité.

La louve se glisse, ses magnifiques formes passent facilement, et le corps du visage pâle passera aussi, même avec difficulté.
A l'intérieur elle le dépouille de la petite vie fragile, cherche les blessures, sort les onguents qu'elle a pris avec elle.
La louve ne soigne pas, elle tue ; mais elle a dû apprendre quelques gestes de base, pour les moments de lutte solitaire, quand les lames terribles abîment la chair.
Si la papoose n'est pas un peu réparée, elle va rejoindre le monde de l'Esprit qui Marche, là-bas dans les lumières pleines de couleur.

Tandis qu'elle s'occupe du corps, elle lance aussi à l'homme du Feu, une sacoche avec un peu de viande séchée, et une gourde avec un liquide amer, qui redonne de la chaleur et des forces.
Il aura besoin de ses forces, de sa vie.

Concentrée sur ses gestes – mais aux aguets, tendues, surveillant les fourberies de l'homme – elle pose une main sur le front de la papoose et grogne, l'invite à rester au sein de la meute.
L'encourage.
Ordonne de vivre.

Mais ça ne suffira pas. Lé désert continue de hurler, elle le sent dans les pulsations de son cœur, dans le fleuve de son sang.
Ils sont si près.
Ils arrivent.
Il faut les ralentir.

Alors maintenant, sans hésiter, elle récupère sa lame et se tourne. Ses colifichets s'entrechoquent tandis qu'elle abaisse son centre de gravité, et qu'elle laisse l'esprit du loup gonfler ses muscles.

« Le sang du visage pâle attirera les Hommes froids, quand je l'aurais versé. »
Elle avait besoin de les retenir, de détourner leur attention.
Avec un leurre.
Et ce ne serait pas elle, ni la papoose.

« Ils te prendront, et nous fuirons ».
Elle aurait dû attaquer, c'est vrai, ne pas prendre la peine d'exposer ses objectifs.
Mais il avait sauvé une vie, c'était un fait, et ennemi ou non, il méritait une fin de guerrier.

Si elle le blessait : il se sacrifierait pour eux.
Si il la blessait : elle accepterait son sort.

Que le meilleur gagne.
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MessageSujet: Re: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyMar 23 Juin 2020 - 21:54

Zeb avait rajusté le corps inerte de la gamine sur ses épaules et avait docilement suivi la guerrière, convaincu qu’elle constituait leur meilleure chance de survie. Après tout, ils étaient en territoire Piccaninny: il était probable que la jeune femme connût des raccourcis vers le Canyon Rouge, ou au moins un abri fiable et accessible. Ne restait plus qu’à tenir jusque là, ce qui s’annonçait hélas comme la partie difficile: la Rouille commençait déjà à fatiguer quand la Peau Rouge lui avait sauté dessus et ce n’était pas voué à s’améliorer tant qu’il portait la gosse, surtout à présent qu’il avait froid à cause de ses vêtements détrempés par la neige. Cependant, il avait son petit égo, en plus d’être une tête de mule notoire, et il était déjà résolu à forcer autant qu’il le fallait pour suivre le rythme de sa compagne d’infortune - traduisez qu’il était fermement décidé à mourir d’épuisement avant d’émettre la moindre plainte.

Il lui fallut un moment avant de réaliser qu’ils n’avançaient pas aussi vite qu’il l’avait anticipé - pas aussi vite qu’il l’aurait fallu. La Piccaninny ne paraissait pourtant ni blessée ni malade, mais plus le temps passait, plus Zeb était convaincu qu’elle marchait trop lentement pour quelqu’un de son âge et d’allure aussi athlétique. Peut-être qu’elle se retenait, par égard pour lui et (surtout) l’enfant qu’il transportait? Ou peut-être qu’elle-même avait eu une longue journée et qu’elle tapait dans ses réserves? Dans tous les cas, c’était mauvais: autour d’eux, l’obscurité était de plus en plus épaisse. Les sons de la brousse se faisaient rares, trahissant l’avancée de leurs poursuivants. Et le Canyon Rouge était toujours bien trop loin.

Alors que la Rouille était tenté de demander à leur guide où est-ce qu’elle les emmenait (tout en ayant bien conscience que c’était une mauvaise idée et qu’il risquait de s’en prendre une pour le simple fait d’avoir prononcé un son), la Piccaninny marqua soudain un temps d’arrêt. Elle parcourut la zone du regard avant d’esquisser quelques pas, l’oreille tendue. Elle bougeait vite, nerveusement, en émettant un grondement sourd et continu, et lorsqu’elle vint contrôler l’état de l’enfant, Zeb se surprit à s’écarter de sa trajectoire en évitant soigneusement de la regarder en face; comme d’autres Piccaninny que le pirate avait (affrontés) croisés, elle dégageait quelque chose de littéralement animal, qui semblait réveiller ses atavismes à lui par pur effet miroir. Sauf qu’au lieu de le rendre agressif, elle lui communiquait son angoisse et son sentiment d’urgence, ce qui ne faisait que confirmer le pressentiment du pirate: ils étaient trop lents, trop fatigués, trop loins du camp. Et la gamine allait vraiment mal.

Juste un échange de regard, obsidienne acérée contre opale préoccupée. Tous deux savaient.

“Viens.”

Encore une fois, Zeb obéit sans poser de question.

Il suivit la Piccaninny jusqu’à un amas de rochers proches. Il ne vit la fissure que lorsque la jeune femme s’y faufila, avec une aisance qui le fit grimacer par anticipation: il n’allait pas y arriver aussi facilement...

Après avoir rapidement pesé le pour et le contre, Zeb s’engagea dans l’étroit passage jambes en premier, pour pouvoir tirer la gamine derrière-lui tout en soutenant sa tête de sa seule main valide. Heureusement, même s’il était plus grand et large d’épaules que la Piccaninny, il n’était pas très épais (bénies soient ses escalades quotidiennes dans la mâture qui l’avaient empêché de prendre du ventre) et il parvint à se faufiler jusque dans l’abri souterrain en ne récoltant que quelques égratignures le long du dos.

Précautionneux, il attira la petite fille inconsciente jusqu’à lui, pour se la faire presque aussitôt arracher des bras par la Piccaninny. Ce fut le seul moment où Zeb failli résister et aller contre la volonté de la jeune femme: il avait pris de gros risques pour sauver cette gosse et il n’était vraiment pas prêt à compromettre le peu de chances qu’il lui restait. Mais comme l’expression de la guerrière ne dénotait aucune animosité envers l’enfant (bien au contraire) et que Zeb n’avait pas forcément de meilleurs soins à proposer, il la laissa s’emparer de la Perdue. Il continua néanmoins de la surveiller du coin de l’oeil, juste au cas où.

Tandis que la Piccaninny écartait la parka d’adulte qui enveloppait la gamine et découvrait sa silhouette frêle, dont la peau mate avait pris une inquiétante teinte grisâtre, la Rouille pris le temps d’assurer la torche plantée dans le sol sablonneux, puis il s’assit à côté avec un soupir de soulagement. Tout en massant doucement la cicatrice de brûlure de sa mâchoire, il observa le lieu où ils se trouvaient. Une petite grotte, ou plutôt une grosse tanière, bien sèche, qui faisait bien six mètres de diamètre mais où il n’était pas certain de pouvoir tenir debout. A part une paroi qui était entièrement constituée d’innombrables racines, les murs étaient de terre et de roche et ne semblaient receler ni cachette ni passage, faisant de la fissure qu’ils avaient franchie la seule entrée.

Facile à défendre. Mais impossible à fuir.

En proie à un soulagement mitigé, Zeb reporta son attention sur la Piccaninny, qui était toujours occupée à soigner la gamine comme elle le pouvait. La Rouille nota qu’elle avait desserré et reposé le garrot que lui-même avait mis en place sur la cuisse gauche de la petite, lacérée de coups de griffes; l’inconnue semblait bien avoir quelques connaissances en premier secours, comme lui. Mais Zeb peinait à croire qu’elle fût vraiment soigneuse, elle avait l’air bien trop fauve pour cela.

Zeb fut alors surpris de se voir lancer deux sacs de cuir, heureusement l’un après l’autre (avec un seul bras fonctionnel, c’est le genre de détail qui prend vite de l’importance). L’un contenait de la viande séchée, l’autre un liquide au fort parfum d’herbe coupée, que la Rouille devina légèrement alcoolisé. Il adressa un drôle de regard à la Piccaninny, mais sans trop tarder à hocher la tête et à accepter le présent: cela ressemblait fortement à une offre de paix, ce qui vu leurs débuts pour le moins houleux était une véritable bonne nouvelle...

... Ou pas, en fait: pourquoi, à peine deux minutes plus tard, la jeune femme venait-elle de dégainer son coutelas?

“Le sang du visage pâle attirera les Hommes froids, quand je l'aurais versé.”

Zeb eut un léger mouvement de recul, plus indigné que craintif: elle plaisantait, n’est-ce pas?

“Ils te prendront, et nous fuirons.”

Elle se tassa sur elle-même dans le petit espace qu’ils partageaient, l’image même de la bête féroce sur le point de bondir, et Zeb sentit son propre corps se tendre sous l’effet d’une colère froide. Sa main se posa sur le poignard passé à sa ceinture, tandis qu’il baissait insensiblement la tête pour fixer la Piccaninny par en-dessous et lui rendre sa grimace grondante: cette manière factuelle dont la guerrière lui annonçait sa mort programmée le mettait presque plus en rage que la menace elle-même, sans parler du discret sentiment de trahison qui allait avec le fait qu’il avait commencé à baisser sa garde lorsqu’elle lui avait offert à boire et à manger. Quel adversaire partage son repas avec vous avant de vous expliquer posément qu’il compte vous découper en lanières et vous laisser en pâture à un ennemi commun? Qu’est-ce qu’elle croyait, que du coup il allait se laisser faire?

Mais Zeb avait beau être en colère (trop pour reconnaître du respect dans l’attitude de la Piccaninny), il ne l’était pas au point d’être devenu aveugle. Dans la lueur dansante de la torche, il voyait bien que la jeune femme était toute en muscles tendus, yeux meurtriers, crocs découverts. Elle n’avait plus l’air d’une humaine, et d’ailleurs peut-être qu’elle ne l’était plus vraiment. Zeb était courageux et il avait une solide expérience de combat au corps-à-corps, mais cela avait fait de lui un adversaire circonspect et il savait reconnaitre les duels qu’il risquait de perdre.

Quelques secondes passèrent, paraissant s’étirer à l’infini, chacun des deux adversaires guettant le premier mouvement de l’autre.

Puis, très lentement, Zeb finit par lâcher sa propre arme.

“Ils me prendront. Mais vous ne pourrez pas fuir. Ce ne sont pas des animaux, ils ne chassent pas pour se nourrir, ils ne s’arrêtent pas quand ils ont attrapé une proie. Ils se sépareront. Et ils nous tueront tous les trois.”

Il pointa la fissure, l’air lugubre:

“Il y a au moins un pirate avec eux, qui me connait; lui cherchera peut-être à me rattraper d’abord, oui. Mais il a les lions avec lui. Les lions ne vous lâcheront pas.”

Il émit un soupir retenu, pesant ses arguments. Il savait malheureusement un peu trop bien comment cela se passait lorsqu’il devait prendre une décision en concertation avec une personne qui n’aimait pas les pirates: s’il cherchait à imposer son idée, aussi bonne soit-elle, la guerrière avait toutes les chances de l’envoyer paître. Peut-être même de chercher à lui ouvrir la gorge, juste pour le principe. Il allait devoir redoubler de tact et de patience.

“Je peux essayer de faire diversion. Mais seulement si je peux courir, pour les attirer loin d’ici. Je peux te gagner du temps, pour barricader la grotte. Et si j’arrive au camp, je reviendrai avec des renforts.”

Son expression monolithique ne laissait que peu de doute quant aux chances qu’il s’attribuait, sur ce coup-là, mais quel choix avaient-ils?

“Sinon... des gens du Canyon vous chercheront bien, demain. Il faut juste tenir la nuit.”

Il y avait une troisième solution, bien entendu: ils pouvaient laisser la gamine. C’était loin d’être absurde, comme possibilité. La petite fille paraissait malheureusement plus près du trépas que du salut et il semblait peu probable qu'elle survécût jusqu'au lendemain. De plus, s’ils n’avaient plus ni à la porter ni à la protéger, pirate comme Peau Rouge avaient de bien meilleures chances d’arriver au camp avant de se faire rattraper par les Orbleus - un maximum de chances, en vérité.

Mais cela, Zeb ne le mentionna même pas.







"Zeb Skelton, peux-tu s'il-te-plaît cesser ce petit manège du gars attentif et naturel
qui donne envie qu'on lui fasse confiance, merci ?"

Citations by Carmine ♥
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Louve Féroce
Louve Féroce

♐ Guerrière des Piccaninny ♐


✘ AVENTURES : 50
✘ SURNOM : La Sans-pitié
✘ AGE DU PERSO : La trentaine

✘ DISPO POUR RP ? : Hélas non !
✘ LIENS : Chant de guerre et hurlements
sur les ennemis à terre

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MessageSujet: Re: La Louve et la Hache   La Louve et la Hache EmptyMar 18 Aoû 2020 - 13:00

Elle est prête, tendue, consciente que celui qui lui fait face n'est pas un faible, et qu'il saura se battre. Peut-être même la battre. Elle peut perdre, mais c'est le jeu. Quand on débute la danse, on ne sait pas ce qui peut arriver, on ne maîtrise pas, ce sont les muscles, le sang, la force qui décident pour nous, accompagnés par la volonté des Grands esprits. C'est comme ces lancés d'os, sur lesquels on peut tenter de deviner les vainqueurs. Quand elle était papoose, elle a entendu les hommes des mers appeler ça un « pari ». Elle le sait, aujourd'hui, c'est un pari. Un pari idiot, mais elle n'en a pas conscience. Elle ne réfléchit pas, laisse juste son instinct dicter ce qu'elle doit faire. Mais il n'est pas toujours bon, ne sait pas toujours quoi faire, n'est pas assez formé. La Louve a de l'expérience, mais elle est encore bien jeune, et trop menée par la colère, par la rage. Elle n'oublie pas que cet homme en face d'elle fait partie de ces monstres qui violent et tuent, sans jamais respecter l'île. Ils sont une épidémie, et leur forme de glace le confirme bien.
Elle ne doit pas oublier.
Ne pas baisser la garde.
Si la tête rousse est restée homme, elle n'en reste pas moins un mal.

Il bouge, et elle est prête.
Ou non. Elle ne s'attend pas à ce geste, à cette arme qui tombe. Elle grogne en voyant la griffe de métal s'enfoncer au sol. Elle ne peut tuer celui qui ne se défend pas, ce serait déshonorant.

Ses yeux meurtriers se font plus petits pour jauger l'homme. Est-ce qu'il essaye de la piéger ? Ses mots, ceux des hommes blancs, tentent-ils de la précipiter dans le danger ?
Elle les déteste, parce qu'ils sont fourbes, parce qu'ils savent blesser d'autres manières, avec des détours qui ne sont pas ceux des braves.

Partir ? Il propose de partir ? Elle grogne, et le grognement est menace. Si la fausse griffe reste dans sa main, basse et loin de mordre, son attitude reste celle de la bête prête à mordre.
« Tu ne bougeras pas. »
Prévient-elle. Un fait, pas un ordre ni une demande. C'est ce qui arrivera : elle ne le laissera pas sortir seul pour aller prévenir les autres guerriers, peut-être même les guerriers blancs. Et s'il n'était qu'un leurre, un rabatteur qui ramènerait les braves entre les griffes des monstres du froid ? C'était le genre de stratégie des hommes des mers, aucun doute...
La méfiance redouble. La tension monte, elle fait se dresser les poils sous la tenue d'hiver, et se tendre les muscles sous la chair.

Tenir la nuit ? Avec une papoose aux portes de la mort et elle, fatiguée et affaiblie ? Cette phrase conforta ses soupçons : il voulait fuir et laisser les êtres de mort venir terminer leur travail. Les lèvres se retroussèrent sur les dents blanches et droites, dévoilant une dentition humaine, mais qui pouvait faire du dégât.
Et qui savait mordre.

Elle en était à envisager enfin son attaque – et tant pis si elle ne se faisait pas dans les règles de l'art – lorsqu'elle le sentit, le fil qui se brise, et sépare l'individu de la meute du monde.
Touchée en plein dans ce qu'elle était, la Louve se retourna d'un seul mouvement, se rapprochant rapidement de la petite vie qui venait de s'éteindre, et fixait la voûte de la grotte. Sans lumière dedans. Les ouvertures mortes d'un esprit qui venait de s'échapper, sans pouvoir saluer ses ancêtres.
Louve chassa la douleur, ne put laisser place à tout ce mal qui rebondissait en elle, faisant écho à d'autres adieux, à plusieurs époques. Chaque fois qu'un papoose s'en allait, c'était encore un bout de son enfance qui se déchirait, réduisant toujours plus le tissu de son humanité.
Elle ne connaissait pas cette petite, mais elle la pleurait en silence.
Elle avait tourné le dos à son ennemi, mais ne parvenait pas à s'en inquiéter.

« Elle n'est plus là. »
Constate-t-elle simplement, avec la voix ténue d'une mère en deuil.
« Et son papoose volant ne peut pas venir la chercher ».
Parce que c'est bien ce qui se passe, n'est-ce pas ? Le Grand Papoose prend les corps pour les déposer dans un lieu qu'il est seul à connaître et, sans lui, les petites enveloppes de chair restent là, sans rien.

Elle ne ressent plus l'urgence, maintenant. Si elle veut ramener l'enveloppe auprès de sa tribu, elle sait aussi que ce serait se mettre elle en danger. Or elle ne peut se le permettre.
Plus que jamais, les fiers peaux-rouges ont besoin de leurs guerriers.

Elle pense aussi à sa petite si grande et si maladroite, cette jeune vaillante qu'elle forme pour devenir une fière louve, protectrice des siens et princesse d'elle-même. Seule chef de sa vie, en accord avec la volonté des esprits.

L'Esprit du Monde reste suspendu. Elle sent l'homme des mers plus loin, entrouvre les lèvres non pour menacer, mais pour laisser sortir une plainte à mi-ton, qui accompagne l'esprit de la papoose dans son dernier voyage. Le loup de l'autre monde prendra soin d'elle, si la Louve le lui demande, et elle n'hésite pas, adresse sa litanie de gorge, comme on supplie.

Mais l'instant passe vite, et elle reprend du poil de la bête, se retourne vers cet autre humain. Elle a toujours plusieurs choix : le tuer ? Fuir seule ? Fuir à deux ?
Non. Malgré les souliers de peau et la terre gelée, elle sent le hurlement de l'écorce du sol, qui pleure sous la violence des êtres de glace. Ils sont si proches maintenant, et si elle est venue ici, c'est parce qu'elle sait qu'ils ne peuvent pas fuir.
Même maintenant ?
Peut-être pas. Elle ne sait pas décider quand elle n'est pas seule.
Danger ou allié ?
Fuir ou rester ?

La peau de son visage s'étire à l'arrière, en même temps que ses oreilles qui se décalent un peu, montrant l'étendu de son stress et de son combat intérieur. Elle est nerveuse, jette des coups d’œil tantôt mauvais tantôt désespérés à l'homme pâle et ocre. Elle est hésitation, pince les lèvres puis montre les dents, le côté du crâne toujours tiré, imitant l'inquiétude de son totem.

« Que ferais-tu, homme renard ? »
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