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Tayysan Ne Lwin
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MessageSujet: Essence   Dim 12 Aoû 2018 - 20:59

Il régnait un silence étrange, dans l’un des ateliers d’artisanat du Ranch.

Il faut dire qu’il n’y avait pas beaucoup de monde. A peine quelques personnes, trop occupées à s’affairer. Tayysan se tenait un peu à l’écart, face à une table improvisée - une simple planche de bois. Brièvement, elle avait repensé qu’elle mouche avait pu la piquer, pour qu’elle prenne l’initiative de se rendre ici. Tayysan avait pourtant eu l’idée le matin même ; elle tournait en rond, pensive. Si pensive qu’elle s’était apprêtée très sobrement - nouant négligemment ses cheveux, s’emmitouflant dans son épais manteau.

Si elle avait attiré les regards en ayant décidé, tant bien que mal, de se lancer et de s’en retourner à ce qui faisait une partie de son identité, de son essence - le travail manuel, donc, la birmane s’était désormais enfermée dans sa bulle de travail. Finalement, les Pirates-artisans s’étaient accommodés à sa présence. Une main d’œuvre supplémentaire ne faisait jamais de mal par les temps qui courent.

Silencieuse comme une tombe, concentrée au possible, elle avait amoncelé à ses côtés des chutes d’un bois solide. C’était un matériau précieux qui venait facilement à manquer, et il était hors de question de le jeter ou de le faire flamber. Elle avait eu le déclic, en voyant un employé de la fumerie arriver avec des outils agricoles usés et brisés ; il lui suffisait d’en faire des outils divers et variés - et pourquoi pas des ustensiles, qui sait. Là voilà désormais occupée à fabriquer une bêche et un râteau. Ses premiers gestes avaient été rouillés, maladroits. Mais au fur et à mesure, tout se débloquait et lui semblait plus facile, plus naturel. Alors, elle avait continué. Construisant des outils avec les dernières chutes, elle les consolidait comme elle le pouvait. Un travail qui l’empêchait de trop penser et qui, plus que ça, occupait son esprit.

Lorsqu’elle eut fini de fabriquer ses outils, Tayysan s’équipa et sortit de l’atelier, pour se rendre en direction des plantations d’opium gérées par les employées de la fumerie. En rendant les outils réparés à son propriétaire, ce dernier se montra surpris - peut-être ravi, avant de finalement s’en retourner à son travail en la remerciant. Tayysan s’était sentie étrangement galvanisée.

En chemin, elle avait pris la pelle cabossée d’un agriculteur improvisé, qu’elle comptait à son tour réparer. Et tandis qu’elle tournait les talons pour s’en retourner dans l’atelier, il lui sembla apercevoir, entre les flocons de neige virevoltants, une silhouette familière et terriblement nonchalante. En plissant les yeux, elle crut reconnaître Aaron. Voilà quelques temps qu’elle ne l’avait pas croisé. Et depuis qu’il lui avait parlé, il faut dire que l’Effacée... s’effaçait moins. Un peu plus ouverte, peut-être. Si ce n’était la situation du Givre qui l’obligeait à sortir de sa bulle.

Elle ne mit pas longtemps à hésiter. Lorsqu’elle entra dans le champ de vision d’Aaron, elle leva la main en guise de salutation et lui adressa un sourire amical. Un peu sincère, un peu malicieux, aussi. Il faut dire qu’Aaron éveillait en elle une certaine prudence. Et pourtant, c’était elle qui ouvertement, s’était décidée à le saluer. Pelle à la main. Une étrange scène, à quelque part.

- Encore en train de s’ennuyer ? Demanda-t-elle, histoire d’engager la conversation. Avec un naturel qui serait surement déconcertant dans une autre situation.







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Aaron Dirtyhands
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MessageSujet: Re: Essence   Lun 13 Aoû 2018 - 10:57

Sous l’assaut du froid, le monde se figeait. Drapé de blanc et blizzard, le paysage se cristallisait dans une impression d’éternel, de mort lente et d’agonie silencieuse ; c’était presque un beau tableau, de constater une détresse aussi délicieuse. Le temps semblait s’arrêter, les tics et les tacs givrés, et pourtant les jours ne cessaient de filer. Les heures s’écoulaient, les minutes s’écrasaient dans le fond du sablier, et lui, il ne cessait de s’ennuyer. Les jours étaient éblouissants, les nuits longues et angoissantes, et Aaron comptait l’écoulement des journées au nombre de cigarettes qu’il faisait chuter dans la neige. 
Il travaillait pour combler l’ennui, s’ennuyait quand il travaillait, et ne semblait jamais réellement trouver le moindre intérêt dans ce qu’il faisait. Parfois, il lui arrivait de s’intriguer face au trésor d’un matelot, porté à son annulaire ou autour de son cou, qu’il ne tardait alors pas à ramasser d’une main d’expert. Il regardait ses nouvelles merveilles quelques instants, détaillant la moindre trace de poussière, de rouille ou d’usure, avant de les fourrer dans ses poches sans un dernier coup d’oeil amoureux. 

Voler ne le lassait jamais, c’était la facilité qui le fatiguait : les gens ne faisaient plus attention à rien. Cette manie de se détacher des choses futiles était compréhensible, en temps de guerre et de danger, mais Aaron avait eu l’étrange naïveté de songer que ce serait justement à ces morceaux de souvenirs que ses camarades s’attacheraient avec plus d’attention. Peut-être pouvait-il trouver dans cette réflexion une marque du passage de la belle birmane dans son esprit, qui lui avait parlé de sentimentalisme et d’affection pour les objets précieux au coeur ; peut-être avait-il fini par assimiler ces belles paroles à ses propres opinions. 
Comme une éponge, il absorbait les pensées sensibles de ceux qui pouvaient encore se targuer d’en posséder, pour compléter son déguisement. 
Celui d’un humain bien pensant. 

Il serait alors mentir que de dire que cette rencontre avec la chanteuse l’avait laissé totalement indifférent : malgré lui, le pirate se surprenait parfois à penser à Tayysan. Au détour d’une mélodie résonnant dans le fond de sa mémoire, de l’éclat d’un peu de glace rappelant la beauté de son épingle, ou simplement lorsqu’il essayait de comprendre ce qui l’avait submergé lorsqu’elle s’était mise à chanter ; il ne considérait pas la jeune fille comme un simple fantôme ayant hanté un moment de sa journée. 
Elle était un peu plus que ça. 
Et il n’aimait pas ça. 

Après avoir passé d’autres heures à préparer les prochains repas, ses mains fatiguées de tenir des couteaux et autres ustensiles de cuisine, Aaron s’était alors autorisé une pause bien méritée. S’armant de son écharpe et de ses manteaux, il se dirigea vers l’extérieur, creusant la neige de ses chaussures usées. Fourrant les mains dans ses poches, il ne tarda pas en en sortir une boîte d’allumettes, ainsi qu’un paquet de cigarettes. 

A la buée s’échappant d’entre ses lèvres à chaque souffle, ce fut bientôt une épaisse fumée grisâtre qui vînt l’accompagner dans son envolée. Il ferma les yeux, s’apaisant contre sa dose de toxine, se réconfortant dans son malêtre. 
Il aurait pu sourire, si seulement une présence ne s’était pas fait remarquer à ses côtés pour l’en empêcher. 

Elle était là ; la chanteuse, la birmane, l’intruse dans ses pensées vides. Tournant ses yeux ambrés vers son visage de porcelaine, Dirtyhands ne put s’empêcher d’être surpris face à sa venue. Après avoir dérobé son épingle et l’avoir forcée à chanter, jamais il n’aurait pu imaginer que la jeune fille viendrait le rencontrer d’elle-même. 
Il hocha la tête dans un signe de salutation discret. 

« Peut-être plus pour longtemps, répondit-il alors à sa question. »

Si elle restait à ses côtés, entendait-il. 

« J’avoue être légèrement surpris de vous voir me saluer. »

Après tout, il l’avait suffisamment tourmentée. 
Peut-être avait-elle aimé, être condamnée aux tours d’un démon comme lui. 
Peut-être voudrait-elle être damnée à l’approcher, jour et nuit. 

« Que fait donc la chanteuse, aujourd’hui ? »

A part se perdre dans les griffes d’un maudit.
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MessageSujet: Re: Essence   Mer 15 Aoû 2018 - 20:27

Elle se tenait à quelques pas de lui, droite, et pourtant détendue. Du moins, elle n’était pas aussi anxieuse que lors de leur première rencontre. Tayysan se sentait plus à l’aise, plus naturelle, et cela se ressentait dans l’entièreté de sa personne. Elle ne répondit pas de suite à Aaron, se contentant d’observer ses réactions. Pour l’instant, la birmane ne s’inquiétait pas des retombées de sa curiosité un peu trop poussée.

- Au moins vous m’ennuyez moi, au lieu d’aller importuner un pauvre Pirate qui n’a rien demandé, plaisanta-t-elle en plantant sa pelle dans la neige.

Autour d’eux, la neige virevoltait sous les bourrasques d’un vent glacé. Malgré ses épais vêtements, la birmane frissonnait à chaque nouvelle rafale. Il lui semblait que le temps s’était aggravé, ces derniers temps. Depuis l’intérieur de l’atelier, elle ne l’avait pas ressenti. Il faut dire qu’elle faisait également exprès de ne pas y prêter attention.  

- Que fait donc la chanteuse, aujourd’hui ?

Cette dénomination lui fit un drôle d’effet, bien qu’elle n’en montra rien.

- Elle bricole. Ponctuant le geste à la parole, elle extirpa la pelle de la neige et lui montra le manche cabossé, usé par le labeur et gonflé par les variations de températures entre l’intérieur et l’extérieur du Ranch. J’ai fini mon travail aux champs et j’ai entendu dire qu’ils manquaient de main d’œuvre dans les ateliers.

Tayysan ne donna pas plus de détails. Influencée par une certaine forme de malice ou par simple envie - elle aussi - de se distraire, elle attendait de voir la réaction d’Aaron. De voir s’il était capable de s’extirper de ce flegme envahisseur et d’être réellement curieux, intéressé, par quelque chose que la birmane estimait profondément ; le travail manuel.

Ceci fait, elle fit un geste calme en direction des ateliers du Ranch, qui n’étaient plus que de vagues silhouettes effacées par un vent blanchi de neige. Elle semblait l'inviter à lui emboîter le pas, avant même de formuler sa requête.

- Je n’ai pas fini mon travail, d’ailleurs. Mais vous pourriez me tenir compagnie, le temps que je termine.

L'invitation était empreinte d’une charmante sincérité. Pourtant, elle se doutait que ce n’était sûrement pas intéressant de regarder quelqu’un tapoter un morceau de bois et de métal.







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MessageSujet: Re: Essence   Jeu 16 Aoû 2018 - 18:36

 La jeune femme paraissait changée. Si lors de leur première rencontre elle avait gardé une distance palpable entre elle et le voleur, cette dernière semblait désormais effacée, ou au moins diminuée. Elle se tenait à quelques pas de lui, là où précédemment elle se forçait à reculer face à lui. Ses sourires étaient malicieux, contrastant avec la neutralité de sa bouche close, à peine pincée dans une expression agacée ; elle était différente. Ouverte, presque chaleureuse, curieuse face au monstre d’impassibilité qu’était Dirtyhands. Car s’il avait été un instant surpris de sa venue dans son monde, et de son retour dans son quotidien, son visage lissé de nonchalance n’en montrait rien. Ses yeux ambrés étaient éteints, témoignant à peine d’une fatigue discrète, tandis que ses lèvres ne se tordaient plus sur la moindre esquisse. 
Il ne comprenait pas ; et Aaron détestait ne pas comprendre. Parce qu’il aimait le contrôle, il aimait être le maître de toute chose : il était soldat, mais commandant de guerre dans sa propre bataille contre le monde extérieur. 

Le soudain changement de comportement de Tayysan à son égard, Dirtyhands ne l’avait pas prévu. Pire, il ne s’était même pas imaginé l’éventualité d’une prochaine rencontre : même s’il en avait soufflé l’idée lors de leur séparation, il n’avait jamais songé à la possibilité qu’elle fût réalisée. 
Elle bousculait déjà son quotidien trop rangé. 
Danger. 

Face à sa réponse, Aaron se contenta de doucement relever le menton dans un signe d’intérêt. Elle bricolait ? La birmane était-elle donc douée de ses mains ? Voilà une image bien amusante ; il l’imaginait trop délicate pour cela. Mais après tout, son passé de garçonne avait du la pousser à être bien travailleuse. 
Une ancienne artisane, peut-être. 

Néanmoins, lorsqu’elle lui proposa de lui tenir compagnie, ce ne fut pas de l’amusement, ni une once de taquinerie qui anima le voleur, mais plutôt de la méfiance : personne ne quémandait à se tenir à ses côtés. Personne n’appréciait ses mots, jusqu’à son souffle chaud et le bruit de ses pas feutrés. Il dérangeait, mettait mal à l’aise, et surtout, n’était pas du genre à se lier d’amitié. 

Il parut plus sévère, d’un coup. Légèrement plus sur la défensive. 
Il s’approcha pourtant, d’un pas silencieux. 

« Vous me demandez de vous accompagner ? C’est bien étrange. »

Sa langue passa entre ses lèvres, les humectant rapidement. La seconde suivante, il tirait sur sa cigarette, recrachant un épais écran de fumée devant lui, venant effleurer le visage de la belle chanteuse. 

« Serait-ce un piège ? Chercheriez-vous à m’attirer dans un coin sombre, pour me faire regretter d’avoir volé votre épingle ? »

Il avalait la distance les séparant. Mais cette fois-ci, il constata que la jeune fille ne reculait pas. 
N’avait-elle déjà plus peur de lui ?
Grave erreur de débutant. 

« Vous aviez promis de me poignarder, après tout. »

Et à l’entendre le lui rappeler, cela semblait presque encore l’amuser.
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MessageSujet: Re: Essence   Jeu 16 Aoû 2018 - 19:16

Si méfiant et si distant. Il était là, à deux doigt de dominer Tayysan de toute sa hauteur, à supposer qu’elle cherchait à le piéger. Tayysan aurait pu rire, non pas par moquerie, mais par surprise. Elle devait bien l’avouer, se venger de l’affront qu’il lui avait fait subir était bien la dernière chose à laquelle elle pensait. La birmane redressa alors sa pelle, histoire de marquer une certaine distance de sécurité entre elle et le Pirate. A croire qu’il venait subitement de lui rappeler que les apparences étaient toujours et éternellement trompeuses.

- Je ne comptais pas vous attirer dans un coin sombre pour vous tabasser avec ma pelle.

Sourire, très léger. Elle n’avait pas tant que ça l’âme d’une vengeresse.

- Se venger serait ridicule, vous ne me menacez pas pour l’instant. N’est-ce pas ?

Pour l’instant, oui.
Ceci fait, elle ramena sa pelle contre elle, passant une main sur son manteau couvert de neige.

- L’atelier est un lieu trop fréquenté pour un meurtre discret.

Elle semblait chercher à le « rassurer », d’une certaine façon. A vrai dire, elle ne parlait pas à grand monde depuis qu’elle vivait au Port. Sans doute cherchait-elle à pallier ce « problème ». Le comportement d’Aaron l’intriguait comme il pouvait lui faire peur. Mais au fond, elle le testait un peu. Niaise qu’elle pouvait être, elle cherchait le bon fond du cuistot. En se disant qu’elle ne le croisera sûrement plus, dès que le Givre sera fini.

Son optimisme la surprit l’espace d’un instant. Mais elle avait vécu la Nuit et ses morts-vivants, la Canicule et le mystique Sanctuaire des Esprits, ainsi que la Pluie. Peter Pan s’était toujours relevé et elle espérait que tout ça finirait par se régler tôt ou tard. Elle pourrait retourner à sa vie à la fumerie. Elle pourrait évoluer, continuer à s’habituer à cette nouvelle vie, à chercher une certaine forme d’assurance, à se faire plus adulte qu’elle n’osait se l’avouer. En attendant, Aaron faisait partie de ses premiers interlocuteurs, et les nuances de son caractère lui rappelaient peut-être certains de « ses » anciens Artisans. Cet attrait de son âme de cheffe d’antan, elle l’a - à ses dépends, gardée ; celle de chercher à comprendre les autres, à se montrer curieuse. Cela ne correspondait sans doute plus à la vie d’un Pirate, mais il lui était difficile d’abandonner des habitudes vieilles de plusieurs décennies.

- Et puis, je vous invite simplement à discuter un peu avec moi. Sans aucune arrière-pensée, entendait-elle. Mais si ça vous ennuie trop de parler, vous n’avez qu’à me regarder travailler.

Ce n’est pas particulièrement transcendant d’observer la réparation d’une pelle. Ça, elle le savait. Pourtant, son regard l’invitait toujours à emboîter le pas vers le secteur des ateliers.

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MessageSujet: Re: Essence   Jeu 16 Aoû 2018 - 21:09

Politesse, puis méfiance ; serait-ce trop étrange et vaniteux de dire qu’Aaron aimait demeurer un total mystère ? Lunatique, changeant et imprévisible, le pirate adorait se donner cette impression d’irrésistible. De force de la nature, impétueuse et mortelle, tapie dans le silence d’une brise discrète ou le vacarme d’un ouragan dévastateur ; il était ce terrible élément déclencheur qu’on ne pouvait apprivoiser. Il souriait pour mieux montrer sa colère, baissait les yeux dans un moment de calme. Ses mots ne s’accordaient jamais à son coeur, et son coeur ne s’accrochait jamais à rien. 
Elle aurait dû s’en souvenir, la birmane ; Aaron n’était jamais ce qu’il paraissait être. Lorsqu’il se montrait charmeur, presque amical, une part de lui s’était simplement assoupie : celle qui réclamait l’impact. Le serpent lové dans de beaux draps de soie, qui attendaient simplement de bondir pour mieux mordre une victime apaisée. 

Essayez simplement de le cerner. 
Lorsque vous vous direz que vous le connaissez, ce sera déjà votre perte. 
Parce qu’Aaron, au fond, ne se comprenait pas lui-même. 

Elle niait alors ses dires, lui promettait qu’elle ne comptait pas se venger ; même si sa voix était sincère, il se permettait secrètement de douter. Il ne relâchait pas ses défenses, jamais, et même si au fond il commençait à la croire sur ses intentions innocentes, un coin de son esprit se teintait toujours de méfiance. 

Il hocha simplement la tête. N’avait pas reculé d’un centimètre. 

« C’est dommage, dit-il avec un regret feint. Au fond, peut-être avais-je espéré vous voir me coincer. »

Il reprenait le dessus. Laissait croire que ça l’amuserait - au fond, c’était la vérité. 
Mais pourquoi ? Pour la provoquer ? Pour mieux riposter ? Pour être proche d’elle dans un coin d’obscurité ? 
Peut-être juste pour ressentir quelque chose, pour une fois. Douleur, colère ; quelque chose de vrai, qui ne serait pas étouffé par sa lassitude légendaire. 

Quelque chose de brut.
A l’en faire tomber par terre. 

Mais Tayysan, elle se donnait des airs d’invitation. 
Pire, elle poussait à la tentation. 

Ses yeux suivirent la direction décrite par ceux de la jeune fille, et à nouveau, il opina doucement du chef : pourquoi pas. Pour voir si elle disait vrai, si elle allait finalement se jeter sur lui, ou simplement pour combler l’ennui. Il n’avait rien à perdre - il n’avait jamais rien à perdre.

« Je vous suis, répondit-il finalement. Mais si vous m’avez menti, sachez que je saurai riposter. »

Ultime provocation, il prononçait ces mots sur un air presque joueur. 
Juste pour voir si elle allait céder, finalement, à l’esprit vengeur. 

« C’est tout de même une première pour moi, avoua-t-il. Normalement, lorsqu’une femme me demande de la suivre à l’écart des autres, c’est soit pour me frapper, soit m’embrasser. »

Il haussa doucement les épaules. 

« Dommage qu’il y ait trop de gens dans l’atelier. »

Comme s’il le regrettait vraiment. 
Ou peut-être un peu, finalement.


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MessageSujet: Re: Essence   Dim 19 Aoû 2018 - 16:03

Il opina, et Tayysan commença doucement à se mouvoir en direction des ateliers. Elle sourit, sans plus, en l’entendant la menacer de représailles si elle se montrait menaçante. Il faut dire que ça ne lui avait pas encore traversé l’esprit. Du moins pour le moment.

Elle marchait, calmement, et ce même si les paroles d’Aaron auraient fait tiquer n’importe qui. Le voilà charmeur, désormais. Quelque chose qui pouvait s’avérer piégeux. Pourtant, la birmane l’écoutait sans un mot. Peut-être parce qu’elle avait grandi trop vite sans maitriser les subtilités des adultes, peut-être parce qu’elle avait été enfant trop longtemps, Tayysan se montrait trop détachée pour ce genre d’avances. Elle les décelait, sans les comprendre et sans jamais réagir. Ce n’est pas l’Amour et ses curiosités qui l’avait fait grandir, mais la Peur. Une Peur qu’elle n’avait jamais connu auparavant. Et dont elle ne parvenait toujours pas à saisir l’origine profonde.

Ainsi, elle se contenta d’un vague sourire à l’adresse d’Aaron, sans plus. Son expression sembla cependant plus amusée, lorsque Aaron lui affirma que c’était une première, pour lui. Elle ne se doutait pas qu’Aaron pouvait être à ce point un bourreau des cœurs - consciemment ou non. Les Pirates étaient décidément à l’opposée des Perdus dont elle avait tant pris l’habitude. Tayysan se dit rapidement que c’était normal, en soit ; il s’agissait d’adultes, plus ou moins vicieux.

- Je n’ai aucune arrière-pensée de ce genre, crut-elle bon de préciser, d’une voix étrangement douce.

Elle marchait tranquillement jusqu’à l’atelier, sa pelle serrée contre elle. Et malheureusement pour Aaron, deux hommes et ce qui lui semblait être une femme se trouvait au fond de l’atelier. Machinalement, la birmane se dirigea vers « sa » planche faisant office de table. Sur celle-ci se trouvait encore les chutes de bois qu’elle avait collecté, ainsi que quelques outils glanés çà et là. Elle posa la pelle sur la table et l’étudia d’un bref regard. Vu l’état du bois, il serait bien plus judicieux de détacher la partie en métal et de l’associer à un manche en bois neuf et solide. C’est ce que l’asiatique s’employa à faire, en commençant à détacher le métal du bois. Elle tira un peu, donna un coup de marteau, tentant d’amoindrir le volume du bois. Puis recommença ses gestes, mécaniquement.

- A vrai dire, je ne pensais pas non plus vous croiser de sitôt. Pas à cette heure-ci du moins. Elle ne savait même pas quelle heure il était. L’après-midi, probablement. Vous n’êtes pas débordé par votre travail, en ce moment ?

Elle parlait sans regarder Aaron, trop concentrée sur son affaire.
Étonnement, ce ne fut qu’à cet instant qu’elle se rendit compte qu’elle vouvoyait le Pirate depuis le début. C’était un truc d’adulte, ça. Pure politesse, pure habitude, pur mécanisme de la Pirate qu’elle tentait d’être ?

- Je trouve ça un peu pompeux de vous vouvoyer.

L’impact du marteau contre le bois suivit la fin de sa phrase. C’était une constatation à voix basse qui sonnait étrange, puisqu’elle ne lui demandait pas ouvertement si elle pouvait passer au tutoiement. Sans doute pour le laisser décider.

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MessageSujet: Re: Essence   Mer 22 Aoû 2018 - 20:37

Quelle belle imagerie, que d’imaginer l’angélique birmane entraîner dans son antre le démon endormi ; de le prendre par la main pour l'amener dans son sanctuaire de rêveries. Elle répondait avec innocence à ses douces paroles perverties, un sourire sur le coin de ses lèvres à peine gercées. Un instant, Aaron eut l’audace de se demander si la belle était même capable de comprendre le sens de ses mots tortueux, lorsqu’il évoqua ces filles qui aimaient l’embrasser dans l’ombre, comme une secrète confidence. 
Dirtyhands n’était ni spécialement bourreaux des coeurs, mais bourreau tout court. Ni romantique, ni très enclin à s’abandonner aux étreintes passionnées de quelques jeunes femmes, il savait néanmoins apprécier la satisfaction égoïste qu’il retirait de ces discussions charmeuses : comme un pouvoir. 
Après tout, Aaron était un voleur. Il dérobait les trésors, les secrets, le temps et la patience de ses pairs ; pourquoi pas leurs baisers aussi.

C’était un challenge supplémentaire, un énième moyen de combler son ennui maladif. Plutôt que de fumer, flâner ou détruire, il s’entraînait à séduire. 
Et il était cruellement doué. 
Comme un serpent aux paroles sifflantes, ses mots résonnaient comme de tendres mélodies aux oreilles des désireuses. Flirt passager, jeu dangereux ; il aimait parler comme un faux amoureux. Il se souvenait de ses échanges pleins de sous-entendus avec son « amie » la sirène, au regard envoûtant et enjôleur. 
Tayysan y était-elle totalement hermétique ? Malgré sa nouvelle apparence, son maquillage et ses bijoux de femme, avait-elle gardé son innocence de petite fille ? 

Il ne demanda pas : il préférait découvrir. Tandis que ses yeux se perdaient sur les mains de la chanteuse à l’oeuvre, le pirate s’intéressa alors à sa technique. Ingénieuse et bricoleuse, la belle ne prêtait qu’une maigre attention à son voisin, légèrement penché vers le plan de travail. 

« En fait, c’est plutôt le contraire, souffla-t-il. Plus il y a de morts, moins il y a de bouches à nourrir, moins mon travail de cuisinier est chargé. »

Il parlait toujours avec cynisme, faisait passer l’épidémie comme une chose bénéfique pour lui. Elle comprendrait peut-être, et sinon, tant pis. 
Il releva doucement la tête, à la suite de ses mots : en effet, ils se vouvoyaient depuis le début. Cela ne l’avait pas offusqué : sur le Jolly Roger, il avait pris l’habitude de s’adresser ainsi à la plupart de ses camarades. 
Pour elle, néanmoins, c’était légèrement différent : ils s’étaient tenus en rivaux, avant de finir par « s’entendre ». Ils s’étaient distancés par la taille de leur discorde. Cet élan de respect montrait l’indifférence, le refus de s’allier. 
Elle faisait tomber cette barrière, alors ? Cela ne manqua pas de l’amuser. 

« Je suis d’accord, déclara-t-il. Tutoyons-nous, dans ce cas ? »

 Son visage demeurait lisse, mais ses yeux semblaient sourire à la place de sa bouche avec malice. 
Oserez-elle s’affranchir d’autres conventions, plus tard ? Combien de centimètres de cette distance insoutenable en viendrait-elle à grignoter ? 
Jusqu’à peut-être le dévorer, lui ? 

Et Aaron. 
Est-ce que tu te laisseras approcher ? 

« Alors comme ça, vous… pardon, tu es du genre manuelle ? Réparer, façonner, créer… finalement, cela nous fait un point commun ; nous sommes doués de nos mains. »

Sauf que lui, les utilisait pour frapper, voler ; parfois tenir contre lui. 
Ce n’était jamais un cadeau. 

« Un passé d’artisan parmi les perdus, je présume ? » 
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MessageSujet: Re: Essence   Jeu 23 Aoû 2018 - 23:17

Le cynisme d’Aaron manqua de faire sourire Tayysan, mais elle n’en fit rien - et ce même s’il avait raison, à quelque part. Elle préférait ne pas lui donner ce plaisir. Savoir qu’il était à côté d’elle, sans qu’elle ne garde pourtant un œil sur lui la rendait... méfiante. Quelque chose qui, sans doute, plaisait passablement au cuistot. Elle connaissait ce risque, mais elle le prenait quand même. Ah, que sa curiosité pouvait être terrible.

- Je suis d’accord. Tutoyons-nous, dans ce cas ?

Mettant cela de côté, elle releva la tête de son travail et lui adressa un nouveau sourire.

- Avec plaisir, Aaron.

Elle s’attarda quelques instants sur son regard, habité par une étrange lueur. Elle ne l’interpréta pas, préférant s’en retourner à son travail. L’atmosphère était étrange, mais pas si déplaisante, au demeurant. Elle l’écouta parler, tandis qu’elle continuait de marteler le bout de bois pour tenter d’y extirper tant bien que mal le morceau de métal qui constituait la principale fonction d’une pelle.

Si Tayysan était attentive, elle mit cependant du temps à répondre. Il avait visé juste, le bougre. Bien que ce n’était pas particulièrement difficile à deviner.

- Bien deviné. Un nouveau coup de marteau lui permit enfin d’arracher le morceau de métal du manche en bois qu’elle remarqua vermoulu. J’étais chef pendant une longue période.

Travailler lui permettait de dissimuler l’étrange malaise qui la gagnait. C’était la première fois qu’elle parlait de ça depuis sa... nouvelle vie. A Aaron, qui plus est. Peut-être pas le bon choix, même si Tayysan se méfiait vaguement de lui sans pour autant le craindre. Le « point commun » qu’elle avait avec ce dernier la fit sourire, légèrement. Il avait raison, d’une certaine manière. Et tandis qu’elle attrapait d’une main un branchage qu’elle s’apprêtait à tailler, elle lui répondit.

- Vous... tu voles, je répare. C’est un peu romancé, comme image.

La birmane remarqua tardivement qu’elle n’avait pas de couteau sous la main. Celui qui se trouvait sur son « établi » avait probablement été emprunté par quelqu’un. Elle se résigna à attraper une fabrication d’un autre artisan de l’atelier qui se trouvait à proximité ; un verre étiré, tranchant comme un rasoir, fixé sur un bois sombre et dur. Et tandis qu’elle taillait une longue branche, dans un geste mécanique et pourtant maîtrisé, elle parla sans vraiment réfléchir, se disant que ça n’intéressait pas plus que ça son interlocuteur aux allures de serpent. Mais Aaron la lançait sur ce sujet, après tout.

- J’ai toujours aimé façonner et créer. Dans ma vie d’Avant aussi. Ça me vient sûrement de là. Elle n’avait jamais oublié ce sentiment, et c’était le seul qu’il lui restait avec la peur des militaires, qui n’étaient plus que de sombres contours viciés se mêlant à ses craintes les plus enfouies. Beaucoup de personnes ont une passion qui leur apporte un certain réconfort. C’est quelque chose d’ancré en eux, qui constitue en partie l’essence même de ce qu’ils sont.

C’est ce qu’elle pensait, du moins. Sans un mot, elle appliquait également cette théorie sur Aaron ; voler était un passe-temps certes... ennuyeux pour certains, mais un passe-temps quand même. Une partie de l’essence du cuistot.

- Chez certains, cette passion se transforme en obsession. Pourtant, elle les rend plus vivant. Implicitement, elle signalait qu’elle faisait partie de cette dernière catégorie. Elle tailladait vigoureusement son bout de branche, pensive. J’ai arrêté de construire quand je suis devenue Pirate. J’ai recommencé depuis peu, quelques temps avant l’apparition du Givre.

Elle tourna la tête vers lui et s’arrêta, montrant vaguement le futur manche de la pelle qui prenait une forme parlante.

- J’aime beaucoup tailler et sculpter le bois, souffla-t-elle, presque sur le ton de la confidence. C’est un matériau qui s’adapte à notre imagination.

En témoignait les petites sculptures en bois qu’elle avait pu façonner pour Moriko. Alors qu’elle continuait de tailler le bois, de manière bien plus minutieuse, elle glissa son regard vers Aaron, qui se tenait toujours à proximité. Elle se rendait compte qu’elle parlait sûrement trop, mais tant pis.

- Je suppose que tu voles parce que tu apprécies les objets de valeurs. Quelles valeurs, là était la question. Un collectionneur dans l’âme, peut-être ?

A ton tour, de parler un peu de toi.







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MessageSujet: Re: Essence   Mer 29 Aoû 2018 - 16:32

La passion, voilà un autre concept que l’esprit cartésien de Dirtyhands manquait à parfaitement comprendre. Donner son temps et son énergie pour une activité particulière afin de s’offrir un sentiment de satisfaction, ça, le pirate parvenait à l’imaginer ; lui-même s’abandonnait à quelques méfaits pour ressentir un peu de fierté. Voler, mentir, jouer et déjouer étaient ses passe-temps privilégiés, ses petits coups du destin à lui. 
Mais aimait-il le faire pour autant ? Il n’en était pas certain : il le faisait par défaut. Comme si c’était ancré en lui, dans son ADN. Un besoin irrépressible, comme une soif à étancher, une faim à assouvir. Une urgence à appréhender : c’était addictif, enivrant, terriblement troublant. 
Il n’avait jamais cherché à réfléchir plus loin que les signes que son corps émettait : les mains tremblantes d’envie, le coeur bondissant dans sa poitrine, la langue fourchant sur un énième mensonge. 
C’était naturel, chez lui. Une nature, pas une passion. 
Un simple air de démon. 

« La valeur des objets que je vole m’importe peu, répondit-il alors. L’important pour moi n’est pas de dérober quelque chose de précieux : c’est de dérober tout court. »


Un journal intime, une bague ornée de pierres précieuses, une dague ancienne ou une belle épingle coiffant les cheveux d’une birmane ; qu’importait le pesant d’or de ses trouvailles, du moment qu’il pouvait simplement les arracher des mains de leur propriétaire. 
Il aimait l’adrénaline, la propre démonstration de son talent : tout ce qui avait de la valeur pour lui, c’était l’étendue de son pouvoir. 

« Voir jusqu’où je peux aller, à quel point je peux être discret. Rendre les gens fous de voir leurs biens disparaître. »

Comme un fantôme joueur, un spectre farceur, il perturbait les vies d’inconnus sans jamais se faire surprendre. Il était cet élément perturbateur silencieux, à rendre fou, aux sourires énigmatiques et aux airs innocents flous. 

Ce n’était pas dans la nature d’Aaron de se confier. Il ne parlait jamais de lui, ou de ses motivations. Mais face aux explications de Tayysan, le voilà commençant sa propre introspection, clamée sur un ton calme et pourtant rauque, comme sorti d’outre-tombe. 
Il observait ses mains avec attention, les tournant et les retournant sous ses yeux, comme pour mieux les comprendre. 

« Je vole parce que je suis doué pour le faire. »

Et il n’avait jamais su pourquoi. A son arrivée sur l’île, il avait su dérober, subtiliser, faire disparaître le moindre objet à sa portée : dans les poches de ses camarades, en haut des arbres ou au fond des armoires, tous les trésors finissaient finalement dans sa paume. 
Il était un magicien à sa manière, mais n’avait jamais eu à s’entraîner. Il s’était alors souvent demandé s’il n’avait pas appris dans l’Ordinaire. 
C’était l’explication la plus plausible. 

Comme pour illustrer ses mots, Aaron déposa finalement l’une de ses mains contre le plan de travail de la jeune fille : lorsqu’il retira cette dernière, plusieurs clous et autres écrous glissèrent contre le bois. 
Quand est-ce qu’il avait volé tout ça ? 

« On ne demande pas à un lion pourquoi il chasse, à un serpent pourquoi il est venimeux, à un monstre pourquoi il dévore : ils le font parce que c’est leur nature. La mienne, c’est d’être un voleur. Je ne peux pas aller contre elle. »

Drogué à ses propres vices, il lui était impossible de garder ses mains lisses. 
Elles étaient baladeuses en permanence : il ne s’en rendait même pas compte, parfois, jusqu’à se demander le soir en se déshabillant d’où venaient les bibelots qu’il trouvait dans ses poches. 
Ses doigts agissaient-ils seuls, finalement ? 

« Et c’est assez pratique. Tout ce que j’ai à perdre ne m’appartient pas. »

Sauf peut-être son coeur. 
Mais ça, personne n’irait le lui prendre. Parce qu’encore faudrait-il reconnaître qu’il en possédait un. 

Finalement, le visage du pirate se tourna vers celui de la birmane, ses yeux ambrés s’ancrant dans les siens, bien plus sombres. 
Une esquisse mystérieuse plissa le coin de sa bouche ; entre la moquerie et la provocation. 
Il changeait de sujet facilement, rien que par ses silences. 

« Mais toi. Si tu devais te définir, choisirais-tu chanteuse ou bricoleuse ? »

La voix ou les mains ? L’art ou le but ? 
La délicatesse ou la force brute ? 

« Viendrais tu me bercer de ta douce voix, ou essayer de me réparer ? »
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MessageSujet: Re: Essence   Ven 31 Aoû 2018 - 16:03

Le bruit métallique des clous contre le bois attira le regard de Tayysan, qui fit la navette entre eux et Aaron. L’espace d’un instant, elle considérait ses tendances de pickpocket comme une forme de génie. Elle n’avait rien vu, rien entendu. Aussi bien pour son épingle que pour ses quelques clous. Mais ce n’était pas du génie pour les autres ; pour ceux qui étaient ses cibles. La birmane avait bien du mal à jauger s’il s’agissait, ou non, d’une passion pour Aaron.
Plutôt d’un toc, au final.

- Je vois. C’est un peu comme un toc.

Tandis qu’elle traduisait sa pensée en parole, articuler le mot « toc » lui rappela un artisan dont elle avait oublié le nom. Elle enchaîna rapidement, espérant ne pas trop y penser.

- Ça t’es peut-être resté parce que tu volais pour survivre dans l’autre monde.

Elle tourna le regard vers Aaron, qui fit de même. Elle le jaugea, comme si elle espérait savoir d’où il venait, de quelle époque il venait. Elle lui posait cette question sans réponse, silencieusement. Elle ne pouvait en avoir aucune idée. Ça faisait trop longtemps qu’elle était ici. Et lui encore plus.

- Mais toi. Si tu devais te définir, choisirais-tu chanteuse ou bricoleuse ? Viendrais tu me bercer de ta douce voix, ou essayer de me réparer ?
- Bricoleuse.

L’instantanéité de sa réponse ne la surprit guère. C’était logique. Elle ne pouvait pas être autre chose. Ou plutôt, elle n’avait pas envie d’être autre chose. Pour elle, chanter s’accordait au travail manuel. C’est ainsi qu’elle l’avait appris.
Une nouvelle fois, ses prunelles dévièrent d’Aaron et se plantèrent sur l’établi.

- Mais je ne sais pas réparer les tocs. Je ne sais pas réparer les gens. Elle saisit le morceau de métal, qu’elle fixa sur le manche qu’elle venait de tailler. Je sais juste offrir aux autres ma patience et mon écoute. Et puis, je n’ai pas le pouvoir de t’empêcher de voler. Tu l’as dis toi-même : ça fait partie de ta nature. Je vais faire avec en faisant attention à ce que j’ai dans les poches, conclut-elle sur un air d’espièglerie.

Clang. Elle venait de fixer le morceau de métal sur le manche en bois. Tayysan saisit l’outil et le frappa au sol plusieurs fois, s’assurant ainsi de sa solidité.

- Est-ce que tu te projettes dans l’avenir ?

La question était soudaine - un peu étrange, aussi. A quelque part, Tayysan la considérait comme logique. Si voler était sa nature-même, elle se demandait jusqu’où il irait avec sa « passion ». S’il avait même l’idée d’aller quelque part. Elle réfléchit à ce qu’on pouvait faire avec un talent pareil : vendre ses services, ou simplement survivre.

- Je n’ai pas envie de rester éternellement à la fumerie. J’aimerais travailler au Port à mon propre compte.

Et un jour, vivre de ses créations. Un jour, si l’Île survit au Givre mortel. Un jour, si elle-même survit jusque-là. Un jour, si elle en a le cran. Le cran, elle l’entretient avec une patience qui jamais ne semblera à bout de souffle.

Finalement, elle adressa un sourire à Aaron, désignant la pelle qu’elle posa sur le plan de travail. Elle avait fini, et elle n’avait pas été si longue que ça, au final. Du moins si elle ignorait les outils secondaires, abîmés, coincés derrière l’établi, qui lui restaient à terminer.







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MessageSujet: Re: Essence   Lun 3 Sep 2018 - 15:29

Elle avait répondu rapidement, sans l’ombre d’une once d’hésitation : elle préférait user de ses mains que de sa voix. Bricoleuse dans l’âme, chanteuse dans le coeur, elle privilégiait son talent manuel que le pouvoir de ses mots chantonnés. C’était compréhensible, et en même temps, Aaron s’était attendu à une autre réponse de la part de la birmane : peut-être avait-il fait l’erreur de trop aimer l’entendre chanter, jusqu’à imaginer qu’elle-même préférait cette part de son humanité. 
Il l’écouta néanmoins, feintant une pauvre déception lorsqu’elle lui fit comprendre qu’elle ne pourrait le réparer un jour ; en même temps, cela semblait impossible. 
Si on ne pouvait brûler un tas de cendres, bloquer une horloge arrêter, ou tout simplement briser quelque chose de déjà détruit, il paraissait tout autant insurmontable que de soigner un coeur déjà mort. 
Il était une cause perdue, Aaron. Un bout de bois abandonné aux flots déchirés d’une mer agitée. Le songe d’une nuit d’été déjà oublié. 
Il n’y avait rien chez lui à rattraper : il n’était que fumée. 

Alors, quand Tayysan lui demanda s’il songeait à l’avenir, Dirtyhands ne put s’empêcher de laisser un rire moqueur s’échapper d’entre ses lèvres ; il puait le cynisme. L’avenir, ici ? Il n’avait plus aucun sens. On songeait à l’avenir quand on pouvait encore avoir de l’espoir, ou simplement la capacité de grandir, mais regardez-les. Condamnés à la jeunesse, à l’insouciance, coincés sur une île dont ils ne distinguaient même pas les frontières. Il y avait-il de la place pour une réelle ambition, ici ? 
C’était paradoxal. Aaron était avide, avare et aimait le gain. Pourtant, jamais il n’irait rêver de sa vie, de la possibilité d’un futur : il n’osait pas. Parce qu’ici, même compter les secondes n’avait aucun sens, il ne voyait pas l’intérêt de se projeter. 


« Honnêtement, Tayysan. La seule vision que j’ai de mon avenir, c’est ma propre tombe. »

Ses mots étaient sincères, et en cela étaient terribles. Aaron se voyait mort plus rapidement qu’il ne s’imaginait satisfait, et encore moins heureux. Il aurait pu être attendri face aux espoirs de la jeune femme, face à cette belle naïveté qu’elle possédait encore. Mais à la place, il eut presque pitié d’elle. 
Juste quelques secondes, néanmoins : l’empathie, il ne connaissait pas trop, et alors encore moins plus d’une seconde. 

« Je n’imagine rien. L’avenir, ici, n’est qu’une chimère, une promesse qu’on fait aux enfants. On va peut-être tous crever à cause du Givre, de toute façon. Et qui sait, si on y survit, peut-être que Peter enflammera de nouveau toute l’Île. »

Son visage était fermé, sa voix cruellement calme. Il n’y avait rien pour trahir un semblant d’inquiétude, de rage ou de rancune face à sa situation ; il était parfaitement impassible. 
Totalement inhumain à sa manière. 

« Nous avons fait le choix de grandir, toi et moi. Nous sommes plus aptes à comprendre que rêver ne sert à rien, mais cela ne change rien à notre statut de prisonnier. Le seul avenir qu’on peut se réserver, c’est d’être condamné à survivre pour l’éternité. »

Dans cette jolie prison dorée, ils étaient tous affublés de la même peine. 
Aaron vivait dans l’instant présent, et c’était en partie pour cela qu’il paraissait constamment fatigué : il s’ennuyait en permanence, en l’attente de trouver quelque chose à faire, ou à détruire ; sauf lui, pour une fois.

« J’essaierai au moins de ne pas te voler tes rêves. »

Si ça pouvait la rassurer.
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MessageSujet: Re: Essence   Jeu 6 Sep 2018 - 13:43

Il était fataliste, si fataliste. Pourtant, Tayysan l’avait été - et l’était elle-même au fond d’elle. Mais si elle s’entêtait à garder ses rêves d’enfants, ses espoirs et ses objectifs, c’était dans l’unique but de garder un semblant d’envie de vivre. Elle cachait, du mieux qu’elle le pouvait, son fatalisme qui l’empêchait d’avancer.

- Survivre, répéta-t-elle tout bas. Ca a moins de saveur que vivre.

Elle glissa sa pelle sur le côté, jetant un coup d’œil à la houe, coincée derrière l’établi, qui attendait sagement d’être réparée.

- C’est pour ça que je me monte constamment des objectifs. Survivre en attendant sa mort, c’est ennuyeux.

Mais ça, il le savait déjà.
Tayysan estimait qu’elle ne pouvait pas réparer ses tendances à la kleptomanie. Pourtant, elle était assez empathique pour refuser qu’il se contente de survivre ; c’était quelque chose qu’elle n’appréciait pas, parce qu’elle trouvait ça bien trop triste. Fataliste. Perdue dans ses pensées, elle se tourna vers lui en croisant les bras.

- Tu as peut-être de vagues souvenirs de ta vie d’Avant. Moi, oui. J’ai gardé un désagréable ressenti, et j’ai suivi Peter Pan parce qu’il me promettait un monde meilleur. Malgré tout ce qu’on subit et malgré ce que j’ai pu penser, je suis bien mieux ici, avoua-t-elle. Je peux faire mes propres choix et prendre mes propres décisions. Ou du moins, j’en ai l’illusion. Je sais juste que je ne pouvais que rêver dans le Monde Ordinaire.

Elle se mit à jauger les vêtements et la posture d’Aaron. Comme si elle essayait de deviner d’où il venait, qui il était, Avant. Une cause perdue d’avance, pour celle qui vient d’une époque plus tardive et d’un pays qui fut et qui est encore, à ce jour, replié sur lui-même.

- Je me souviens de certains Perdus qui parvenaient à deviner l’origine d’autre. Et je n’y arrive pas du tout avec toi, sourit-elle. Je suis juste familière avec les accents d’une langue et des traits physiques proches des miens. Les yeux bridés, par exemple.

Tayysan marqua une pause, avant de reprendre.

- Je te dis tout ça parce qu’on a tous, ne serait-ce qu’un peu, la vague liberté de décider de ce qu’on peut faire. Maintenant, il y a le Givre. Si on y survit, tant mieux. Si on meurt tous, eh bien... Tant pis. Mais se contenter de survivre en attendant simplement sa mort... je considère ça comme du gâchis. On a tous le droit de songer à un avenir. Sinon, tu aurais déjà pu mettre fin à tes jours.

Une nouvelle fois, le regard de Tayysan lui posait une question silencieuse ; n’y-a-t-il vraiment rien qui te donne envie de véritablement vivre ?







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MessageSujet: Re: Essence   Mar 11 Sep 2018 - 23:20

Tayysan était dotée d’une belle naïveté. Elle voyait encore de l’espoir dans la simple idée de vivre, d’espérer ; d’aller plus loin que ce que sa simple existence lui offrait. Ne pas se contenter de survivre, mais apprécier pleinement chaque battement raté de son coeur amoché, chaque inspiration volée, chaque pas foulant ce sol souillé. Elle voulait Vivre, là où lui se contentait de S’ennuyer. 
Aaron était un funambule constamment en déséquilibre : il flirtait avec le vide comme il voulait chatouiller de ses doigts les hauteurs. Emmerder les cieux tout en narguant les profondeurs. Il vivait par procuration, habitude ; il était un ambitieux qui n’avait aucun rêve, aucun but - même pas celui d’en trouver un. L’appât du gain ? La quête de pouvoir ? Très peu pour lui : il aimait être invisible. 
Il aimait être oublié, pour ne pas avoir à se justifier de sa propre existence. Mais surtout, il se détachait du monde avec trop de facilité pour s’imaginer y rester trop longtemps ; il n’avait sa place nulle part. Dans sa tanière de silence et de solitude, il était son propre roi. Il s’évadait dans ses songes, ses confidences lugubres, se baladait dans les contrées obscures de son propre esprit, et cela lui suffisait. 

Néanmoins, lorsque la birmane lui adressa ces mots tout en essayant de le décrypter, le voleur ne put s’empêcher de froncer les sourcils ; qu’est-ce qu’elle essayait de faire ? De le changer ? De lui montrer en quelques phrases qu’il avait tort de s’ennuyer ? 
C’était peine perdue, il était buté. Et de toute manière, qu’est-ce qu’elle pouvait bien en avoir à faire, de ses états d’âme ? Il ne s’inquiétait pas des siens. Se pourrait-il qu’elle fut sincère ? 
Pour lui, c’était impensable. Mais il ne le lui fit pas savoir. 

Plutôt, il se mit à réfléchir. Il ne se souvenait quasiment de rien concernant sa vie dans l’Ordinaire : est-ce que sa condition était réellement meilleure ici ? Aussi étrange que cela puisse paraître, si Aaron ne gardait aucune image limpide de son passé à la surface de sa mémoire, il était quasiment certain qu’il n’avait pas fui un enfer. C’était instinctif, comme si ce sentiment était ancré en lui ; il était parti pour une autre raison. 
Laquelle, il n’en était pas sûr. 

Puis, finalement. Lorsqu’elle sous-entendit qu’il aurait pu disparaître depuis longtemps, le pirate ne put s’empêcher de laisser un léger rire lui échapper ; cynique et moqueur. 

Parce qu’il s’était déjà posé la question, en réalité. 
Pourquoi ne mettait-il pas fin à ses jours ?
Parce qu’il n’en avait pas envie.
Mais alors pourquoi ne vivait-il pas pleinement ?
Parce qu’il n’y arrivait pas.

C’était si triste, de se dire une telle chose ; être désabusé au point de ne traverser la vie sans en apprécier le voyage. Enfermé dans sa propre nature de désintéressé, lui qui était persuadé d’être condamné sur cette île trop féerique et despotique, peut-être était-ce lui sa propre prison.
Enfermé dans sa nature de démon.
Il était coincé entre sa trop grande ambition et son éternelle lassitude. 
Trop arrogant pour se supprimer, trop paresseux pour exister. 

« Tu es bien naïve, répondit-il en haussant une épaule. Je pensais qu’ici, ce trait de caractère n’existait plus. Tu l’as dit toi-même : la liberté n’est plus qu’une illusion, sur l’Île. Je ne parviens pas à m’en contenter. »

Il était trop conscient de son statut de prisonnier pour s’en satisfaire. 
Finalement, le cuistot se tourna à nouveau vers la bricoleuse, enfouissant les mains dans ses poches. Son visage était lisse, faisant presque oublier le souvenir d’un rictus amusé précédemment figé au coin de ses lèvres gercées. 

Il penchait à peine la tête sur le côté. 

« Dis-moi, Tayysan. Tu es certaine de ne pas essayer de me réparer, pas même un peu ? »

Il changeait de sujet : il était doué pour ça. Pour s’éviter de se confier, de se révéler. 
De peut-être lui dire qu’il l’enviait secrètement d’avoir envie de vivre. 

« Peut-être que si tu chantais une nouvelle fois pour moi, je considérerais de vivre plutôt que survivre. Cela me donnerait une raison de rester. »

Il la taquinait, évidemment ; jouait d’elle et de ses sentiments. 
Mais au fond, il ne pouvait nier qu’il avait envie de l’entendre, cette voix ; même s’il n’aimait toujours pas ce qu’elle avait réveillé en lui. 


Comme une profonde nostalgie. 
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MessageSujet: Re: Essence   Ven 14 Sep 2018 - 22:54

La réponse ne la satisfaisait pas. Bêtement, elle aurait presque aimé voir autre chose : ne serait-ce qu’une infime envie de vivre, quelque chose de motivant. Pourtant, Tayysan se contenta de hausser les épaules, tandis qu’elle se glissait derrière l’établi pour saisir une houe amochée. Mais elle se doutait naïve, trop rêveuse : en principe, ce n’était pas quelque chose qui aidait quand on était pirate. Il fallait se battre, donner le change. C’est ce qu’elle entendait, sans pour autant l’appliquer. C’était peut-être pour ça, en plus du reste, qu’elle se cachait habituellement des autres.

- Il faut parfois oublier certaines choses pour se sentir pleinement libre. Et elle parlait en connaissance de cause. C’est pour ça qu’on dit que les idiots sont les plus heureux.

Elle avait ajouté cette remarque dans une ombre de sourire. Tandis qu’elle ôtait le manche en bois de l’outil, elle ne remarqua pas qu’Aaron s’était appuyé sur l’établi.

- Dis-moi, Tayysan. Tu es certaine de ne pas essayer de me réparer, pas même un peu ?

Il avait changé de sujet. Prise de court, elle tourna la tête vers lui, sourcils froncés. C’est qu’il avait raison, le bougre : trop curieuse, trop têtue, elle essayait d’extirper un semblant d’humanité de ce masque d’impassibilité.

- Hm, peut-être. Déformation professionnelle, se contenta-t-elle de répondre avant de baisser la tête vers son ouvrage. Ou naïveté.

Dit-elle sans quitter son sourire.

Elle tira le bout de métal de la houe, pour le raccorder à un nouveau manche en bois. Pourtant, sous l’effet de la surprise, elle s’arrêta en entendant la proposition d’Aaron. Pas une seconde elle ne se serait douté qu’il lui ferait une telle requête. Mais ça l’amusait autant que ça la surprenait : c’était un bon compromis.

C’est sans doute pour cela qu’elle se laissa facilement convaincre.

- D’accord. Elle continua à travailler, machinalement. Se concentrer sur autre chose l’aidait à oublier la gêne qu’elle ressentait ; elle n’avait chanté qu’une unique fois devant lui. A sa demande. Tu aimerais que je chante quelque chose en particulier ? Je n’ai pas un répertoire très varié. Je chante ce que j’entends et ce que j’ai retenu du monde ordinaire. Dans ce genre-là...

Elle fredonna au hasard l’un des nombreux chants d’antan faisant écho dans son esprit. La rythmique était à la fois entrainante et douce, grâce à son timbre de voix. Tayysan ne chantait pas très fort, et seul Aaron pouvait l’entendre. Elle jeta d’ailleurs un regard vers ce dernier, tandis que sa voix glissait doucement vers les notes finales, avant de se perdre dans l’étrange silence, ponctué par l’impact d’un marteau contre le fer, qui régnait désormais dans l’atelier.







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