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Dusty
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MessageSujet: Crocs terribles   Lun 28 Mai 2018 - 0:17

Je l'aperçois près de la source.

Il ne bouge pas, ses pattes sont proches du bord. On dirait qu'il cherche son reflet. Je le vois patienter après quelque chose.
Les ondes font sûrement s'onduler son visage noirci, brouillant le rouge de ses yeux. Ce doit être une vision perturbante.
... Ils n'étaient pas aussi rouges, auparavant.

Longtemps, j'attends, cachée derrière un buisson. Un peu comme si c'était une scène indécente et qu'il fallait que je la voie pour pouvoir aller la raconter aux autres après.

Longtemps, j'attends, mes jambes amenées contre ma poitrine. Deux percées dans les feuillages me permettent de le voir. Je vois ses mains couvertes de suie, le filament carmin à l'ouverture de ses lèvres.

Il est blessé.

- Shhh.

Maintenant, je l'appelle. Je brise ma couverture. Son visage hirsute se tourne vers moi et tout de suite il se braque, je peux entendre ses os craquer comme quand l'arc de chasse se tend.

- Non... Tu me connais.

Il prend peur. C'est peut-être mes mots. Mais je ne bouge pas. Je ne fais rien. Avec le temps on finit par comprendre. Si je bouge, j'impose mon mouvement à l'animal sauvage, il ne désire pas ça. Ma voix est basse, je l'alourdis avec des pierres invisibles mais elle demeure assez claire pour être entendue.

L'animal sauvage me regarde avec deux yeux remplis d'effroi.

- Regarde-moi. Je suis là.

Il me regarde. Il sait que je suis là.
Peut-être qu'il le savait depuis le début.

Du silence passe. Je ne fais rien. Avec le temps on finit par comprendre.

- Est-ce que j'ai le droit de venir vers toi ?

Je vois ses sourcils se froncer tandis qu'il serre les poings, accroupi. Il émet un grognement sourd. Est-ce qu'il m'a parlée ? J'essaye de tendre l'oreille. Mais je suis trop loin.

- Si je fais un pas, tu ne me mordras pas ?

Mes pieds ont osé un pas. Je sens l'herbe ployer sous mon poids, pourtant je suis légère. Moi aussi, je m'abaisse, je me mets à la même hauteur que lui. Je ne veux pas qu'il ait à lever les yeux pour me regarder.

Lentement je dévore la distance qui me sépare de lui. J'aimerais lui dire que je ne lui veux aucun mal, faire un geste de tendresse, appeler son nom pour qu'il vienne vers moi. C'est si difficile, il ressemble à un oiseau qui va s'échapper au moindre bruit.

Plus il me voit m'approcher, plus je le sens aiguiser les crocs pour m'attraper dès que je serai à portée de main. Pourtant ça ne me fait pas peur, je me sens bien. Il fait beau. On entend que la verdure qui froisse sous nous.

Voilà. Je suis à un ridicule mètre de lui. Il n'a pas bougé, il n'a pas parlé. Mais il me regarde. Avec ses deux soleils rouges ! Un frisson me pique l'échine. On dirait qu'il me griffe sans même me toucher.

- Je suis surprise de te voir ici.

Mes lèvres tremblent, et puis je souris. J'aime sourire. Mais j'ai l'impression qu'il ne comprend pas très bien la bienveillance qui se cache derrière. Peut-être parce qu'elle est trop rare.

Je m'assieds.
Comme tout à l'heure derrière le buisson, j'attire mes cuisses contre moi et je les entoure de mes bras. Là comme ça, je ne peux pas faire de mal. Hein, tu le crois ça ? Je ne peux pas te faire mal. Je ne peux plus.

- Ils disent tous que tu n'aimes pas l'eau.

Mais moi, je sais.

- C'est pour ça qu'on t'appelle comme ça maintenant ?

La poussière.
La poussière gronde.

Ce garçon, il parle si peu. On pourrait le croire muet, mais je l'ai connu plus bavard. Désormais, à chaque fois qu'on le voit, qu'on le rencontre, on a peur qu'il insulte, qu'il frappe.
Qu'il crie de partir.

- Tu n'as pas besoin de parler. C'est ok.

J'ai envie de promener mes doigts dans sa chevelure. Elle ressemble au crin d'un cheval un peu vieux, un peu fatigué. Un qui a vécu longtemps.

- C'est beau, ici. Tu as l'air de te plaire.

Il ne répond pas.

- Tu saignes.

Oh... Il s'essuie le visage.

- C'est parce que tu t'es battu ?

Je sais que c'est ça. J'aimerais bien savoir avec qui.

- Moi je ne me bats jamais. J'ai trop peur d'être blessée.

C'est vrai, il y a un peu de ça.

Mais pour lui, ce n'est pas pareil. Il se bat parce que ça le fait vivre, ça lui donne le sentiment d'être là. Il n'a pas peur, il ne recule pas. Je l'ai déjà vu faire... Même s'il y a du rouge partout sur son visage, et pas seulement dans ses yeux, il reste debout.

Il s'est assis aussi, les doigts qui trifouillent dans l'herbe. Et puis ses cheveux qui le démangent. Est-ce qu'il est nerveux ?

- Tu voulais retirer le sang ?

La source a ce pouvoir. Mais il est si maladroit en présence de l'eau ! Je crains qu'il ne sache pas comment s'en servir. C'est peut-être pour ça qu'il a attendu si longtemps près d'elle, sans oser la palper du bout des doigts. Des griffes.

Parce que c'est ce qu'il a.

- Je m'entends bien avec l'eau. Je peux t'aider.

Sa tête remue avec une expression revêche. "NON" et c'est catégorique. Il est terrifié, il gesticule sur place, arrache la pelouse et se mord la peau des doigts.

- Même si je trempe un mouchoir et c'est tout ?

Il hausse un sourcil... Hihihi, il ressemble à un livre d'images ! On peut lire à travers lui, comme une fenêtre ouverte.

- Ce sera comme si je tapotais une plaie, ça piquera un peu.

Je déglutis.

- Mais toi tu es fort. Tu n'auras pas mal.

Je voulais m'approcher encore, détruire la dernière distance, lorsqu'il m'indique ses mains. Ses mains à lui.

Elles sont sales, très sales. Sous les ongles il y a des couches de noir, de gras, (de sang ?). Elles sont un peu usées, comme les phalanges qui commencent à montrer la chair.

Je déglutis encore.

- Pourquoi tu ne mets pas de pansement ? Il y en a au Grand Arbre, non ?

Son dos se redresse, sa nuque recule... Il hausse des épaules d'un air vague. Je vois un peu de nonchalance, mais peut-être ignore-t-il simplement.

- ... Si tu veux, j'en ai sur moi. Est-ce que tu m'autorises à fouiller ?

Je n'entends pas sa réponse et je prends ça pour un oui.
Mon cœur bat un peu vite, j'ai peur qu'il change soudainement d'avis. Qu'il montre des crocs terribles et que je saigne, moi aussi. Peut-être que je le mérite.

Autour de ma taille j'extrais une petite boite fabriquée avec des végétaux et tissée par des fils de nylon. On dirait une boite d'allumettes. Sauf que dedans, ce sont des sparadraps. Je dis aux autres qu'ils sont magiques pour qu'il y croient, et qu'ils guérissent plus vite.

Mais je ne sais pas si le sortilège peut fonctionner avec cet animal sauvage.

Je lui montre un pansement. Dessus il y a un motif de super-héro.

- Avec ça tu seras encore plus fort. Mais avant il faut nettoyer le sang.

Je cherche à éviter de prononcer le mot "EAU" car je sais qu'il résonne de façon vraiment violente à ses oreilles. On dirait qu'il n'a pas seulement peur de l'eau, mais qu'il craint aussi quelque chose qui y est lié. D'une manière ou d'une autre.

Moi, je sais.

Il ne se rebiffe pas. Son dos se voûte un peu, tassé, il m'écoute. Ses yeux... Ses yeux incarnats me targuent, prêts à appuyer sur la détente. J'ai l'impression de mourir à chaque fois qu'il me traverse avec ses deux feux follets. Est-ce qu'il veut me tuer ?

Ma main se pose dans l'herbe, près du bord. Je commence à apercevoir mon reflet. Il n'est pas très beau.

- D'abord... Il faut le mouchoir. Tu me laisses le tremper ? Je vais l'essorer au maximum, tu ne sentiras pas beaucoup.

Son silence s'apparente à l'autorisation, je m'exécute.

Le clapotis sous mon geste est un peu désagréable pour lui. Non, il n'aime vraiment pas, même un artifice humide.
Petite poussière...

- Je vais m'approcher de toi. Ne recule pas.

Est-ce qu'il me reconnait ?
Ses narines remuent doucement, elles doivent être en train d'imprimer mon odeur.

C'est vrai, il n'a pas pris de bain depuis longtemps. Je me sens un peu amère au moment de m'approcher de lui, il empeste les peaux mortes et la chair rance.

- Doucement.

Mais je veux faire ça avec une extrême délicatesse. Le mouchoir trempé entre mes doigts, précieusement, entre en contact avec sa peau couverte de charbon, de terre, de sale et de noir.

... Il a tremblé !
Juste sous mes yeux, il a tremblé.

(est-ce un sanglot)

Je ne recule pas. Je ne fléchis pas. Je le regarde, droit dans les yeux.

- C'est presque fini. Tu vois, ça ne fait pas mal.

Le mouchoir s'imbibe de couleurs pourries et nauséabondes. Sa peau parait resplendissante, maintenant. Je tapote près de ses lèvres, c'est un peu égratigné. Il a dû se prendre un coup de poing.

- Tu es courageux, comme les Chasseurs.

Un loup qui chasse... Il ressemble à Croc-Blanc, le loup des contes.

Il ne me regarde plus.
Il a l'air autre part. Son mutisme est intact.

- Et voilà...

Je me recule pour contempler.

- C'est mieux.

Ses mains, il faut que je m'occupe des mains. Je poursuis ma mission, il ne tremble plus. J'ai bien essoré le mouchoir, c'est sans doute pour ça.

- Quand tu rentreras, ils seront tous surpris. Parce que tu seras étincelant, oui ! Étincelant.

Je serai peut-être jalouse.

- Ils se demanderont comment tu as pu faire.

Je frotte, plus fort. La crasse disparaît, mais je ne cesse jamais de frotter.

- Et moi je serai fière de toi. Extrêmement fière.

Est-ce qu'il se débat ? Oui, il se débat. Il cherche à s'échapper.

- Ne bouge pas, je... C'est fini.

D'un coup de patte brusque il me refuse, il dit non. Et il se dégage, se hisse hors de là en s'accrochant à la terre qu'il arrache.

Je n'ai pas réussi à poser le pansement.

- Est-ce que je te fais peur ?

Il ne répond pas.

- Tu me connais.

Je lâche tout et je m'approche. Je m'approche de lui.

- Oui, je sais que tu te rappelles.

Il est si sauvage, si imprévisible. Il est né ainsi, affublé d'un instinct impossible.

- Dis-moi qui je suis.

Ses doigts retournent dans sa crinière blonde de cendre, tirent fort, grattent partout comme si c'était habité par des insectes électriques. Personne n'a jamais su dompter ces mèches affreuses qui partent dans tous les sens comme des éclairs fous. Moi je n'ai jamais su.

- Maman.







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MessageSujet: Re: Crocs terribles   Dim 26 Aoû 2018 - 12:52


Dusty Chiendent

Celui qui se transforme en bête se délivre de la souffrance d'être un Homme

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MessageSujet: Re: Crocs terribles   Lun 1 Oct 2018 - 21:36

Je les regarde avec les yeux de la colère
Sans savoir qui ils sont, je les regarde
Parfois, j'ai envie de les mordre
Les griffer, leur croquer dedans, arracher
Des bouts de chair
Frapper
Frapper
Frapper
Frapper frapper frapper

Ils me regardent avec les yeux de la peur
Parce qu'ils ne savent pas
Je crie
Je retrousse les babines
Dévoilant une rangée de dents
Crocs terribles
Crocs de chien énervé
Crocs de chien oublié

Il m'arrive de courir
Et de crier
Encore...
ENCORE !
Dévoilant une rangée de dents
Crocs terribles
Rougis par le sang

Je pense à Maman
Souvent
Tout le temps
Elle me manque
Elle me fait peur
Et je la regarde avec les yeux en colère

Aujourd'hui je fatigue
Mes yeux tombent
Ils creusent un peu plus
La masse de mes muscles se tasse
Tout se détend comme avant de dormir
Comme avant de mourir

Demain je les regarderai
Et je ne sais pas avec quels yeux





Quelques fois je voudrais comprendre
Je leur pose des questions
Je m'approche
Je renifle, je gronde et je mords
Encore

J'essaye de leur prendre la main
D'écouter ce qu'ils disent
De me faire Humain
Mais je ne comprends pas
Pourtant ils parlent ma langue

Une fois j'ai décidé de me tenir sur mes deux pattes
Pour être à leur hauteur et comprendre
Comprendre jusqu'où leur voix s'élève
Mais je n'entends pas
Alors je crie
Encore

Ils m'ont dit de reculer
D'aller voir autre part
D'aller mettre ma truffe ailleurs
Pris de curiosité, je les regardai
Encore

Mes crocs dépassent
On les voit briller dans le noir
Je sais qu'ils détestent mes yeux
Je ne sais plus comment je les ai eus
J'ai trop peur pour m'en rappeler

J'essaye de les cacher
La boue coule de mes doigts
Je frotte mes paupières lourdes
Mes joues un peu chaudes
Ma chevelure abîmée
Et enfin je change de couleur

Regardez ! Regardez !

Ce n'est plus rouge
Ce n'est plus ce que vous détestez
Regardez

Regardez

Regardez.





Mais ça ne marche pas
Ils s'en vont, leur silhouette diminue
Je plisse des yeux
Mais avec la boue je ne vois plus

Je cherche un copain avec qui jouer
Longtemps je reste dans la forêt
Je cherche, je regarde, j'attends, j'écoute
Je vois la couleur fantastique de la canopée
Le parfum sucré des orchidées
Le bruit timide des feuillages frissonnant

Dans tout cela je suis Animal

Je suis Moi
Je suis Créature
Je suis Terre
Je suis Poussière
Je suis Vie
Je deviendrai Mort

Mon corps s'emporte avec le zéphyr
Je disparais entre les frondaisons
Empourpré par la chaleur de l'été

Brûlure sur ma poitrine
Et je m'envole







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MessageSujet: Re: Crocs terribles   Sam 6 Oct 2018 - 22:49

tw : évitez si vous n'aimez pas trop les histoires avec des boyaux

Je veux leur faire comprendre à tous. Je veux qu'ils entendent ma mélodie, que ça leur rentre dans le crâne et que jamais plus ils ne puissent s'en débarrasser. Je serai là, tout le temps, avec eux, et ils ne sauront jamais comment m'oublier. Ce ne sera pas possible, je ne laisserai aucune échappatoire.

C'est moi qui contrôle. Et je te montrerai. Je te montrerai ce que je suis à l'intérieur. Je porterai mes doigts sur mon buste et arracherai ma peau en deux pour déployer un formidable bouquet de sang. C'est ma faune intérieure ! Ce sont des créatures faites de chair et de terribles pensées que je cultive avec dévotion. Je les chéris autant que je les crains parce que je pense que les plus grandes choses sont des entités qui ne portent pas de visage.

Le plus puissant d'entre nous manipule sans voix ni regard : il écrit.

Tu sais comme j'aime cette vie qui coule en moi, je la sens parcourir le flot de mes veines et les battements incessants de mon cœur qui saigne. À chaque fois qu'on me demande qui je suis j'ai envie de craquer, d'exploser, de montrer cet amas de boyaux qui danse et s'essore en silence dans chacun de mes mots.

J'entends parfois parler de toi et je n'arrête pas de me dire qu'on est pareil. Qu'on se ressemble, que tu souffres et que tu traînes tes problèmes dans tes viscères. Je le sais parce que j'ai momentanément cessé d'avancer pour pouvoir contempler cette traînée sanguinolente derrière toi.

Ça, tu n'as pas vu. Tu n'as pas compris. Tu sais peut-être mais j'admire. En silence toujours, je sais qu'on est pareil. Toi aussi tu montres, toi aussi tu es en colère. Tu pleurs sous ta peau de chagrin, sous la peau de tes vêtements. Tous les soirs quand tu te regardes tu sais que tes yeux se creusent un peu plus. Tu maigris mais ta fierté ne désemplit pas. Colère colère colère. Amour. Je te demande de me regarder. Amour. Répète encore. Amour. Avec moi, cette fois. Amour.


Quand je vous entends, je me fais un peu chier.
Quand je vous lis, je vous ai déjà lus. Vous m'entendez ? Je vous connais déjà.

Les ruisseaux en moi s'énervent. Ils gonflent, débordent, je transpire et ma peau s'ouvre encore. Je tombe... Petit à petit, mon souffle se coupe et ma voix s'annule. Je lève les yeux vers le ciel et le passage des nuages voile ma peine. Où sont passés les oiseaux aujourd'hui ? Je n'ai pas le souvenir de les avoir vus.

Je regarde par la fenêtre et je peux mourir à n'importe quel moment.

Tous les jours le souvenir d'un mort me gagne. Mon buste enfle puis crève, la ruade des chevaux rouges coule lentement avec passion. Immense cascade ininterrompue, glisse à mes pieds et rampe jusqu'à ta vue. Tu la verras vouloir s'accrocher à tes chevilles, chatouiller tes malléoles avec des crocs invisibles. Le rouge te piquera et pénétrera ta peau, invasion soudaine d'acidité sous laquelle ta carne pourrira.

Regarde-moi !

Aujourd'hui je suis sans défaut. Aujourd'hui je n'ai pas de faille, mon visage est parfait. Regarde-moi ! Mon nom ne porte aucune tâche d'ombre, je n'ai que l'incision minutieuse et enjôleuse du sourire qui borde mes lèvres. Viens m'écouter. Viens et laisse-moi t'attraper. Rien ne peut m'échapper, je suis comme le son. Tu te boucheras les oreilles mais je serai si puissant et à la fois ténu qu'il te sera insupportable de ne pas m'entendre totalement.

Tu plieras devant moi. Je lèverai les poings vers les cieux comme une prière et ne serai qu'un point ridicule sous l'immense toison noire. Mon flot t'aura englouti, tu resteras près de moi pour boire ce qui reste, boire jusqu'à ne plus pouvoir. Ta chair se remplira de la mienne, je me mêlerai à ton sang et mon souffle sera tiens.

Tu ne pourras plus te passer de moi. Je serai tes yeux, ta voix, ton jugement, ta promesse et ton héros. Tu hésiteras entre vouloir me vénérer et vouloir me tuer. Ta lame vacillera parfois, je verrai sa courbe piquer du nez, et puis, parfois, elle reviendra se pointer vers moi avec insolence.

Il est à moi, à moi, à moi !! Tu entends ? Il est pour moi. Laisse-moi l'avaler, laisse-moi le dévorer. J'ai besoin de sa chair, j'ai besoin de son sang qui nourrit le mien. Apporte-moi son nom et son bouclier ; il sera nu devant moi. Laisse-le s'accrocher, laisse-le avoir de l'espoir. Je lui écraserai. Puis, lorsqu'il aura creusé l'échine, enfin, je pourrai l'absorber tout entier, faire de lui une partie de moi qui continuera de se déchirer entre mes côtes.

Ainsi, je l'aimerai à la folie jusqu'à la fin des temps.







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