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Zeb Skelton
Zeb Skelton

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MessageSujet: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyDim 4 Fév 2018 - 8:42


- How Unlucky Can One Man Be -






Il était tard, et le Fish's Belly sentait la perdition.

C'était diffus, insidieux, presque doux en vérité. Un parfum volatile, mélange de tabac, d'alcool bon marché, de friture, de sueur, des vapeurs de tourbe issues du marais. Un triste malaise dans les éclats de voix enivrées et dans les mélodies des quelques musiciens qui meublaient la salle de leur jazz mélancolique. Parfois, le vent froid et sec s'engouffrait dans la charpente et les accompagnait de longs gémissements.

Debout juste à côté de l'entrée, visage à peine visible entre son tricorne et le col relevé de son manteau de cuir, la Rouille parcourait la salle de ses yeux clairs, en s'efforçant de comprendre ce qui lui déplaisait tellement dans ce lieu. Il avait pourtant connu bien pire tout au long de sa vie à écumer les mers à bord du Roger. Le bar lui-même avait son charme, et cette musique qu'il ne connaissait pas lui était agréable. Quant aux silhouettes des autres clients ramassés autour de leur verre, le pirate les notait à peine; cela faisait bien longtemps qu'il ne craignait plus les gueules antipathiques qui fixaient parfois sa main inerte avec un peu trop d'insistance - il pouvait vite leur montrer que l'autre était parfaitement fonctionnelle et tout à fait capable de manier un couteau.

Peut-être était-il si circonspect ce jour-là parce que ce fameux bras valide restait encombré d'une béquille qui, plus d'un mois après que Zeb fût tombé du mât d'artimon, soutenait toujours sa hanche douloureuse et la fracture mal cicatrisée de sa cheville gauche. Après tout, c'était une explication plausible : il avait mal, il se sentait diminué et fatigué. Le laudanum qu'il avait pris pour supporter la douleur le rendait vaguement nauséeux, ce qui n'arrangeait pas son habituel mal de terre. On se serait senti à cran pour moins que cela.

Sauf qu'au fond de lui, la Rouille savait que ce n'était qu'une piètre excuse : la douleur, il la connaissait. Elle habitait son corps depuis toujours, parfois simplement endormie dans son bras droit, parfois rugissante dans ses articulations et son dos. Il l'avait apprivoisée depuis longtemps, tout comme les effets secondaires des antalgiques et de l'alcool qu'il prenait lorsqu'il ne pouvait vraiment plus fonctionner par lui-même. La souffrance le lassait, le frustrait, rarement elle le mettait en colère. Mais jamais elle ne lui donnait cette sensation d'étouffement intime qui le gardait figé sur le seuil de la taverne.

La vérité, c'était qu'en cet instant, ce n'était pas le corps de la Rouille qui était le plus malade. Et le maître charpentier, qui avait pourtant dépassé de quelques siècles l'âge d'avoir un égo mal placé, ne parvenait pas à se l'avouer.

Kit était assis sur le bar, les mains posées de part et d'autre de ses cuisses comme il le faisait toujours. Il se balançait doucement, en rythme avec la musique, fixant les musiciens du seul œil qui lui restait. Silas, lui, écoutait depuis l'une des tables; son sang coulait le long de son dos dénudé pour aller ensuite s'enrouler en longues spirales autour des pieds de sa chaise.

La Rouille ferma les yeux et serra les paupières, une fois, mais longtemps. Puis il redressa la tête pour observer le fond de la salle et l'homme qu'il cherchait, avec une expression de lassitude épuisée que peu de ses comparses du Jolly Roger devaient lui connaître.

Plus que les fantômes de ses deux fils qui continuaient de hanter ses pas, plus que le désespoir de ne pas savoir s'il devait faire le deuil de son cadet, au-delà de la tristesse et du manque de sommeil, ce qui perturbait tant Zeb Skelton, c'était qu'il s'apprêtait à demander de l'aide à la mauvaise personne et qu'il le savait.

Une aide dont il ignorait encore le prix, mais toute son âme de marin pétrie de superstition savait déjà qu'elle lui coûterait trop chère. Beaucoup trop chère.

Et pourtant, avait-il vraiment le choix ?

D'un pas lent qui ménageait sa jambe, le pirate entreprit de traverser la taverne, pour s'approcher d'une petite table repoussée dans le coin le plus éloigné de l'entrée ; on aurait pu ne pas la voir, si elle n'avait pas été baignée d'une lueur orangée bien trop forte pour être celle d'une bougie.

La Rouille porta sa main droite à son chapeau pour en relever le bord de son pouce attelé de cuir. Sa voix accusait la fatigue et une terrible reddition. Mais même dans la défaite, elle ne tremblait pas.

"Bonsoir, Baron. Je suis Zeb Skelton, charpentier du Jolly Roger. Et j'ai un service à te demander."







"Zeb Skelton, peux-tu s'il-te-plaît cesser ce petit manège du gars attentif et naturel
qui donne envie qu'on lui fasse confiance, merci ?"

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Dernière édition par Zeb Skelton le Dim 20 Jan 2019 - 19:51, édité 6 fois
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Baron Dimanche
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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyLun 5 Mar 2018 - 19:54

Dans ce recoin précis de la taverne, l’air y était plus chaud, plus sec, et sentait le bois et le sel. Une pénombre étrange y régnait malgré l’abondance de verroterie noyée de cire : les flammèches y étaient réduites à d’infimes points dorés qui constellaient les rebords de fenêtre et les coins de table, sans jamais parvenir à jeter le moindre éclat sur le visage de ceux qui occupaient les lieux. Les habitués savaient depuis longtemps que, même si le concept des tables réservées était étranger au propriétaire des lieux, cette table-ci était la favorite d’un certain client que peu osaient déranger ou déloger.

Peu également ignoraient l’affection que le Baron Dimanche vouait à cet établissement entre deux eaux, et surtout à son gérant. Il n’était donc pas rare de l’y voir, qu’il soit silencieux et lugubre, ou bien exalté et riant au bras de Riverside, jusqu’aux derniers pas de l’Esprit Nuit dans l’île. Ce soir-là, il semblait que son humeur soit maussade. La saison des pluies n’avait épargné personne, pas même Guédé La Croix : le prodigieux éclat volcanique de ses cicatrices et de ses yeux s’était amoindri, lui conférant un air plus sombre, maussade même lorsqu’il souriait. Depuis que la pluie s’était arrêtée, le Baron venait souvent au Fish’s Belly, se tenait dans l’ombre comme s’il attendait, mais il ne parlait à quasiment personne. Même la petite Gina n’osait pas s’attarder et lui servait son rhum avant de filer à ses innombrables autres tâches à pas rapides.
Ce soir encore, il était là. D’une granitique immobilité, confortablement calé contre le dossier d’un fauteuil canné, ses longues jambes de danseur croisées et reposant négligemment sur la seconde chaise qui flanquait sa table. Derrière lui, c’était à peine si l’on distinguait les silhouettes de deux de ses Grands-Brûlés : ses serviteurs, corps calcinés et pourtant dotés d’un semblant de vie, se tenaient debout de part et d'autre de son fauteuil et se fondaient presque dans l’obscurité. Le rayonnement naturel de leur maître déposait tout juste quelques touches de lumière chaude sur leur peau noire, et les contours de leurs masques faits d’os, de toile et de cornes.

Quelques paires d’yeux se retournèrent donc sur le passage du vieux pirate qui s’avançait, béquille au bras, jusqu’à la table du Baron, sans même s’être donné la peine de prétendre être venu pour autre chose.

L’homme s’adressa au Guédé d’une voix sûre mais décharnée par l’épuisement. Il était difficile de dire si le Baron le regardait – ses yeux sans pupilles, brûlant doucement comme deux morceaux de braise, ne semblaient ni l’observer, ni l’ignorer.
Un lourd silence suivit l’apostrophe du pirate. Finalement, le Calciné leva la tête, presque imperceptiblement, et ses lèvres s’entrouvrirent. Il ne parla pas : seul un ample filet d’une fumée noire en sortit le temps d’un soupir, roulant dans l’air avec lourdeur avant de s’élever lentement vers les hauteurs déjà enfumée de la taverne. Toujours en silence, et d’un air parfaitement détaché, il ôta sa jambe droite de la chaise en rotin puis de la gauche poussa le siège vers le pirate. Les pieds grincèrent sur le plancher. Le Baron croisa les jambes et redevint parfaitement immobile, laissant deviner au pirate que cette tacite permission serait tout ce qu’il obtiendrait de lui pour le moment.






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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyLun 23 Avr 2018 - 23:34

Une poignée de secondes, avant d’obtempérer. Une poignée de secondes, comme la Rouille savait les distiller : sans audace, sans orgueil, mais avec la tranquille assurance d’un homme qui connait parfaitement sa valeur et ses limites, un homme qui respecte sans vénérer et obéit sans ramper. Rien qu’une poignée de secondes, à observer le Baron avec une sobre fascination.

Enfin, avec un infime soupir, la main paralysée alla saisir comme elle le pouvait la chaise désignée et l’écarta de la table. Zeb s’assit, sans parvenir à dissimuler complètement la raideur douloureuse de sa hanche gauche, et il déposa sa béquille en appui sur le mur, hors du chemin de la serveuse. Puis il posa ses coudes sur la table, ses doigts valides enveloppèrent les autres, et il resta ainsi quelques instants de plus, les yeux perdus dans les flammes de l’une des bougies posées devant lui, songeant à ce qu’il allait dire au guédé qui luisait en silence à sa droite.

Mais en vérité, il n’eut pas à réfléchir bien longtemps : cette phrase, il la préparait hélas depuis une triste éternité.

"Mon fils a disparu."

Ses paupières abaissées à peine plus longtemps qu’il ne le fallait furent le seul indice de souffrance qu’il laissa transparaitre.

"Ça date de la saison des pluies. Je l’ai cherché partout où je le pouvais. Aucune trace. Et depuis que le Jolly Roger a navigué sous le tourbillon, je… J’ai des doutes."

Le pirate tourna la tête pour faire face au Baron Dimanche, dont les cicatrices rougeoyaient au rythme de quelque étrange et souterraine respiration. Zeb s’efforçait de ne pas les fixer, mais il devait reconnaitre que s’il les évitait, il ne savait pas trop où poser son regard – les mares de lave qui couvaient dans les yeux du guédé paraissaient tout aussi exclues. La Rouille tenta un moment de choisir un point par-dessus l’épaule de Dimanche, mais il se rendit alors compte que les cadavres – qui ne pouvait être que des cadavres – qui se trouvaient derrière le Baron donnaient la très désagréable impression que – ou alors c’était un jeu de la lumière – ... est-ce qu’ils bougeaient ?...

Au final, le charpentier se décida pour la clavicule droite du guédé, et décréta que cela ferait très bien l’affaire. Il inspira un peu plus profondément, et lâcha dans un unique souffle :

"Est-ce que tu peux me dire s’il est vivant, Baron ?"

Il n’en demanderait pas plus. Pas d’emblée. Parce que si cette première question amenait un « non », au final, les autres n’avaient pas la moindre importance.







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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyVen 13 Juil 2018 - 15:32

A aucun moment le pirate ne chercha à croiser le regard du Guédé.

Bien.

Le Baron ne bougea pas d’un cil tandis que Skelton prenait place à sa gauche, aussi dignement que sa béquille le lui permettait. Son regard s’attarda sur ses cheveux de fer et de rouille, puis sur les doigts calleux qu’il appuyait sur la table mal vernie, et enfin sur son expression pensive. Heureusement pour lui – car le Baron n’était pas bien patient ces jours-ci – le charpentier du Jolly Roger ne tarda pas à lui exposer précisément l’objet de sa visite.

Dimanche ne fit que cligner des yeux et détourna légèrement la tête, comme désintéressé. Les disparus étaient monnaie courante sur l’île, surtout quand Marmay-la s’amusait avec le temps. Cette demande n’avait pas l’air bien alléchante au premier abord mais…

Le Calciné semblait garder un œil sur la clientèle de la taverne et pouvait donner l’air de ne pas prêter attention aux explications du pirate. Pourtant, il écoutait. Attentivement, mais sans avidité : il était assez familier de Hook et sa bande de forbans pour savoir que ceux qui étaient apparus avec lui dans la baie il y a bien longtemps, ceux qui accusaient le plus de l’usure naturelle du temps, n’étaient pas tous des idiots. Barbares et sales, oui – mais pas forcément idiots. Sans quoi ils seraient tous morts depuis longtemps. Alors qu’est-ce qui pouvait vraiment amener ce loup de mer à demander un service à un Guédé?

La question du charpentier arracha enfin une réaction au fils de Brigitte - rien qu’une vibration parcourant son torse exposé et le frémissement d’un sourire au coin de ses lèvres, une vague esquisse de rire moqueur. Mais une réaction tout de même, preuve qu’il consentait à poursuivre la conversation :

« Possib’ » fit laconiquement le Baron sur un ton presque amusé.

Il accompagna sa réponse d’un mouvement d’épaules pour se caler plus confortablement contre le dossier de sa chaise, geste anodin et si normal qu’il contrastait absurdement avec son apparence surnaturelle et les deux morts qui se tenaient à ses côtés. De plus, son visage était cette fois tourné vers le pirate, et il le fixait avec un sourire en coin qui n’augurait rien de bon.


A présent, et que cela lui plaise ou non, Skelton avait réussi à s’attirer son attention.


Le Calciné ajouta alors d’une voix suave et chantante, la tête légèrement inclinée de côté :

« Et s’il ne l’est pas... que demanderas-tu, La Rouille ? »






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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyLun 30 Juil 2018 - 18:57

A Neverland, les manifestations de magie étaient quotidiennes. Parfois douces et lumineuses, liées aux fées et à la Nature. Parfois enfantines et intenses, directs jaillissements de l'esprit de Peter Pan. Parfois profondes et mystérieuses, manifestations des Esprits. Et parfois encore sombres et ricanantes, nées dans les vapeurs des marais.

Même si peu dans le Fish Belly avaient été témoins des sorts du Baron La Croix, aucun ne doutait de la catégorie à laquelle ils appartenaient. Comme les cicatrices du guédé et son lugubre tambour de peau, ils étaient devenus légendaires, amplifiés, déformés. A chaque récit, ils se faisaient plus dangereux, plus noirs et vicieux, toujours plus spectaculaires. C'est pourquoi ceux qui ne pouvaient s'empêcher de tendre l'oreille pour suivre la conversation entre le bayouteux et le vieux pirate ne reconnurent pas la question de Dimanche pour ce qu'elle était: la plus subtile et venimeuse des formules magiques.

"Et s’il ne l’est pas... que demanderas-tu, La Rouille ?"

Il y eut un temps de silence, non pas fait d'absence de parole, mais de la présence d'une émotion trop brute et viscérale pour être contenue par des mots. Et Zeb changea.

Ce fut rapide sans être brutal. Pas un sursaut mais une vague, un mouvement fluide et animal qui parcourut tout le corps du pirate et redressa son torse contre le dossier de la chaise. Sous l'épais manteau de cuir, les épaules de la Rouille reprirent une position d'équerre qui trahissait des muscles encore forts et solides. Ses mains s'écartèrent l'une de l'autre et la gauche s'étala sur la table, tendons saillants, avec quelque chose de primitif qui évoquait l'appui d'un prédateur. L'abattement qui faisait ployer sa nuque se volatilisa, en même temps qu'une dizaine d'années s'effacèrent du visage que le pirate releva sans heurt vers le Baron.

Sous la barbe teintée de gris, la ligne de la mâchoire s'était subtilement crispée, sans pour autant que les dents se mettent à grincer. Dans leurs orbites assombries de cernes, les iris clairs du pirate avaient pris un éclat métallique, une lueur brillante et froide qui suintait de fureur. Et cette fois, leur glace ne se privait pas d'affronter le volcan des yeux de Dimanche.

Zeb eut l'impression d'entendre un léger ricanement, loin derrière lui. Un peu la voix de Silas. Et un peu une autre, qui n'appartenait qu'à lui-même, et qui s'était tue pendant trop longtemps.

Quand il parla, son ton ressemblait à son regard: froid, solide. Tranchant.

"S'il ne l'est pas, je te demanderai comment je peux trouver celui qui a pris ses doigts."

Tu veux jouer, Baron Volcan? On va jouer. Mais méfie-toi quand tu t'amuses avec une épée rouillée: avant de fondre dans le feu, le métal aussi se met à brûler.







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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyLun 6 Aoû 2018 - 16:34

Dimanche fixait le pirate avec attention: l’effet que produisit sa question sur l’homme n'échappa pas au Guédé, car c’était exactement ce qu’il attendait de lui. Un soupçon d’intensité. Un peu de crasse colère. C’était infiniment plus intéressant que la fade politesse d’une requête sans originalité : là, au moins, il y avait une histoire qui s’esquissait dans l’ombre de ses cernes et du non-dit dans la crispation de ses lèvres sèches. Quelque chose qui méritait d’être creusé.

Le sourire en coin du Baron s’allongea, mais pas assez pour révéler ses dents du bonheur. Il piocha d’un geste élégant son verre de rhum et le fit danser entre ses doigts, faisant mine d’être davantage intrigué par les tessons de lumière piégés dans l’alcool que par les couteaux dissimulés dans le regard de la Rouille. Ses yeux de lave toujours détournés, la tête inclinée de côté avec la plus grande nonchalance qui soit, il répondit d’un ton détaché qui contrastait grotesquement avec l’âpreté palpable du pirate:

“Hm-mh. Je vois. C’est un bon début.”

Le Guédé eut un petit rire contenu, comme s’il venait de penser à quelque chose de très drôle, avant de tourner la tête vers le pirate. De la fumée anthracite s’échappait encore du coin de ses lèvres, lourde et fluctuante comme de l’encre dans l’eau, roulant le long de ses pommettes et tempes avant de se mêler aux vapeurs marécageuses de la taverne.

“Je ne te ferai pas l’insulte de te demander quel prix tu es prêt à payer pour retrouver ton marmaille, La Rouille.” ajouta-t-il avec la même inexplicable espièglerie, puis reprenant avant même que le pirate ne puisse rétorquer quoi que ce soit, un index levé comme un rappel à l’ordre:“...Et, de toute façon, le Fish’s Belly n’est pas l’endroit idéal pour ce trikmardaz.”

Point d’embrouilles au Fish’s Belly, c’était la règle. Et Dimanche estimait juste assez le propriétaire des lieux pour ne pas la remettre en cause: si le pirate voulait de ses services, il faudrait s’aventurer bien plus profondément dans les entrailles du Bayou.






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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyLun 6 Aoû 2018 - 21:07

"Je ne te ferai pas l’insulte de te demander quel prix tu es prêt à payer pour retrouver ton marmaille, La Rouille. Et, de toute façon, le Fish’s Belly n’est pas l’endroit idéal pour ce trikmardaz."

Le pirate ne bougea pas. Il ne réagit ni au ton joueur de Dimanche, ni à son index doctement brandi. Face au guédé, à la fluidité de son sourire, à l'harmonie de ses gestes, aux volutes sombres de sa fumée, Zeb restait figé, silencieux. La lueur chaude de la bougie posée sur la table jetait des ombres tranchées sur son visage, rehaussant la couleur brûlée de ses cheveux et de sa barbe, soulignant l'acier de son regard toujours braqué sur l'homme vaudou.

Zeb était en colère. Il n'avait pas vraiment décidé de l'être, du moins pas au début. Mais il y avait eu quelque chose dans le sourire du guédé, ou dans la manière dont il avait sorti le surnom du pirate de sa manche, ou le fait qu'il ait osé suggérer à voix haute que Kit pouvait fort bien être mort... Peut-être que c'était un peu tout cela. Ou peut-être que cela n'avait rien à voir, au final. Que la Rouille était en fait en colère depuis longtemps, depuis très longtemps, pour de nombreuses raisons, et que Dimanche n'avait fait que lui montrer l'évidence: si Kit était vraiment mort, Zeb ne se contenterait pas de le pleurer.

On ne devient pas un homme de Hook sans savoir que certains crimes demandent un responsable. Et un châtiment adéquat.

Alors oui, le charpentier était contrarié que Dimanche joue avec lui de la sorte; ce n'est pas très agréable de voir un étranger dévoiler d'un négligent sourire un venin que vous pensiez dissimuler à tous, y compris à vous-même. Mais la Rouille avait passé l'âge de se vexer pour si peu. Il détestait qu'on le manipule, mais quand on le mettait face à la vérité, il savait l'accepter. Et ce fut sans doute pour cela qu'il répondit au Baron avec toujours la même froideur, mais sans aucun ressentiment:

"Tu auras le prix que tu demandes. Sinon je ne serais pas venu te trouver."

Dans son dos, Zeb perçut alors un courant d'air au bruit de murmure. Et pour la première fois depuis qu'il avait croisé le regard de Cthulhu, la Rouille eut la surprise d'entendre la voix de Kit lui chuchoter quelques mots sans haine.

Tu ne devrais pas faire ça.


Il y avait de l'inquiétude dans cette voix. Il y avait de la tendresse dans cette voix. Cette voix fit à Zeb l'effet d'une lame chauffée à blanc qu'on pressait contre ses reins.

Et ce fut exactement pour cette raison qu'il continua à fixer Dimanche dans les yeux - à tacitement accepter cet accord néfaste. Parce qu'il voulait savoir ce qui était arrivé à cette voix-là. Parce que s'il pouvait faire quoi que ce soit pour la sauver, il devait le faire. Quoi. Que. Ce. Soit.

Sauf.

"Il n'y a qu'une seule chose que je ne te donnerai pas, Baron: notre..."

Marché.

"... conversation ne concerne pas mon fils aîné. Il reste en dehors de ça. Complètement. Si cela ne te convient pas, j'en suis désolé."

Il n'en avait pas l'air.

"Mais je ne négocierai pas ce point."







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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyMar 7 Aoû 2018 - 10:14

Le Baron écouta le pirate poser dignement sa clause, et à mesure qu’il parlait le visage du Guédé s’étirait d’un sourire de plus en plus large, jusqu’à ce que le mot “négocierai” le fasse éclater de rire : Dimanche rejeta la tête en arrière et battit des mains, comme s’il venait d’entendre la meilleure des plaisanteries. Son hilarité dura quelques longues secondes, lesquelles ne manquèrent pas de jeter un froid particulièrement glacial sur les alentours de la taverne - car même si ce Baron-là était brûlant, l’entendre rire de la sorte ne pouvait que donner des sueurs froides.
Dimanche se redressa sur sa chaise, encore secoué d’un rire plus souterrain mais tout aussi dérangeant. Il fit mine d’écraser une larme définitivement absente au coin de ses yeux laviques, et rétorqua d’une voix claire où l’on devinait une pointe d’incrédulité:

“Oh, La Rouille, La Rouille…Ou koz séyé? Ton “premier-né”? ça serait terriblement cliché.”

Cliché, mais pas impensable. Et il était sans doute difficile de déterminer si ce qui avait provoqué l’hilarité du sorcier était l’évocation de ce prix par nature très lutin, ou l’idée même qu’on puisse chercher à négocier avec lui.

Le Guédé, manifestement amusé par la tournure que prenait la fameuse “conversation”, sortit de son immobilité pour se lever de son siège de rotin. Il ajusta le col de son frac rouge d’un geste sec et fit un pas vers le pirate, prenant son temps pour apprécier la rage contenue qu’il exsudait comme une sueur de fièvre. Les mortels qui venaient ramper à ses pieds pour obtenir une quelconque grâce vaudoue étaient certes divertissants et flatteurs, mais il y avait aussi quelque chose d’extraordinairement comique chez ceux qui venaient dans le Bayou en pensant garder le moindre contrôle sur leur sort. Or, comme dit, La Rouille n’était pas un authentique idiot: juste assez désespéré pour faire un pacte avec le Diab, bien assez désespéré pour tenter de protéger son aîné malgré tout. Il devait déjà savoir qu’il n’aurait plus son mot à dire sur les modalités de leur contrat - il le savait certainement au moment où il avait enfin décidé de le regarder dans les yeux. Mais il l’avait dit quand même. C’était téméraire et dangereux en égales mesures, et le Baron La Croix pouvait apprécier cela.

Vite fait.

Le Baron pencha la tête de côté, et malgré son large sourire ses mots sonnèrent comme une étrange litanie:

“Viens au Bayou quand le vent descend de la montagne. Apporte quelque chose que ton garçon sans doigts chérit. Et une bonne bouteille de rhum emballée dans un linge rouge.”

Le Guédé détourna un instant son regard sans iris du pirate, le temps de saisir du bout des doigts son verre larak et l’élever à hauteur d’yeux comme pour en admirer encore une fois la transparence. Un observateur attentif pouvait remarquer qu’il y avait quelque chose de définitivement étrange dans ce geste - un peu trop solennel, un peu trop intense. Et tout aussi soudainement qu’il s’était détourné, les yeux du Baron retombèrent sur le pirate en même temps que sa main libre : les doigts fins du sorcier saisirent sans brusquerie mais sans réserve la mâchoire du pirate, l’obligeant ainsi à lever la tête. Si le geste avait quelque chose de solidement intrusif, la voix de Dimanche resta inchangée: chantante, détachée, en apparence dénuée d’agressivité.

“Tu trouveras ton chemin et ton pas sera léger. Personne ne te barrera la route, car c’est un Guédé qui t’attend.”

Le Baron approcha le verre de rhum du front creusé de ridules du pirate, et versa le contenu de façon à ce que l’alcool curieusement tiède se répande sur ses cheveux et son front - quelques gouttes brûlantes roulèrent le long de ses tempes et de son nez, sans que cela alarme le sorcier. Il relâcha sa prise sur la mâchoire de La Rouille mais au lieu d’éloigner sa main, celle-ci survola son visage pour presser son pouce entre ses sourcils. Le contact ne dura qu’une poignée de secondes avant qu’il n’effectue un geste sec vers le haut, comme pour tracer une ligne verticale sur le front du pirate.

“Ala.” fit simplement le Baron visiblement satisfait de son étrange baptême, avant d’ajouter avec le même détachement: “L’Ansèt la mer a bavé sur ton esprit, La Rouille. On verra ce qu’on peut faire pour ça.”

Il tapota familièrement la joue du charpentier et, sans se donner la peine d’expliquer comment il avait deviné la séquelle laissée par Cthulhu, revint s’asseoir entre ses deux Grands Brûlés. Il ne concéda au pirate qu’un vague moulinet de la main pour lui signifier qu’ils avaient assez parlé et qu’il pouvait partir, et fit un signe à la petite Gina pour qu’elle lui apporte un autre verre de rhum.






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Gourou fakir dann pié sapan
Sa mon kor, mon lèv sanm ou

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Zeb Skelton
Zeb Skelton

☠ Charpentier du Jolly Roger ☠


✘ AVENTURES : 178
✘ SURNOM : La Rouille
✘ AGE DU PERSO : Cinquantaine

✘ DISPO POUR RP ? : Tout se discute, moussaillon
✘ LIENS :
⚓️Le Charpentier et ses Outils
⚓️ Histoires en cours: I - II - III - IV - V - VI - VII - VIII - IX - X - XI - XII

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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptyMar 7 Aoû 2018 - 21:01

Toujours immobile, toujours figé, à subir le rire de Dimanche avec tout ce qu'il pouvait rassembler de calme résigné; le contrôle, Zeb ne l'avait pas, et effectivement il le savait. Dans ces affaires de mangrove, on peut demander, supplier, tempêter, menacer, à la fin c'est toujours le guédé qui décide - parce qu'il ou elle est la voix des loas, et que personne ne peut aller contre ce que demandent les loas. C'était une vérité absolue et une connaissance vitale, que Zeb possédait depuis toujours: il n'avait pas encore tout oublié d'une enfance passée dans les criques aussi merveilleuses que dangereuses du nord des Caraïbes.

Néanmoins, aussi bien que le pirate connaissait cette leçon, il savait que parfois les gens du Bayou abusaient de leurs privilèges. Et c'est pourquoi, lorsque le Baron se moqua de ses craintes concernant Silas, Zeb ne put retenir une infime crispation, qui étrécit subtilement son regard et fit frémir le coin de ses lèvres comme s'il avait subitement envie de montrer les crocs: rigole, guédé, rigole. Peut-être que tu es sincère, peut-être que tu n'y avais vraiment pas pensé. Mais ce pirate là est vieux et pétri d'expérience, ce pirate-là abrite sous sa chemise les cicatrices teintées de charbon laissées par quelqu'un qui avait le plus grand des respects pour les divinités de l'ombre, et ce pirate-là vous connait, toi et les tiens. Plus que tu ne le sais. Plus que tu ne le penses.

Et il existe une grande différence entre respecter et faire confiance.

Cependant, Zeb ne s'autoriserait pas d'autre écart: s'il voulait vraiment protéger Silas, il devait rester crédible, et cela impliquait de ne pas grogner tel un vieux bâtard hargneux à la moindre "taquinerie" de Dimanche. C'est pourquoi, quand le guédé se leva avec une élégance insupportable, la Rouille se contenta de pivoter légèrement sur son propre siège pour continuer à lui faire face, sa main paralysée retombant sur sa cuisse tandis qu'il levait les yeux pour ne pas lâcher ceux du Baron. Loin à la limite de sa conscience, il réalisa alors que ce dernier geste, il ne l'avait pas fait par choix.

Un vent imperceptible fit vaciller les bougies qui les environnaient. Et quand le fils de Brigitte parla, la Rouille comprit qu'il obtiendrait ce qu'il était venu chercher. Hélas.

La main de Dimanche se referma sur sa mâchoire d'un geste aussi précis qu'inéluctable, et à partir de cet instant la situation prit pour Zeb l'allure distante et vive d'un rêve un peu trop proche du cauchemar. La voix du Baron ne parut pas passer par ses oreilles pour résonner sous son crâne. La chaleur à peine supportable de son contact ne fut pas tant une sensation sur sa peau qu'une vague de souffre le long de ses nerfs. Mais le pire, contre toute attente, ce fut le rhum.

La Rouille sentit avec une acuité presque intolérable l'épais liquide imprégner ses cheveux, se faufiler le long des mèches attachées pour se couler jusque dans sa nuque, filer le long de ses tempes en y laissant de longues traces inexplicablement poisseuses. Quelques gouttes esquivèrent ses yeux (il en éprouva un soulagement anormalement intense) pour brûler ses narines. Une ou deux larmes d'alcool gagnèrent ses lèvres, au moment où le pouce du guédé laissait une trace incandescente sur son front, et soudain sa bouche sentait la vase et le métal, et cela lui rappelait des cris et un sang versé qui n'étaient pas les siens, et même si cela ne dura qu'une seconde ce fut beaucoup trop long.

Pourtant Zeb ne bougea pas. Il ne cilla pas. Et si son poing gauche se serra sur la table jusqu'à faire blanchir ses jointures, si quelque chose de l'ordre du cri de douleur révulsée passa dans ses iris clairs, aucune plainte ne franchit ses lèvres. Parce qu'il obtenait ce qu'il était venu chercher.

Hélas.

Si moment de faiblesse il y eut, ce fut quand Dimanche évoqua sans émoi la cicatrice laissée par Cthulhu et la demande que le pirate avait pensé sans la faire. Pas à cause du ton débonnaire du guédé, pas à cause du fait qu'il avait deviné ce qui n'était pas censé se dire. Mais parce que la voix qui imitait si bien Silas et Kit l'avait entendu, elle aussi, et que Zeb perçut beaucoup trop bien le sifflement reptilien qui laissa glisser des crocs à peine tangibles le long de sa nuque.

Tu ne devrais pas faire ça.

Cette fois les mots n'avaient rien d'aimant, et Zeb se sentit saisi par la même sensation que lorsqu'il s'appuyait un peu trop sur ses talons alors qu'il se tenait en équilibre sur une vergue: l'abime était tout près, et il serait facile d'y tomber. Très facile.

Mais le vertige ne dura pas. Surtout, en vérité, parce qu'une sensation très pragmatique venait de jaillir à travers toutes ces divagations irréelles aussi violemment que la lave fend la pierre.

Est-ce que Dimanche lui avait tapoté la joue?

Zeb sursauta comme quelqu'un qui s'extirpe d'un mauvais rêve et s'écarta instinctivement. Il dévisagea le guédé d'un air incrédule et vaguement outré, qui vira très vite à une expression proprement assassine. Oubliées les promesses de patience, oublié le voeu de sobriété: personne ne le touchait ainsi. Personne. Pour une insulte pareille, Zeb aurait pu en coller une à Hook, alors Baron ou pas, marché ou pas, si cette grande langouste fumée lui refaisait ce coup-là, ça allait très mal se passer.

Pas très ému par le pirate blême qui le trucidait du regard, le guédé se rassit comme un prince l'aurait fait et congédia son interlocuteur sans un mot supplémentaire. Ravalant sa hargne avec le peu de patience qui lui restait, Zeb se leva lentement, récupérant sa béquille à l'aide des doigts encore vaguement valides de sa main droite tandis que, de la gauche, il essuyait le rhum qui avait coulé sur son visage - et qui ne sentait plus rien d'autre que la canne à sucre et l'alcool.

Le charpentier avait la tête un peu cotonneuse, anesthésiée de fatigue et de colère, et soudain il avait hâte de quitter l'air trop sec qui environnait Dimanche. Néanmoins, il prit encore quelques secondes pour dévisager le guédé, comme s'il tenait à mémoriser cet instant. Et enfin, peu sensible au brutal désintérêt de son interlocuteur, Zeb ramassa son tricorne sur la table, avant de dire d'une voix un peu trop douce et un peu trop maîtrisée:

"Na wè ankò, Baron La Croix."

Il remit son chapeau, le laissant volontairement un peu bas sur ses yeux pour l'empêcher de s'envoler dans la brise fraîche, indifférent à la sensation de cuisson que cela attisa sur son front là où le pouce du Diab avait rougi sa peau. Puis il quitta le bar, sans se presser, sans se retourner, et sans prêter la moindre attention aux regards des témoins silencieux qui prenaient acte de ce que beaucoup estimaient être un arrêt de mort.







"Zeb Skelton, peux-tu s'il-te-plaît cesser ce petit manège du gars attentif et naturel
qui donne envie qu'on lui fasse confiance, merci ?"

Citations by Carmine ♥
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L'Ombre
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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be EmptySam 29 Fév 2020 - 13:21

The End


Nul ne sait comment cette aventure s'achève,
On l'aura oublié, dès que le jour se lève.


FIN DE L'AVENTURE




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MessageSujet: Re: How Unlucky Can One Man Be   How Unlucky Can One Man Be Empty

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