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Baron Dimanche
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MessageSujet: O serpent heart    Lun 17 Avr 2017 - 13:32


Bien sûr, il aurait dû savoir que quelque chose serait inhabituel. Il avait fait un rêve, ce qui ne lui arrivait que rarement : il avait rêvé de cordes qui étaient des serpents et de serpents qui étaient des cordes.  


Maman était là, assise dans son fauteuil comme une impertinente jeune fille, une jambe passée par-dessus l’accoudoir. Ses longues dreadlocks étaient nouées sur sa nuque et son sourire noirci luisait doucement à la lueur des amples candélabres qui flanquaient son siège. Elle était reine chez elle, mais semblait veiller à souligner encore davantage cet aspect tout souverain en présence des Erzulies. Quand elle le regarda, lui, avec cet amour sévère dans les yeux, il sut immédiatement que quelque chose avait été décidé.



O Momon, kosalafé…



Lorsque le Baron avait été appelé dans la caze de Maman, il avait obéi sans se poser de questions : il ne refusait bien évidemment jamais une visite chez sa tendre mère, mais les derniers événements sur l’Île de Jamais pouvaient très bien justifier un conseil entre les frères Guédés et Maman Brigitte.
L’eau était haute, cette nuit, la plupart des passerelles et des ponts avaient été engloutis par les eaux épaisses de la mangrove. La pluie torrentielle saturait l’air de son grondement continuel, mais, sous le couvert épais des arbres, le Bayou s’acharnait à rester silencieux, tout amputé du reste de l’Île qu’il était. Les vagues géantes ne l’atteignaient pas, et le peuple nocturne se contentait de circuler en barques, en pirogues et en kwassa-kwassa. Le Baron Dimanche, lui, s’était contenté de glisser tel un spectre au-dessus de la surface liquoreuse des eaux. Une silhouette sombre balafrée d’une lumière chaude et profonde. Quand il était arrivé devant la caze de Maman Brigitte, l’un de ses frères cadets se trouvait là, adossé à la porte. Il l’accueillit avec un sourire narquois… et un verre de rhum. Maman l’attendait à l’intérieur, et ils avaient à parler. Il ne le suivrait pas.



C’était ce verre, vide, que le Baron faisait rouler entre ses doigts en jaugeant sa mère et ses invitées. Deux Erzulies se trouvaient là : La Freda et La Grânn. Il les avait saluées poliment, avec un sourire en coin un peu filou, car il savait qu’elles et Maman ne s’entendaient guère.

« Kosalafé ? » fit-il enfin sur un ton dégagé, qui se voulait plaisant comme à son ordinaire.

Pourtant, il était discrètement prudent. Il connaissait assez bien sa mère pour savoir qu’elle avait toujours une idée derrière la tête, bonne ou douteuse, pour toujours s’assurer le contrôle du Bayou. Et puis, il ne pouvait s’empêcher de repenser à son rêve. Les serpents et les cordes qui s’étaient noués autour de son cou, amoureux, asservissants, trompeurs, libérateurs. Comme pour confirmer son impression, sa mère se redressa alors dans son fauteuil et lui dit d’une voix caressante:

« Une grande nouvelle, mon adoré. Le moment est venu de te fiancer. »

Le Baron Dimanche cilla. Son visage n’exprima pas grand-chose, sinon une profonde neutralité qui valait toutes les marques d’incrédulité qu’on puisse imaginer. Maman continuait à parler : elle expliquait que c’était pour consolider les liens entre les familles du Bayou. Que cette alliance était prévue depuis longtemps, mais que le moment était venu de la concrétiser.

La Croix baissa le regard sur son verre, puis le posa négligemment sur la table la plus proche, entre deux crânes humains dégoulinant de cire de bougie. Maman n’avait pas besoin d’en dire tant : il n’était pas idiot, et devinait bien les tenants et aboutissants de cette décision.

Même ceux que sa mère tairait devant les Erzulies.

Il savait déjà qui serait la fiancée, et pourquoi elle avait été choisie. Pourquoi lui avait été choisi, et pas son frère aîné, Samedi.

O Momon...

Maman Brigitte savait ce qu’elle faisait, toujours. Là, elle souriait, et elle servait du rhum aux Erzulies, car il était évident que cette décision apportait une solution à plusieurs de ses tracas. Savourait-elle aussi l’ironie profonde de la situation ?

Le Baron ne bougea pas – il restait droit, ses pieds nus à plat sur le plancher noyé de feuilles de palmier et de fleurs séchées de frangipanier. Il devinait qu’ils ne resteraient pas à trois bien longtemps. Tout était soigneusement préparé à l’avance, bien sûr, afin qu’aucun pion ne se dérobe sur l’échiquier. Il ne savait même pas s’il était agacé ou admiratif devant les talents de sa mère pour la manipulation. Il la regarda, sagement, tandis qu’elle buvait son rhum pimenté. Il ne savait pas non plus ce que cette nouvelle lui faisait, passée la stupeur première. Il attendrait. Il verrait bien. Mais il était entendu qu’il ne pourrait pas refuser.

Puis, dans son dos, son petit frère ouvrit la porte.
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Erzulie Dantor
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MessageSujet: Re: O serpent heart    Dim 23 Avr 2017 - 22:52



Erzulie O! Jou manman m mouri m' ap kriye
Erzulie O! Jou Papa m mouri m' ap kriye.
Le jou madam m mouri, mwen jwenn yon lòt





Erzulie danse. Elle danse à n'en plus pouvoir. Son corps s'éreinte en chorégraphies fébriles. Sous ses pieds nus la terre humide voltige. Succions de gadoue, moqueries de la pluie. Elle danse et son corps gondole comme les intempéries. Entrechats et pirouettes. Ses mains chassent le chagrin du ciel -tango de sel- au delà des pilotis. Son bassin agresse, en déhanchés furieux, l'orage qui sévit au dessus et dans sa tête.

Elle sent encore sa peau, lait de pavot, coller à la sienne.

Baisers mouillés.
Souffle étroit.
Farine entre les doigts.

Depuis la Canicule, il se sont revus quelques fois, sous les branches de Mathusalà.
Abri de fortune pour deux bourgeons et de multiples rubans.
Étreintes et rires dérobés, collants de sueur ou trempés de pluies.
Ghost porte bien son nom. Il la hante, il la possède. Elle le garde tout contre elle, là où il ne faut pas, dans les fibres de son cœur-charbon, dans le ventre d'un sol aride qui jamais ne doit fleurir. Elle le sait. Et pourtant, elle triche.

Elle ment.
Elle fuit.
Elle dissimule.

Elle bafoue son propre sang et toute piété filiale. Elle mérite châtiment. Elle mérite, et cependant, fait silence. L'oxygène lui manque. Elle ne respire que par sa bouche à lui, brèves bouffées d'air entre deux torpeurs. Le Bayou l'étouffe, son eau stagnante l’empoisse. Elle se croit mourir sans boire à la source de son Perdu. Et plus l'éternité se détricote, plus elle chérit l'idée de s'échapper, de le rejoindre sous les voûtes boisées de son Grand Arbre.

Insignifiante petite Erzulie.
Puérile enfant trop chérie.
Tu te fourvoies ! On n'échappe pas à sa lignée.
Jamais !

***

- Tes fiançailles vont avoir lieu. Il est temps que tu deviennes une femme.

La gifle lui retourne la tête aussi brusquement qu'une bourrasque. Tatie Gué Rouge ricane de sa misère, Grânn Erzulie détourne les yeux. Mais sa mère, Ô sa mère, la transperce de milles poignard d'une simple œillade.
Erzulie Sans-Nom frissonne, alors, en se disant qu'elle sait. L'Amour ne saurait mentir à l'Amour qui lui a donné jour.

- Mama... supplie-t-elle
- Femen dyol ou! Mwen menm manman ou. Honore ta famille.

Vaincue, la jeune fille baisse le menton, les larmes aux yeux. Trois girons et pas un seul refuge.
Pas un.

Au loin, dans la fosse aux serpents, ses frères sifflent leur désaprobation.

***

On l'a préparée comme une poupée sans volonté, articulée à loisir selon les désirs de trois générations de femmes avides, qui chuchotent entre elles en lavant sont corps, qui complotent en le frottant d'huile parfumée. Elles tracent des lignes blanches sur son derme sombre, chair de coco sur croûte oblongue, charmes et sortilèges pour faire naître l'envie chez quiconque. Les sillons immaculés lui rappellent son Fantôme-Farine et c'est  accrochée à cette simple idée, qu'Erzulie subit le rituel des parures et des artifices.
Car on va la sacrifier sur l'autel des petits médisances et des pieux arrangements. Mensonges d'adultes avec qui elle ne veut rien à voir. Ces tractations, elle ne les comprends pas, elle n'en a cure. Et, se dit-elle en repoussant les doigts ridés de Grânn voulant lui arracher les plumes de Ghost nouées à ses cheveux, elle les bafouera, aussitôt le dos tourné.

Tatie la mène à l'abattoir, toute belle, toute jolie. Perles et bracelets chantent à ses poignet et chevilles, Damballa pend à son cou comme tout collier, des fleurs fraîches fleurissent ses boucles et un tissu léger, d'un jaune soleil d'été indien, l'offre presque à nu, mais pas tout à fait.
Les Erzulies ont bien œuvré.
La séduction est l'art de toute leur lignée.

La porte s'ouvre sur toute une assemblée imbibée de rhum et confite de piments. Freda se lève, droite et digne dans ses turbans.

- Ma fille, Erzulie Sans-Nom. Gageons qu'elle trouve le sien auprès de l'époux que vous lui avez choisi.

Le regard de la jeune fille glisse d'un Jour à l'Autre. Elle ignore à qui on la jettera en pâture. Tatie lui pince les côtes. Erzulie s'ébroue d'un "ouille" offusqué avant d'être poussée vers l'avant. Elle comprends, à rebours, qu'elle n'a pas fait preuve de politesse envers la maîtresse du Bayou. Maman Brigitte la terrifie. Damballa roule des yeux et des écailles face à ce concile hostile.
Avec toute la grâce qui lui est possible, l'Amour se coule en révérence.

- Manman nan Bayou a, ak chak semèn, mwen voye bonjou pou nou.






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MessageSujet: Re: O serpent heart    Mer 7 Juin 2017 - 11:23

Les verres sont remplis, et les estomacs chauffés. Maman a fini de parler, le ton enjoué par l'alcool devant un fils, la langue coupée par l'annonce. Devant une Freda qui touche à peine à son verre, qui a apprêté sa fille dans une parade de séduction de circonstances, mais bien inutile quand le mariage est déjà prononcé. Ça allait et venait à coup de caprices et de doléances. Sans courber le dos, ça siffle comme des serpents, hypocrisie à peine dissimulée. Les jeux de pouvoirs sont des marchandages entre lépreux et mendiants, et Brigitte n'a qu'une patience très relative pour ce genre d'affaire. Comme tout le reste, ça l'amuse beaucoup, mais qu'un instant.

C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle lève subitement la main, réclame -exige- le silence. L'autre main fait bouger son verre machinalement, où le rhum danse à la lueur des bougies. Le verre penche subitement un peu, quelques gouttes viennent exploser contre le parquet, non loin de son dernier vévé tracé au sol à la craie. La tension est palpable, et pas uniquement parce que les deux jeunes gens sont là, patauds et impuissants devant une décision bien plus forte qu'eux. Maman réfléchit, et elle a arrêté de sourire. Naturellement les bougies s'affaiblissent, l'obscurité envahit les lieux. Les loas susurrent et bougent autour d'elle, elle hoche plusieurs fois la tête dans le silence pesant, il est difficile de savoir si c'était envers les salutations tardives d'Erzulie, ou encore une de ses absences.

Elle fait pourtant signe à la jeune sans-nom d'approcher.

« Bon ti fi. » Commente-elle. Brigitte aime les âmes vagabondes du Bayou. Ni elle, ni les plus jeunes ne tiennent en place, mais toujours leur condition les rappelle à la maison. C'est là où ils sont en sécurité. Mais personne n'est vivant si il ne flirte pas avec le danger. Maman sait, Maman sait. Son corps perclus de scarification est un témoin des histoires qu'elles ne compte jamais. Le passé de Maman est une denrée rare à entendre.

Dans un balancement de jambes, elle se repositionne devant son fils. Oubliant les Erzulies un moment, quiconque pénètre chez Brigitte doit s'attendre à être laissé de côté à tout moment. Il ne dit rien, il sait qu'on se tait devant Maman Brigitte.

« Mon diab. » Elle murmure pour que lui seul l'entende. Elle se lèche d'index et écrase la flamme d'une bougie à côté d'elle, les isolant encore un peu du reste de l'assemblée. Laissant juste les yeux incandescent de son fils chéri l'éclairer. La flamme s'évapore dans une forme décharnée. Le sifflement caractéristique du feu qu'on éteint prend la forme d'un cri perçant étouffé. Ses yeux sont plongés dans ceux de son fils. Pour la première fois depuis des heures, ils clignent même, lentement, avec gravité.
Le moment est important, alors elle sonde. Quelque chose gronde dans son fils, des blessures anciennes qu'eux même ont apprit à taire. Une barrière épaisse contre laquelle Brigitte se love en la caressant du bout des doigts.

Elle finit par se lever de son fauteuil avec lenteur, et tend sa main ouverte, dans un cliquetis de bijoux rituels, vers son fils. Elle lui sourit, et il est difficile de savoir la nature même du rictus. Brigitte ne fait aucun mouvement vers lui, laisse Dimanche venir à sa mère. Il viendra, il vient toujours.

Et peut-être cette fois ils parleront, même si c'est juste avec les yeux.

Mais pour l'heure, elle lève les yeux vers les Erzulies, la lumière se rallume légèrement, malgré le vent chaud qui souffle subitement une bourrasque dans la caze de Maman. Elle ignore les paroles des aînées de la fiancée : elles ne sont pas concernées après tout. A la place, ses billes noirs se posent sur la Sans Nom.

«  Dimanch pral mari ou. » Qu'elle annonce tout de go, aussi peu protocolaire qu'à cheval sur son hygiène dentaire. Maman n'a jamais eu besoin de phrases alambiquée pour régner. La voix tremblotante de la jeune fille en est le parfait exemple. Il n'est jamais de bon ton d'ennuyer Brigitte, et impossible de savoir ce qui peut l'énerver.

Car Maman a une brève inspiration désagréable : moult choses lui sont dissimulés ici. De la part des Erzulies ce n'est pas vraiment surprenants. Cela ne veut pas dire que c'est admissible. Mais elle s'en occupera plus tard, son fils est sa priorité. Et sur l'île de jamais, elle avait le temps. L'éternité.






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MessageSujet: Re: O serpent heart    Jeu 8 Juin 2017 - 20:46

La porte s’était refermée sur la fiancée.

Dimanche ne tourna la tête qu’à demi, quelque peu raidement. La mâchoire serrée, presque sévère. La Sans-Nom était bien là, l’air petite dans ce décor encombré d’os et de plantes. Belle, bien sûr ; vêtue des rayons de soleil qui manquaient au Bayou. Avec elle étaient entrés des parfums de coco et de fleurs entêtantes, mais surtout l’effluve d’une magie bien vieille, intestine et serpentine – l’Art des Erzulies dans toute sa subtilité.
En la voyant ainsi, le regard incandescent du Baron sembla s’adoucir, et il détourna lentement la tête. Pas tant parce qu’il était charmé, mais parce qu’il était affreusement évident que l’Amour ne voulait pas se trouver là.

Pauv’ ti cafrine.

Maman l’appela alors.

(Son Diab.)

Le regard qu’il eut alors pour elle fut tranquille, tendre comme d’ordinaire. Mais comment savoir ce qu’il se passait vraiment dans ces yeux sans pupilles, brillants comme des braises chaudes ? Peut-être Maman le savait-elle. Peut-être qu’elle le devinait. Lui, il la considéra en silence, tandis qu’elle mouchait une bougie du bout des doigts. Les volutes lourdes et odorantes sifflaient doucement entre ses phalanges noueuses.
Finalement, elle se leva de son fauteuil et tendit une main vers lui. Maman souriait de toutes ses dents noires, sûre d’elle et souveraine, implacablement aimante, tendrement despote. Dimanche ne se déroberait pas : il s’avança presque aussitôt vers elle, docile, et se saisit délicatement de la petite main de la grande sorcière. La paume de Maman semblait toujours tristement froide contre sa peau, mais il subsistait ce picotement souterrain, un flux de magie qui circulait entre eux. Il sentait à travers elle la présence des Loas ancestraux, pesants et granitiques sur les épaules balafrées de sa Maman. Une terrible sensation.  

Dimanche resta silencieux, encore. Mais il finit par rendre son sourire à sa mère – doucement, du bout des lèvres, avant qu’il n’élève la main prise au creux de la sienne pour y déposer un baiser. Léger, pour ne pas la brûler, mais lui montrer sa dévotion et son respect. Il n’oubliait pas sa contrariété. Mais pour l’instant, elle se terrait au fond de ses entrailles, sourde, presque domptée.

«Dimach pral mari ou.»

Voilà. Il allait l’épouser. Maman le disait avec une telle simplicité, sur un ton si factuel que la chose en était presque risible. Une cruelle paire venait d’être faite, asymétrique et dissonante, et pourtant indivisible. La Sans Nom serait au Guédé Calciné : voilà ce que saurait bientôt le peuple du Bayou. Peut-être jugerait-on ce choix heureux, puisqu’il était avéré qu’ils partageaient le goût de la danse et cultivaient tous deux l’art de l’effronterie? D’autres, bien sûr, chuchoteraient le contraire. Le ladilafé irait bon train, comme toujours.

Le Baron jeta à nouveau un regard sur Erzulie. Il ne parvint pas à lui sourire, cependant, et n’offrit qu’un signe de tête neutre. Peut-être était-il indifférent. Peut-être était-il désolé. Lui même n’en savait rien.
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MessageSujet: Re: O serpent heart    Dim 27 Aoû 2017 - 21:55



- Dimach pral mari ou

Les barreaux d'une prison prennent bien des formes. Son geôlier est beau, son corps n’est que séduction élégante et son regard, brûlants mystères. Il n'en reste pas moi un geôlier malgré tout. Piégée dans la case de celle que tout le monde craint, il n'y a guère d’autres issues que de lever la tête avec fierté. C'est ce que fait le petit bout de femme, la Sans-Nom, la vendue. Buste droit, seins arrogants et menton dressé, Damballa siffle de dédain à son cou. Toute sa gestuelle exprime la morgue d'une provocation, d'un sursaut de pugnacité.
Enfant rebelle, femme de passion.
Erzulie prend seule sa décision.

- Jan ou vle. Li pral mari m ' ! Men, mwen chwazi yo renmen ou oswa ou pa !

Ses doigts plongent dans sa chevelure et secouent ses boucles. Fleurs, perles et breloques tombent en pluie sonore sur le sol. Ses cheveux en bataille soulignent l’impétuosité de ses prunelles d'or. Les cris offusqués des Erzulies seront ses seuls parures. "SSSSSSSssssSSSss !" leur crache-t-elle en guise d'injonction au silence. Coite, la Lignée se pétrifie, choquée. Erzulie sourit, venimeuse. Cette insolence est son armure, sa côte de maille. Qu'ils la frappent et la piétinent - ces ancêtres, ces mères et ce mari  - elle continuera de danser. Pas vaillant et décidé !

Qu'ils y croient tous !

Car sous  l'orgueil tremble la fillette qui défie l’aîné. A l'ombre de sa tignasse de lionne farouche, s'enlise l'angoisse de la punition à venir. Twò ta, le tango est lancé. En trois pas chassés, la voilà sur Dimanche. Il est grand, imposant, flamboyant. Elle est si petite. Hissée sur la pointe des pieds, elle tambourine cette poitrine qui lui grille déjà le derme.

- Sois mon fiancé, ou même mon époux, Sa yo se sèlman tit.
Son bras s'enroule autour de son épaule et sa paume sillonne jusqu’à sa nuque qu'elle saisi fermement. Mais si tu veux être nonm mwen : Mérite-moi !

Elle défie les braises ardentes du Diable droit dans les yeux, avant de l'abandonner là, comme un amant d'un soir dans des draps froids. C'est à la chef de sa nouvelle lignée qu'elle souhaite parler, à présent. Elle s'incline avec tout le respect d'une bru.

- Mwen onore ke w ap manman nouvo mwen. Mwen ta dwe pou ou yon ti fi reyèl. Sa tête se penche sur le coté, songeuse. Men si w ap manman mwen  ak si m 'se pitit ou. Erzulie dresse un doigt accusateur vers celles qui l'ont jetée en pâture à la vie. Ki moun ki se moun sa yo?

Elle ne peut avoir deux mères à qui obéir. La petite effrontée fait le pari de remplacer Freda par Brigitte. "Pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare."






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MessageSujet: Re: O serpent heart    Jeu 19 Oct 2017 - 9:50

La chaleur du Diable.

Différente, immensément différente de la froideur cadavérique de son aîné, et pourtant que Maman aimait s'y lover aussi. L'adoration dans les petits gestes pour ne pas orner la peau brune de nouvelles cicatrices de brûlures. Délicate attention. La vieille prêtresse en garde quelques unes, qu'elle chérie comme toutes les autres. Des accidents de bambins, des attentions déplacées, des accolades imposées. Parfois maman serre très fort, et souvent ne pense pas au reste.

Il parlerons après. Évidemment. Maman n'a rien à cacher, et Maman a toujours raison, même quand cela dépasse les autres esprits. Cette sagesse corrompue et versatile d'une femme aux yeux morts. Il prend son mal en patience, qu'il est beau mon fils et qu'il est poli. Il comprendra, sûrement, plus tard. Peut-être comprend-t-il déjà? Mais le Diab n'est pas heureux, il n'est pas ravi. Brigitte le sait. Parce que Brigitte sait tout.

Alors pourquoi?

Parce que.

Les Erzulie sont en rang d'oignon, l'amour au goût amer, qui jette leur dernier cœur à ses pieds. Des dialogues sans fin pour arriver à un semblant d'accord. Vivre dans le Bayou n'est pas si gratuit, et Maman en paye le prix tout les jours, alors elle demande un dû colossal contre doléances. La politique l'ennuie rapidement, autant que les grattements aux portes et les chiens qui réclament. Un ordre à suivre, ou une main qui broie. Patience à ses limites, même face à l'éternité.

Les serpents sifflent et se rebiffent, devant une Reine en haillons qui croise les bras. L'intérêt est revenu, soudain. Peut-être disparaîtra aussi rapidement. Sans Nom n'aime pas les arrangements, peste, exige et réclame. Elle veut être courtisée.

Maman ne dit rien, observe, puis est soudainement intéressée par le tracée d'une veine sur sa main. Peut-être la discussion entre les promis ne la regarde en rien, peut-être a-t-elle vu quelque chose palper sous sa peau. Peut-être que quelqu'un en trop écoute aux portes aussi.

L'atmosphère est froide, même si le diable brûle non loin. Le plancher poussiéreux semble se mouvoir autour d'elle. Un chant s'élève dans la case encombrée, au milieu des odeurs de rhums et piments. Ils sont là. Ils sont chez eux après tout. Et ils tiennent à se manifester quand Maman ne dit rien. Maman serait-elle de mauvaise humeur? Non sûrement pas, espérons pas. Mais Maman pense. Difficile de savoir à quoi. Tant et bien que sa tête ne se relève pas quand Sans-Nom lui offre sa nuque. Pas tout de suite, deux secondes de flottement avant qu'elle ne lève un menton impérieux, un profil de reine-mère sous les couches de crasse. Elle écoute, avec attention. Et si elle ne cligne pas des yeux, ses sourcils s'élévent un instant à la menace qui pèse désormais sur ces bourreaux.

Freda, Freda. Erreur. Erreuuuur. Les enfants sont sacrés, les enfants doivent être aimants. Même un petit plaisantin comme Mercredi. Un parent médit par sa propre chaire :« li tris. » Maman rigole, un petit peu, de la gorge, sans sourire.

Ses doigts, longs noueux et étrangement gracieux se lève sur un serpent blanc, le dos de ses phalanges un bref instant sur les écailles luisantes. Un geste presque tendre, mais ferme : personne ne défit son autorité. Les Erzulie non plus.

« Mwen pa konnen. » Répond Brigitte, main tendue devant elle, pouce et majeur unis ensemble, menaçants, prêts à claquer d'un ton sourd et sans appel, alors que les loas chantent toujours.

Ici.
Là-bas.
Plus loin.
Plus près.

C'est elle qui leur donne ce qu'ils veulent.
Elle, et seulement elle.
Le Bayou est sa chair.
Les puces sur son don n'ont pas à demander couronne.

« Men, petèt wi. » Elle penche la tête sur le côté. L'air de se questionner sincèrement.

La main est toujours tendue, les doigts toujours prêts à rompre quelque chose. Elle seule sait quoi. La menace est palpable. Et les loas grondent : ont-il vraiment besoin de ça? Ce grossier geste pour agir?

Bien sûr que non.

Maman abandonne les Erzulie ici, se tourne vers son fils, une main sur le pectoral. Elle cligne des yeux, une seule fois, les noirs opales dans les iris incandescentes. L'obscurité est tombée sur eux, les isolent presque parfaitement, si l'on oublie les merveilleux sillons brillants sur la peau colorée du magnifique enfant.

« Mon fils. » Fit-elle a son unique intention, l'expression honnêtement concernée. Peut-être même inquiète. «Ou konnen m '? »

Une question, tellement brûlante.
Et pourtant tellement froide.






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