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Héméros
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☯ Légendaire ☯


✘ AVENTURES : 85
✘ SURNOM : La Bête à Cornes
✘ AGE DU PERSO : Imprécis

✘ LIENS : ♈️ Fiche
♈️ Dé à Coudre
♈️ Aventures en cours :


MessageSujet: Petit matin, grand matin   Ven 13 Jan 2017 - 22:36



Les chuchotis de la nuit commençaient à laisser place aux trilles vivaces des oiseaux les plus matinaux. Ce fut à ce moment-là que le grand faune entrouvrit les yeux et prit une longue inspiration. L'air était délicieusement frais, tout juste alourdi par les parfums d'herbe et de tourbe, et ceux des fleurs qui aiment parler la nuit. Héméros, justement, avait dormi sous les branches d'un brave jasmin qui avait survécu à la tourmente, et recommençait déjà à fleurir. Il en avait gardé une infinité de petites fleurs, qui se combinaient aux perles de rosée pour dessiner de complexes constellations dans la masse de sa chevelure. Il cilla paresseusement, et déjà un sourire venait arrondir les angles de son visage tandis qu'il considérait la couleur du ciel à travers les branches minces du jasmin. Un bleu rose léger, nu de nuages. Depuis que la "Grosse Grosse Pluie" s'était enfin arrêtée, le ciel était redevenu clément et doux et la terre semblait de nouveau respirer. Il était content de revoir le ciel et le soleil, Héméros. Il était aussi content que ses cheveux aient repris le vert tendre du lichen, au lieu d'un bleu morose qui l'avait fait ressembler aux tristes nuages de pluie.

De ce fait d'excellente humeur, Héméros se redressa de son lit de hautes herbes en étirant déjà ses larges bras au-dessus de sa tête. Il ponctua le tout d'un bâillement aussi sonore que bienheureux, signe qu'il avait de toute évidence passé une excellente nuit à la belle étoile. Le grand faune s'ébroua avec énergie, faisant voler en tous sens sa lourde masse de cheveux verdoyants, et avec elle, quantité de fleurs blanches, brindilles et gouttes de rosée, ainsi qu'une libellule confuse qui semblait aussi s'y être égarée.

Son regard encore ensommeillé glissa sur les alentours, sur la pente douce de la colline piquée de fleurs pâles, et le petit ruisseau qui se frayait un chemin à ses pieds. C'était là un reste de la saison des pluies, qui achevait de déverser le trop-plein des rivières et des sources vers l'océan, et qui bientôt disparaîtrait à son tour. Les grandes vagues qui avaient avalé le Bois Joli avaient bien sûr fait beaucoup de dégâts : la houle avait fauché les arbres, le sel avait rongé le sol et tué beaucoup de plantes. Les sentiers arpentés par les Peaux-Rouges et les Enfants Perdus n'étaient plus lisibles sous la croûte de boue tourmentée qui avait tout recouvert, et même les créatures du Bois semblaient parfois confuses quand au chemin à prendre: beaucoup avaient perdu leurs maisons, trop encore avaient perdu des membres de leurs familles. Le Bois était ressorti de l'eau bien maussade, mais vivant, somme toute. C'est ce qu'il fallait retenir. Héméros n'était pas triste lui; ou du moins, il ne l'était plus. Il savait juste qu'il avait du travail à faire pour aider le peuple de la forêt, et panser les plaies des arbres, des rivières et des rochers, pour que son Bois Joli redevienne...eh bien, joli ! Son intarissable volonté de bien faire lui avait redonné une énergie folle, qui contrastait avec l'hébétude de la plupart des habitants des Bois.

Mais!

Chaque chose en son temps. Le réveil est une partie importante de la journée. Un rituel sacré, même : n'importe quelle créature vous le dira.

Héméros prit le temps de décoller gentiment les escargots qui lui avaient chatouillé les côtes dans son sommeil, les déposa en file indienne sur la branche la plus proche, puis se leva d'un bond sur ses lestes jambes de bouc.

Il nota presque aussitôt que les rayons du soleil, par le jeu des éclaircies et des ombres encore étirées des arbres alentours, peignaient sur le talus des flaques de lumière, moutonneuses et espacées : il ne lui en fallut par davantage pour se lancer joyeusement à sabots joints dans le premier espace baigné de lumière. L'herbe toujours gorgée d'eau émit un chuintement sonore, accompagné d'un envol de gouttelettes. Il écarta théâtralement les bras, le nez levé et les yeux clos pour mieux accueillir les rayons qui peinaient encore à réchauffer son visage. Tout sourire, et l'air très amusé par son petit jeu, le grand faune s’attela à descendre la colline en sautant d'un côté et de l'autre, esquivant les ombres tièdes pour rester dans la clarté du petit jour.
Sans même y réfléchir, il se mit à fredonner un air de sa voix profonde, une de ces vieilles comptines pleines de répétitions, qu'il lui semblait connaître depuis toujours, et qu'il avait peut-être appris d'un autre faune, ou d'un Enfant perdu depuis longtemps. Elle disait merci à la pluie, pour les vignes et les jardins et les citrons en hiver. Il l'aimait bien, celle-là, puisqu'elle parlait de choses simples et bonnes. Il continua à la chanter avec application jusqu'à atteindre le "ciel" de sa marelle éparpillée : il sauta au bord du petit ruisseau mourant, et éclata de rire en voyant ses sabots s'enfoncer dans la terre trop meuble et humide de la berge et manquer de peu de lui faire perdre son équilibre. Il avait passé la saison dernière à glisser dans la boue, mais il ne semblait pas s'en lasser pour autant, le grand Faune !






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