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Freckles
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MessageSujet: Bleu au bord du vide   Mar 15 Nov 2016 - 17:46


Il y a une règle d’or. Un truc non-dit, mais trivial que même les plus inconscients respectent. Sur l’île de Jamais, l’inconnu est dangereux. Aussi merveilleux qu’il puisse être, on s’en méfie. On ne s’approche pas sans réfléchir de quelque chose de beau et de nouveau, parce que ce qui est beau et nouveau peut vite se révéler avoir beaucoup de dents et de griffes et éventuellement cracher du feu ou de l’acide.
La jungle est nimbée d’une lumière bleue léthargique et Freckles oublie la règle d’or. Difficile de croire que quoique ce soit soit dangereux dans cette ambiance. On dirait que la nature est en veille et ça l’incite à bouger doucement, presque sur la pointe des pieds alors qu’il se glisse entre les épaisses racines. Par instants il a l’air de chercher quelques choses, et par d’autres son attention s’égare sur un détail, un mouvement au coin de sa vision. Comme cet entrelas de lianes fines qui puisent comme des veines sur le tronc d’un arbre.
C’est hypnotisant.
Il fait mine de s’approcher. Pas prudent. C’est joli, pourtant. Au bout les tiges s’enroulent comme de la dentelle. Il tend la main. Touche pas, Freck, tu sais pas ce que c’est, c’est peut-être dangereux. Règle d’or, Freck- putain.

A son contact  la liane se tend vers lui et s’enroule autour de son poignet. Vert sur tâches brunes, l’image frappante d’un bracelet élégant et délicat.
L’image, seulement, jusqu’à ce qu’elle continue de s’enrouler à le faire blanchir, et que des épines épaisses s’enfoncent dans sa chair.

Il lâche le genre d’injures qu’il ne se permettrait pas devant les plus jeunes, et pense seulement maintenant à réagir. Agrippe l’extrémité de la liane avec sa main et tire , ce qui n’a pour effet que d’ancrer encore un peu plus les épines dans son poignet. Malgré son aspect la liane est résistante. Putain de résistante. De sa main libre, il sort un couteau et tranche la liane d’un geste décidé. Quelque chose gicle.
C’est comme appuyer sur un bouton et déclencher la fin du monde.
Comme si la jungle se réveillait d’un coup, et d’autres lianes se jettent dans sa direction comme un espèce de monstre végétal aux rangées de dents. C’est son autre poignet qui est maintenant la cible. Puis le premier de nouveau. Il a le temps de libérer de celles là et fait volte face, finalement décidé à prendre le large, quand une troisième plante vise sa cheville.

Freckles lâche son couteau et un gros mot peut-être encore pire que le premier. Puis la liane le tire d’un coup sec en arrière et il s’écrase sur le sol boueux de façon spectaculaire, la face la première.
(Quelque chose craque.)
Avec un peu de recul il trouverait ça hilarant.

Mais suspendu par la cheville à quelques mètres du sol par le parasite d’un arbre carnivore, le nez en sang, ça le fait nettement moins rire.
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Hérisson Chanteur
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mar 15 Nov 2016 - 19:18

Quelque chose gicle.

La nature s'éveille ; les oiseaux, avisés, s'envolent par nuées -loin de la fureur arrachée à sa léthargie. Au sein de la Jungle Luxuriante, la faune et la flore ont le réveil difficile.

Les yeux sombres du Huron quittent les cieux brumeux pour rejoindre le point d'agitation : plus qu'une vision claire de l'évènement, c'est l'intuition qui guide son regard avec justesse.
Quelques gouttes salées perlent encore dans ses mèches indisciplinées ; témoignages d'une pluie mourante. Hérisson Chanteur s'humecte les lèvres, n'hésite qu'un instant avant de s'élancer.

Sa course est rapide ; toutefois elle n'a rien de précipitée. Le Papoose file entre les arbres avec fluidité, ne tarde pas à bondir sur leurs branches pour prendre de la hauteur. Il se rapproche et préfère demeurer dans l'ombre, pour mieux évaluer la situation.

C'est un éclat roux qui se dresse au milieu des éclairs verdâtres fulgurants. Le Narrateur songe d'abord à un écureuil, mais constate bien vite son erreur.

C'est un enfant.

Perché, caché, Hérisson Chanteur se redresse un peu. Ses yeux éveillés parcourent la scène, observent calmement. Porc-épic présent, il aurait probablement foncé dans le tas, songe-t-il distraitement.
Ses mains le démangent un peu.

La vitalité pulse et déborde en ces lianes hérissées de dents végétales. Elles s'agitent en tout sens et pourtant convergent sans relâche en un unique point. Déterminées. Elles ne laissent aucune chance à leur victime.
Cette dernière est suspendue en l'air par la cheville. Se débat-elle ? Dans toute cette effervescence, le Papoose est malheureusement incapable de le déterminer.

C'est un massacre. Rissou en a auparavant trop vu : aussi l'intérêt n'est plus tant vivace. La chair découpée et percée, les membres étirés puis arrachés ; ce sont des méthodes trop communes. Les histoires en sont déjà gorgées. La déception et l'ennui l'envahissent bien rapidement.

Sous sa main, le Huron perçoit une dernière lueur de vie. L'arbre qui le porte est mourant.

Il comprend soudain.

Hérisson Chanteur quitte son abri et se laisse glisser doucement à terre. Une liane passe, érafle sa peau plus fragile qu'une feuille. Il s'avance malgré tout, tend sa main pour enrouler ses doigts autour du poignet de l'enfant tandis qu'une liane s'enroule autour de son propre poignet.

Shhht.

Il est difficile de savoir à qui s'adresse le murmure rassurant ; quoi que bientôt les lianes ralentissent leurs mouvements et semblent s'apaiser. Au fur et à mesure que le Huron s'applique à effacer les craintes, silencieux, leur violence s'évapore et elles se desserrent -lentement, mais sûrement.

Puis elles lâchent totalement prise : le garçon est libre de s'écraser par terre.

Hérisson, quant à lui, guide la plante jusqu'à l'arbre dont elle avait pour tâche d'achever l'existence.
C'est le cycle logique de la vie.

Doucement, Le Narrateur se tourne ensuite vers celui dont l'éclat roux l'intrigue désormais, quelque peu.

Tu ne devrais pas t'approcher de son repas.

Les mots restent ancrés derrière ses lèvres.
Perdus et Peaux-Rouges ne partagent pas le même langage.

Derrière, la plante remue encore, montre les crocs. Elle demeure nerveuse.






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Freckles
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mar 15 Nov 2016 - 21:28

La tête à l'envers, Freckles a une pensée soudaine pour Reverse. Reverse passe sa vie à l'envers : tellement que pour elle, c'est presque le bon sens. L'envers n'est pas le danger. Tout est une question de repères. Cette pensée l'empêche de se dire qu'il est objectivement foutu et le laisse étrangement serein. Mais pas résolu à se faire bouffer par une plante. Il essaie vaguement de se redresser, se hisser jusqu'en haut par la force des jambes et des abdos, mais renonce quand son geste menace de lui scier littéralement la cheville. Mourir sans pied droit n'est pas une belle mort, il décide. Se balancer risque de donner le même résultat. Oui, trop de tension. Atteindre le sol, alors ? Non, pas moyen. Trop haut. Fait chier. Attendre de voir ce qui se passe ? C'est vrai ça, comment ces plantes sont censées réussir à le digérer ? C'est des plantes. Ta jambe se cassera avant, précise sa conscience. Merci bien. Freckles croise les bras comme s'il était en position de réfléchir, l'air boudeur.
Il ne voit pas arriver l'autre, et sursaute lorsqu'on saisit son poignet, avec autant de délicatesse que la toute première liane.

C'est un enfant.

Un enfant à l'envers. Peau brune, yeux bruns, lèvres barrées d'une drôle de cicatrice. Jeune ? Le livreur s’apprête négligemment à lui annoncer qu'il vient de toucher une plante sanguinaire et qu'il n'est pas vraiment en posture pour l'aider, mais aucun mot n'a le temps de sortir de sa bouche.

Shhht.

Il cligne des yeux, hautement perplexe. Et les lianes le lâchent d'un coup. Il a le réflexe de tendre les mains pour ne pas éclater son crane contre le sol ; quelque chose craque de nouveau- son poignet ? Et il se redresse sur ses genoux, pour voir le garçon faire face aux lianes avec l'assurance d'un dresseur de serpents. Les plantes refluent effectivement avec une grâce reptilienne. Freckles croit bien qu'il vient de rencontrer Le Garçon Qui Murmurait à l'Oreille Des Plantes Grimpantes, et c'est surréaliste. D'accord, les Hurons il connaît. La communion avec la nature, tout le bordel. Ça n'en rend pas la chose moins impressionnante.

Le gamin se tourne vers lui, l'air immensément sérieux.
Concluant que le shhht ne lui était pas adressé, Freckles ouvre la bouche pour dire un mensonge.

« Tout était sous contrôle. »

Une part de lui a très envie d'être vexé. Se faire sauver par un gamin inconnu n'a rien de flatteur, et son cerveau se lance dans des calculs de dettes et de redevance qui ne lui plaisent pas. Mais un Peau-Rouge est un allié. Il prend appui sur une main pour se relever, campé sur ses deux pieds, teste la résistance de sa cheville, grimace et estime qu'il survivra. Puis il adresse un sourire stellaire au garçon. L'humeur diplomate. Il remarque ses poignets sanguinolents, où et les marques bleutées laissées par l'étau de la plante. Négligemment, il l'essuie sur son tee shirt pour tendre une main devant lui.

« Merci quand même. T'aurais pas vu un Perdu, à peu près petit comme ça ? » il fait un geste au niveau du haut de ses côtes, se rappelant soudainement de sa mission. « Avec des cheveux bruns et des baskets rouges ? Je pense qu'il s'est peut-être fait bouffer par un arbre. »

La dernière phrase sort avec un certain naturel, alors que Freckles jette un coup d’œil suspicieux aux lianes qui frétillent dans le dos du peau-rouge.
Peu rancunier, au final.


Dernière édition par Freckles le Mer 16 Nov 2016 - 7:07, édité 1 fois
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Hérisson Chanteur
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mar 15 Nov 2016 - 22:59

Le garçon lui adresse des paroles que Le Narrateur ne peut comprendre. Sa langue est natale, fluide, bien trop fluide.
Bambi lui enseigne, pourtant, patiemment. Hérisson Chanteur continue, malgré tout, de peiner à combler l'abîme qui le sépare de l'anglais ; parfois, il se demande si Pic fait face aux mêmes difficultés. Il imagine que oui.

Il essaye, cependant : s'il était parvenu à la traduction correcte, nul doute qu'un sourire, à la fois doucereux et amusé, aurait brisé le sérieux de son expression.

Néanmoins, comme ce n'est nullement le cas, Rissou demeure impassible tandis que ses yeux scrutent, comme de coutume, sans retenue.
Scrutent ce roux touffu et improbable, qu'il n'a pas pour souvenir avoir pu observer auparavant.
Scrutent ces drôles de tâches qui parcourent et recouvrent cette peau claire comme des nuages d'été.
Scrutent ce sourire empli d'étoiles filantes scintillantes. Un instant, il croit même être frappé par l'une d'elle, accidentellement. Il cligne un peu des yeux.

Cet enfant est solaire. Malgré cela, ses rayons paraissent ternis par un brouillard épais.

Merci quand même. T'aurais pas vu un Perdu, à peu près petit comme ça ?

Hérisson Chanteur ne peut attraper au vol tous les sens des mots dont il est assailli ; aussi, il décide de se faire, simplement, attentif à l'intonation. Une pointe d'amertume semble s'y glisser imperceptiblement, comme une brise un peu trop fraiche au creux du cou, mais le Papoose n'y perçoit aucune agressivité. Du reste, il parvient à saisir, à la dérobée, un remerciement et une forme d'interrogation. Il peine de fait à comprendre le geste qui l'accompagne.

Avec des cheveux bruns et des baskets rouges ? Je pense qu'il s'est peut-être fait bouffer par un arbre.

Cette fois, le Huron ne peut attribuer aucune signification à cette phrase.
Plutôt, il n'imagine pas que se faire manger par un arbre soit un sens acceptable tant l'idée lui paraît saugrenue. Il a malgré tout un sourire imperceptible à cette pensée, qui bien vite s'efface au profil d'un soupir.

Il secoue la tête lentement, de droite à gauche.

Pas comprendre.

Dans un coin de son esprit, il entrevoit Bambi fulminer contre une mauvaise prononciation qu'il ne peut que deviner.

Un soupir, encore. Le Papoose est las, sitôt que son histoire s'est envolée. Il surveille tout de même la plante du coin de l’œil, au cas où. Il ignore s'il espère ces lianes apaisées définitivement ou s'il aimerait observer, une fois encore, cette fureur et cet acharnement dont elles peuvent faire preuve.

Les lianes sont cependant calmes, palpitent et se gorgent des dernières étincelles de vie du vieil arbre. Rissou observe les blessures qui picotent sur ses bras, puis celles, plus sévères, qui courent sur la peau du garçon au même titre que ses étranges tâches.
Il est en mauvais état. Il a l'air de tenir difficilement sur ses jambes -avec un équilibre quelque peu précaire. Son nez est déformé, probablement brisé.

A cette vision, Hérisson Chanteur fronce les sourcils puis tapote son propre nez. Il espère se faire comprendre, car la blessure, il le sait, peut rapidement devenir handicapante.
Le garçon est-il capable de se soigner seul ?






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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mer 16 Nov 2016 - 9:57


Pas comprendre.

Oh.
Ça explique pourquoi le garçon s’est contenté de le regarder impassible pendant qu’il parlait. Pourquoi il a ignoré sa main tendue- qu’il laisse retomber mollement du coup. Barrière du langage. Barrière de la culture. Jusqu’ici Freckles n’a rencontré que des peaux-rouges qui parlaient un anglais remarquable. Mais lui, c’est un gosse. Il bute déjà sur des mots si simples.

Une seconde le livreur se sent un peu découragé. Parce que Freckles parle. Il parle même trop, c’est une de ses caractéristiques et un de ses gros défauts. Parler à quelqu’un qui ne le comprend pas, c’est comme parler tout seul. Pourtant étrangement il comprend plus de choses de l’autre garçon que lui ne le comprend. Tout lui semble clair dans ses mimiques et ses gestes. Il arrive à avoir percevoir sa perplexité, ses soupirs et vagues sourires. Il le comprend comme il arrive à comprendre Mute ou Fishy. Sans les mots.

Le garçon tapote son nez d’un air soucieux. Freckles l’imite machinalement, se rend vaguement compte de la douleur sourde qui pulse dans ses os.

« C’est pas si grave que ça en a l’air. » Il assure. « J’ai déjà eu pire. »

Il accompagne cette phrase d’un pouce en l’air et d’un sourire qu’il veut rassurant. La vérité c’est que son nez lui paraît secondaire à côté de la peau déchiquetée de ses bras. Il soulève le bas de son tee shirt pour s’essuyer le visage avec comme s’il ne s’agissait que d’une vague salissure.

Il décide de laisser tomber sa demande précédente. Et en mimant soigneusement chacun de ses mots, il choisit l’approche la plus simple.

« Je m’appelle Freckles. »

Il annonce en se désignant. Puis il tapote sa joue comme pour lister les tâches une à une. Puis il fait un geste interrogateur en direction de son interlocuteur pour qu’il se présente. Les peaux-rouges ont des noms super cool. Des animaux censés représenter leur essence ou un truc du genre. Freckles se demande sur quoi il tomberait ; si le lionceau s’impose ou si le destin lui préférerait quelque chose de nul comme un pigeon ou un raton laveur.

Des mécanismes familiers se mettent en place dans ses gestes. Ses mains s’animent malgré son poignet cassé. Il fait des efforts pour que l’autre le comprenne même sans comprendre ce qu’il dit. Il désigne les bras du garçon.

« Toi aussi tu es blessé. »

Rien de grave, on dirait, mais ça saigne. Le garçon ne bronche pas. Quel âge peut-il avoir ? Il fait bien vingt centimètres de moins que lui, mais ça ne l’aide pas à estimer leur différence, il n’est pas doué pour ça. Il n’est même plus sûr de savoir mettre un nombre sur son propre âge.

« J’peux te raccompagner à ton camp si tu veux. » un sourire charmant. « Faudrait pas qu’il t’arrive quelque chose. »

Un nouveau regard aux plantes retournées sur leur tronc sans plus s’occuper d’eux. Oh, ironie.
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mer 16 Nov 2016 - 20:48

Les doigts abîmés du garçon se portent à son nez déformé, distraitement. Hérisson Chanteur examine, avec une curiosité renouvelée, les tâches qui parcourent également les mains calleuses : la particularité physique est d'autant plus intrigante, qu'il la découvre. Il n'a décidément pas souvenir d'avoir observé tel phénomène auparavant.

C’est pas si grave que ça en a l’air. J’ai déjà eu pire.

Le Huron parvient à décrypter le sens de ces mots, au prix d'une concentration qui l'empêche de s'appliquer tout à fait dans sa contemplation. Ses yeux sombres suivent, à défaut, chacun des mouvements du garçon : des bras troués et tachetés et tâchés de sang écarlate, aux mimiques étranges qui accompagnent ses paroles.

Je m’appelle Freckles.

Hérisson Chanteur observe, comprend, hoche doucement la tête. Freckles. C'est un mot complexe, qui semble abrupt à prononcer. Par respect pour le garçon, il ne s'y essayera pas.
Il se souvient, dans un coin de son esprit, que les noms des Garçons Perdus sont censés désigner l'une de leur particularité. Il fait rapidement le lien et décide d'interroger, plus tard, sa mère sur ce sujet.

Lorsque la question lui est, parait-il, retournée, le Papoose a le réflexe d'exprimer ses pensées dans sa langue natale.

Hérisson Chanteur.

Un instant, il cligne des yeux ; puis il se reprend, calmement, et articule soigneusement -en anglais. Pour avoir entendu Bambi le prononcer tant de fois, il pense ne pas tant écorcher son propre prénom.

Hérisson Chanteur.

Les mains s'agitent étrangement, sous le regard intrigué de Rissou. Il ne saisit pas exactement leur sens, décèle seulement un poignet ralenti par une blessure. Un os cassé ? Un élan de compassion le pousse à s'interroger : devrait-il lui apporter quelques soins, même minimes ? Son intention est bonne mais il craint d'atteindre le garçon soleil dans sa fierté.

Étonnement, ce sont, finalement, ses bras blessés que l'on désigne. L'un est à peine éraflé ; le long de l'autre, un fin filet de sang trace sa course et s'échoue sur la terre humide à coup de plic ploc réguliers. Un son étrange qui lui rappelle celui de la pluie.

Toi aussi tu es blessé.

Le Narrateur hoche doucement la tête, adresse un regard rassurant au Perdu. Ses blessures ne sont pas aussi profondes, et son sang ne coule pas aussi abondamment, que celui dont il vient de sauver la vie.
Ses yeux sombres s'égarent, l'espace d'un instant, sur les lianes. Elles aspirent goulûment la vitalité du vieil arbre et semblent désormais oublier leur présence.

J’peux te raccompagner à ton camp si tu veux.

Le sourire du garçon soleil brille, à nouveau. Les grands yeux en amande du Papoose se plissent et, à leur tour, offrent un sourire -invisible sur ses lèvres.

Faudrait pas qu’il t’arrive quelque chose.

Hérisson Chanteur n'a pas le loisir de tenter de comprendre : un dernier soupir souffle, dans sa nuque, et lui arrache un frisson. Il se retourne tout à fait et découvre l'arbre, mort, puis les lianes qui se déroulent, lentement, du tronc. Tel des serpents à l'affût. Il perçoit leurs intentions.

Il ne faut pas s'attarder, songe-t-il rapidement.

Le Narrateur fait signe au garçon soleil. Ils doivent s'éloigner.






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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Jeu 17 Nov 2016 - 17:00


Les syllabes sont chantantes et incompréhensibles. Freckles devine qu’il s’agit de son nom. Mais avant qu’il puisse essayer de le retenir, le garçon se reprend en anglais.

Hérisson Chanteur.
« Cool. »

Un sourire vient de nouveau étirer ses lèvres. Hérisson Chanteur ! Trop mignon ! Peut-être qu’être qualifié de mignon le vexerait, s’il pouvait le comprendre, alors il se contente de « cool ». Il ne voit pas grand-chose du hérisson sur le visage de son interlocuteur, mais ne s’y penche pas plus que ça. C’est la deuxième partie de ce nom qui l’interpelle. Chanteur, chanteur. Des quelques mots qu’il a prononcé, le garçon a une belle voix, c’est vrai. Mais il lui fait l’effet de quelqu’un de réservé (quelqu’un qui sourit avec les yeux ), et pas quelqu’un qui peut d’un coup démarrer une séance de karaoke improvisée.

Freckles suppose qu’il arrive à se faire comprendre malgré tout. Hérisson fait aussi un signe, pour le rassurer, et lui indique de se mettre en route. Il ne fait pas plus attention aux lianes, leur lançant au passage un vague regard d’avertissement. Comme pour les gronder d'une petite bêtise, et pas comme on regarde quelque chose qui a manqué de nous tuer. A son premier pas, il grimace. Constate que ce ne sera pas aussi facile que prévu. Il n’est pas prêt de se dégonfler ou de se plaindre en revanche. Il a l’habitude, dans le groupe, de donner l’exemple, de prétendre que marcher des kilomètres sur des pieds en miette ou des chevilles foulées, c’est pas la fin du monde. Alors il serre les dents, équilibre ses appuis et marche.

Il parvient même à avoir une certaine assurance alors qu’il ne sait même pas où ils vont. Il n’est jamais allé au camp des Hurons (parce que c’en est un, n’est ce pas ?). Ou peut-être qu’il y est déjà allé, et qu’il a oublié, et que de toutes façons l’île a retracé les chemins et tout foutu en l’air. Peu importe. Ça lui est égal au point où il en est : de s’éloigner de sa mission. Il s’est résigné en croyant apercevoir, du coin de l’œil, une tâche de couleur perdue dans les lianes, quelque chose qui pourrait très bien être une basket rouge.

Ils marchent en silence, Freckles tentant de ne pas montrer a quel point il boîte. Il ne veut pas non plus envahir l’espace sonore sans connaitre l’étendue de la patience du peau-rouge. L’idée du karaoke qu’il a eu tout à l’heure, au lieu de le faire marrer, l’a rendu légèrement nostalgique.
Quand elle était là ils ne marchaient qu’en chantant.
Des notes de guitare dans le ciel clair.
Merde.

Un peu inconsciemment ses lèvres bougent et il murmure un air, doucement. Et plus franchement, au fur et à mesure qu’il se rappelle des paroles. C’est niais et un peu nul. Ça doit venir d’une comédie musicale ou de quelque chose du top 50 où seul l’air importe. Et le tempo. Boum boum. Il finit par se rendre compte qu’il chante sans y penser, et se tait d’un coup, fronce les sourcils. Se tourne vers Hérisson et sourit de nouveau.

« Pourquoi  Chanteur ? »

hrp:
 
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mer 23 Nov 2016 - 12:48

Tout sourire, le garçon soleil s'illumine, de nouveau. Il semble apprécier son prénom, pour une raison que Hérisson Chanteur ne peut deviner. Ce n'est pas très grave, cependant. Ce n'est pas très important.

Pour l'heure, il leur faut s'éloigner. Ces lianes voguent d'arbre en arbre sans interruption : ce sont leurs habitudes, d'approcher leur nourriture dans une embrassade mortelle. Malheureusement, elles font rarement la différences entre l'écorce et la sève, et la chair et le sang. Il est important de demeurer vigilant en leur présence, et plus encore de ne pas être en leur présence.

Rissou s'éloigne d'un pas léger et furtif, comme s'il craignait de réveiller la flore qui les entoure. En vérité, c'est presque le cas : ils ont assez subi de danger, en ce jour.
Le regard jeté à la dérobée, du garçon soleil envers les lianes, ne lui échappe pas et l'amuse. L'image d'une mère réprimandant ses enfants lui vient à l'esprit : il n'en dit rien, pourtant. Même si la tentation est là, les mots lui manquent autant que le respect manquerait -probablement.

Ses yeux s'égarent, l'espace d'un instant, sur l'enfant qui le suit. Il perçoit sa démarche forte ; forte, et claudicante. Il ne se plaint pas, néanmoins ; aussi Hérisson Chanteur n'émet aucune remarque et se contente d'estimer ses efforts. Furtivement, il choisit les chemins les plus aisés à travers les racines et les branches qui jonchent leur route.

Le silence est installé, confortable pour le Huron, qui se contente d'être guide à travers la Jungle Luxuriante. Pour l'étonnement de ce dernier, toutefois, un murmure mélodieux s'élève bientôt : c'est un chantonnement étranger et énergique, qui gagne en vigueur, et que Le Narrateur écoute d'une oreille ô combien attentive.
C'est très différent de ce qu'il a appris, au sein de son peuple.

Sans crier gare, le garçon soleil interrompt son chant et se tourne en un sourire.

Pourquoi  Chanteur ?

A son tour, l'intéressé laisse un sourire bourgeonner sur ses lèvres -un sourire rare, car il est de ceux qui sont perceptibles. Les paroles sont simples, il les a comprises. Pour y répondre, cependant, sa préférence va à la démonstration.

Doucement, un nouveau chant s'élève : en chœur avec la pluie qui tapote la cadence, en harmonie avec la brise qui expire la mélodie. Ce ne sont pas des mots qui sont prononcés, seulement des mm-mm cadencés, avec des yeux qui pétillent comme des petits feux d'artifice.

Le Narrateur invite le garçon soleil à rejoindre la danse.






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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mar 29 Nov 2016 - 18:30

Le chemin n'est pas difficile. Ça reste la jungle, mais il estime avoir connu pire. Celui qu'il a pris à l'aller était plein de ravins, de rochers et de racines à escalader. C'était drôle sur l'instant, ça le serait moins avec sa cheville explosée. Hérisson semble connaître des passages plus simples et il est bien content d'être en sa compagnie.
En plus il chante.
C'est très différent de ce que Freckles a chanté. Évidemment que le peau-rouge n'a pas de pop dans son répertoire. Sa voix murmure une mélodie sans paroles, s'élève d'une façon si particulière. Rythme hypnotique, loin de sa logique musicale à lui. Un truc qui fonctionne sans règles autre que les sons autour d'eux, dont il se sert comme d'un instrument.

Le garçon a les yeux qui brillent et son premier vrai sourire.

Alors le livreur lui en grimace un en retour parce que jusqu'ici il ne faisait qu'écouter sans l'ouvrir (rareté). D'abord il ne veut pas l'interrompre, parce que c'est joli et qu'il a l'impression qu'il va tout casser en ouvrant seulement la bouche. Mais l'autre veut qu'il le rejoigne, pas vrai ? Il hésite. Mais même sans les mots le message semble clair. Alors de sa main libre il commence par claquer des doigts doucement, en rythme. Sa tête penche un peu comme pour battre la mesure. Puis un murmure du fond de sa gorge, presque inaudible, puis plus assuré alors qu'il s'échauffe et se cale sur la voix de Hérisson, juste un cran plus bas. Ça s'appelle des harmoniques, c'est Laila qui lui avait appris, et ça lui plaisait beaucoup, parce qu'il trouvait que ça ressemblait au nom d'Harmony. De temps en temps, il change d'air, tente un autre truc, juste pour voir, et ça marche quand même ; c'est peut-être l'autre garçon qui fait ça. Son espèce de communion bizarre avec les chants des oiseaux et le bruit des gouttes.

Il connaît les Delaware et leurs fêtes, les chants guerriers des Piccaninny, il aurait du deviner que la musique des Hurons, à leur image, serait quelque chose de doux et harmonieux.
Il a l'impression que tous ses chakras sont ouverts, là.

Et ils ne s'arrêtent pas même quand les arbres se font moins denses et le chemin plus net, comme esquissé par des passages quotidiens. On commence à entendre des bruits de voix, assourdis par l'impact des gouttes de pluie sur les feuilles. Freckles se sent ralentir à l'approche du village, et s'arrêter presque, balançant tout son poids sur sa cheville valide et regardant Hérisson d'un air interrogateur.
C'est un garçon bien élevé qui ne s'invite pas chez les gens sans qu'on lui ouvre la porte.
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mer 7 Déc 2016 - 23:10

Il sourit et il grimace, tout à la fois dans une seule mimique qui marque son hésitation. Hérisson Chanteur ne comprend pas, ce pourquoi il rechigne à joindre sa voix à la sienne : car l'instant précédent, pourtant, le garçon soleil chantait avec une gaieté toute contagieuse. Il se demande alors, si la mélodie ne lui convient pas, ou encore si elle ne lui plaît pas, et songe qu'elle est, effectivement, très différente de celle de l'enfant blessé.

Il s'apprête à interroger, d'un regard qui devient perplexe, lorsque tout à coup il entend des doigts claqués sur le tempo et calqués sur le rythme. Un sourire audible dans le chant du Huron, et bientôt une voix, à peine plus grave, se mêle à la sienne.

Dansent, dansent les voix ensemble.
C'est une chorégraphie qui se crée puis qui se perd dans des pas un peu décalés, un peu fous, parfois ; où pourtant jamais les partenaires ne perdent leur équilibre, car chacun prend la peine de s'adapter à l'autre.

Si bien qu'il semble n'y avoir besoin qu'un clignement d’œil, pour rejoindre le clan des Huron.

Hérisson Chanteur ralentit par instinct, lorsque les pas claudicants du Perdu deviennent inaudibles. Il a ralenti jusqu'à s'arrêter ; aussi, le Papoose s'arrête-t-il à son tour pour faire demi-tour. Sa démarche légère lui rappelle celle, qui l'est beaucoup moins, du garçon soleil : il ne peut le laisser ainsi vulnérable, à l'orée du camp.

Approche.

Le vent porte une voix basse comme un murmure, adoucie par une sorte de compréhension nouvelle.
Le chant fait passer bien des émotions : Le Narrateur a perçu, dans celui du garçon soleil, des nuages gris et gonflés d'une pluie salée semblable à celle de L'Enfant-Roi. Il ne se mêlera pas des affaires de Freckles si ce dernier n'en a pas le désir ; néanmoins, il ne se sent pas d'observer ces ombres dans son regard sans tenter quoi que ce soit.

Qui plus est, peut-être est-ce là une histoire qui vaut la peine d'être racontée.

Tu es triste, articule-t-il autant que possible, sans crier gare.

C'est une question qui sonne telle une affirmation ; Hérisson Chanteur songe qu'il aurait aimé avoir les mots plus délicats, tandis qu'il invite, d'un regard, l'enfant à le suivre jusqu'à l'entrée du camp. Le vocabulaire lui manque, toutefois, tout autant qu'il manque de pratique. Ce n'est pas si souvent, hélas, qu'il a l'occasion de converser avec d'autres peuples.

Il a choisi de guérir les blessures physiques du garçon soleil ; peut-être, cependant, peut-il également contribuer à guérir celles de l'âme.






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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Dim 11 Déc 2016 - 16:44

Hérisson ne se rend pas compte tout de suite qu’il s’est arrêté. Il doit revenir sur ses pas pour le rejoindre là où il s’est planté. Il lui dit de s’approcher, et Freckles est surpris par une soudaine impression de familiarité dans son visage. Sans doute parce que d’un coup il lui parle anglais.
Et il lui parle comme à un enfant.
Ou à un blessé grave sur son lit de mort, avec beaucoup de douceur et de sollicitude.

Tu es triste.

C’est une question ? Non ce n’est pas une question. Freckles est dérouté il fronce les sourcils et il répond quand même.

« Non ! »

Il se dit peut-être que Hérisson se trompe de mots. En quoi il est triste ? Il vient de chanter. Il vient de sourire. Ce n’est pas triste. C’est complètement con. Il sait ce que c’est la tristesse, et ce n’est pas ça : ça c’est un sentiment un peu nul comme un vide ou de la mélancolie mais ce n’est pas de la tristesse.
L’autre garçon l’invite à le suivre dans le camp sans plus insister. Freckles marmonne « n'importe quoi » mais avec moins de conviction cette fois. Il marche derrière lui en boitillant. Il n’a jamais mis les pieds dans le camp des Hurons. Ça n’a rien à voir avec les deux autres camps peaux-rouges : ici tout semble ancré dans la jungle. Les habitations sont végétales et le silence est musical. Au début il ne voit personne, et quand ses yeux tombent enfin sur les habitants, ils finissent par se river sur le sol, de gêne. Il avait oublié que les vêtements étaient optionnels pour les Hurons.

« Je suis déjà allé chez les Delaware et les Piccaninny mais jamais ici. Oh ! » Il se rappelle d'un coup, pour meubler le vide et se concentrer sur le visage de l'autre garçon. « Tu sais que j'ai déjà rencontré ta princesse ? Loutre quelque chose, c'est ça non ? »

C'est maintenant devenu un bon réflexe d'accompagner chacun de ses mots d'un geste des mains. Il n'y a pas de raison qu'Hérisson les comprenne, mais pour lui ils ont un sens. Naïvement il a l'impression que ça pourra briser la barrière de la langue. Son poignet lui fait mal un peu, alors peut-être qu'il fait mal les choses, de toutes façons.

« C'est où chez toi ? »

C'est qu'il commence à se sentir un peu faible à force de dégouliner.
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mar 20 Déc 2016 - 18:53

Non.
C'est exclamé comme un boulet de canon : sec et rapide, trop bruyant pour passer inaperçu. Hérisson Chanteur prend tout autant note du manque de crédibilité que de la vigueur placée dans le refus : il n'insistera pas. Il connaît et respecte les raisons qui peuvent inciter au repli, pour les avoir vécues.

n'importe quoi

Le Narrateur perçoit une touche de déni dans l'histoire qui pointe du garçon soleil. Il brille, fort, trop fort, afin éloigner les nuages, gonflés de pluie, qui l'entourent et se rapprochent. A cette allure, il se consumera lui-même ou s'éteindra, épuisé, pour ne plus avoir la force que de subir le mauvais temps.
Malgré ces airs de tragédie, Hérisson devine que ce n'est pas en insistant que le récit s'éclaircira.

Il guide par conséquent le garçon perdu, d'un pas toujours mesuré, à travers son chez-lui. Le camp est relativement calme, à cette heure de la journée ; tout du moins, il l'est plus qu'à l'accoutumée. Chacun vaque à ses activités. Il échange silencieusement des regards aux sentinelles, qui comprennent et les laissent passer. Nul besoin de s'étaler en explications, quand un blessé claudique à votre suite.

Je suis déjà allé chez les Delaware et les Piccaninny mais jamais ici. Oh ! Tu sais que j'ai déjà rencontré ta princesse ? Loutre quelque chose, c'est ça non ?

Pour un blessé, il possède tout de même de l'énergie à revendre : il s'obstine à gesticuler dans tous les sens. Le jeune Huron pose sur lui un regard qui a un quelque chose d'amusé, et hoche doucement la tête. Il parle vite, Freckles, mais il croit avoir compris ce qu'il a voulu dire.

Loutre Sage, prononce-t-il plus délicatement, en anglais.

Rissou apprécie beaucoup Loutre Sage, pour tout ce qu'elle lui apporte, et pour tout ce qu'ils échangent, et pour tout ce qu'ils partagent. Plus qu'une princesse, elle est de la famille, à ses yeux.

C'est où chez toi ?

D'un signe de tête léger, il indique le tipi dans lequel lui et Abeille Vigilante dorment.

Là.

Ce n'est pas très loin.

D'ailleurs, bientôt, Hérisson Chanteur a rejoint leur-...
Sa maison.
Ses mains le démangent soudain et il les frotte un peu compulsivement ; néanmoins, il fait fi de la flèche qui vibre, plantée dans son cœur, et pénètre dans la demeure étrangement fondue dans la nature qui l'entoure. C'est un espace qui lui est extrêmement agréable, pour l'atmosphère, et pour l'odeur de miel caractéristique qui le constituent.

Un instant ses yeux s'égarent sur la petite statuette en bois, en forme de porc-épic, mais bien vite ils retrouvent leur chemin vers le garçon soleil qu'il invite muettement à entrer. Il a hésité à pénétrer dans le camp, tout à l'heure : le Papoose préfère donc prendre les devants, plutôt que laisser un blessé attendre sous la pluie.

Assis, ordonne-t-il ensuite doucement.

Après quoi le jeune Huron s'éloigne, pour inspecter les pots de miel entassés dans un coin. Il y en a beaucoup, mine de rien : de différents aspects et de couleurs différentes, pour qui sait les reconnaître. C'est le cas de Rissou, pour la simple raison qu'Abeille Vigilante a pris la peine de lui apprendre cet art.

Le Narrateur prend donc l'un des pots de miel, celui au thym, et retourne auprès du blessé. Il exécute un geste, celui d'exposer son bras paume vers le ciel, puis lance un regard entendu au garçon soleil.

Fais ça, indique-t-il tranquillement tandis qu'il pose le miel à côté.

Il n'y que les Huron, pour donner des ordres aux allures de demandes.

Hérisson Chanteur s’assoit à son tour, jambes repliées sous lui, avant de se pencher vers le garçon perdu. Il lui faut, avant toute chose, inspecter la gravité de ces entailles. Par expérience, il sait qu'il est préférable de distraire le blessé pendant le processus, ce pourquoi il ne tarde pas à interroger :

Tu... Il fronce imperceptiblement les sourcils, cherche le bon mot parmi les connaissances que Bambi lui a offertes. Connais. Loutre Sage ?






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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mer 28 Déc 2016 - 23:36

Loutre Sage, oui, c'est ça. Il pense distraitement à lui répondre mais son attention est déjà retenue ailleurs. Il est partagé entre une certaine pudeur et l'envie de dévisager les gens carrément. Eux, ils le dévisagent, en tout cas. Avec discrétion, sans animosité aucune. Des Hurons, quoi. Il se ronge l'ongle du pouce pour s'occuper jusqu'à ce qu'ils arrivent devant le tipi que Hérisson vient de désigner. Freckles pense qu'il ressemble un peu à tous les autres. S'il habitait là, il se tromperait tout le temps.

L'atmosphère change quand ils rentrent.
Pourtant il peine à mettre le doigt sur quoi que ce soit d'extraordinaire.
C'est pas très grand. Mais si simplement meublé qu'il y a juste la place qu'il faut. Minimalisme huron dans toute sa splendeur. Le seul élément qui retient son regard, c'est l'empilement de pots remplis d'une gelée dorée. D'étranges rayons de lumière bleue traversent le verre et lacent des reflets fantomatiques sur les tentures qui servent de mur. Freckles reconnaît du miel, à l'odeur. Il ne cherche pas l'origine de la drôle d'émotion qui se niche au creux de son ventre.
Son regard dérive ailleurs : il y a une statuette de bois vraiment marrante qui représente un animal plein de pics. C'est peut-être censé être Hérisson. Il tend une main, parce que comme un gamin de cinq ans, il est toujours obligé de toucher les trucs pour se rendre compte de leur existence. Mais avant qu'il le fasse il est interrompu.

Assis.

Il n'a pas vraiment la force de rétorquer quelque chose alors il s'assied.

Fais ça.

Il fait ça. Avants bras exposés, paumes vers le ciel. Il pourrait se vexer, il le ferait si le ton était condescendant. Mais il ne l'est pas. Le phrasé d'Hérisson est mis sur le compte de son vocabulaire anglais limité. Et il fait des efforts, au moins. Est-ce que Freckles en fait pour parler sa langue à lui ? Non !
Maintenant ils ont tout le loisir d'examiner les poignets du livreur. Et c'est moche. Un peu béant, franchement dégueu. Ça ne le choque pas outre mesure, il a vu pire, et s'il se sent un peu faible c'est juste parce qu'il a perdu du sang. Il va pas tomber dans les pommes pour ça. Pas moyen.
Il fixe ses blessures comme si elles allaient baisser les yeux en premier.
Elles ne disparaissent pas.

Tu... Connais. Loutre Sage ?

Distraction bienvenue, il plonge ses yeux dans ceux de son interlocuteur. Une seconde un air de sincère confusion sur le visage.

« Qui ? »

Puis ça lui revient, il en a juste parlé il y a deux minutes. Il se mord la lèvre. Il ne fait pas exprès, et il ne veut pas que Hérisson pense qu'il se fout de sa gueule.

« Ah oui, je la connais. Enfin, vaguement. Je l'ai juste vue une fois. » Les détails de cette rencontre sont déjà flous dans sa mémoire, il fronce les yeux et fait un effort. « C'était pendant la canicule, quand toute l'île cherchait de l'eau. Elle avait un de ces machins magiques, pour trouver des sources. Un pendule. »

Il veut mimer l'objet mais Hérisson lui tient solidement les poignets et c'est peut-être tant mieux. Garder immobiles les mains de Freckles est un tour de force. Sans elles, il a l'impression qu'on lui a amputé la moitié de sa parole.
Il avise un des pots dorés près du peau-rouge.

« Tu vas mettre du miel là dessus ? »

Il ne prétend pas s'y connaître en médecine mais il trouve ça con.
Miel miel miel miel.
Il n'est pas triste.

Il regarde la pièce de nouveau. Une idée le frappe comme un coup de poing dans le ventre et il descend de quelques décibels pour poser sa question.

« Tu vis avec ta famille ? »

Il se sent plus que jamais loin de tout ce qu'il connaît.
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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Jeu 12 Jan 2017 - 14:29

Ses yeux sombres vont et viennent comme des vagues sur un rivage de chair tendre, rougeâtre. La peau tachetée est tailladée en de multiples endroits, souvent peu profondément ; néanmoins, lorsque Rissou repère certaines blessures plus inquiétantes que d'autres, le souci le gagne. Celles-la ne sont pas bénignes.
Heureusement il a l'expérience avec lui : il sait comment faire et, plus particulièrement, sait comment agir pour ne pas affoler le blessé.

Il lève un regard calme, à peine intrigué, sur le garçon soleil. Ce dernier l'observe avec une grande incompréhension. La scène est presque comique, ainsi.

Qui ?

Hérisson Chanteur fronce à peine les sourcils. Il a compris, cet unique mot ; en revanche, il ne comprend pas cette réaction. Ne lui en a-t-il pas parlé l'instant d'avant, ou est-ce une erreur de compréhension de sa part ? L'expression soudain gênée de son interlocuteur le fait douter.

Ah oui, je la connais. Enfin, vaguement. Je l'ai juste vue une fois.

Le Narrateur hoche la tête, puis retourne à l'inspection des blessures. Il n'a pas compris l'hésitation dans le regard de Freckles, et il regrette que l'heure ne soit pas aux questions (pas de celles qui le captiveraient, en tout cas).

C'était pendant la canicule, quand toute l'île cherchait de l'eau. Elle avait un de ces machins magiques, pour trouver des sources. Un pendule.

Cette histoire, par chance, est déjà parvenue à lui maintes fois. Aussi, Hérisson peut l'écouter d'une oreille un peu distraite, tandis qu'il ouvre le pot de miel avec précaution.

Tu vas mettre du miel là dessus ?

Le papoose hoche doucement la tête.

Oui. Bon pour soigner, prend-il la peine de préciser.

Rissou se lève ensuite afin de ramener, auprès d'eux, un seau d'une eau pure, encore vierge des larmes salées qui s'abat sur l'Île. Il en fait délicatement couler sur les blessures ; avise la réaction du garçon soleil d'un œil attentif. Il adapte son rythme au sien, s'échine à ne pas raviver sa douleur.

Une fois les éraflures correctement rincées, le jeune huron se nettoie les mains puis les plonge dans le pot -y récupère du miel.

Tu vis avec ta famille ?

La question est compréhensible, pour lui.
Peut-être n'aurait-elle pas dû l'être, car elle le frappe comme un poing qui rudement s'enfonce dans son estomac. Hérisson Chanteur est figé, le souffle coupé, plus immobile qu'une statue de pierre.
Il lui faut un temps, ainsi que des efforts sauvages, pour se ressaisir.

L'image qui s'est imposée à son esprit est féroce. Elle glisse en lui tels des milliers de petits bouts de miroir brisé ; écorche sur son chemin son âme et son cœur.

Oui, répond-il pourtant. Est-ce un mensonge ?

Il ne parvient pas à écarter la douleur suffisamment, pour retrouver le mot qu'il cherche. Son crâne tambourine la mélodie de sa souffrance.

Änen’enh, finit-il par murmurer, presque inaudible.

Comme si elle avait entendu cet appel, Abeille Vigilante pénètre soudain dans le tipi.


Hrp:
 






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MessageSujet: Re: Bleu au bord du vide   Mer 25 Jan 2017 - 23:21


Il hausse les épaules, décontenancé face à la réponse de Hérisson. Il ne voit pas comment le miel peut soigner des blessures. Le miel, c'est poisseux, collant et sucré : ça va s'infiltrer à l'intérieur et tout pourrir. Attirer les insectes, même. Le miel ça se mange. Ça ne soigne pas.
Sauf qu'il ne dit rien, parce que Hérisson a l'air de savoir. C'est un Huron. Et de toutes façons il n'a pas d'autre choix que de lui faire confiance, s'il ne veut pas se vider de son sang par les poignets.

Le peau-rouge passe de l'eau sur ses avant-bras, et Freckles se bouffe l'intérieur des joues pour ne pas montrer qu'il a super mal. Il soutient le regard de ces grands yeux sombres et chauds comme une compétition. De temps en temps, baisse les yeux sur ses blessures, mais n'y reste jamais longtemps. L'eau efface le flou artistique du sang qui s'est étalé partout ; et en dessous c'est de la bouillie.

Il se concentre sur la réflexion lente et visiblement difficile de Hérisson, qui finit par lui répondre.

Oui.

Et il tourne la tête vers l'entrée, et dit quelque chose que Freckles ne comprend pas.
Il l'imite à  l'instant où quelqu'un rentre.

C'est une femme. Une adulte en fait ; et il ne sait pas pourquoi ça le surprend autant à chaque fois. Savoir qu'il y en a, des adultes, des vrais, et pas des pirates, qu'ils ont des familles et une once de décence humaine, lui donne une sensation d'irréalité. Il peine à regarder directement dans sa direction. Peut-être pour ça. Ou peut-être parce qu'elle est globalement nue.
Il a le temps de la regarder juste assez pour confirmer que c'est sa mère. Sa sœur ?  Elle a l'air jeune, mais quelque chose chez elle inspire ce que les mères de l'arbre essayent d'imiter. Son regard revient sur Hérisson comme pour tenter de ré-évaluer son âge. Il fronce les sourcils. Leurs traits sont semblables, étrangement. Même si ses cheveux à elle sont longs et couleur de miel ; même si ses yeux sont clairs- aveugles ? Elle regarde dans sa direction, mais pas tout à fait au bon endroit.
Elle s'adresse à Hérisson, dans une langue inconnue. Il ne comprend pas mais note les accents, ce qui semble être des questions, et assiste en étranger à leur conversation, les poignets à vif tendus vers le plafond.

Il est super mal à l'aise.
Elle a l'air gentille, accueillante, c'est pas le problème. Il ne ressentait pas ça quand il a rencontré Loutre Sage, ou en présence de n'importe quel autre peau-rouge, même adulte. C'est d'être là chez eux, qui lui fait ressentir cette désagréable impression de famille – de vraie, pas un truc fabriqué en vrac et collé avec du scotch. Il y a quelque chose d'un peu trop authentique dans cet échange dont il ne pige pas un mot, et il a l'impression d'être de trop.

Il se tait.
Une fois que la femme semble comprendre la situation, elle se tourne vers lui, toujours sans le regarder tout à fait, et s'adresse à lui en anglais, bien que dans un accent chantant.

« Tu es chez toi ici. »

Elle a un sourire large et sincère. Il se recroqueville un peu.

« Merci », il réussit à sortir, d'une voix un peu étranglée.

Il ne dit plus rien et regarde ailleurs alors qu'elle s'en va.
Tout d'un coup ses bras mutilés lui semblent un spectacle fascinant.


Dernière édition par Freckles le Lun 6 Mar 2017 - 15:18, édité 1 fois
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