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Freckles
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MessageSujet: Famille décomposée ☆ Laila   Jeu 12 Nov 2015 - 21:52

Et il y a eu comme un grand silence.

Dans sa tête, mais pas autour. Les autres, ils continuaient, bourdonnaient, lançaient idées et inquiétudes. Il écoutait plus, plus trop. Depuis que Laila était partie. J'y vais. Reste. Elle n'aurait pas du. Elle aurait du rester. Il aurait du lui dire. Il aurait voulu lui dire. Reste. Il aurait voulu lui hurler, sans bien savoir pourquoi, sans bien savoir d'où venait cette soudaine angoisse. Et rien après. Silence. J'y vais. Reste.

Il marche maintenant. Il voudrait courir, mais il marche. Ça s'est fini vite, trop vite, dans un battement de cil. Les petits ont pleuré un peu, pas très convaincus par leur propre prestation. Ça s'est fini trop vite, pour qu'ils comprennent seulement. L'annonce, l'enterrement, la convocation chez Peter, la nomination de Laila. Freckles n'a pas pleuré. Freckles ne pleure pas, et de toutes façons, il n'avait pas envie du tout. Il n'a toujours pas envie, et s'inquiète, se demande si c'est normal, comme à chaque fois. Il essaie un peu d'être triste, se force, mais ça marche pas. Il a juste un peu la nausée.
Alors il marche plus vite, loin des autres et vers la cabane. Il a dit qu'il allait chercher quelque chose. Il n'a pas encore idée de quoi, mais il trouvera bien, non ? De toutes façons c'est juste un prétexte. Il n'a pas envie de voir les regards, la curiosité, la pitié, les reproches. Et encore moins l'insouciant enthousiasme de son roi que rien ne sait entacher.
Ses pas le mènent gentiment, mettent un pied devant l'autre et se chargent de tout, pendant qu'il se complaît à ne pas penser. Et le premier bruit qui vient piétiner son silence, c'est un de ceux qu'il déteste. Un sanglot.

Ceux qui pleurent, il a juste envie de les engueuler. C'est terrible, non ? On lui a répété mille fois que le rôle du chef, c'est pas de s'occuper des chagrins, et pour le coup, ça tombe bien, parce qu'en chagrins, il est nul. Au début, les larmes le touchent, et après, ça l’énerve. Il sait pas quoi en faire. Il veut que ça s'arrête.
Pour ne pas regarder Laila, il regarde la guitare. La pauvre guitare, posée contre un mur, oubliée là. Des yeux, il la crible de balles invisibles. Meurs, guitare. T'es pas censée la faire sourire ? Tu peux pas faire ton job ? C'est facile, pour toi, la vie. Tu vis de musique et de la caresse des doigts de ta musicienne, et puis c'est tout. La guitare sèche, rien à foutre de la canicule. Freckles fixe la guitare, et il parle à Laila.

« Ça ira. »

Sec. Puis plus fort, comme pour se convaincre.

« J'y pouvais rien et t'y pouvais rien et tout sera comme avant. Tu seras leur mère et tu vas sourire et ce sera pareil et ça ira. »

Il la rejoint près du hamac d'Eilis. Le hamac de pas-Eilis. Ça fait bizarre de regarder ce truc vide et de se dire qu'elle y était. Il aime pas trop ça. Ça ressemble à de l'auto-appitoyement. Ça ressemble à s'enfoncer le couteau dans la plaie et remuer tout en chialant. Mais il veut pas dire ça à Laila. Qui pleure. C'est la première fois, non, qu'elle pleure ? Devant lui. Il est pas sûr de vouloir que ça continue. Elle a pas craqué devant les gosses, c'est déjà ça. La main de Freckles vient trouver sa voisine, et serre. Il sait pas si ça sert à quelque chose, mais il serre.

« T'aurais pas du y aller toute seule. »

Un regard de reproche à cette pauvre guitare.

« Ça ira. »

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Ancienne Mère
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Ven 13 Nov 2015 - 13:19



Famille décomposée

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Il y a encore des cheveux sur son coussin, sa présence dans la cabane, l'odeur de sueur et de sucre de sa peau. Il y a la trace de son corps dans son hamac, et à l'idée de devoir y prendre place à son tour, de devoir se glisser dans le souvenir qu'elle a laissé, Laila a seulement envie de vomir.

Elle se tient là, droite, les bras ballants - comme sur l'estrade oui. Elle a la tête penchée en avant et les sanglots qui lui déchirent la poitrine en des soubresauts de spasmophile. La Ritournelle ne sait pas quoi faire, si ce n'est pleurer, évacuer ce mal-être qui la ronge depuis un long, un éternel moment. C'est comme si le tunnel était revenu, et cette voiture sans volant. Comme si une fois encore, plus que de n'avoir rien fait, elle n'avait pas obtenu la possibilité d'agir contre tout ça. Ce malheur. Cette déchéance. Les longues après-midi de silence où, sans savoir quoi dire quoi faire, elle se contentait d'observer le profil griffé de celle qui fut sa Mère.

Oh Eilis. Eilis qui lui avait appris comment coudre, comment jouer. Eilis qui lui avait raconté ses propres contes, chanté ses propres berceuses. Et comment cuisiner, comment bien ranger. Comment se faire obéir de Bread. Comment coucher Vanity. Laisser le doudou de Mercy dans son lit, sur le ventre. Guetter les bruits des pas d'Ice sur le plancher quand celui ci essayait de rejoindre les sentinelles. Promettre, jurer, d'être une bonne fille, d'être à l'écoute, d'aider le chef, d'aider Peter, de ne pas s'approcher des pirates, et laisser voir les ombres venir dans cet oeil valide, au moment du crépuscule. Les souvenirs d'un trauma qui l'avait fait grandir, mais Laila n'avait rien dit - pas qu'elle n'y croyait pas, mais quand même, comment aurait-on pu faire ça à une si charmante, si jolie petite fille ?

On l'avait fait. Et de son côté, elle l'avait laissé mourir.

Sitôt le corps froid, on avait enterré Eilis, pour l'odeur, pour la santé des autres enfants. On l'avait nommé, et elle avait du affronter sans faillir le sourire heureux de l'enfant-roi. Et le soleil éclatant de sa bonne humeur, pas atteinte par la disparition de celle qui avait tant su protéger et aimer les livreurs.

Comme on casse un jouet, on le rachète et tout va bien. On ne dira rien.

On. On on. Nous.

Laila est partie en avant pour se retrouver face à elle-même, pour remettre de l'ordre dans la Cabane et prendre place - car on lui a dit, bientôt c'est elle qui aurait une apprentie.

« Qui deviendra Mère quand je serai morte à mon tour. »

Sincère et choquante révélation. Alors, même ici on pouvait disparaitre sans souvenirs. Elle qui avait oublié le prénom de son ex-petit ami, le visage de ses parents, son propre nom de famille, combien de temps mettrait-elle avant qu'elle ne se demande « Mais qui était là avant ? A qui appartenait ce coussin que j'ai mis de côté ? Pourquoi ne pas l'utiliser ? C'est bien mon droit, c'est tout à moi. »

« Ça ira. »

La voix a tonné faiblement, et reprend plus forte, derrière elle. Laila n'en sursaute pas, mais se tourne - dos à lui, pour qu'il ne voit pas, pour qu'elle ait le temps d'essuyer ses larmes et de reprendre un masque correct. La journée a été épuisante, avec la réunion des chefs et les attentes des petits, l'enterrement, la dignité que Freckles se devait de montrer, surtout en ces temps difficiles.

Elle se retourne. Grimace un sourire.

Mais rien que de faire face à ce visage tout mangé de tâches de rousseur, son regard dur, ses poings serrés et convaincus, elle vacille à nouveau.

« Freck, pardon... » En deux pas il la rejoint, sa main étreint la sienne. Mais c'est sur son épaule qu'elle plie la tête, pose son front. Renifle piteusement. « Pardon, j'ai été si nulle. J'aurais du le voir. J'aurais du insister plus... »

Ca ira.
Vraiment ? Promis juré ?
La vérité toute nue, comme les pièces de monnaie de la petite souris et les oeufs du lapin de Pâques ? Pas un truc ? Pas un tour de magie ?

« Je peux pas dormir dedans. Je veux qu'on l'enlève. Je veux qu'on le range et qu'on ne l'utilise jamais. » Et en sous-texte: ne me déteste pas, tout mais pas ça, souris moi encore, demande moi de t'apprendre à chanter, fais en sorte que ça aille mieux, garde moi hors du tunnel.

« Mince, je te coule dessus. Attends... » Piteusement elle s'éloigne. Cherche un mouchoir. Trouve un vieux tee-shirt. Et faisant fi des conventions, se mouche dedans, essuie son visage une bonne fois pour toute.

Elle n'est pas loin de sa guitare, pourtant Laila n'y jette pas un regard.

Elle n'a pas besoin de son ombre pour l'instant. Elle a besoin d'être celle de Freckles.

« Toi ça va ? Est-ce que... Est-ce que je peux aider ? »


Alors la méchante voix proteste: Bah si c'est pour faire comme avec Eilis hein.
Et Laila a juste envie de se gifler.

Spoiler:
 
 







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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Ven 13 Nov 2015 - 16:58

C'est chaud et mouillé, ça coule dans son cou sale quand Laila vient y nicher sa tête, et il continue de fixer le hamac comme si celui-ci détenait toutes les réponses. Fronce les sourcils, pendant qu'elle s'excuse, son petit bout de mère tout froissé, qu'elle chiale et qu'elle s'accuse. Alors que c'est pas de sa faute. Si ? Non. Pas de sa faute à elle. Sa faute à lui.
Il aurait du y aller lui-même, ce jour là, plutôt que de demander à quelqu'un d'autre. Il aurait ramené Eilis sans faire d'histoire, l'aurait défendue, aurait souffert à sa place, peut-être. C'était à lui de le faire, mais il l'a pas fait. C'est sa faute. Un chef, ça protège sa mère. Ça n'oublie pas avec insouciance entre chaque visite d'infirmerie. Et ça ne laisse pas l'apprentie descendre seule de l'estrade.
Il voudrait dire tout ça à Laila mais ça bloque un peu. Il se contente de passer une main dans son dos et de faire des cercles, tout doucement, sur le tissu humide de sueur. Ça ira. C'est pas un mensonge, quand il dit que ça ira. Si ils arrivent à s'en persuader, bien sûr que ça ira.

Il ne pige pas pourquoi Laila parle du hamac. Il se force à piger, pourtant, mais non, ça vient pas. C'est que les trucs matériels, il s'y est jamais attaché. Et les souvenirs qui vont avec. Il se fiche bien de qui a porté avant lui les vêtements qu'il porte. Il oublie même qu'ils n'ont pas toujours été les siens. Qu'il n'a pas une seule pièce rapportée à lui, du monde ordinaire. On casse, on remplace. Et l'espace d'un instant, il n'y a plus une trace de ce qui a été. Il sait bien, que bientôt, tout le monde aura oublié, alors pourquoi se priver de quelque chose qui tient debout, quelque chose d'utile ?
Il hoche la tête quand même.

« On va le virer. On mettra ton ancien à la place. Si tu veux, on peut le donner à un autre groupe, si ils en ont besoin. Et ses affaires aussi. Si ils en veulent ... »

Et il sourit un peu, pour l'exemple. Et pour se rappeler que sourire, c'est un peu son job. Un sourire un peu naze tout tordu dans les coins, mais à ce qu'il paraît, c'est mieux que rien.
Il lâche Laila et la regarde s'éloigner. Ses lèvres s'étirent dans un coin. C'est horrible, de sourire, mais il trouve ça drôle. Qu'au point où ils en sont, se moucher dans un tee-shirt ne le rende même pas moins sale. C'est nerveux plus qu'autre chose. Puis elle demande ce qu'elle peut faire, et Freckles réfléchit, sincèrement.

« Rien, je crois. »

Haussement d'épaule. Arrêter de pleurer, peut-être. Elle se déshydrate, en faisant ça. D'habitude, il n'a aucun mal à couper court aux chouinades. Mais quelque chose l'arrête, là, tout de suite. Peut-être que c'est la détresse qui suinte de ce visage baigné de larmes. Ou la sienne, plus silencieuse.

« Je vais bien. »

Il lève le menton, fier, comme espérant que Laila fasse de même.

« Les petits vont finir par rentrer. Faut pas qu'on fasse cette gueule. Bois quelque chose. Faut trouver un truc à leur dire. Pour leur annoncer. Je peux le faire, si t'y arrives pas. »

Ça, et tout le reste. Dans le regard qu'il lui lance, là, il essaie de lui faire comprendre qu'il fera ce qu'il faut. Qu'il essayera, du moins. Même si ces temps-ci, il n'y arrive plus trop. C'est idiot, pas vrai ? De laisser tomber le côté paternel juste quand il y en a le plus besoin.
Il faut dire que Freckles est plutôt idiot.

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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Ven 13 Nov 2015 - 20:03



Famille décomposée

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La proposition de Freckles est saluée par un piteux hochement de tête de la part de Laila. Donner les affaires d'Eilis, dont son hamac, son coussin, ses habits peut-être, à ceux qui en auront besoin, ceux qui sauront les réutiliser et les habiter de vie, lui semble le meilleur moyen de saluer la mémoire de celle qui a toujours tout fait pour son groupe et ses enfants. Pour ne pas la mettre au placard, dans la poussière, l'oubli et l'inutilité. Elle ne mérite pas ce genre d'adieux, la petite.

Laila repose le tee-shirt, le plie, le pose - oh elle comme est loin, l'adolescente renfrognée au regard vitreux qui rentrait chez elle, claquait la porte de la chambre, balançait ses grolles aux quatre coins de la pièce et laissait traîner des vêtements ni trop propres ni trop sales, dans un désintérêt poli de petite fille gâtée. Rainbow a bien raison de la traiter de gosse de riche, n'était ce pas ce qu'elle était ? Alors pourquoi se vexer, pour se prouver qu'elle a changé ? Mais elle n'a pas besoin de le montrer. Dans ces petits gestes, ses petites mines d'apprentie, elle peut torcher la morve d'un gosse, essuyer le vomit, frotter des fesses de bambins et de veiller aux poux sans plus y réfléchir. Automatisme d'acquit.

Mais elle n'y pense pas. Elle se confronte à ce sourire que Frekcles s'efforce de lui offrir, telle une fleur.

« Tu vas bien. Tu vas toujours bien. Même quand tu es revenu avec tes doigts cassés et ton oeil au beurre noir. Même ce jour où tu es allé chercher Vanity dans les orties et que tu es rentré tout égratigné. Même quand on a cru que ton poignet était foulé et qu'elles ont toutes défilées, Sun, Melody, Vorax, pour te faire des bisous magiques... »

Laila se racle la gorge. Penche la tête en arrière pour assécher ses larmes. Oui, Freckles a raison. Ils sont les mentors, ils sont les chefs, ils sont les grands. Ils doivent montrer l'exemple car ce n'est pas le bon moment pour eux de s'attrister, de s'appesantir sur cette perte qui les déchire. Pas en ces temps de canicules. Pas avec le malheur qui rôde, qui les fait crever de soif, s'épuiser à chercher à manger.

Et elle revoie le sourire heureux de Peter, revoie son vol de bonne humeur, lui qui ne dort même plus tellement il est content, fou de joie, et ce rire qui résonne dans leurs oreilles qui les condamne. Une colère monte, flamme sèche mais vive, bien vite avant d'être soufflée par sa patience habituelle.

Les choses vont changer. Les choses doivent changer. Comment ? Ca elle l'ignore. Laila n'a jamais su ce qu'elle pouvait apporter.

Ce qu'elle devait dire, pour aider sans être blessée.

« Il n'y a rien à boire. ... Et je dois t'avouer que je ne sais pas s'il y a quelque chose à dire. La chaleur a tué Eilis, c'est ce qu'ils croient. Mais toi et moi, on sait que quelque chose la rongeait depuis longtemps. Quelque chose que je n'ai pas compris... pas mesuré. »

Et pourtant, ce tunnel dans les yeux de sa Mère, elle aurait du le prendre en compte. Avait-elle peur à ce point de s'y engouffrer à son tour ? Serait-elle si égoïste, Laila ?

« Il faut qu'on parle à deux. Je ne peux pas te laisser tout gérer seul, même si tu es le chef. Tu fais tellement pour nous Freckles. Tu te lèves en premier, tu te couches en dernier, tu prends les charges des petits quand ils s'épuisent... Tu fais tellement de ton mieux. Mais je ne te laisserai pas tout seul. Pardon de pleurer. Pardon, c'est juste que ça fait... » Et Laila d'aspirer l'air, d'une voix chevrotante. « Ca fait beaucoup. Beaucoup d'un coup. Elle va me manquer tu sais. Je la connaissais peu mais elle comptait pour moi énormément. J'aimerais être à la hauteur de ce qu'elle m'a laissé... »








Dernière édition par Laila le Dim 6 Déc 2015 - 11:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Dim 15 Nov 2015 - 22:19

Un bref regard d'avertissement, quand elle commence. Commence à énumérer toutes ces instances où il « allait bien », comme un reproche. Comme si elle pigeait pas. C'est son rôle, d'aller bien. Il peut pas se ramener en pleurant dès qu'il a une piqûre de guêpe, un bleu sur la gueule, un doigt en moins. Il peut pas s'effondrer dès que quelqu'un qu'il aime meurt. Parce qu'il a pas le droit. Parce qu'il est censé être le barrage à ça. Barrage aux malheurs. Celui dans les jambes de qui on peut venir se réfugier en cas de problème et qui peut tout régler d'un sourire ou d'une promesse de vengeance. Connerie. C'est des conneries, la vengeance. Il comprend juste maintenant. Même en tuant un, dix, cent pirates, en faisant exploser leur putain de bateau, il ramènera aucun mort et il effacera aucun chagrin.

« Laila », il commence.

Mais pas assez fort. Il a pas tellement l'habitude de tant de compliments, d'un coup, et certainement pas dans ce genre de situations. Il se tait, bras ballants, et y a sa gorge qui se serre et son cœur qui proteste quand elle déverse tout ce trop plein de situations héroïques, d'inquiétudes et de bisous magiques. C'est qu'elle va réussir, à le faire pleurer.
Il voudrait bien qu'elle se taise.

« Tu sais très bien que je peux pas faire autrement. Et toi non plus. On fait tous les deux de notre mieux. Et ça va continuer. Alors ouais, ça fait beaucoup mais tu peux pas.. » te montrer comme ça « … Faut que tu ... »

Il sait pas l'expliquer, alors il se tait. Et juste pour montrer, ferme les yeux et inspire, longuement, bruyamment. Avant de relâcher la vapeur. Ça n'efface pas le nœud dans son estomac, mais ça calme les tremblements, un peu. Et quand il rouvre les yeux, son regard est ferme. Décidé.

« On leur dira ce qu'il faut. Ils sont pas cons. Ils ont bien vu. Ils sont pas obligés de tout savoir. On leur dira que t'es leur mère, maintenant, que tu feras tout ce que faisait Eilis et qu'ils peuvent te demander n'importe quoi. »

Et à mi voix, presque pour lui-même.

« Tu le faisais déjà, de toutes façons »

Et il se demande ce que c'est, tout à coup, que ce ton de rancune.
De nouveau, sa main vient trouver celle de Laila, et la tient fermement.

« Tu seras à la hauteur. T'es déjà à la hauteur. Et je vais t'aider, de toutes façons. Alors pleure pas, d'accord ? »

Tant que je change pas de couches, il voudrait rajouter.
Mais ça risque de pas la faire rire.

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Ancienne Mère
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Dim 15 Nov 2015 - 22:54



Famille décomposée

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Il a quel âge Freckles ? 13 ans ? 14 ans ? Et elle, quoi, trois années de plus, même pas ? En quoi se mesure la maturité au fait ? Aux années que l’on possède ou aux années qu’on passe à gérer un tel groupe, chaque jour, obéissant aux ordres de Peter, s’organisant pour le bien-être de tous, sans pour autant oublier les petites minorités, les pleurnicheries ou les souffrances qu’on lègue aux Mères.

Vrai qu’il parait qu’elles ont le taff facile, les Mères, pour certains. A s’occuper simplement de réconforter un gosse quand il va mal. Une Mère, ça fait rien de plus que des bisous et raconter des histoires. Ce n’est pas comme si elle ne s'impliquait pas, chaque soir, à les écouter respirer dans leur sommeil. Ce n’est pas comme si elle ne veillait pas à ce que tout le monde soit bien, tout le temps, heureux, en bonne santé. Ce n’est pas comme si elle ne les regardait pas partir, le matin, en craignant pour leur sécurité. Les laver, leur brosser les dents, les disputer parfois ou gérer les conflits, rien de bien compliqué en sommes. Préparer les repas, nettoyer les saletés, ranger les chambres, juste des postes de bonniches sans doute, pour les petits machos de l’Arbre qui pensent que se battre, soigner, chasser, donne plus de responsabilités. Et plus de force aux propos qu’on tient quand on doit donner des ordres.

C’est ce qu’il fait, Freckles. En tant que chef. Il donne des ordres. Et pourtant il est là, devant elle, à essayer de ne pas pleurer – mais elle connait les gosses, elle connait ses petits, elle connait ses amis, et elle le voit bien, à son regard embué, qu’il s’efforce de ne pas flancher. Pour qui ? Pour lui, pour son orgueil ? Ou pour elle, parce que Laila lui fait face, parce que Laila ne va pas bien et qu’en ces conditions, lui-même doit aller bien.

« Oui. » se permet-t-elle de murmurer, pliant devant ce regard ferme, devant ces poings serrés, devant cette carrure de gosse. Il peut rire Freckles. Il peut faire le con, et dire des idioties parfois – souvent. Il peut lui demander de chanter, sautiller sur les chemins, entrainer les gamins à des bêtises plus grosses qu’eux, à cet instant, pour elle, il n’a jamais autant mérité son titre de papa.

Comme elle du coup, la maman maintenant. La seconde Eilis. Comme un masque accroché à son visage.

C’est à cet instant qu’elle comprend qu’on ne peut vivre sans.

Et ça s’abat sur elle comme une douche froide. Tandis qu’elle se rend compte, la Ritournelle, la Laila, de l’imbécilité de sa quête.

Etre elle-même.
Même en portant un masque. Ça n'est pas incohérent, ou impossible.

C’est simplement assumer des responsabilités, agir pour le bien des autres, avant de penser à soi. Sans pour autant se dénier. Car on a conscience de ce qu’on affiche, du doigt pointé qui sermonne comme des bras qui enlacent. De l’autorité et de la douceur qu’on doit avoir et qui s’entremêlent. Non pas une simple dualité, oh ça serait trop simple.

Mais toute la complexité d’un rôle qu’on mène, au sein d’une société.

Plusieurs masques, plusieurs voix, plusieurs regards. Mais comme Freckles à cet instant, un seul nom. Un seul soi.

« Si tu veux. Parfois le soir, quand tu es fatigué… Tu auras pas à tenir ton rôle, t’auras qu’à venir me voir parce que. »


Parce que ?

« Parce que je suis ton amie. Et je t’aime beaucoup Freckles. Je t’aime vraiment beaucoup, et je te remercie pour tout ce que tu m’as apporté depuis que je suis arrivée. J’aurais seulement aimé le dire à Eilis. Car même si ça n’allait pas, même si parfois elle n’était… plus là. Elle a quand même veillé à ce que je prenne la suite, avant de partir. »

A petits pas elle s’avance. A petits pas, et ouvre les bras. Enlace ce corps sans s’y appuyer. L’étreint, sans plus pleurer. Caresse la nuque, les cheveux roux. L’étreint, dans un petit soupir craintif.

« Je suis là. » Répète-t-elle. Et plus fermement, comme une litanie. « Je suis là Freckles. On est là l’un pour l’autre. Tous les deux. Et on sera forts pour eux tous ok. On sera forts. Je serais forte. »

De s’appuyer contre lui, elle sent le renflement du sang-de-pigeon dans sa poche, coincé contre sa hanche. Et ça la fait trembler.







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Freckles
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Mar 17 Nov 2015 - 22:27

Ce serait vraiment simple, de faire comme Laila dit. Ne pas tenir son rôle. Son rôle. Quel rôle ? Chef de quoi, de qui, pourquoi ? Des fois il sait même pas ce qu'il fout là. Ce serait pas beaucoup plus simple d'être juste lui, sans titre et sans médaille ? Il dormirait plus, travaillerait moins, et rien de cassé, sans doute. Froncement de sourcils. Et Laila, pourquoi elle devrait être mère, alors ? Non, décidément, quelque chose ne va pas. Ils sont juste deux gosses, deux plus-trop-gosses, qui galèrent à faire semblant et dont les sourires sonnent creux.
Quand elle ouvre les bras, il se laisse étreindre. Pose sa tête sans un mot sur cet épaule, pas si solide, mais qui a le mérite d'être là. Et ferme ses yeux trop fatigués. Juste une seconde, ok ? Personne saura. Et d'une voix étouffée par cette masse capillaire :

« Je laisserai pas un truc comme ça t'arriver. »

Il sait pas d'où ça sort. C'est pas très fort, mais c'est affirmé avec aplomb. C'est une garantie, c'est un il t'arrivera rien, tant que je suis là et que c'est pas un autre.

Peut-être qu'il le sait, que c'est un mensonge ?
Qu'il y a pas assez de place dans sa tête pour garder au chaud une aussi belle promesse ?
Oh.

Dans les cheveux de Laila, il soupire. Il a toujours mal au cœur, de tout ça. De ce ton qui sonne comme une fatalité et comme un sacrifice, qu'elle fait. Freckles ne veut pas que Laila se sacrifie. Ni pour lui, ni pour quelqu'un d'autre.

« Je veux pas que tu dises des trucs comme ça. Je veux pas que tu prennes tout pour toi parce que c'est … c'est pas juste. C'est pas comme ça que ça doit se passer. On est deux. Peut-être que plus tard, on sera plus. » il ne l'évoque qu'à demi, cette possibilité. Ce cycle établi des mères et des apprenties, qui se relaient, et se recyclent le temps d'un tour de cadran. « Et Eilis, Eilis elle savait très bien. Regrette pas. »

Il veut rajouter, qu'Eilis, elle lui en voudrait pas, d'avoir pris sa place. Mais qui il est, pour décider seul de ça ?
Et puis il se recule, la fixe, regard brûlant, accusateur.

« Alors tout ça, ça vaut pour toi aussi. Quand t'en as marre, t'es plus maman. T'es juste Laila. T'es tout aussi forte quand t'es juste Laila. »

Et il glisse, comme une arrière-pensée.

« Moi aussi, je t'aime. »

Pas plus compliqué que ça.
Et d'un coup la bulle éclate. Il y a du bruit dehors et Freckles se dégage, d'un pas en arrière, de l'étreinte de Laila. Hausse un épaule, lance avec légèreté.

« On a rien vu. »

Et il ressort le sourire, un sourire bien flashy trop plein de soleil. Un sourire à faire pousser les fleurs, si il le pouvait.


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Lewis Steel
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Jeu 19 Nov 2015 - 11:53




Famille DécomposéeQuand la famille se défait, la maison tombe en ruine.



Lorsqu'ils étaient partis vers la maison souterraine, lui, était resté là.

Face à la tombe de son ancienne mère, le Sans-Visage avait tout l'air d'un fantôme, un peu perdu, un peu ailleurs, pas vraiment là, mais pas ailleurs non plus ; juste ici, debout face à ce tas de terre, sans bouger d'un pouce. S'il était triste ? Oui, bien sûr, il avait même beaucoup pleuré en apprenant la nouvelle, tout comme bon nombre d'autres enfants. Eilis, l'enfant au masque l'avait vu changer, être meurtrie, se renfermer sur elle-même, tomber malade, mais ne l'avait pas vu disparaître. On lui avait simplement expliqué que la chaleur l'avait tué, mais personne ne savait si elle avait été réellement vivante depuis le soir où on l'avait mutilée et que la mort avait frappé juste devant ses yeux. Personne ne devrait faire ce genre de choses à une fille, surtout pas à une maman comme elle, et pourtant.. Et voilà qu'elle était morte, et que le petit livreur pleurait devant sa tombe. Il n'y avait rien à faire, si ce n'était essayer d'éponger ses larmes.

Parce que si la jeune fille avait disparu, la chaleur, elle, était toujours aussi présente. Avec sa grosse veste sur ses épaules et son masque de cuir, le petit malade avait l'impression d'étouffer encore plus que d'habitude, et de cuire comme dans un four. Comme si une sorcière l'avait jeté dedans pour le dévorer vivant. Pourtant, malgré tout, il ne s'était pas débarrassé de ses affaires - pas encore - tout simplement parce qu'il n'en était pas capable. Il était bizarre, c'était plus fort que lui, et là, les larmes du chagrin se mêlaient aux gouttes de sueur qui dégoulinaient de son front.

Au fond, il ne sut combien de temps il était resté là, mais lorsque sa tête commença à tourner, Crackers finit par se décider à rentrer à la Citerne. Faiblement, un peu à côté de ses souliers, il mit du temps à rejoindre sa cabane et une fois arrivé là, le petit homme finit par voir son Freckles et Laila, les yeux sans doute un peu embrumés comme lui ; mais le Lionceau, lui, sourit à nouveau. Comme il faisait toujours. Alors, sur le coup, sans dire un peu, le Sans-Visage s'avança jusqu'à ses parents. On put voir qu'il aurait aimé les prendre tous les deux dans ses bras, mais comme il n'y parvint pas, l'enfant se contenta d'enserrer l'une des jambes de la Ritournelle de ses bras.

Un câlin tremblant et sanglotant, malgré la chaleur qui rendait ces étreintes moites et désagréables.

« D-Désolé.. fit-il alors d'une toute petite voix, soufflée ; un murmure. »

De quoi s'excusait-il ? Peut-être était-il désolé pour la mort d'Eilis, à moins qu'il ne le soit pour le fait d'avoir survécu, alors qu'elle, non. A moins qu'au fond, il ne soit en train de s'excuser pour tout ce qu'il avait fait, pour tout ce qui risquerait encore de se passer par sa faute. Là, à cet instant précis, Crackers ne sut pas pourquoi il s'était excusé, mais espéra apporter un peu de réconfort à son chef et à sa nouvelle mère.

Ils en avaient besoin. Tout le monde en avait besoin. Lui aussi.


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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Sam 21 Nov 2015 - 0:58

Au fond, il n'avait jamais compris ce que c'était la mort. Ou plutôt, si, il l'avait compris une fois, il y avait très longtemps, mais de façon si brutale qu'il l'avait oublié très vite. Tout comme il avait oublié le reste de cette existence trop violente pour son coeur de moineau. Petit et pur. Pas assez grand pour stocker l'atrocité de la mort, l'atrocité des adultes. Et dès que ça avait été possible tout s'était envolé, comme un oiseau, justement. Alors Blot avait re-connu la mort, à plusieurs reprises, sur l'île. Mais ça avait toujours été un jeu pour lui. Quelque chose de pas très vrai. Quelque chose qui sonne mal, des enfants qu'on oublie trop vite. Des morts tellement violemment insouciantes, qu'elles en devenaient légères. Effacées. Rien de signifiant pour un jeune enfant à l'esprit un peu simplet.

Et puis, la Mort était revenue à la charge. Alors que tout le monde avait chaud. Alors que tout le monde allait pas bien. La Mort était revenue, et elle avait pris quelque chose d'important, de vital pour Blot. Son centre de l'univers féminin, sa maman.

Eilis.
Eilis elle avait un joli prénom, un joli visage, un joli rire. Eilis, c'était la meilleure de toutes les mamans, parce que c'était sa maman à lui, bien sûr, mais parce que c'était vrai. Quand une fois elle était reviendue avec le coeur sous l'oeil, il lui avait dit, Blot, qu'elle était encore plus jolie et d'amour comme ça. Il n'avait jamais arrêté de l'aimer, comme il n'arrêtait jamais d'aimer quelqu'un. Alors, pourquoi est-ce que c'était elle, la première à partir. Soul et les autres avaient dit qu'il y aurait peut être des morts à cause du chaud. Mais c'était censé exclure les Livreurs et les amis et les amours ça.

La Trace avait eu du mal à comprendre. La mort c'était simple en fait. Court, bref, fini. Mais pourquoi, c'était une autre tasse de thé. Il avait  pleuré quand il l'avait appris. Pleuré quand on l'avait mise dans la terre (pourtant elle allait se faire manger, là, Eilis, pas vrai?). Pleuré même quand c'était Laila qui était devenue la maman. Pourtant il l'aimait beaucoup Laila, et il lui avait fait un câlin. Mais... voilà. Elis n'était pas qu'une mère pour Blot. C'était tout à la fois. Une mère, une copine, une amoureuse des fois, un modèle, surtout. Comme une statue qu'on ne peut pas enlever, qui a toujours été là, et qui ne devrait pas bouger. Il s'était trompé.

Lorsqu'il franchit le seuil de la cabane où il y avait Lionceau et Ritournelle et Sans-Visage, Blot pleurait encore. Ça avait été par salves, mais il allait finir par se dessécher si ça continuait comme ça. Mais c'était encore plus triste maintenant que tout le monde était triste, même Freckles avec le sourire qui faisait pas très vrai mais qui réchauffait quand même. Accablé, Blot se rua vers son papa et sa maman. Il serra d'abord Crackers très fort, même si ce dernier n'aimait pas trop ça. Puis, il leva les bras vers le Chef. Ultimate technique de demande de câlin.

Ses yeux étaient rouges et ses larmes continuaient à couler. Mais Blot était silencieux. Il ne faisait plus de bruit.






 
 
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Dim 6 Déc 2015 - 11:50



Famille décomposée

with les livreurs





Peut-être ment-il, peut-être ne le fait-il pas exprès. Peut-être que Freckles croit que Laila a oublié Bergamote, enfin, Bergamote IV, et Bergamote V, et Bergamote VI. Mais ça se serait se placer au même rang que tous ces animaux de compagnie qu’il a aimé, puis délaissé. Au même rang de ceux qui se moquent des responsabilités de son chef en critiquant le fait qu’il oublie. Mais tout s’oublie, tout le monde, n’importe quoi. Tous dans le même bateau de temps intemporel et de tableau de craie qui s’efface. Alors plutôt que de douter, Laila préfère sourire contre ses cheveux roux, hocher la tête d’un air assuré – le croire, et se promettre aussi en elle-même de veiller un peu sur elle. De faire attention et de parler, s’ouvrir, s’exprimer. Ne pas laisser la noirceur de sa dépression se refermer sur elle – animal mythologique, monstre de cauchemar, croque-mitaine sous la forme d’une métaphore et hop, plus de Laila.

« On est deux oui. »
Chuchote-t-elle et l’étreinte est à peine plus féroce, plus protectrice. Lionne protégeant son petit qui balbutie, hésite, promet, recule et finit par avouer qu’il l’aime. Mais bien évidemment qu’il l’aime. Freckles aime tout le monde. Même les petits connards chevelus qui lui brisent les doigts et emmerdent ses gosses, il finit toujours par les aimer de nouveau. C’est le pouvoir du chef des livreurs, celui qu’on pourrait trouver naïf, ou peut-être un peu con. Celui de ne pas s’appesantir sur les mauvaises choses, car ils sont coincés ensemble, doivent survivre ensemble, et que leur cohésion importe plus que les mauvaises disputes.

Sage Freckles.

Alors l’instant éclate, et le sourire revient sous les taches de rousseur. Laila renifle encore, se racle la gorge, se redresse. Et oui, ils n’ont rien vu. Rien fait. Les petits attendent. Leur famille, leur groupe, leur Arbre. Ceux qui tendent les bras à vouloir qu’on s’occupe d’eux. Ceux qui comptent reposer contre leurs corps, bien plus solides que n’importe quel tronc. C’est ce rôle, ce masque qu’ils doivent porter, la main dans la main. Et à voir le chef des livreurs de nouveau rayonnant, bien vivant, Laila se sent pousser les ailes du courage.

Même si elles sont un peu salies par les plumes d’un pieu mensonge.

C'est Crackers le premier qui vient s’accrocher à elle. Enlaçant sa jambe, le souffle rauque précipité derrière ce masque atroce. Mais si avant, Laila aurait eu une esquisse de recul, de sursaut. Là elle soupire, baisse la main pour cueillir les mèches éparses à l’arrière de son crâne, sous les sangles de ce costume que l’enfant porte. Malade ou non, effrayant ou non, il a bien plus besoin d’elle qu’à n’importe quel feu de camp. Et ses excuses crachotées lui serrent le cœur d’amour.

« Sssht… Ne t’excuse pas. »

Et se baissant, comme elle le faisait si souvent ces derniers temps pour des sceaux d’eau à peine remplit, elle vient le cueillir sous les aisselles. Le soulever jusqu’à sa hauteur, plaçant une jambe en retrait pour équilibrer sa hanche et ne pas vaciller. Crackers était un peu lourd mais si elle soupira de peine, Laila préféra tenir sa langue et ne pas le lâcher. Confrontant son regard à celui de ces hublots vitreux. Cherchant les yeux humains, tristes et écarquillés, qui étaient ceux de son vrai visage.

« Je suis là. Freckles et moi on est là, et on va continuer à prendre soin de vous. C’est quelque chose de très triste qui vient d’arriver mais Eilis ne voudrait pas qu’on reste immobiles et abattus. Nous sommes les livreurs, beaucoup comptent sur nous avec cette chaleur. Et nous allons continuer à ne pas les décevoir, à les aider. Parce que nous sommes forts et parce qu’on tient les uns aux autres. D’accord ? »

Doucement, Laila se mit à basculer d’un pied sur l’autre, commençant à le bercer, décrivant des demi-cercles tout en voyant le museau encrouté de Blot apparaitre à son tour. Posant Crackers au sol, Laila laissa la Trace enlacer son copain avant de tendre les bras vers Freckles. Silencieux petit Blot, cherchant ses repères dans cette mauvaise ambiance caniculaire. Laila serra les dents, réfrénant sa colère contre Peter, ne pouvant se permettre cette ingratitude vis-à-vis du Roi.

Pourtant, il lui tardait que tout cesse. Enfin. Que tout redevienne comme avant, dans un monde parfait où les petites filles ne mourraient pas de manière pathétique.

« Câlin groupé ? Vous voulez que je chante quelque chose ? » D’autres livreurs commençaient à se montrer, regagnant la cabane à petits pas. Et Laila cilla en direction de son instrument, s’obligeant à sourire encore en frottant le dos moite de sueur de Crackers. « On peut chanter l’Ourson et la demoiselle, Eilis l’aimait bien celle-la. »







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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Lun 21 Déc 2015 - 19:16

C'est Crackers qui rentre le premier. Peut-être qu'il n'a pas voulu les déranger, mais Crackers n'est jamais silencieux, avec sa respiration dure, douloureuse. Encore plus, avec la canicule. Et sans un mot, il les rejoint et vient entourer la jambe de Laila de ses bras. C'est difficile, avec Crackers. On ne sait jamais ce qu'il pense, avec son masque qui lui recouvre le visage, lui fait un regard aveugle et inexpressif. Freckles ne peut que supposer, alors. Qu'il est triste. Qu'il pleure là dessous. C’est peut-être cruel, mais il a du mal à l'imaginer tant qu'il ne le voit pas.
Avec Blot c'est tout de suite plus simple. Plus sale que jamais, les yeux rougis, il tend les bras pour réclamer ce qu'il obtient toujours.  Blot au fond, c'est peut-être son préféré pour ça. Parce qu'il comprend comment il marche. Alors sans un mot, il se penche et le ramasse sous les aisselles, pour le soulever et le serrer contre lui. C'est une valeur sûre, les câlins. Y a vraiment pas besoin de faire semblant.

En fond sonore y a Laila qui propose. Un câlin groupé, une chanson. C'est juste à ce moment qu'il se rend compte qu'ils sont loin d'être seuls, qu'ils les ont tous rejoint, timidement, que des paires d'yeux se cachent derrière l'embrasure. Des petites têtes familières, des noms que Freckles pourrait réciter par cœur et dieu sait qu'il est nul pour réciter. Les livreurs quoi. Ça lui fait comme un truc, vous savez ? Un truc au fond, là, dans le cœur. On est fort et on tient aux autres, elle dit, Laila. A cet instant il aimerait bien que ce soit vrai. C'est terriblement niais, mais il aime ça, les trucs niais, alors ça tombe bien.

« Oh, non, chante pas ça, elle est nulle. Fais l'autre, celle où j'oublie toujours les paroles. »

Une chanson qu'aimait Eilis, ça suffit pas. Freck veut une chanson où tout le monde chante. Sauf lui, du coup, mais c'est pas grave. C'est lui le chef. Le chef qui donne des ordres et pleure jamais et des fois fait des câlins. D'une petite secousse il réajuste Blot pour qu'il soit bien calé contre son bras. Il a perdu du poids, le gamin. Comme un peu tout le monde, par manque de nourriture, par manque d'eau. Ça lui fait de la peine. Il fixe le petit, très sérieux.

« Tu sais que ça va aller Blot, pas vrai ? C'est difficile aujourd’hui mais demain ce sera mieux et après » après t'auras oublié, j'aurai oublié. « Après ce sera encore mieux. Tu me fais un sourire ? »

Et il en fait un, même, pour l'exemple.
Avant de se tourner vers les autres, l'attroupement créé autour de Laila et Crackers, un timide câlin groupé. Il reprend son air de chef très sérieux et annonce.

« A partir de maintenant ce sera Laila votre maman. Ça changera rien. Elle vous connait bien, vous pouvez aller la voir et lui demander ce que vous voulez. Comme vous faisiez avant, quand Eilis était blessée. D'accord ? Elle fera tout pareil. Et en plus elle a une guitare. » c'est un sourire-grimace qui apparaît sur ses lèvres. Et il ajoute. Encore. « Ça ira. »
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Mer 23 Déc 2015 - 21:41

Rainbow n'avait pas su sur le coup. Il avait vu la face déconfite de Laila et de Freckles. Il avait compris qu'il y avait une merde devant le départ précipité de la ritournelle mais pour que son cœur ne se serre pas, s'était contenter de serrer les dents. Le sourire aux lévres et la boule au ventre, il était monté sur scéne. Il avait parlé puis était redescendu, attendant avec impatience qu'autrui parle et que cet interminable conseil de guerre finisse.
Le point final prononcé il s'était faufilé dans la foule pour trouver un livreur et la nouvelle lui avait éclaté dans la face.
Eilis était morte. Enterrée. Laila était mére.
Quelque chose se broya dans sa gorge. Pas pour la mort d'Eilis (il ne connaissait la petite que par propos rapportées) mais pour Laila ;  pour sa Ritournelle qui devait être défaite à l'heure qu'il ait, retenant ses larmes derriére un sourire qui ne trompait personne.

Laila, Laila, Laila...
L'image de ses yeux humides vint se fixer dans sa cervelle, ricocher en un million d'éclat au son de Lai-la

Laila, Laila, Laila...
Il devait la réconforter, lui dire que tout irait bien, qu'il serait là, qu'ils rigoleraient encore, qu'il l'aimait, ce genre de banalités creuses qu'il fallait dire alors car, même si les mots étaient insipides, la pensée était bien là, mille fois plus puissante.

Laila, Laila, Laila...
Il marcha vers le quartier des livreurs puis sur le chemin, sidéré par une pensée, s'arréta.
Qu'il était con... Il n'avait pas le droit. Pas le droit de venir comme ça, de façon non-officielle pour faire son gros câlin, même s'il était son meilleur-ami, même si elle était la femme de sa vie de pédé.

Laila, Laila, Laila...
Et maintenant il se trouvait là, comme un con, à attendre parmi les autres livreurs qu'il commençait à bien connaître de nom et de visage à force de trainer dans la cabane des mères.
Il fixa la petite assemblée et une pointe de honte se méla à l'inquiétude. Dans cette foule d'enfants endeuillés, il n'était pas légitime. Il n'était pas triste de la mort d'Eilis. Il n'en avait rien à faire. Vraiment rien. Mais derrière cette porte devant laquelle s'entassaient les gosses à la recherche de l'étreinte de leur nouvelle mére, il y avait Laila.
Elle méritait toute attente et sentiment de honte.

Laila, Laila, Laila...
Quand les livreurs arrêteraient d'affluer, il rentrerait dans la cabane, attraperait ses mains, embrasserait sa joue et il lui dirait une phrase un peu profonde et un peu stupide comme celles des acteurs de mélo-drames Hollywoodien.

« here it's a new start Pretty Woman. »




Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Lun 28 Déc 2015 - 23:44




Famille DécomposéeQuand la famille se défait, la maison tombe en ruine.



Elle lui avait dit de ne pas s'excuser et pourtant, cela avait été plus fort que lui ; Laila ne savait pas, non, elle ne pouvait pas savoir que ces excuses étaient tristement fondées. Le petit livreur ne faisait et ne disait jamais rien pour rien et là, ses excuses passeraient sans doute inaperçues dans une situation comme celle-ci et au fond, c'était sans doute mieux pour tout le monde. L'espace d'un moment, l'enfant aurait le cœur un peu moins lourd, même si la mort d'Eilis lui pesait terriblement. Alors, lorsque la Ritournelle le prit dans ses bras, le blondinet ne put s'empêcher de se blottir contre elle, malgré la chaleur, la sueur et tout ça. Ce n'était pas le plus important à cet instant-là, même si c'était ce qui avait mené leur mère à sa perte. Puis là, son apprentie avait alors planté son regard dans celui caché de Crackers, qui n'avait pu que le soutenir lorsqu'elle s'était mit à souffler ces quelques mots :

« Je suis là. Freckles et moi on est là, et on va continuer à prendre soin de vous. C’est quelque chose de très triste qui vient d’arriver mais Eilis ne voudrait pas qu’on reste immobiles et abattus. Nous sommes les livreurs, beaucoup comptent sur nous avec cette chaleur. Et nous allons continuer à ne pas les décevoir, à les aider. Parce que nous sommes forts et parce qu’on tient les uns aux autres. D’accord ? »

Silencieux, le Sans-Visage se contenta alors d’acquiescer en hochant la tête, réprimant au passage un sanglot en reniflant bruyamment. Ensuite, la mère des livreurs commença à le bercer, et le petit homme aurait sans doute pu s'endormir comme ça si d'autres garçons perdus n'avaient pas fait irruption dans la Citerne à cet instant précis ; dont Blot qui ne put s'empêcher de passer ses bras crasseux autour de son camarade. Et étrangement, ce dernier ne trouva même pas la force de protester ou de le repousser : ce câlin, il en avait eu besoin. Puis la Trace se tourna vers leur chef, et ce dernier le prit à son tour dans ses bras. Chaque bambin avait son parent attitré aujourd'hui, visiblement.

« Câlin groupé ? Vous voulez que je chante quelque chose ? proposa-t-elle tandis que d'autres têtes arrivaient dans la Citerne et qu'elle récupérait sa guitare, on peut chanter l’Ourson et la demoiselle, Eilis l’aimait bien celle-la. »

Derrière son masque, le petit homme essaya alors d'étirer un léger sourire tandis que les doigts de la Ritournelle passaient dans son dos : une chanson, ça change toujours les idées noires en quelque chose de plus joli.

« Oh, non, chante pas ça, elle est nulle. Fais l'autre, celle où j'oublie toujours les paroles, rétorqua le Lionceau. »

Au fond, le Sans-Visage se fichait lui de la chanson que Laila interpréterait, tant que c'était elle qui chantait et qui jouait. Toutefois, il ne tarda pas à lever la tête en sa direction, cherchant à capter son regard à travers ses billes crasseuses.

« Une.. une chanson joyeuse.. demanda-t-il d'une petite voix. »

Sans doute aurait-il aimé lui parler des chansons que ses parents mettaient sur leur joli tourne-disque, comme celles chantées par cet artiste à la voix grave qui faisait du saxophone ; mais il n'avait jamais retenu son nom, et aujourd'hui, il ne se souvenait même plus des notes de ses chansons. Alors une chanson joyeuse, même si Freckles ne se souvenait pas des paroles, ça serait quelque chose qui plairait à tout le monde ; pas vrai ? Sauf qu'en attendant, il commençait à y avoir beaucoup de monde autour de Crackers, et ça, il aimait moyen ; alors quand toute la troupe fit un câlin groupé et mouillé de sueur, lui, ne put s'empêcher de suffoquer.

Et même la voix de Freckles ne parvint pas à le calmer.

« A partir de maintenant ce sera Laila votre maman. Ça changera rien. Elle vous connait bien, vous pouvez aller la voir et lui demander ce que vous voulez. Comme vous faisiez avant, quand Eilis était blessée. D'accord ? Elle fera tout pareil. Et en plus elle a une guitare, reprit-il finalement, ça ira. »

Durant son discours, le Sans-Visage avait un peu essayé de se dégager de toute cette étreinte et de tout ce monde qui lui donnait la nausée ; en vain. Tout ce qu'il trouva à faire, fut d'accrocher une nouvelle fois ses bras aux jambes de Laila, et d'y rester un peu, le souffle court.

« Tu.. tu partiras j-jamais.. hein ? murmura-t-il finalement. »

Parce que si la Ritournelle venait à disparaître, ils n'auraient plus de maman qui chanterait et raconterait des histoires, mais juste un gros trou triste dans le cœur ; qui finirait tôt ou tard par être comblé par l'oubli.. comme celui que la mort d'Eilis avait creusé, et toutes celles qui avaient été là avant aussi. Elle n'était pas la première, et ne serait sans doute par la dernière mais ça.. les enfants n'en avaient sans doute pas encore conscience.


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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Mer 13 Jan 2016 - 1:20

Il lova sa tête dans le cou de son chef-papa, lui collant un mélange de bave et de larmes sur la peau, mais il n'avait pas la force de tendre son bras et de s'essuyer le menton. Il écoutait les pleurs des autres, et il pleurait plus fort encore. La voix de Freckles le réchauffa un peu, ça lui fit du bien. C'était pas une canicule qui pourrait faire fondre la glace de son coeur, dans l'état actuel! Freckles c'était un peu une cheminée d'amour, au fond. La fumée et la brûlure en moins, mais bon!

Blot sentait bien qu'il pourrait redevenir heureux maintenant. Il y croyait, à ce que disait le Lionceau. Même s'il avait l'impression que ça ne pouvait pas marcher, il avait confiance dans ce que disaient ceux qu'il aimait. Il les aimait tous de toute façon. Il reconnaissait un peu les visages autour d'eux, tous les Livreurs. Dans sa tête il bafouilla leurs prénoms.
Il les aimait.

Alors il sourit à Freckles qui lui demandait un sourire, dévoilant ses dents de lait, tirant sur les muscles qu'il n'avait plus l'habitude de tirer. Ca lui faisait un peu mal à l'extérieur, mais du bien à l'intérieur. Freckles aussi, il brillait comme un soleil avec son sourire.  
Le câlin groupé encore, ça faisait tout briller. Blot avait à nouveau la force d'essuyer ses larmes, son sourire s'agrandit.

Une nouvelle maman? il voulait bien essayer. Il pensait encore que il ne pourrait pas l'oublier, jamais, alors que bien sûr ça arriverait irrémédiablement. Il resterait un vieux souvenir, tout décrépi, que Blot glisserait à côté de l'autre. Puis il broderait autour, inventerait une nouvelle histoire de maman imaginaire. Il en aurait deux, à présent, mais ce serait tout pareil.
Tout pareil, il avait dit, Freckles.
Alors c'est qu'il avait raison.
Et Blot sourit encore, et Blot répondit à Crackers alors même que la question ne lui était pas adressée:

─ 'Tefaçon l'a même pas droit de partir!!

C'était vrai ça! Laila était jolie, gentille, toudouce, et elle avait une guitare avait dit Freckles; Laila serait là pour toujours. Comme Eilis avant qu'elle s'en aille: elle était là pour toujours.
Toujours, c'était un mot un peu abstrait pour le petit bout mais il aimait bien l'utiliser, ou du moins dans ce cas de figure, le penser. Toujours, c'était trop compliqué... trop IMMENSE pour lui.
Il était encore si petit!..

─ Est ce que y va z'y avoir une autre maman apprentite? s'enquit la Trace.

Après tout, ça aussi c'était important. Ce n'était pas parce qu'il était petit qu'il n'avait pas compris que y'avait des mamans apprentites, et qui prenaient la place après. Au fond, Laila prenait un peu la place de Eilis, sans lui demander son avis. Il n'aimait pas ça. Mais il aimait Laila. Il avait un gros dilemme qui lui pesait sur son coeur de moineau, il abandonna la réfléxion qui lui faisait mal à la tête et saigner du nez (sur le t-shirt de Freckles c'était pas le top), et remit sa tête dans le cou de son chef.

Il demanda d'une toute petite voix parce qu'il ne voulait pas de silence, il aurait été trop triste:

─ Que'qu'un y veut un bonbon?  







 
 
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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   Dim 24 Jan 2016 - 13:14



Famille décomposée

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Une chanson qu'aimait Eilis, ça ne suffisait pas. Il leur fallait quelque chose pour les réunir tous, les faire chanter tous, les faire rire aussi. Essuyer leurs larmes, ramener un peu de bonheur sur leurs visages éreintés et étouffer les questions que la peur aura fait naître à la disparition de l’ancienne mère. L’ancienne-mère. Voilà le nom qu’elle aurait jusqu’à ce qu’on l’oublie, la pauvre éborgnée. Les mains de Laila recommencèrent peu à trembler. Jusqu’à ce que le masque se tourne vers elle, ces deux hublots vitreux, et que derrière la voix d’un petit garçon hésitant demande une chanson joyeuse.

Ca, couplé aux paroles de Freckles concernant son nouveau rôle – son remplacement – la fit aussitôt se ressaisir.

« Partir ? Fichtre non je n’ai aucune intention de m’en aller ! Je vais rester ici jusqu’à la fin des temps ! A jouer de la guitare pour vous, pour Peter, pour tout l’Arbre. On a encore des tas et des tas de belles aventures à vivre. »


Et Laila claqua des doigts, un nouveau sourire aux lèvres qui n’était pas entièrement factice.

« Je sais, on n’a qu’à chanter Bergamote et le Lézard. »
Traversant la salle, sous les murmures enthousiastes de certains, Laila se mit à rire. La comptine rappelle le combat épique de Bergamote contre le maudit lézard-bœuf, cet animal gigantesque – dix centimètres tout de même ! – qui, s’étant aventuré près de la Rivière, avait montré beaucoup trop de curiosité à l’égard des mignons petits pieds de Melty. Fort heureusement pour la livreuse, Bergamote était apparue dans le ciel et posant ses nombreuses pattes à terre, avait écrasé l’assaillant sans l’ombre d’une hésitation.

Rattrapant sa guitare, vérifiant simplement la tension des cordes, Laila la cala contre son buste et tourna son visage enjoué vers Blot.

« J’aurais une nouvelle apprentie, bien sûr. Parce qu’il faudra bien m’aider. Et comme ça elle apprendra les chansons – peut-être même qu’elle jouera aussi d’un instrument, nous ferons alors des concerts où Bambi dansera. »


Bambi, la mère-apprentie des chasseurs, faisant un spectacle avec Laila. L’idée était si cocasse et amusante que d’imaginer la réaction de son chef, les petits se mirent à rire. Mais il y eut là un soupir qui traversa la tête de la Ritournelle et va se loger dans un coin.

Ne serait-il pas opportun de profiter justement de cette amitié pour tirer la blonde hors de la réserve et lui offrir un rôle bien plus convenable ? Car même si Fang s'était calmé concernant ses bousculades à l’égard de la danseuse, il n’en demeurait pas moins un macho brutal et insipide, un sale petit con, preuve en étaient les blessures que Freckles se ramenait parfois, notamment ses doigts cassés. Laila pinça les lèvres et se promit de lui en parler. Pour la forme.

Melty s’avança alors vers Blot, et tendant la main pour recevoir un bonbon, annonça calmement.

« Y’a ‘bow à la porte. »


Un vent de panique agita aussitôt les livreurs, Laila y comprit – que venait faire cette maudite corneille par ici, Pan l’avait-il demandé une nouvelle fois ? – avant que les têtes se tournent vers l’extérieur et clament, rassurées.

« C’est pas Bow !

- C’est Rainbow !
- Laila, y’a l’carambar qui s’planque ! »


Le cœur de la métisse fit un bond dans sa poitrine. Et tout sourire, elle se dirigea vers la porte, ébouriffant les cheveux de Blot au passage, tapotant gentiment l’épaule de Crackers, lançant un regard rassurant à Freckles – elle revient vite, elle n’en a pas pour l’instant et de toute façon, elle a besoin de la présence de son meilleur ami pour mieux reprendre pieds – avant de sortir. Chassant les enfants à l’intérieur sous une bousculade qui se transforma aussitôt en bataille de chatouillis.

Retrouvant le calme de la soirée, le regard de Laila s’embua. Et formant des apostrophes avec ses doigts, elle murmura.

« Je resterai pour toujours. »


Il lui fallut la stabilité du torse du grimpeur, sa caresse dans ses cheveux pour retrouver le point central de ses émotions. Sentant toujours dans sa poche la présence du rubis. Malik. Christo. Les bouleversements réguliers de ce nouvel univers. Les aventures qui se créaient, les amitiés qui se liaient, ou se déliaient au fil des morts.

Non.

Toujours, ne voulait décidément rien dire ici.

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MessageSujet: Re: Famille décomposée ☆ Laila   

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