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Sharpy
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MessageSujet: Re: Heat Wave   Sam 7 Nov 2015 - 17:21

Sharpy prit la seconde pelle et tâta le terrain. La terre était dure, sèche, le soleil implacable même dans les zones où l'ombre semblait s'accrocher. Ça n'allait pas être facile. Ça n'allait pas être très drôle. Ça allait être long, fastidieux, et en compagnie de Grudge, ce qui multipliait les critères précédents par deux. Sharpy chercha intérieurement une chose sur laquelle se réjouir. Ils enterraient la poudre, ce qui était bien – si on pouvait l'oublier quand tout ça serait fini, ce serait parfait. Ils n'étaient plus à l'intérieur de la Forge, il faisait – un tout petit peu – moins chaud. Il retint un soupir. Heureusement qu'il était d'un naturel optimiste. Il ne voulait même pas imaginer l'état d'esprit actuel d'un râleur invétéré. Il se refusait à se laisser aller à des pensées déprimantes. Travailler lui ferait du bien.

Et à Grudge aussi, probablement, même s'il ne s'attendait pas à ce qu'elle continue de causer. Ses propositions, bien que rongées par la méfiance, avaient quelque chose de vrai, presque prophétique, et Sharpy grimaça, conscient qu'elle avait raison malgré l’extrémisme de ses idées. Il ne voulait pas y croire mais il le sentait, au fond de lui. Il avait longtemps été chef et avant cela il avait toujours fait partie d'un groupe, observé son organisation, ses fluctuations, l'autorité à laquelle on se référait s'effritant parfois en des temps difficiles, et la façon dont les ordres devaient être donnés pour être respectés, sous peine de... Le mot lui échappait, il ne l'aimait pas. Il faudrait bien qu'il l'affronte pourtant, qu'il l'accepte, pour lui faire face correctement. Il ne servait à rien de jouer à l'autruche.

"Tu sais, on devrait enterrer les armes aussi. Parce qu’avec cette chaleur, les coups de sang vont être nombreux. Et ils vont tous commencer à se disputer. J’ai déjà vu ça."

Sharpy secoua la tête mais ne répondit pas. Il cherchait ses mots pour s'exprimer de façon à ce que Grudge comprenne son point de vue. Les enfants se bagarraient tout le temps, c'était dans leur nature : on se battait, on jouait, on mangeait et on dormait. On ne faisait que ça au final. Sharpy avait l'habitude de gérer les conflits, dans son groupe du moins. Même s'il était moins élargi que les Livreurs ou les Récolteurs, dont les chefs devaient faire preuve de beaucoup de discipline pour gérer tout leur petit monde, Sharpy avait l'habitude d'imposer un rythme précis à ses Armuriers pour que chacun sache où se tenir et quoi faire de sa journée. Il n'aimait pas qu'ils restent les bras ballants et avec la chaleur qui s'aggravait, il le voulait encore moins. Il fallait maintenir leurs mains occupées pour ne pas leur laisser le temps de penser. Si conflit il y avait, il saurait gérer au cas par cas. Ce qu'il ne voulait pas, c'était une... ce mot, encore. Une quoi ?

"Les armes, faut pas les enterrer. Si ça dégénère partout ailleurs comme tu le dis, les autres clans viendront chercher des ressources ici et sans armes on pourra pas se défendre. Par contre, il faudrait pas que n'importe quel gamin puisse s'en servir pour trucider le voisin qui a eu une ration de plus que lui."

Il voulait garder un ton détaché mais l'inquiétude de Grudge avait fini par le contaminer et il serrait les dents, le souffle court, entre deux coups de pelles.

"Je pourrais imposer une surveillance de la réserve d'armes, avec des autorisations spéciales pour ceux qui doivent sortir comme les Livreurs ou les Récolteurs. Et une interdiction d'approcher pour les autres. Je sais pas encore, faut que j'y réfléchisse."

Il ne fallait pas que ça ait l'air d'une mesure trop paranoïaque. Rien de tel que de prononcer le mot en m... pour donner des idées aux recrues. Sharpy l'avait déjà vu quelque part. C'était quoi son nom, déjà ? Le pirate avait été second du temps où Sharpy avait embarqué sur le Jolly Roger. Un grand type effrayant. Sharpy l'aimait pas trop. Mais impossible de se rappeler son nom. Il était juste... C'était un fragment de mémoire qui ressortait accolé à ce mot qu'il n'aimait pas.

"Pas de mutinerie à bord de mon navire", marmonna Sharpy en se référant au souvenir.

Il donna un coup de pelle un peu plus brusque que les autres. Contrairement à Grudge, il avait essayé de creuser lentement pour ne pas s'épuiser. Mais plus ils avançaient et plus il avait envie d'en finir, vite. Bizarrement il savait que si mutinerie il y avait, elle ne viendrait pas directement de Grudge. Peut-être y participerait-elle s'il restait inactif, mais le risque était plus grand venant des plus jeunes, des plus désemparés par la canicule. Leur désespoir se transformerait en colère et leur colère en ressentiment à l'égard de leur chef qui ne faisait rien. Tandis que Grudge, Sharpy le sentait, avait l'habitude de la colère. Elle ne la dirigerait pas contre lui s'il agissait en son sens.

Ça tombait bien, pour une fois qu'ils avaient le même point de vue. Sharpy se racla la gorge, pas sûr qu'elle ait entendu ce qu'il avait marmonné pour lui-même :

"Je laisserai pas les autres se rebeller, fuir ou réfléchir au moyen de blesser Peter. Je garderai le groupe occupé et il en sera de même pour les autres chefs, crois-moi. Dans des circonstances pareilles, il ne faut pas laisser les gens... réfléchir. Tu vois ce que je veux dire ?"

Il donna encore un coup de pelle et se redressa pour jauger du résultat. Le trou était assez large, mais peut-être pas assez profond. Il sauta à l'intérieur et creusa sous ses pieds.

"Tiens, on y est presque je pense. On pourra mettre le tonneau le moins rempli ici."








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MessageSujet: Re: Heat Wave   Sam 7 Nov 2015 - 17:54



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Bon sang qu’il l’énervait à pas comprendre. Qu’il la gonflait à parler de la guerre à venir quand Grudge essayait de mettre l’accent sur la nécessité de trouver une solution, et vite. C’était bien son chef ça, de défendre les armes plutôt que de se concentrer sur le plus important. C’était bien un mec pour se sentir rassuré d’avoir son couteau, son arc ou sa masse pour pouvoir taper sur la gueule du premier sauvage venu. Mais la suite du discours la calma dans sa future diatribe, effaçant de son regard soudain relevé sur le visage de son chef la flammèche étincelante qui avait manqué, une nouvelle fois, de mettre le feu aux poudres de son tempérament.

Surveiller les armes, c’était peut-être mieux que rien.

« Restreindre l’armurerie, c’est une bonne idée. Mais ne file pas des armes aux livreurs et aux récolteurs. Ils ne sont pas formés pour, pour la plupart. Et puis si tu leur donnes des armes, les éclaireurs vont en vouloir aussi et après il y aura deux groupes, l’élite qui aura eu droit à se défendre, chasseurs et armuriers compris dedans, et ceux qui se sentiront dans la nécessité de se révolter pour pas être asservit. Tu vois l'idée ? Faut travailler ensemble en fait. »

Continuant de s’acharner sur le sol sec, avalant plus de poussière que d’air, Grudge se mit à tousser. Et relâcha la pelle, sondant le sol d’un vague coup d’œil avant de se reculer. La chaleur lui brouillait les sens, la rendait pantelante comme après une trop longue présence à la forge. Prudemment, elle vint se toucher le crâne, le sentit brûlant sous ses doigts. Et se crispa.

« Tu devrais te couvrir la tête, on n’a pas choisis la bonne heure Sharpy. »

Lui tournant vaguement le dos, plus par réflexe que par pudeur, la Bombe entreprit de retirer son débardeur, restant en brassière – ou en tout cas le morceau de tissu blanchâtre et déchiré qui lui servait comme tel. Rapidement, elle noua le tissu à sa chevelure, essuya une larme de sueur roulant jusqu’à son ventre et se pencha pour reprendre la pelle, faisant pendre la croix d'or toujours accrochée à sa nuque. Bientôt le soleil la mordrait à laisser ses coups sur sa peau déjà basanée. Des brûlures importantes mais qui aurait l’idée de se couvrir avec une telle chaleur ? Cuire ou s’étouffer, voilà donc les deux solutions qui leur restaient actuellement.

La distraction fut en tout cas suffisante pour qu’elle ne puisse entendre le mot honni. Le terme de piraterie l’aurait fait sortir de ses gonds plus rapidement encore que la mention de Valentine. Et il était préférable que le statut quo entre le chef et son armurière demeure ainsi le plus longtemps possible. Car l’échange était enrichissant, si on omettait de se concentrer sur certaines idées stupides de Sharpy.

Mais ce n’était pas Grudge qui allait le traiter de paranoïaque. Cela aurait pu être son surnom.

« Le fait de vous avoir, vous les chefs » Cela lui arrachait presque la bouche de le mettre dans le même bain que Freckles, mais c’était la vérité. « cela permettra aux gueulards de la boucler le temps nécessaire. Ils auront trop peur de votre statut et du bannissement pour vraiment agir et faire la révolution. »

Observant Sharpy sauter dans le trou, Grudge pinça un peu les lèvres mais hocha la tête, changeant brièvement de sujet.

« Ca sera juste mais ok, mettons le là. Ne bouge pas, continue de creuser je l’apporte. Tu feras en sorte qu’il ne s’écrase pas au fond au moins. »

Et se détournant de la crevasse, elle rejoignit le chariot. Pris le tonneau à bras le corps, le soulevant dans une expiration douloureuse. L’effort lui coûtait bien plus avec cette maudite saison et c’est à pas trainant qu’il rejoignit l’ancien-matelot, se penchant prudemment pour lui tendre son fardeau.

« C’est bon tu l’as ? » Avant de lui tendre la main pour le sortir du trou. Et revenir à leurs préoccupations premières. « Dans tous les cas, ton idée est la bonne. La réflexion, les murmures, les idées, c’est plus venimeux que n’importe quel poison. Ce qu’il faut, c’est l’espoir. Vous voir agir, vous voir partir pour changer la situation. Tenter des trucs pour mettre fin à la canicule. Alors ouais, peut-être pas blesser Peter. » Peut-être pas, la formulation était importante. « Tenter autre chose. L’esprit feu. Tu comptes leur en parler vite hein ? »

Agite la soupe tant qu’elle bouillonne sur le feu.

Un vieil adage perdu dans les brumes d’un passé révolu. Murmuré d'une voix de femme, pour ce qu’elle pouvait deviner. Quelque chose d’encore applicable aujourd’hui. Et ce fut presque accidentellement que Grudge esquissa un sourire.

L’espoir. Elle pouvait peut-être en placer un peu en Sharpy à cet instant ?
Même si plus tard elle devrait s’en excuser auprès de la défunte Valentine.






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Sharpy
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MessageSujet: Re: Heat Wave   Dim 13 Déc 2015 - 22:32

Le problème avec les armes, c'est que tout le monde ne savait pas s'en servir correctement ou à bon escient. Sharpy essayait toujours d'inculquer aux nouveaux combattants des valeurs et des conseils comme "on ne joue pas avec un couteau", mais comment voulez-vous dire aux Garçons Perdus qu'il ne fallait pas "jouer" ? Leur vie n'était rythmée que par le jeu. Leur vie n'était qu'un seul grand jeu... et Peter jetait les dés. De toute manière, Sharpy ne pouvait pas être partout, il devait bien déléguer les entraînements et se défaire de sa responsabilité, parfois. Il ne pouvait pas tout contrôler – ne le devait pas.
Alors même s'il pouvait faire aboutir ses réflexions sur des règles concrètes et efficaces pour la majorité, il y aurait toujours une faille quelque part. Mais là, sous le soleil tapant, l'heure n'était pas aux idées miraculeuses. Sharpy repoussa les avertissements de Grudge dans un coin un peu moins surchauffé de son crâne et continua de creuser.

"Tu devrais te couvrir la tête, on n’a pas choisis la bonne heure Sharpy."

Le chef fronça les sourcils. C'était déjà la deuxième fois qu'elle lui conseillait de faire attention et il ne savait pas s'il devait se vexer. Il mimait peut-être la misogynie envers les Mères mais il n'appréciait pas pour autant leur attitude trop protectrice, qu'il jugeait à la limite de la condescendance parfois. Trop âgé pour recevoir conseils et ordres de se brosser les dents avant d'aller se coucher, probablement. Il marmonna quelque chose d'incompréhensible et enleva son t-shirt de mauvaise grâce. Il n'avait pas envie de donner raison à la Bombe mais il savait qu'elle n'avait pas tort et, merde, s'il s'évanouissait comme un abruti devant elle, il perdrait le peu de crédibilité qu'elle lui concédait peut-être encore... Il attacha assez maladroitement le vêtement autour de la tête en faisant un nœud avec les manche, rectifiant régulièrement la trajectoire d'un bout de tissu qui lui tombait dans les yeux tout en continuant de creuser, méditant sur les prévisions de Grudge. Il était clair que le statut des chefs les protégerait et faciliterait la bonne tenue du groupe le temps qu'on distribue les ordres mais si rien ne changeait, il faudrait sévir ou trouver d'autres solutions. L'inertie n'était jamais bonne, mais Grudge et lui étaient déjà parvenus à cette conclusion.

Sharpy tendit les bras pour rattraper le tonneau que sa collègue faisait descendre dans le trou.

"Humpf ! Ouais, j'ai."

Il était plus lourd qu'il ne le pensait – ou était-ce lui qui s'était trop fatigué en creusant ? – mais il réussit à le déposer au fond de sa fosse. Il prit la main que Grudge lui tendait pour ressortir et essuya les siennes sur son pantalon dans un geste tout à fait inutile mais qui lui donnait le temps de souffler, entre deux trous à creuser et reboucher. Il ne récupéra pas sa pelle tout de suite, profitant que Grudge relance la discussion pour reposer ses bras, en particulier celui qu'il avait blessé un peu plus tôt. Il frotta machinalement le bandage en écoutant la Bombe, même si ça n'aidait pas à atténuer la brûlure :

"Dans tous les cas, ton idée est la bonne. La réflexion, les murmures, les idées, c’est plus venimeux que n’importe quel poison. Ce qu’il faut, c’est l’espoir. Vous voir agir, vous voir partir pour changer la situation. Tenter des trucs pour mettre fin à la canicule. Alors ouais, peut-être pas blesser Peter."

S'il fallait retenir au moins une chose de cette discussion, c'était que Grudge avait éventuellement abandonné l'idée de s'en prendre directement à leur roi. Sharpy n'avait présentement pas la force de soupirer de soulagement mais il le pensait très fort. Son esprit divagua un peu sur les propos de sa collègue et il se félicita mentalement d'avoir accepté de suivre son conseil : le soleil tapait fort sur son crâne.

"... esprit feu [...] leur en parler vite hein ?" achevait-elle.

Il y avait comme un sourire sur ses lèvres et Sharpy cligna des yeux, pas sûr d'avoir bien vu. Il récupéra sa pelle et chercha du regard un coin où cacher le deuxième tonneau pour se donner le temps de réfléchir et d'aligner des mots :

"Ouais, évidemment. Bow voudra savoir ça alors on va... je vais lui demander ce qu'il en pense. Si ça se trouve il a déjà prévu d'organiser une réunion entre chefs ou quelque chose comme ça." Il s'étonnait d'ailleurs que le Chambellan soit resté inactif jusque là, mais peut-être attendait-il de pouvoir jauger la situation au plus près – la santé mentale de Peter – avant de prendre des décisions. L'idée de voir Bow "prendre des décisions" agaça Sharpy plus qu'il ne l'aurait fallu, renforçant en même temps sa détermination, rendue apathique par la chaleur écrasante : "Ouais... Bow. Qu'est-ce que tu penses de Bow ?" ajouta-t-il brusquement en se tournant vers Grudge.

Elle voyait peut-être Sharpy comme un abruti, un couard et un chef désespérément inactif, mais elle n'avait pas tort sur certaines choses et l'intéressé était curieux de savoir ce que son sens de l'observation pouvait donner sur un type comme Bow, qui était vraiment différent de lui. Sûrement pour cela qu'il était incapable de le cerner.

"Je ne sais pas s'il aura une idée pour l'esprit feu, mais il doit avoir des contacts chez les Delaware. Eux sauront."

Il pensa à son ami Merle Oisif, et à cette soirée qu'ils avaient passée sur la plage avec cette étrange sirène, Encre. Autour d'un feu de camp, des flammes qui n'avaient alors rien de menaçant, après une trop longue nuit. Cela paraissait si lointain maintenant, mais s'il se concentrait Sharpy pouvait encore imaginer le bruit des vagues, les crépitements des flammes et la fumée du calumet qui se mêlait paisiblement à celle du feu. Ça lui donnait un peu d'espoir.








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MessageSujet: Re: Heat Wave   Lun 14 Déc 2015 - 12:39



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Sharpy suivit son conseil sans maugréer et Grudge eut un regard presque pensif sur son torse tandis qu'il retirait son tee-shirt pour s'en couvrir la tête. Profitant que son chef ne la remarque pas, elle détailla ce corps de garçon, de combattant aussi, la blessure bandée à son bras et la sueur qui lui roulait dans le dos. Toutes les filles de l'Arbre - ou en tout cas, une grande majorité - couinaient ou gloussaient quand Sharpy apparaissait. Elles avaient dans le regard comme une espèce d'attirance enflammée, une famine de curieuses, des bêtises plein la tête et des compliments plein la bouche. Mais était-ce leur ressemblance avec Valentine, ou le fait que ce corps en particulier avait réussit à arracher son amie à l'enfance, dans les deux cas Grudge n'avait pour cette virilité d'adolescent bien formé qu'un dégoût acre, une tristesse sans fin dans la gorge. Pas d'attirance. Et elle se félicita de cela. Même si c'était un peu petit, un peu pathétique, un peu crédule.

Attrapant la pelle, le souffle un peu plus calme et la tête moins brûlante, elle laissa à son chef le repos nécessaire, repoussant la terre délayée dans le trou pour recouvrir le premier tonneau. Il lui semblait logique de séparer les emplacements de ses biens, au cas où un garçon perdu, trop curieux, n'en déterre un ou que l'un d'entre eux, par la force des choses, finisse par exploser. A chaque coup de pelle, c'était comme revenir en arrière, à toutes ses missions folles pour voler la poudre à chaque pirate. Et ses os protestèrent du souvenir de celui qui, riant, crêteux, et le regard mauvais, lui avait craché au visage avant de la rouer de coup. Mais elle avait survécu à ce règlement de compte, elle avait guéri, elle était de nouveau là, petite bombe enflammée toujours prête à mener à bien sa vendetta.

Alors, elle pouvait être fière de la route accomplie, malgré ses cahots et ses disparitions.

Écoutant distraitement Sharpy, tassant la terre, Grudge porta les mains à son crâne, déchira un morceau de tissu et l'enfouit dans le sable. En repère. Avec la chaleur, ni pluie ni vent ne viendrait délayer la cachette de ce qui lui servirait à retrouver ses trésors. Sur sa poitrine, la croix lança un nouvel éclat.

« Bow ? » Le ton, calme, trancha avec le regard peu amène qu'elle lança à son chef. « Il est avec Peter et fera tout pour protéger la santé de notre Roi. Il sera sans doute pas capable d'aller chercher de l'eau lui-même, mais il remuera ciel et terre pour le soigner. C'est un diplomate, une langue pendue, pas un type d'action. Alors il fera toujours en sorte de trouver des volontaires pour agir à sa place. Mais tu pourras compter sur lui, tant que ta volonté ne va pas à l'encontre de Peter. Sinon pfuit. »

Elle eut un geste vif de la main, comme pour attraper une mouche en plein vol. Et serra le poing.

« Banni le Sharpy. Celui-ci, il serait capable de retourner le cerveau de Peter comme une crêpe pour lui faire entendre sa raison. Il parle bien. Il parle trop. » Elle eut un ricanement étouffé, se déplaçant à huit mètres du premier trou, pour commencer le second. « Et il adore le pouvoir. C'est pour ça que les intérêts de Peter sont les siens. Tant qu'il reste vivant, Bow sera le type le plus fidèle dans tout l'Arbre. Mais si un jour il disparait. »

Ses gestes ralentirent. Et son cerveau évoqua l'idée de cette disparition, lui remplissant la gorge de bile.

Non. Ca n'arriverait jamais. Qu'elle arrête de s'inquiéter et de faire sa parano. Peter était essentiel à l'île et l'île l'aimait. C'est bien pour cela d'ailleurs qu'il pouvait rire et agir dans sa bonne humeur, tout détruire par la chaleur, sans que les Esprits n'osent protester.

« Bow s'alliera au premier qui prendra la tête du convoi. » La Bombe haussa une épaule, laconique. « Il ira peut-être voir Crochet, si Hook est assez puissant. En tout cas, je le vois mal diriger. Je le vois suivre et se protéger. Parce que les chefs tombent au bout d'un moment. Mais les seconds, les bras droits, les conseillers, ils savent vite ramper à terre en clamant qu'ils n'ont fait que suivre les ordres. Tu vois ? »

Nouveau sourire amer.

« Ils savent quoi dire pour se protéger. Donc c'est à toi de profiter de son pouvoir tant qu'il est temps. Marche toujours un pas derrière lui, le contredit pas. Mais le jour où il trébuche, cherche pas à le rattraper. Dégage cette vermine. Parce que gamin ou pas, ce type a les pensées d'un Adulte. »

Relevant la tête pour fixer son chef, elle s'appuya sur sa pelle dans un silence incertain. Sur son visage, plus que la colère ou le mépris, demeurait l'incertitude. Et ce trouble, la fragilisant plus encore qu'aucune autre parole, pouvait en déstabiliser plus d'un, de ceux qui avaient l'habitude de la voir droite, fière, les cordes vocales arrachées sous des protestations enflammées.

Mais la Bombe n'explosait pas tout le temps. La Bombe avait peur aussi, parfois. Des ombres de la nuit, des souvenirs qui forment les cauchemars, et des regrets.

Elle espérait simplement que ce qu'elle confiait à Sharpy ne fasse pas partie de ceux-là.

« Je sais que tu m'aimes pas. Et je t'aime pas non plus. Mais parfois, il faut pouvoir dépasser cela pour la communauté. Alors ce que je te dis là. Tu le gardes pour toi, mais tu l'oublies pas. D'accord ? »


Mais lui faire promettre de ne pas oublier, c'était comme se moquer de lui, en vérité.






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Sharpy
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MessageSujet: Re: Heat Wave   Ven 8 Jan 2016 - 17:58

Sharpy vit le regard de Grudge lorsqu'elle prononça le nom du Chambellan. Elle ne semblait pas le porter dans son cœur mais elle avait une vision objective du personnage et il apprécia son honnêteté. Il savait bien que Bow n'était pas un homme d'action ; il ne se mettait pas en avant et pourtant il était toujours présent. Proche, très proche de Peter. Sharpy pensait que Bow se servait de l'influence qu'il avait sur lui – car il en avait, c'était évident – par mégalomanie, simple désir de pouvoir.
Ce qu'il détectait là allait au-delà.

Banni le Sharpy.

Bow qui restait dans l'ombre, derrière, deuxième – jamais premier. Jamais exposé. Peut-être était-ce pour cela qu'il avait attendu si longtemps avant de réunir les chefs. Peut-être qu'il voulait prendre le temps d'analyser la situation. S'assurer qu'il ne risquait rien. Peut-être qu'il avait peur pour lui-même.

Peut-être qu'il était dangereux.

Sharpy se rendait compte, qu'il s'était toujours méfié de Bow sans le détester. Il en était incapable, il ne détestait vraiment personne. Il était juste mal à l'aise avec Bow car il était trop différent de lui, il ne le comprenait pas. Mais il l'avait sous-estimé. C'était toujours ce qu'il faisait.

« Parce que les chefs tombent au bout d'un moment. Mais les seconds, les bras droits, les conseillers, ils savent vite ramper à terre en clamant qu'ils n'ont fait que suivre les ordres. Tu vois ? »

Sharpy hocha la tête, le regard grave. Il voyait parfaitement. Il comprenait mieux, aussi, ce qui le gênait chez le Chambellan. Il récupéra sa pelle et aida Grudge à creuser le trou tout en réfléchissant. Il fallait faire attention à Bow. Mais il ne pouvait pas le confronter. Il n'avait aucune raison de le faire. Leurs intérêts concordaient – avaient-ils toujours concordé ? – et Grudge avait raison, il fallait faire profil bas. Le suivre et, quoi ? attendre qu'il tombe ? Ça ne lui ressemblait tellement pas. Mais.

Banni le Sharpy.

Bow n'aurait probablement pas hésité, lui. Sharpy donna un petit coup de pelle un peu plus sec que les autres et s'agaça de porter autant d'intérêt à quelqu'un qui ne le méritait probablement pas. Il n'aurait peut-être pas dû s'intéresser à lui, c'était pire maintenant qu'on mettait des mots sur ce qui n'avait jusqu'alors fait que l'inquiéter vaguement.

"Profiter de son pouvoir, hein ?"

Ce serait s'abaisser à son niveau. Mais si Grudge voyait juste – elle avait de l'intuition, il lui faisait confiance sur ce sujet – si elle voyait juste et que Bow était bien ce genre de personne, alors ses ambitions n'avaient rien d'innocent et il avait, peut-être, des pensées d'adulte... Sharpy n'en savait rien, il n'avait jamais eu ces pensées-là. Il lui semblait que beaucoup de sentiments différents pouvaient conduire au monde adulte.

"Mais, Bow ne grandit pas", s'étonna-t-il tout haut.

Il réfléchit deux secondes, chercha ce qu'il voulait dire par là. Il n'était pas sûr. Les pensées d'un enfant pouvaient être aussi dangereuses que celles d'un adulte. Mais s'il ne grandissait pas, alors ces pensées n'étaient pas encore celles d'un adulte. Il ne faisait que jouer l'adulte, il ne l'était pas réellement.
Comme eux tous ici. Comme Peter, comme ses chefs, comme ses mères, tous ils jouaient aux adultes, qui s'occupent des enfants et qui font la guerre. Bow était dans le jeu lui aussi. Il était de la partie.

"Pour le moment", ajouta-t-il plus bas.

Dingue que les types ambitieux comme Bow ou cruels comme Teath ne grandissent pas d'un pouce alors qu'ils devaient avoir des pensées terribles pour des enfants. Sharpy s'arrêta deux secondes pour observer le petit travail d'excavation effectué jusque-là et s'épongea le front. Aucune justice. Devant le silence prolongé et l'immobilité de Grudge, il releva les yeux et croisa un regard préoccupé. Il pinça les lèvres, embêté. Il aurait dû se taire. Ce genre de réflexion devait rester personnelle. Est-ce que les autres chefs partageaient leurs inquiétudes avec leur groupe ? Sûrement pas. Plus que l'autorité, il fallait garder la face, jouer le jeu de Peter, être l'enfant qui se prenait pour un adulte et jamais n'avait peur.

« Je sais que tu m'aimes pas. Et je t'aime pas non plus. Mais parfois, il faut pouvoir dépasser cela pour la communauté. Alors ce que je te dis là. Tu le gardes pour toi, mais tu l'oublies pas. D'accord ? »

Sharpy pencha la tête sur le côté avec un air un peu blasé, fatigué, vexé peut-être, qu'elle lui parle d'oublier. Mais l'inquiétude qu'elle exprimait et surtout l'honnêteté dont elle avait fait preuve le touchait.

"Je ne t'aurais pas demandé ton avis si je ne m'inquiétais pas de la question." Il se retourna et recommença à creuser, sans cesser de s'éponger le front toutes les cinq secondes ou presque. À vue de nez, ils étaient à la moitié. Bientôt, ils pourraient se débarrasser du deuxième tonneau. "Et pour info, je ne te déteste pas."

C'était toujours ce qu'il faisait. Ne pas détester les gens, et les sous-estimer parce qu'il ne voyait pas tout ce dont ils étaient capables et lui pas. Il continua de creuser en se disant que Grudge avait raison, pour Bow, pour lui, et probablement pour l'Esprit Feu aussi, mais il refusait de l'avouer. Il n'allait pas la conforter dans son inquiétude ou sa colère. Ce n'était pas son rôle à lui, le chef. Son rôle à lui... Il ne l'avait jamais vraiment rempli avec Grudge, n'aimant pas la considérer comme une Armurière, la voir construire ses bombes, être à la Forge. Il n'aimait simplement pas l'idée de la côtoyer. Il aurait été plus simple de l'oublier elle aussi, pas vrai ? Mais Valentine était partie et Grudge était restée, c'était ainsi, et il devait faire avec. Parfois, il se disait que cette fille qui avait été son amie n'aurait probablement pas voulu qu'il s'énerve contre elle avec toutes ces raisons qu'il n'avait pas.

Alors il ne disait rien.

"Mais tu me fais penser à elle, et je ne veux pas me rappeler."

Il baissait les yeux quand il sentait son regard hargneux tomber sur lui et se taisait en espérant que ça passe un jour, parce qu'on finissait tous par oublier.

Mais peut-être qu'il lui devait au moins ça.

"Je ne veux pas grandir."

Il lui dit ça sans la regarder, en se concentrant sur la pelle et la terre qu'il creusait pour se débarrasser au plus vite de la poudre. Peut-être qu'il oublierait l'emplacement aussi. Il en voulait presque à Grudge d'avoir marqué le premier trou. Mais la Bombe n'oubliait pas, elle. Parce que la colère et la rancœur n'étaient pas des sentiments qui faisaient grandir ? Ça aurait dû être le cas. Il n'y aurait alors pas de Teath, pas de Bow. Et peut-être qu'elle aurait compris.








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MessageSujet: Re: Heat Wave   Lun 11 Jan 2016 - 0:40



Heat Wave

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Oh il pouvait être vexé, blasé, faire la gueule ou la moue, lui tourner le dos et se montrer retors à ses idées, tant que cela ne passait pas d’une oreille à une autre sans que son cerveau enregistre. Grudge se craqua la nuque, bougeant les épaules pour pouvoir relancer ses muscles affaiblit par la canicule. Et se remit à creuser. Ils en étaient à la moitié et il leur fallait continuer avant d’être repérés. Car si elle avait promis à Peter des canons, comment le Roi, dans toute sa bonne humeur, réagirait-il en les voyant entreposer dans l’Arène ce qu’elle avait mis tant de temps à emmagasiner ? Bow, justement, ne risquait-il pas de brailler à la trahison ? Ou même à l’attentat.

Nerveuse, Grudge mit un temps avant de comprendre les paroles de Sharpy, l’accusation qu’il distillait dans son interrogation. Bow ne grandissait pas, c’était un fait. Il demeurait cette ombre, rapporteur au nez crochu, au sourire faux et au regard luisant. Il lui faisait penser à ces insectes qui rôdent parfois dans la pénombre, ceux qui paraissent innocents à la lueur du jour, mais qu’on se refuserait à effleurer dans l’obscurité la plus complète. Une chose petite, dégueulasse d’apparence, et parfois venimeuse. Mais aussi craintive et fragile que n’importe laquelle des bestioles.

« C’est une chose d’avoir les pensées d’un Adulte et une autre d’agir comme tel. Ici, nous avons des lois, un système qui régit l’Arbre. Tout fonctionne selon une communauté qui est basée elle-même sur celle des Adultes tu sais. Parfois, nous prenons le meilleur d’eux pour pouvoir continuer d’exister sans grandir et sans faillir. Mais certains prennent le plus mauvais, et s’amusent à écraser. Les enfants ne sont ni méchants, ni gentils. C’est la connaissance qui pousse à l’arrogance, et l’arrogance à la concupiscence. Alors la concupiscence veut détruire. Et là, kaboom. »


Elle vacilla, près du trou. Manqua d’y tomber, cligna des yeux. Les mouches s’étaient faites plus épaisses devant son regard brun. Mais Grudge abaissa le bras, pencha la tête en arrière, inspirant à pleins poumons pour calmer ce vertige. Elle avait la gorge sèche, une indolence dans chaque tendon qui la poussait, insidieusement, à aller s’allonger, se reposer, dormir.

Cependant, il en était hors de question. Et une fois passé ce moment de faiblesse, la bombe se remit au travail. Avec moins d’entrain mais tout autant d’acharnement.

Ralentissant au fur et à mesure que Sharpy lui répondait.

Ralentissant au fur et à mesure que l’aveu gouttait hors de sa bouche.

Ralentissant au fur et à mesure que s’esquissait le profil de leur passé commun.

Dans sa tête, il y eut le murmure imagé d’une fille entrain de rire.

Quand elle releva la tête, pelle en main, trou creusé, son visage affichait non pas la hargne. Mais l’horreur.

Et l’autre, qui refusait de l’affronter, qui continuait.

"Je ne veux pas grandir."



Continuait à ne pas la fixer.


Mais Needle.
Je l'aime...


Mais Sharpy reçu soudain une première poignée de terre. Puis une seconde. Puis une troisième. Et inlassablement, lâchant finalement la pelle qui tomba dans le trou dans un choc métallique, rebondissant sur une pierre, Grudge se penchait, ramassait, lançait, encore. Et encore. Jusqu’à ce que finalement elle en ait les mains sales et que lui soit recouvert de poussière.

Jusqu’à ce que sa voix perce, aiguë comme une vrille.

« Pas grandir ?! »


Haletante, Grudge en aboyait presque, ses mots se répercutant dans l’Arène.

« Comment t’oses me dire ça à moi Sharpy ? A moi bon sang ! »
Explosant peu à peu. « Tu crois que je l’ai pas vu hein ? Tu crois que j’ai pas remarqué les centimètres et – tes – foutus –muscles. »

Nouvelle poignée de terre.

« T’as grandis espèce de - ! »
Une flopée de jurons en arabe lui échappa. Mais elle se rapprocha. Et plutôt que de laisser la terre l’étouffer, elle le repoussa. « T’as grandis et elle aussi ! Et j’espère bien que je te la rappelle ! Je veux jamais que t’oublies ! Je veux que tu te rappelles de ses yeux et de ses cheveux et de sa voix et de la manière dont elle t’aimait ! La manière dont elle aurait été bannie pour toi ! Et toi, toi t’es encore là parce qu’elle est morte ! »

Nouvelle bourrade.

« J’ai reprisé ses robes, chaque jour. Je lui ai fait des corsets pour cacher ses seins – ses seins Sharpy ! Des robes amples pour dissimuler ses hanches et les centimètres qu’elle avait pris – pour toi ! Je l’ai protégé chaque jour des rumeurs des autres même quand c’était évident qu’elle ne rêvait que de toi ! J’ai écouté ses soupirs et ses murmures quand elle parlait de toi – toujours de toi ! Et toi maintenant tu ne veux plus grandir ? »




Je l'aime...


« Mais j’espère bien que tu grandiras plus jamais, pas parce qu’on a besoin d’un chef comme toi – parce que bon sang d’autres vaudraient tellement, tellement plus que toi ! »


Comme elle peut-être ?

« Mais parce que ça signifierait qu’il y en aurait une autre. Une autre Valentine à être énamourée devant tes armes, et tes combats »
Grudge se mit à minauder, faussement moqueuse, les sanglots dans la voix, trémolos dans son rire acerbe. « Tes cheveux et tes mimiques et ta virilité de sale – petit – mec ! »

Et son doigt se pointa sur les tonneaux, son visage pris l’aspect du marbre. Dans sa pâleur. Dans sa dureté.

« J’en vois une autre te tourner une autre, une seule fille. Et je ferai pire que de te faire bannir. Je trouverai le moyen de t’emmener ici à l’Arène. De venger Valentine, de venger cette injustice qui t’a protégé, parce que t’as beau parler de Bow, qu’il grandit pas et ses pensées d’Adulte, toi t’en as eu ! Toi t’as succombé, toi tu t’es pas contenté de l’imiter. »

Alors peut-être que Sharpy ne l’avait pas fait exprès. Peut-être qu’il regrettait – et il pouvait regretter. Mais c’était trop tard. Et trop tard, c’était la grande aiguille de l’horloge à jamais figée de Grudge. Trop tard. A côté de « devoir ».

Comme dans « devoir protéger. » Et tant pis s’il lui fallait menacer son chef. Si elle se prenait une gifle – puisqu’il ne connaissait que la violence, ce sale type. Tant pis si elle prenait le risque de le défier et de perdre. Au moins ressortirait-elle la tête haute. Pas comme ce lâche. Car il l’était. Même les poings fermés, même avec ses armes, même avec sa fierté.

Il n’était qu’un lâche, et le resterait.






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MessageSujet: Re: Heat Wave   Lun 11 Jan 2016 - 15:37

C'était comme porter la main à son côté et voir que l'ennemi avait déjà dégainé. C'était sa lame qui fusait au ralenti tandis que sa propre main s'empêtrait dans les lanières et le fourreau pour dégainer. C'était comme se faire planter, en fait, en toute connaissance de cause.
Sharpy le sentit au moment même où il prononça le mot.

"Pas grandir ?!"

Il le sentit, au même moment, qu'il allait avoir des problèmes. C'était fou comme un seul petit mot aurait pu changer le sens de sa phrase et éviter, du moins en partie, le lynchage à coup de terre dans la tronche. Il aurait suffit de dire clairement ce qu'il voulait dire : il ne voulait plus grandir. Mais en un sens, Sharpy s'y attendait. Il le savait, qu'il allait passer un mauvais quart d'heure. Quelle que soit la formulation. Il aurait pu prendre la peine de s'essuyer le visage, mais Grudge rechargeait déjà les munitions et, honnêtement, il avait de la chance. Il y avait deux types d'armes dans cette Arène : la terre, et la pelle. Il était content qu'elle ait choisi la première, même si son premier réflexe à lui avait été de lever sa pelle pour se protéger. Ça ne servait à rien mais il ne pouvait pas contrôler son instinct de survie.

"Je s-"

Blam, dans la figure. Sharpy referma la bouche avec un goût dégueulasse sur la langue. Ok, d'accord. Ce n'était peut-être pas le bon moment pour parler. Il avait dit cinq mots, c'était déjà trop. Et à voir Grudge, à la voir et à l'entendre, il avait un petit peu peur. C'était donc ça, qu'il attendait. C'était ça qui lui faisait baisser la tête et détourner le visage quand elle lui lançait ses dagues avec les yeux, c'était ça qu'il avait voulu éviter, qu'il avait peur d'affronter, et qu'il avait peut-être – inconsciemment – cherché à provoquer. Pour en finir, une fois pour toutes.

"J’ai reprisé ses robes, chaque jour. Je lui ai fait des corsets pour cacher ses seins – ses seins Sharpy ! Des robes amples pour dissimuler ses hanches et les centimètres qu’elle avait pris – pour toi ! Je l’ai protégé chaque jour des rumeurs des autres même quand c’était évident qu’elle ne rêvait que de toi ! J’ai écouté ses soupirs et ses murmures quand elle parlait de toi – toujours de toi ! Et toi maintenant tu ne veux plus grandir ?"

Mais c'était difficile. C'était encore plus difficile qu'il ne l'avait imaginé. Il voulait dire qu'il savait tout ça, que c'était exactement ce qu'il voulait lui dire – qu'il avait grandi, que c'était de sa faute, qu'elle était morte à cause de lui et que maintenant, il ne voulait plus se souvenir, parce qu'il ne voulait plus... – mais il ne savait pas. Il ne savait pas tout ça, parce que Valentine ne lui avait jamais parlé des efforts qu'elle faisait pour se cacher ; comme lui ne lui avait jamais parlé des efforts qu'il faisait de son côté. Il était peut-être le seul à s'en rappeler mais ce pantalon, qu'il portait là, ne lui arrivait pas aux genoux à son arrivée.

"Mais j’espère bien que tu grandiras plus jamais, pas parce qu’on a besoin d’un chef comme toi – parce que bon sang d’autres vaudraient tellement, tellement plus que toi ! [...] Mais parce que ça signifierait qu’il y en aurait une autre. Une autre Valentine à être énamourée devant tes armes, et tes combats. Tes cheveux et tes mimiques et ta virilité de sale – petit – mec !"

Ok, non, il n'avait plus peur. Il était carrément horrifié. Il ne comprenait pas la moitié de ce qu'elle disait parce qu'il y avait trop de hargne et de rage et les mots sautaient dans tous les sens, et le pire, c'étaient ceux qui tournaient en boucle dans sa tête pour faire échos à ses propres accusations. Il avait envie de hurler qu'elle délirait complètement, qu'il n'était pas con, qu'il savait très bien comment se comporter et qu'elle n'avait pas le droit de supposer qu'il pouvait laisser une seule fille, une seule autre fille, prendre la place de Valentine. Mais sa colère et son indignation étaient, comme les accusations, coincées dans sa tête, à tourner en rond. Retenues par sa fierté, peut-être, ou par sa lucidité, cette certitude que rien ne changerait jamais, peu importait les mots qu'il leur apposerait – il serait toujours le coupable, et elle serait toujours morte. Ce qu'il avait voulu faire – ce qu'il avait voulu dire à Grudge – ce n'était pas pour se justifier à ses yeux, encore moins pour se faire pardonner. C'était lâche, en vérité. C'était juste pour qu'elle arrête d'en parler.

"... Toi t’as succombé, toi tu t’es pas contenté de l’imiter."

Quand Grudge arrêta de parler, il avait l'impression de manquer de souffle, comme si c'était lui qui venait de hurler et qui avait du mal à respirer. Il attendit, pour s'assurer qu'elle avait fini, et parce que sa tête tournait trop vite pour élaborer des mots un tant soit peu cohérents.

"Mais... mais oui !" Vas-y, explique. Oublie que tu n'es pas diplomate. Et essaye d'être clair cette fois. "T'as pas compris- c'est exactement ce que je dis, Grudge !"

Il écarta les bras et posa lentement sa pelle au sol, comme il l'aurait fait devant un Piccaninny prêt à lui sauter à la gorge.

"J'ai grandi, en même temps qu'elle."

Il s'assit tout aussi lentement au sol. Il avait du mal à respirer normalement, il avait l'impression qu'il allait tomber dans les vapes à tout moment, ou se faire agresser par un coup de pelle. Mais ça valait mieux que les souvenirs. Il continua de parler, en prenant son temps, contrairement à Grudge, mais il était à peu près certain qu'il tomberait dans les pommes s'il s'excitait lui aussi, alors il espérait qu'elle l'écouterait jusqu'au bout. Qu'il en finisse avec les explications.

"Tu sais pourquoi j'ai arrêté de grandir ? Pas parce qu'elle est morte. Parce que je l'ai oubliée."

Ce n'était pas une science exacte mais il était à peu près certain que les sentiments qui l'avaient fait grandir s'étaient évanouis en même temps que ses souvenirs. Il ne pouvait en être autrement. Ce n'était pas le chagrin qui l'avait stoppé avant l'âge adulte, parce que le chagrin, d'autres anciens gamins vous l'auraient dit s'ils étaient encore là, le chagrin faisait grandir aussi.

"Je suis pas stupide, je sais bien que c'est de ma faute et qu'elle ne serait pas morte sans moi. Si jamais je recommence à grandir... ou si je me fais bannir pour quoi que ce soit d'autre, elle sera morte pour rien. C'est pour ça que je t'ai dit ça, que je ne veux pas me rappeler. Parce que les souvenirs... mes souvenirs, en tout cas..."

Il croisa les bras, pas certain de la formulation. Grudge aussi avait des souvenirs, est-ce que ce serait insultant de supposer que les siens n'étaient pas assez forts pour être dangereux ?

Et puis merde. Il avait bien réfléchi à tout ça. De long en large et en travers. C'était forcément l'explication, c'était forcément ça, la menace. Qu'elle le prenne comme elle le voulait.

"J'ai peur que mes souvenirs à moi me fassent grandir. Alors, tu vois. T'as pas à t'en faire. Je mettrais jamais personne d'autre en danger, parce que le danger, il vient de là" – il se frotta le front et essuya la terre qu'il avait devant les yeux – "et il est dangereux que pour moi."

Maintenant, si t'as pas envie non plus qu'elle soit morte pour rien, arrête de parler d'elle. Il soupira. Il était trop fatigué pour rallumer une énième fois la mèche. Il se releva précautionneusement pour ne pas accentuer le vertige et récupéra sa pelle. Parce qu'il fallait bien en finir.

"Je propose qu'on finisse d'enterrer cette poudre et qu'on reparle plus jamais de ça."








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MessageSujet: Re: Heat Wave   Lun 11 Jan 2016 - 19:13



Heat Wave

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Il lui fallait se calmer, pour sa santé et pour écouter ce qu’il avait enfin à lui dire. Car c’était pour cela avant tout, pour obtenir ses explications et lui mettre la vérité sous le nez qu’elle était devenue armurière. Les bombes, les canons, tout cela n’était que les instruments de sa revanche pour ne pas oublier. Mais plus que de se rappeler, il lui fallait impérativement le lui faire rappeler. D’un regard, d’une pique. D’un comportement, des schémas dessinés à des monceaux de parchemins à l’élaboration des premiers essais techniques. Tout, pour que Sharpy ne baisse plus les yeux mais finisse par crever l’abcès.

Et ils y étaient, à l’instant T, figé à Jamais.

Sharpy justifiait son absence de mémoire, pitoyablement. Assis par terre, ayant délaissé la pelle, il lui offrit son portrait le plus misérable. Geignant sur son sort, pour honorer l’absence de celle qui ne serait plus jamais à leurs côtés. Braillant sa lâcheté comme un service de mémoire. Et la haine lui monta à la gorge, pesa sur sa poitrine comme une pierre sous laquelle elle étouffait. Grudge sentit ses muscles trembler de fatigue et de stresse. Et les vannes éclatèrent à ses yeux, déversant des larmes amères dont elle ne prit pas conscience. Brouillant le visage de Sharpy, le démultipliant, et créant sur ses joues noircies de poussière de profondes rigoles.

« C’est comme ça que tu justifies ton comportement ? C’est tout ce que tu trouves à me dire ? »


La voix éraillée, Grudge fut submergée par l’envie de le tuer. Elle se vit presque agir, ramassant la pelle et éclatant son crâne, encore et encore, jusqu’à défigurer son visage parfait et répandre la cervelle. Imaginer le sang, les débris, les sons dû aux chocs et ses cris de douleur, manquèrent de la faire frissonner de plaisir et d’anticipation. Il lui fallait le faire, pour Valentine. Pour les autres.

Mais elle ne pouvait pas. Parce qu’elle n’était pas une tueuse. Parce que cela ne servirait à rien. Parce qu’elle n’en avait pas la force.

Alors elle renvoya la tête en arrière, encore une fois. Et se mit à sangloter, de frustration, de colère et de désespoir.

« Il veut oublier. OUBLIER ! Pour toi ! »
Dans sa tête, la fille s’éloignait avec un panier à son bras. Et elle pouvait presque se rappeler de ses derniers mots.

Presque.

Grudge s'en revint à Sharpy. Ne perdant plus son temps pour crier.

« T’as pas été puni. T’as rien subis toi. Elle est morte, elle a disparu. Et t’es resté le petit chef des armuriers, tant adoré, tant admiré par des gamins comme Dude. T’as jamais été inquiété de quoique ce soit et t’es entrain de me balancer, que ça serait moins dangereux pour toi comme pour tout le monde, si tu grandissais plus à cause de tes souvenirs. »


Se frappant la cuisse, dans un geste insensé, la Bombe rabaissa la tête pour lui faire face. Ecœurée. Trahie.

« T’as même pas cherché à la venger ! T’as même pas cherché à tuer en son nom ! Tu me juges, avec mes canons, tu essayes d’empêcher ce que j’accomplis pour elle, mais moi, je devrais te laisser oublier parce que c’est trop dangereux ? »

Elle avança d’un pas, puis d’un autre. Se pencha finalement, pour ramasser la pelle. Et la jeta dans ses bras. Soutenant son regard, essuyant machinalement ses joues.

« Regarde-moi bien. Regarde-moi bien Sharpy. »
Doucement, elle chuchota. « La prochaine fille, j’en fais mon affaire. Je t’empêcherai de faire du mal comme t’en as déjà fait. Mais je t’aiderai jamais. Et tu continueras à la voir à travers moi. Tu continueras à te rappeler de Valentine. Jusqu’à ce que tes vêtements se déchirent sous ta croissance. Jusqu’à ce que tu sois juste un mec. Et le jour où ça arrivera, le jour où les autres comprendront ce que tu es devenu, où Peter t’appellera, t’accrochera à un poteau et te bannira, je serais devant toi. Je jetterai pas une pierre, ni aucun fruit pourri. Je crierai même pas. Mais je te fixerai, avec tout mon dégoût. Et tu l’entendras rire à travers moi. »

Il y eut le cri d’un oiseau, non loin. Le silence de la forêt succombant à la chaleur. Le souffle bruyant de sa respiration. Puis Grudge se redressa. Et portant la main à sa croix d’or, comme pour se réveiller d’un mauvais rêve, elle s’ébroua et asséna.

« Maintenant, on termine de creuser. »


Parce que si Sharpy ne la haïssait pas, elle le ferait pour deux.







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MessageSujet: Re: Heat Wave   Lun 11 Jan 2016 - 23:33

Sharpy ne s'attendait pas à grand-chose de la part de Grudge. Il lui semblait avoir déjà tout entendu venant d'elle et pourtant chaque accès de colère apportait de nouvelles accusations. La même en réalité, déclinée sur toute une palette de couleurs aussi enflammées que le ciel, de l'ocre amer à l'ébène du spectre qui planait sur eux, en passant par le rouge du sang qui s'échauffait dans ses veines. Mais il n'attendait rien de Grudge. Ses explications n'en étaient pas vraiment, ses justifications ne s'adressaient pas à elle. Il était certainement déplacé de lui demander de comprendre, à elle, qui avait souffert plus que lui. Non parce qu'elle l'aimait plus mais parce qu'elle avait continué d'y penser, de souffrir et de ne pas oublier.

Elle aurait dû oublier. C'était probablement le meilleur conseil que Sharpy pouvait lui donner. Le reste, c'était inutile. Ce n'était pas pour elle. S'il avait dû s'excuser, Sharpy ne se serait adressé qu'à Valentine. Mais Valentine, Val était morte. Et ça lui faisait mal de voir Grudge pleurer, et appeler son nom.

Elle est morte, Grudge. Elle est morte.



Alors arrête.



Il prit une grande inspiration et croisa les bras pour s'éviter de dire des conneries, surtout quand elle aborda le sujet de sa position au Grand Arbre qui n'avait pas changé d'un pouce depuis l'accident. Est-ce qu'il pouvait dire une seule chose qui ne se retourne pas contre lui ? Non. Parce que Grudge le tenait pour coupable, depuis le début et pour toujours. Et Sharpy comprenait enfin, avec une intense clarté, qu'elle était aussi égoïste que lui.

Et il aurait voulu lui dire. Sans lui avouer que la vengeance ne servirait à rien puisqu'elle n'avait pas été tuée par les pirates, sans même lui expliquer qu'il aurait bien donné son rôle de chef à n'importe qui si ça avait pu la sauver – même à elle, même à Zombie – sans lui dire que s'il avait su à l'avance que Peter n'allait en garder qu'un, il serait parti avant. Il aurait voulu lui dire, simplement, qu'elle ne valait pas mieux que lui et que sa colère, elle était aussi inutile que ses excuses à lui. Qu'elle ne servait à rien puisque le mal était fait. Mais que continuer à se rappeler, à s'acharner – continuer à l'y forcer aussi – ça ne servait qu'elle, Grudge. Parce que Grudge ne pouvait pas vivre sans sa pathétique vengeance, sans son pathétique chagrin, et sans ses pathétiques remords, quels qu'ils soient.

Parce que Grudge avait décidé de vivre dans le passé plutôt que d'avancer.

Et Sharpy, il ne connaissait plus Valentine, mais il était certain que ce n'était pas ce qu'elle aurait voulu pour son amie. Mais il n'était pas Valentine, alors rien de ce qu'il ne dirait ne pourrait convaincre Grudge. Grudge, elle continuerait de s'acharner, parce que sans ça, qui était-elle ? Needle n'existait plus. Et lui, il fallait qu'il arrête de penser que Grudge avait encore ce lien avec l'amie de Valentine, parce qu'il ne pouvait pas la sauver non plus. C'était sa décision, Sharpy le comprenait maintenant, et elle l'avait prise depuis longtemps.

Excuse-moi.

Grudge s'approcha de lui avec ses menaces et Sharpy fronça les sourcils mais écouta sans broncher. Il n'essaya pas de lui couper la parole, de la faire taire, de la menacer en retour, parce que ce n'était plus son problème.

Excuse-moi, Valentine, mais je ne lui dois rien.

"Bonne chance avec ça, la Bombe. Si tu crois qu'une autre fille peut me faire grandir et que toi tu pourras me voir accroché à ce poteau, alors tu m'as pas bien regardé."

Avait-elle idée de tout ce qu'il avait construit autour de lui pour s'empêcher de côtoyer d'autres filles ? C'était sûrement paranoïaques de sa part, parce qu'on ne rencontrait qu'une Valentine et qu'elle n'allait pas réapparaître parmi les autres Mères. Mais c'était sa façon à lui de se rappeler. De ne pas oublier les conséquences, à défaut des causes directes. Il prit la pelle et se remit à creuser. Il n'ajouta pas qu'elle n'arriverait pas à ramener des souvenirs de Val qui puissent le faire grandir. Parce qu'il savait, maintenant, que ce n'était pas Grudge qui lui rappelait Valentine, c'était Needle. Grudge, elle n'avait rien à voir avec Needle.

Valentine n'aurait pas été l'amie de cette fille.


Il ne pouvait pas la voir comme telle. Parce que ça allait le rendre malade, que cette fille se rende malade pour quelque chose qu'il avait provoqué mais qui n'était plus de son ressors. Ni du sien. Il avait encore deux autres trous à pelleter, c'était pas la peine de creuser le sien en plus.








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MessageSujet: Re: Heat Wave   Mar 12 Jan 2016 - 12:50



Heat Wave

with Sharpy





Il lui aurait fallu plonger dans son crâne pour que la Bombe puisse suivre le fil des pensées de Sharpy. Mais dans le cas où Grudge n'était en rien télépathe, et trop plongée dans le déni pour prendre assez de recul sur ses actions et sur elle-même, elle crut simplement avoir gagné. Car Sharpy, malgré sa petite bravade orgueilleuse basée sur son sempiternel « Tu ne connais rien de moi » se la bouclait et ne l'attaquait pas. Il ramassait même la pelle, obéissant à son ordre plutôt que de s'en aller. Bien que ce dernier choix soit certainement plus motivé par sa crainte de laisser la poudre en libre service plutôt que de l'aider. Grudge n'en sourit pourtant pas. Alla ramasser la sienne. Continuer de creuser le trou, sans plus pleurer, sans plus crier.

Dans un silence s'y épais qu'elle s'y engluait. Car il n'y avait plus rien à dire, et elle se refusait à regretter leurs échanges précédents, la discussion qu'ils avaient pu avoir, concernant les chefs, Bow notamment, et la survie de l'Île. Elle se refusait à regretter l'intérêt que Sharpy lui portait en demandant son avis et en prenant compte de chacun de ses mots - ou en faisant semblant de le faire. Elle ignorait à quel point la malhonnêteté du chef des armuriers pouvait le trahir, s'il était parfois sincère dans ses sentiments, surtout vis à vis d'elle.

Il lui avait dit qu'il ne la détestait pas. Certes. Peut-être.
Mais il ne l'aimait quand même pas.

Grudge n'avait plus à justifier ses actions, qu'elle pensait fondées et en bonne voie de ramener l'ordre et la justice sur l'Île. Elle aurait perdu son temps à essayer de le convaincre que chaque adulte disparu permettrait à un enfant de survivre. Qu'il n'y aurait plus de Valentine tombée d'une falaise, ou de Squeal abattue d'une balle dans le dos. Qu'il n'y aurait qu'eux, des jeux sains, un air pur, des rires tout autour d'elle.

Qu'elle retrouverait alors son ancien nom, ou un nouveau. Qu'elle cesserait d'être figée dans le passé pour simplement survivre dans le présent - et l'aimer.

Qu'elle arrêterait d'afficher ce masque de rage pour retrouver sa discrétion habituelle, son calme, sa sereinement, son courage, celui qui l'avait aidé à survivre dans les décombres de Damour, celui qui lui avait fait apprendre de toujours rester en mouvement.

Même sur le chemin de sa vie.

Grudge était égoïste, et pathétique, peut-être même trop obtus et sans doute trop immature. Mais c'étaient là les caprices d'un enfant. Et elle l'était, fondamentalement. Une enfant revancharde, une gamine incapable de prendre en note ses leçons, et de voir dans chaque explosion le reflet ardent de ses propres émotions.

On l'avait tué, à travers elles. On l'avait tué, dans la disparition de Shifty. On l'avait tué, à ne laisser d'elle qu'un morceau de charbon capable d'allumer des incendies. Abandonnée de toute figure affective lui apprenant l'amour, Grudge n'avait eu plus que la haine et le ressentiment pour tout moteur, toute action.

Alors qu'il s'inquiète, le chef. Qu'il s'acharne, l'armurier. Qu'il la regarde et ne trouve rien de Needle, ça ne signifiait pas qu'elle avait disparue. Grudge l'enterrait, comme elle enterrait sa poudre, comme elle choisissait de se rappeler de certains souvenirs plutôt que d'autres.

Mais elle reviendrait. Elle surgirait du néant et la collerait comme une ombre.

Car la Bombe ne pouvait pas tuer l'essentiel.

Needle était là, étouffée sous son carcan de maigreur tourmentée et brûlée par la colère de cette rancune qui l'avait remplacé. Blessée, silencieuse, mais présente à chaque instant de calme, à chaque fois que Grudge s'endormait, à chaque fois qu'elle cousait, à chaque fois qu'elle jouait avec les enfants.

A chaque fois qu'elle touchait sa croix d'or, aussi.

Rien n'était effacé.
Rien n'était définitif.

Ni perdu, même pour celle-ci.



Mais Needle serait peut-être en retard.


[fin]







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MessageSujet: Re: Heat Wave   Lun 8 Fév 2016 - 16:32

The End


Parce que tout ce qui reste à un gamin,
A un enfant perdu,
C'est de retrouver son chemin,
Quitte en en perdre la vue.


FIN DE L'AVENTURE




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