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Carne Salt
Carne Salt

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MessageSujet: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyJeu 15 Oct 2015 - 10:13

On the sand, by the sea,
I left my heart to shed my grief
A vulture came begging me :
Feed me with this piece of meat !
I won't give away
Something i need
On a garden nursery,
I let my fancy wander free
Children around a tree,
Sharing apples happily
Come and rest with me...

Angra- Lullaby for Lucifer


Suite directe de "Croque la Pomme"



Les vagues lèchent le sable. L'aube est pleine. Elle lève un voile rosissant sur la plage aux abords de la taverne. Tout est calme, paisible, parfois ponctué par le gémissement d'un goéland. Le flux et le reflux de l'écume habillent le corps échoué. Les algues s'accumulent comme un linceul. Depuis quand est-il là, battu par la houle ? Le sel a encrouté les plaies, brulant la chair blafarde et meurtrie. Les sirènes turquoises sur cette peau malmenée pleurent en silence. Chagrin sanglant.

Carne a chut.
De la falaise, comme de sa foi.

La surface des flots l'a assommé d'une gifle brusque et circonspecte. Il a accueilli l'inconscience avec bénédiction. Oublier a été son seul salut. Saline n'a pas seulement dévoré sa viande, elle a posé quelques gouttes d'acide sur ses convictions, rongeant peu à peu ses fortifications, le labyrinthe sophistiqué verrouillant ses pulsions.
Tout ce cycle perpétuel de chasses et de dégustations, tous ces rituels pour préserver le sens de ses actes ? Tout ça n'est-il pas un leurre, un masque rassurant pour tenter de domestiquer une Faim viscérale, implacable, qui dépasse toute volonté de contrôle ?
Une foutue excuse...
Au final, qu'est-ce qui le différencie de Saline ?
Rien, si ce n’est  la forme des dents.

Il a dérivé longtemps. Ironiquement, son abandon n'a profité à personne, les prédateurs ont dédaigné ce repas à moitié boulotté. L'océan l'a donc vomi sur le sable de la surface, laissant les émergés lui faire son affaire.

Le soleil matinal se lèvre et caresse avec tendresse le Pécheur balloté. Bientôt la chaleur tapera plus drue et l'ont pourra vérifier si la bidoche faisande correctement. En attendant , ce sont les mouettes qui jouent les charognards et qui s'approchent du macchabée, curieuses et avides. Dépourvues d'égard et de pudeur.

N'as-tu donc aucun ami pour assister à ta mort, Carne le Pécheur ?
Es-tu donc si seul ?







Iä, Iä, Cthulhu naflfhtagn...


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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyLun 19 Oct 2015 - 20:28


Refermées, les plaies.
Du moins le croyait-il.

Malik revient d’une nuit à veiller le grand navire. À le bercer comme un enfant, sur les flots. À lui susurrer des rêves. À lui insuffler les siens.
À penser à elle.
Qui a pris d’assaut esprit et peau.
Malik revient du pays de Laila.
Qu’il retrouve d’une pensée, d’une absence, qu’il lui suffit de désirer pour l’atteindre. Il le désire souvent. Plus souvent qu’il le devrait, peut-être.
Au risque de faire de l’ombre au reste, un peu…
Hey Malik.
Ça fait longtemps ?
Hey Malik.
Ça lui manque.
Mais Carne lui échappe. Occupé avec ses sirènes, sans doute. À les aimer, à les chasser, les dévorer…

Pas sur le Jolly.
Il l’y a cherché, avant de rejoindre la rive.
Dans quel brouillard se cache-t-il, le Pécheur ?
Carne et ses secrets.
Carne et sa mère.
Il y pense encore, le Scorpion. Comment oublier ?

Malik marche sur la plage en quête d’un sommeil qu’il n’arrive pas à trouver, en ce jour naissant. Et son errance le mène aux abords de la Taverne, devant laquelle il aurait tout bonnement passé, sans s’arrêter, si ça n’avait été de ce tableau.
Reconnu aussitôt qu’entrevu, le Carne.
Même si loque.
Même si cadavre en devenir.

Le temps de cligner des paupières, d’inspirer, avant d’aller à sa rencontre. Pêcher le pêcheur.
Le pied à l’eau, Malik avance d’un bon pas jusqu’au corps blafard. Il doit insister un peu pour chasser les mouettes, hausser la voix, balayer de grands gestes pour les effrayer. Elles repartent le bec maculé de rouge.
Il aurait souhaité être armé d’un pistolet que pour cet instant. Tirer les oiseaux de malheur, faire neiger leurs plumes au-dessus des eaux.
Plutôt, Malik agrippe Carne sous les aisselles et le traîne sur le sable, suffisamment loin pour que la mer ne puisse plus l’atteindre. Qu’elle sache qu’elle ne l’aura pas. Pas cette fois. Ce matin, Carne est à lui.
Pas à toi, dévoreuse.

Le Pécheur étendu sur le dos, Malik examine du regard l’ensemble de l’œuvre. C’est comme si on l’avait mangé, partiellement. Carne s’est fait bouffer vivant. L’a-t-il seulement eue, la sirène qui lui a fait ça ? Ç’en est une, forcément. Car ces morsures…
Et bien qu’il se verrait heureux de la savoir morte, celle-là, Malik ne peut qu’en douter. Carne n’en serait pas là. Blessé ou pas. Il ne se serait pas échoué ainsi, s’il l’avait eue, si c’était lui, en somme, qui avait eu le plus gros morceau.

Qu’est-ce qu’on t’as fait, Carne… soupire le Scorpion, posant sa main contre le visage du Pécheur.

Il tapote sa joue.

Hey… Carne. Tapote de plus bel. Carne… Hey.

Malik a beau rapprocher son visage, il a du mal à discerner un souffle. Il pose donc sa tête sur le torse blanc et humide, ferme les yeux, et écoute.
Chut… Tais-toi, la mer.

Tes sirènes ont fini par te faire la peau en plus de te la prendre, hein...

Ça n’a pas besoin d’être drôle, Malik en tire un sourire quand même, sous ses paupières closes. Parce qu’il y a bel et bien un rythme, là-dessous. Tambour sourd… Tambour quand même.
Que tu le veuilles ou pas, Pécheur.
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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyMar 20 Oct 2015 - 12:17


Dans la chapelle, un jeune garçon en robe noire et blouse de dentelle blanche avançait vers l'autel. C'était une petite église de village, sans la moindre prétention, tout juste assez grande pour accueillir une vingtaine de fidèles. L'enfant rajusta ses lunettes sur son visage émacié. Il n'était pas bien beau, tout en angles pointus et en genoux cagneux. Malgré sa blondeur céleste, il ne se sentait pas comme un chérubin de Dieu. Un enfant de l'amour ne bénéficie pas toujours des bonnes grâces du seigneur. Encore moins de celles de ses paroissiens. La Foi était une chose encore mystérieuse pour l'adolescent. Il avait été élevé dans la déférence de ce dernier toute sa vie. Il deviendrait sans doute prêtre, comme le désirait sa grand-mère, quand l'âge serait venu. Sa voix était tracée. Et bien qu'il ne sache pas si Dieu était bien en toute chose, il ne savait simplement pas où aller. Il était un enfant de "personne". Il n'avait donc "nulle part" hormis le parvis de la Maison de Dieu.  
Les vitraux s'égayèrent à la faveur des lumière de fin d'après-midi, projetant milles couleurs dansantes. Il ne connaissait pas d'endroit plus tranquille et plus paisible que cette nef. Était-ce grave qu'il ne sache rien des joies de l'enfance ? Était-ce triste, comme le suggérait sa voisine de palier, une gamine rousse et délurée ?
Ses pas résonnaient sur les dalles de pierre soigneusement lavées. Il se hissa jusqu’aux candélabres et les alluma consciencieusement, un à un. Là, son coeur sentit la sérénité spirituelle des mers par temps calme.
Il entrouvrit les lèvres, et de sa gorge innocente sortit le plus beau des chants.

Splendide et ailé, libre et altier, comme un ange....


Carne a les poumons imbibés d'eau. Pourtant il respire, en sourdine. Difficilement. Lointain. Lointain. Il murmure quelque chose d’inaudible. C’est certain.

-Dios te salve, María, llena eres de gracia...

Il agrippe brusquement la tête de Malik sur son coeur, enfonce ses doigts pâles dans sa chevelure de café noir. Son palpitant fait un bon. Ses chuchotements se font plus éloquents.

-....el Señor es contigo; bendita tú eres entre todas las mujeres,y bendito es el fruto de tu vientre, Jesús....

Ses poumons saturés lui brulent. Il tousse, s'étouffe, il est trop faible pour se redresser et évacuer l'eau salée qui obstrue sa respiration.

-Santa María... *Kof* Madre de Dios *Kof! Kof !* ...ruega por nosotros pecadores *Kof!* ahora y en la hora de...

Le Blafard pose un regard terrifié sur le Scorpion. Jamais il ne lui a paru si apeuré.

-...nuestra muerte...

Mais n'est-ce pas la terreur de tout homme qui se sent mourir pour de bon ?







Iä, Iä, Cthulhu naflfhtagn...


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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyLun 2 Nov 2015 - 21:02


Les yeux de Malik s’ouvrent soudain grand. Surpris par Carne qui refait surface. Il arrive de loin, le pirate, oui, ça se voit, à son air, ça s’entend, à tout cet incompréhensible qu’il débite.
Doucement, le Scorpion se défait de l’étau des griffes blanches. Lentement, il se redresse et pose sur le Pécheur un regard désolé. Discrètement désolé. Et sans comprendre, il l’écoute. Songeant qu’elle est belle, qu’elle est douce, la folie de Carne.
Puis à son tour, il touche, tendant sa main vers la nuque du rescapé. C’est avec son calme qu’il fait face à la peur qui le fixe, Malik.
Comme si le corps qu’il surplombait était celui d’un enfant, précautionneux, il le pousse sur le côté, soutenant la tête, empoignant la taille.
Qu’il la recrache, toute, sa noyade avortée.

L’équilibre un peu chancelant, Malik se relève en s’appuyant sur sa jambe droite afin de ménager sa hanche blessée quelques semaines plus tôt. Solide, au possible, sur ses pieds, il se défait de son turban qu’il portait à la taille, le plie une, deux, trois et quatre fois. Alors, il s’incline, pose une main sur l’épaule de Carne.

Je reviens.

Oui, évidemment.
Tu n’es plus seul, que ça murmure en secret.

La caverne est tout près, vidée de ses plus solides fêtards depuis peu, de si bonne heure. Malik y entre et en ressort vite fait, une bouteille contenant un fond de liquide clair à la main.
Auprès de Carne à nouveau, Malik s’agenouille devant lui et verse le liquide sur le turban plié avant de poser la bouteille à ses côtés. Avec soin, comme si le geste pouvait adoucir la douleur, il éponge les plaies à vif. Et comme si le son pouvait distraire cette même douleur, il fredonne, l’homme des sables. Des tréfonds de sa gorge, il fredonne un air oublié, et pourtant.
Quelque chose comme une berceuse.

S’il est vrai que nous sommes tous les fils d’une mère… C’est sans doute tout ce qu’il me reste de la mienne.

Puisqu’il n’y aurait qu’une mère pour inventer pareille musique.
Une mère, hein Carne.
Et au Scorpion de lui couler une discrète œillade, au re-Péché.
Ce sera là son hameçon. Du moins le premier. Peu lui importe combien il lui en faudra pour le repêcher une fois pour toutes, le frère égaré.
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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptySam 6 Fév 2016 - 15:24



- Malik....

La voix de Carne est faible, presque désincarnée. Ses yeux exorbités témoignent d'un attachement brutal à cet être qui, à cet instant, représente tout l'univers dans son entier.

- Malik...

T'en va pas !
Il aurait voulu hurler mais sa poitrine le brule. Ses cordes vocales son atrophiées, sa gorge pleine de sel. Putain !
Malik reparait alors, une chanson douce et exotique aux lèvres, de la gnôle qui lui attaque les chairs boustifaillées. Mais c'est rien. Pas grave ! La crise de panique et d'infinie solitude est passée.

-S’il est vrai que nous sommes tous les fils d’une mère… C’est sans doute tout ce qu’il me reste de la mienne.

Une mère.
La sienne, il ne s'en souvient pas. Celle dont il a hérité la pâleur, les yeux d'or moisis de myopie et cette blondeur rachitique. C'est même pas un vague souvenir. D'aussi loin qu'il s'en souvient, il n' y a que le visage d'une statue drapée, un enfant dans les bras qui lui revient. On ne nait pas du marbre. Ça se saurait depuis le temps.
Mais celle qu'il s’est délibérément choisie, est une femme rude, musclée et aguerrie, qui rit et gouaille fort. C'est une âme forte, campée sur ses deux jambes et qui ne s'avoue jamais vaincu. Jamais !
Elle lui a plus souvent botté le cul que chanté des berceuses, mais fallait bien ça pour le raccrocher à une vie que la culpabilité avait rendu douloureuse. Une noyade plus intense que celle à laquelle il a échappé.

Car la mémoire lui revient, à mesure que Malik lui prodigue ses soins. Il faible et sans défense, un agneau qui vient de naitre, une fois encore à cause d'une sirène.

- Ma mère à moi... Elle chante pas d'berceuse, qu'il murmure. Elle distribue des gnons.

Il ricane et tousse un peu en bout de course.

- J'parle pas d'celle qui m'a enfantée, elle, c'est juste un mot. Une idée. Ma chair d'bébé l'a même pas imprimée.

Il regarde Malik avec un sourire fatigué.

- J'cause d'celle qui m'a fait renaitre.

Merde.
Hyène Ricanante lui manque. Il sent le sel lui attraper le coin des yeux. Il a du la décevoir, Amà. Beaucoup. Tellement.

- Et qui voudra sans doute me trouer la peau pour c'que chuis devenu...

Il attrape le bras de son ami. Il y a une détresse sans fin dans son regard.

- J'ai péché....








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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyVen 19 Fév 2016 - 16:42

Le berger ne saurait abandonner l’agneau bien longtemps.
Car l’agneau, blessé, ne saurait se garder des loups, seul.

C’est avec le calme du berger que les loups ne sauraient plus surprendre que Malik s’occupe de Carne. À gestes posés et fermes, sans tâtonnement ni pudeur.
Échapper aux soins du Scorpion ne constitue pas une option pour le Pécheur repêché.
Le calme du soigneur intérimaire est celui du pieux s’adonnant à la prière.

Ma mère à moi... Elle chante pas d’berceuse. Elle distribue des gnons.

Sans cesser de nettoyer le corps meurtri de son confrère, frère, pirate, Malik a tout de même le prélude d’un sourire, à ces mots.
Le Pécheur a mordu.
Parle-moi de ta mère, ne dit pas Malik, n’a pas besoin de le faire.

J’parle pas d'celle qui m'a enfantée, elle, c'est juste un mot. Une idée. Ma chair d'bébé l'a même pas imprimée.

Sourire fatigué contre sourire, fin, mais entendu.
Une idée ou une histoire, leurs mères… Toutes un peu la même, au fond. Plus vaporeuse qu’un souvenir, oubliée, troquée contre l’idée, l’histoire, la berceuse…
La mère qui fait naître, ce n’est pas celle à qui songe Malik, non, c’est donc à celle qui l’a fait renaître, le Carne, qu’il pense. Elle, sauvage… Peau-rouge, mère du fils à la peau de sel.

Et qui voudra sans doute me trouer la peau pour c'que chuis devenu…

De l’étonnement à l’inquiétude, discrète, qui traverse les yeux de Malik en réponse à la détresse de Carne, c’est au final quelque chose comme… une peine, bien que timide, qui l’emporte. Peiné de voir l’ami si tourmenté. C’est d’abord d’être homme que d’être pirate. Et puis, que Carne soit Pécheur ou Dévoré, il reste le même, aux yeux du Scorpion. Voire, ce brouillon de famille qu’il ne saurait s’avouer.  

Peu lui importe qu’il ait péché ou pas…

Aussi Malik, au bout d’un moment, se libère-t-il doucement de la poigne de Carne et porte son turban plié à sa bouche, le mord, afin de libérer ses deux mains. Puis il se lève, en prenant appui sur l’un de ses genou, soucieux d’épargner sa hanche. Les pieds de part et d’autre des jambes de Carne, Malik lui agrippe les épaules et l’attire à lui, le forçant à soulever le haut de son corps, à s’asseoir, autant que possible. Cela fait, il s’assied à son tour derrière le blessé et mouille de nouveau le turban avec l’alcool avant de s’affairer de plus bel, s’attardant particulièrement au sable agglutiné aux morsures.

Tu as péché. Répète-t-il simplement, comme pour mieux saisir le sens des mots. Telle qu’elle est, ta peau est bien assez trouée. Ta mère t’épargnera. Plaisante-t-il sans rire. Carne. Reprend la voix grave du Scorpion, chuchotant presque. La sirène, celle qui t’as fait ça, tu ne l’as pas tuée.

Ne laisse pas son prédateur pour mort n’importe quelle proie.
Et ne se laisse pas pour mort le prédateur parvenu à ses fins.

Je t’aiderai, Carne. Ensemble, nous la tuerons.
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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyLun 29 Fév 2016 - 10:59



Cette faiblesse le mortifie. Il se sent à l'agonie comme le mec épinglé dans le dos de Christo, pendouillant de douleur. Mais ce ne sont pas ses chairs tiraillées qui souffrent, c'est son coeur. Le sien a toujours été mâchonné, un peu cabossé, mais il a toujours vibré, cahin-caha, à de souverains principes. Hier soir, il les a bafoués, et la Grande Mère l'a puni. Si elle l'a laissé en vie ce n'est pas sans raison, il devra faire preuve d'une absolue repentance. Tel le martyr qu'il est, il se laisse soulever par Malik qui soulage les blessures de son corps mais pas de son âme.

Carne est inquiet.

- Malik... souffle-t-il effrayé.Tu ne comprends pas.

Il repense a sa peau laiteuse, son parfum de sel, son sourire d'effrontée. Il se souvient du contact odieux de ses mamelons dru sur son épiderme, de ses dents voraces plantées dans sa chair. Et du grand éclair de néant qui a habillé son cerveau de blanc. Il a arrêté de penser. Il s’est parjuré.

- Elle m'a tenté, tenté comme un homme !

Ses épaules se figent, ses clavicules se contractent. Est-il en train de trembler ?

- Jamais j'ai éprouvé une telle envie dévorante. Jamais.. je.. j'ai eu faim de c'te façon.

Il est troublé, et son angoisse suppure plus surement que ses plaies. Il a peur de ce qu'il a pu éprouvé. Il a peur d'être un homme comme les autres, avec cette basse envie animale chevillée à l'instinct. Il refuse d'être ce genre d'homme, ce genre de pirate.

- Pourquoi ? J'ai fait quoi ?
gémit-il.

Il est plus proche de l'enfant qu'il fut que de l'homme qu'il est à présent. Il se tourne mollement vers Malik pour chercher une réponse, un semblant de réconfort.

- Elle me met à l'épreuve ? Parce que j'l'ai pas encore trouvée....
Sa voix baisse d'un ton comme si il avait peur qu'on l'entende et qu'on le foudroie sur place... la sirène qui a commencé !


Le Pécheur a l'air fiévreux. Ses paroles semble incohérentes, pourtant leur sens semble le torturer.

- Chais pas si j' pourrais la tuer tout seul, oui... Chais pas.... Saline m'a souillé. Elle m'a corrompu, Malik !

Il attrape le poing de son compagnon, désespéré, le regard fou.

-Mes pensées sont impures ! Indignes ! Ô Grande Mère, pardonne-moi ! Pardonne-moi...








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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyVen 11 Mar 2016 - 20:17

Malik ne comprend pas. C’est Carne qui le dit. Et de ne pas comprendre, Malik ne dit mot et s’affaire à s’affairer, à tenter de comprendre, à tendre l’oreille à cette raison qui lui échappe. Tout en désinfectant, au mieux, les morsures qui constellent la peau du Pécheur. Elles pourraient le lui dire, elles, ce qui lui échappe apparemment. Se faire petites bouches autant qu’elles sont et la lui raconter, l’histoire qui cause le tourment du mangeur de sirènes.
Puis Malik, de ne pas comprendre, et d’espérer se faire une idée plus juste, écoute sans dire mot.

Mais lorsque Carne se retourne vers lui, le Scorpion interrompt son geste. De toute façon, la besogne tirait à sa fin. Calme, il dépose son turban sur sa cuisse en ramenant ses jambes vers lui, s’asseyant en tailleur.
Attentif, son regard se fixe à celui, trouble, du Pécheur.

Saline.

Un nom.
Malik l’attrape au passage, le glisse sous sa tunique, petite poche côté cœur. L’histoire prend, lentement, étrangement, abstraitement, forme. « Saline » en est l’une des composantes.
Content d’avancer, d’avoir le sentiment d’aller quelque part, finalement, Malik a, pour le Pécheur, quelque chose comme un sourire… doux et, un regard… bienveillant. La folie de Carne ne saurait l’atteindre et puis, s’il veut l’en tirer, hors de question d’y sombrer à son tour.

Tu dis : jamais je n’ai eu faim de cette façon. Mais, Carne… Pour un homme… Appuyant ses mots, Malik pose son index en plein centre de la poitrine blême de son homologue et s’incline, rapproche son visage, qu’il le regarde bien dans les yeux, qu’il y perçoive le tranquille aplomb de ses iris. Même pour un homme comme toi, Carne, il y en aura toujours une, même si ce n’est qu’une seule, pour venir te prendre là… À Malik d’appuyer plus fort, trop fort peut-être, son index sur le cœur de Carne. Là où tu ne saurais l’attendre et… De te renverser… L’horizon... La main de Malik retombe sur ses jambes. Tu vois ? Et ça a quelque chose d’offensant... D’être à la merci de ça, d’elles, peu importe. Malik se redresse, soupire, et prend Carne par les épaules, le secoue un brin. Mais tu l’as trouvée. Elle t’a trouvé. Et c’est ce qui est important, Carne. Car maintenant, il ne te reste plus qu’à choisir. Devenir cet homme, cet autre qui la désire et qui ne cessera peut-être jamais de le faire tant qu’elle vivra, ou pas. De quel côté il est, ton pardon?

Pardon. Et c’est là un mot avec lequel le Scorpion peine à se familiariser mais, désireux de retenir Carne, au possible, à l’écart de sa folie, Malik s’emploie donc, comme il le peut, à marier leurs langages, leurs mondes. Qu'ils se rejoignent, espère-t-il, quelque part entre les deux.
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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyVen 18 Mar 2016 - 10:31




Carne s'accroche à ces prunelles d'un vert absolu, du citron sur ses plaies, désinfectant, efficace, piquant... Mais vrai. Malik, cet ami fidèle qui s'ignore, ce roc indéboulonnable. Le gosse paniqué qui s'ébroue en son fort intérieur s’agrippe à cet homme fait, à l'aise avec sa virilité. Il lui fait face, fragile gamin qu'il est.

Marche, Carne, Marche... Malik est derrière toi si tu tombes.

Alors Carne pose un premier pas mal assuré, sur un chemin qu'il n'a plus foulé depuis l'éternité.

-Il.... Il y'en a eu une.

Les mots sont arides dans sa bouche. Qu'il est dur de se tenir debout sur cette pente glissante et embourbée. Enfant, il s'y était noyé.

- Elle a renversé mon monde, déjà... Chuis c'que chuis à cause d'elle, non... Il corrige, pour elle.

Il se frappe la poitrine avec dureté.

-Si j'me laisse tenter une fois d'plus par Saline, elle va s'effacer de là.... Sa paume remonte vers a tête et claque sur son front. De là ! J'peux pas ! J'veux pas ! J'en veux pas d'autre !

Ses mots sont presque chuchotés, ils sont gonflés d'une émotion retenue, viscérale. Carne derrière son rire, sa dégaine, ses airs de clown, porte un fardeau qu'il s’astreint à marquer sur sa chair, pour ne pas oublier. Sacerdoce cruel.

- J'veux pas qu'Saline me trouve, j'veux pas qu'elle me fasse oublier la seule qui importe. Si j'deviens "cet autre", ch'rais plus moi, ch'rais une bête.. Une bête sans foi ni loi...

Le murmure crève au terme de ses lèvres, empreint d'une crainte toute en nuances de dévotion. Un silence lourd, comme une pluie de plomb.

- Mais quand j'la vois, que mes yeux courent sur sa peau d'lait et croise son regard froid. C't anguille, cette croute de sel, avec ses sales petits seins pointus ! Elle et sa bouille d'immorale, cette sans-coeur, cette suceuse d'os vorace, son rire qui rend fou... je...
Il déglutit avec peine, ses épaules tremblent, il s'agite. Je veux lui faire mal. J'veux l'entendre crier, j'veux qu'elle arrête de sourire, pouvoir la décortiquer, lui arracher les arrêtes vivantes. J'veux qu'elle souffre, qu'elle souffre encore, qu'elle supplie, qu'elle se tortille, qu'elle sente le poids d'ma carcasse sur elle ! J'veux qu'elle hurle mon nom encore et encore.  J'la veux tout entière !

Il s'interrompt, haletant, conscient que sa respiration lui fait défaut. Il a élevé la voix, ses mains se sont emballées et il est là les yeux exorbités et le souffle court, contemplant l'horrible confession perpétrée.

-Malik.... fait-il d'une voix blanche. J'ai peur.








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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyMar 22 Mar 2016 - 22:12

Les fantômes qu’ils traînent tous à leurs chevilles, loin d’être légers, ont le poids des histoires qu’ils inspirent encore à ce jour. Oubliées, les grandes lignes n’en sont pas moins inscrites à même leurs peaux.

Malik constate le poids des histoires de Carne pour la première fois. Constate vraiment. Le Pécheur en portait les traces, de par sa nature, mais comment deviner les visages coupables du sien?

Malik constate et prête l’oreille, à chaque mot, attentif à Carne, mais à Carne l’être fragile qui tangue devant lui et qui risque tomber, perdre l’équilibre et s’abîmer sans savoir se relever.

Malik comprend, ça. Combien ce qui se vit, combien Saline a sa queue de sirène enserrée autour du palpitant de son ami.
Mais qu’est-ce qu’il y peut?

Devant la confession de l’albinos, Malik incline la tête dans un froncement de sourcils.
« Non », c’est non.
Que ça. Non, Carne. La peur, tu la repousses. Elle, tu l’oublies.
Malik se lève, prend Carne par le bras et le tire sans ménagement pour le hisser sur ses jambes.

Ne soit pas faible. Intime-t-il d’une voix douce, d’un ton ferme, avant de lui serrer le bras, puis de lui tapoter la joue de quelques claques. Du moins ne le lui laisse pas voir. Tu ne l’auras qu’à condition d’être le plus fort des deux. Autrement c’est elle qui t’aura et c’est toi qui criera et qui aura mal.

Et de parler ainsi, Malik ne peut s’empêcher de se faire curieux envers cette sirène. Quelle espèce de mangeuse d’hommes est-elle pour être parvenue à bouffer vivant et laisser pour mort le pirate?

Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es, harponneur. Les sirènes, toi, tu les empales et les manges, pas le contraire. Ne la laisse pas te faire t’oublier et oublier celle qui t’a fait.

Celle que Carne semble porter comme cette ombre qu’il a égarée.
Pas Saline, non, celle qui n’a pas de nom, et qui n’en a peut-être pas besoin. Celle qui ne saurait s’oublier qu’au profit d’une autre.

Contrarié devant sa difficulté à aider Carne autant qu’il voudrait être en mesure de le faire, Malik le serre au trapèze, désireux de voir s’éveiller ce regard, espérant plus que tout y retrouver le frère égaré.

Ressaisis-toi. Malik relâche Carne et : Des seins, elles en ont toutes. Petits, gros, pointus, ronds… Celle-là t’a fait perdre pied. Maintenant que tu sais qu’elle peut y arriver, ne la laisse plus. Si tu peux oublie-la. Autrement, affronte-la. Mais que lorsque tu en auras le coeur. Sur un tout autre ordre d’idées, Malik ajoute, aussi sérieux que soucieux : Tu as faim? Soif?
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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptySam 2 Avr 2016 - 13:10



-Ne soit pas faible.

Amà ?
Carne vacille en se réceptionnant sur le sol. Il a mal partout. Sa carcasse est lacérée façon steak tartare et l'espace d'un instant il s'imagine perdre des morceaux, là Ses jambes arquées tremblent sous la saillie du plancher, et pourtant il ne flanche pas.

-... Tu ne l’auras qu’à condition d’être le plus fort des deux.

C'est une phrase qu'elle aurait pu dire.

Être fort, résister. Chialer un bon coup, soit, mais ne pas s'éterniser sur sa peine. Se remettre en scelle. Fier guerrier.
Carne n'éprouve aucune fierté à avoir cédé de son humanité à Saline. Il a perdu contre la tentation. Le sel a grignoté ses sens. Pourtant les mots de Malik lui insufflent un peu de leur bon sens et patiemment recollent les morceaux d'une âme qui s’est éparpillée.

Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Je suis un pêcheur de sirènes.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Je suis le Harponneur du Jolly Roger.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Je suis le frère de Nunca et Nadie.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Le fils d'Amà et Azéh'é.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Ma Foi est ma Force.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Ma Faim, mon Péché.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Sangre mon Pardon, mon Unique.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Je suis Carne.
Ne la laisse pas te faire oublier qui tu es.
Je suis le Pécheur et la Grand Mère me regarde.

Les plaies infligées à son corps sont soudain moins vivaces. Ce n’est qu'une enveloppe, une carcasse. Un détail. Son esprit est de nouveau connecté à la Grande Mère. Il sait qu'il guérira. Il cicatrise toujours vite. Parfois il se dit que l'encre de Nadie est magique et que ses tatouages dévorent ses blessures et les cautérisent de leur milles bouches dentelées.
Jolie fadaises, hey !

-Tu as faim? Soif ?

Le Blafard a une moue comique.

- Après toute une nuit à macérer dans la flotte, j'ai quand même encore soif. Tu l'crois ça ?

Il a un rire, un peu faible mais réel.

- P'tain j'ai faim. Mais j'crois qu'pour le coup, ce serait plutôt de légumes.

Nouveau ricanement. Il est de retour et son ami ne peut que le constater.
Après un silence pensif, pourtant, sans doute pendant que Malik s'affaire à leur trouver pitence, il profère doucement.

- Sangre.

Ses pupilles d'ambre se lèvent vers le Scorpion.

- Elle s'appelait Sangre ma Matriur-truc à moi.








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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyMer 13 Avr 2016 - 12:52

Y’aura des légumes.
On les lui servira dans un grossier bol de bois et puis ça baignera, pommes de terre pâteuses, carottes molles, navets engorgés, dans un bouillon épais et fumant. Pas de cuillère. Juste les mains de Malik, posées de part et d’autre de la bolée salutaire.

Malik qui sort d’une auberge, la première aperçue sur le chemin du retour – retour à n’importe où, mais surtout à soi – et qui, retrouvant Carne, tend la graille, offre, communie.
Au nom de la Grande Mère. Ou de peu importe qui. Malik n’y pense pas, il n’a pas besoin de le faire.

Tiens.

Il tend, rien que ça, et attend de voir l’autre se repaître. Après s’être levé, il faut encore qu’il marche, qu’il avance, qu’il vive enfin.
Malik n’attend rien de plus, bras croisés. Que ça : que Carne bouffe, vive, du pareil au même.
Il n’attend rien de plus mais reçoit quand même davantage.

Sangre.

Du regard il interroge.
Et puis acquiesce, comprend.

Sangre. Qu’il répète tout bas. Carne. Et Sangre.

Ça glisse à leurs pieds, emporté, bourrasque, ça se perd au-dessus des flots, danse, et s’envole avec le vent.
Une douceur posée sur le palpitant, Malik sourit discrètement.
Combien de vies il a, son ami ? Réalise-t-il seulement.
Carne a l’enfance qui s’est égarée sur l’île, sauvée avec son ombre.
Ne lui laissant qu’une page blanche de peau sur laquelle il s’en écrit une autre, de vie. Turquoise, celle-là.
Malik a toujours son ombre accrochée à ses chevilles, gardienne de souvenirs sans couleurs.
Ne lui laissant qu’un spectre d’encre à même sa peau. Cette autre vie, la seule, écrite par un autre. Et noire, cette vie-là, opaque.

Malik tend la main, touche Carne du bout des doigts, sur le torse, puis aux côtes, suivant la queue d’une sirène nageant en os blêmes.

C’est beau, ta peau, Carne. Souffle le Scorpion, tristement envieux, peut-être un peu... Lui qui ne sait rien, ou si peu, de l’histoire que raconte le monstre dormant sur son dos. Sans les morsures, et puis même avec… C’est toi, là. C’est inscrit, on te raconte à même ta peau, Carne. Aussi, curieux, simplement Malik demande.
Qui écrit quand toi tu dictes ?
Qui c’est l’ombre qui laisse sa marque sur ton canevas, l’albinos ?
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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyMar 26 Avr 2016 - 13:13



Carne bouffe sans grâce, les doigts trempés de graisse et le menton dégoulinant de bouillon. C'est fade. Et c'est étrangement reposant pour son palais et pour son âme. Reste la chaleur de la soupe qui irradie un corps clapotant de fatigue et l'enrobe d'un duveteux sentiment de sécurité. Le Pécheur se laisse palper comme un gros chat ronronnant accueillant la caresse d'une paume obligeante. Intimité tactile pour laquelle il n'a jamais eu de pudeur.
"Sangre" prononcée , les deux hommes ne reviennent plus sur le sujet. Pas tout de suite. C'est une confidence actée entre les deux amis. Pourtant, elle appelle d'autres questions du bout des lèvres, de Maitre à Elève. Mais le Scorpion devance son cadet sur ce terrain, une fois de plus.

- C’est beau, ta peau, Carne. Sans les morsures, et puis même avec… C’est toi, là. C’est inscrit, on te raconte à même ta peau, Carne. Qui écrit quand toi tu dictes ?

Le Blafard a un sourire de douce chaleur retrouvée. Il ne voit aucune raison de mentir à son compagnon de quatre cent coups. "A la vie, à la mort", bien d'avantage que pour Hook. C'est avec tranquilité qu'il lui répond. Il n'a aucune raison de lui mentir.

- Ma soeur, Nadie.

Il termine son potage dans un "slurp" mouillé, réconforté et pose le bol dans un coin.

- C'est une ancienne Piccaninny rendue à la sauvagerie d'la Grande Mère. Elle aurait du être tatoueuse pour le clan. Et d'cette rencontre est née sa nouvelle existence et sa foi profonde.

Il regarde les striure du bois de la table, le regard lointain, un peu vague.

- On lutte tous les deux contre l'Oubli, à not' manière. Elle est extraordinaire... J'pense que tu l’apprécierais !

L'idée l’effleure de la lui faire rencontrer. La femme-panthère est d'un naturel secret mais si Carne lui présente un être aimé, elle saura l'aimer à son tour, il en est persuadé.
Nadie, Nadie, Nadie.... Il faut qu'je retrouve le chemin de ton antre. Il faut que je te vois. Ses conseils paisibles lui font défaut et, si il fut un temps où la jeune papoose bénéficiait de l'appui solide de son frère, c'est actuellement de ses inébranlables convictions dont Carne a besoin. Et de sa présence palpable.
Nadie est la seule dont il arrive encore à se souvenir convenablement...

- Malik... ?

Il le dévisage à présent, entre somnolente quiétude et indolente curiosité. Jamais le pirate tatoué n'a paru si jeune, si "gamin".

- T'as une "Sangre" rien qu'à toi, toi aussi ?

Carne a besoin d'un frère qui partage son savoir et éduque son inexpérience des choses de la Vie. Carne a besoin de savoir que tout cela n'arrive pas qu'à lui.








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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyDim 1 Mai 2016 - 4:13

Carne a une soeur.
Sans tellement s’en étonner, Malik ne s’en voit pas moins plongé un moment dans ses pensées. Carne a ses racines, semble-t-il, bien arrimées ici, malgré l’oubli, malgré l’avant. Carne a son histoire tissée a même la fibre de l’île.
Malik n’a toujours habité l’île qu’en voyageur, mettant fin à chaque histoire entamée, chaque possible entrouvert. De liens, il ne s’en ai jamais créés que d’éphémères, mouvants, changeants comme les dunes.
Jusqu’à récemment.
Et devant ces racines qu’il sent poindre, devant son ombre qu’il sent adhérer de plus en plus à la terre, Malik voit ses tranquilles, discrètes certitudes vaciller.

Peut-être oui…

Peut-être qu’il apprécierait Nadie. Sûrement.

Lutter contre l’Oubli. J’aurais aimé savoir le faire. confie-t-il.

Trop tard, songe-t-il en silence. Car ne lui reste plus, de cette autre vie, que quelques grains de sables qui parsèment sa mémoire ombragée. Quelques grains de sables polis par le temps et qui ne lui renvoient plus que son propre reflet.
Souvenirs de souvenirs.
Qui s’usent, au fil du temps. Fil tordu, fil enroulé sur lui-même, mais fil quand même.
Je suis fatigué. Songe le Scorpion. Fatigué d’avoir trop longtemps oublier.
Et peut-être un peu triste, aussi.

Malik…?

Regard curieux de gamin pour regard brisé de vieillard.

Hm?
T'as une "Sangre" rien qu'à toi, toi aussi ?

Malgré la fatigue et le poids du vide, Malik sourit du coin des lèvres.

Oui. Un instant il hésite. C’est qu’il aurait pu s’arrêter là. Mais devant la candeur du questionnement de Carne, Malik voit les mots qui trop souvent lui échappent venir d’eux-mêmes. J’ai cueilli plus d’une matakurka, mais chaque fois, chaque fin, c’est se défaire d’une vie. Un scorpion n’est plus jamais le même, après la mue, et j’ai le sentiment que cette épouse-ci, cette matakurka, je ne saurai m’en défaire même en changeant de peau. J’aurais voulu lui offrir une autre histoire. Mon histoire oubliée, de scorpion et d’encre… Malik cherche du regard l’horizon. Puis, revenant à Carne, ses yeux trahissent une lueur d’angoisse. J’ai souvent l’impression de n’être plus qu’un désert, Carne. Mes souvenirs construits et déconstruits au gré du vent. Mon visage… une page blanche sans racines ni mémoire. Penché au dessus du puits des souvenirs, je n’ai jamais vu qu’un étranger.
Et puis, dans un soupir résigné…
Je suis fatigué.

Ici, maintenant, tout le temps. D’avoir passé la nuit éveillé, sans doute. Entre autre.
Mais il est dit qu’avant la mue, le scorpion se fait las, apathique, éreinté qu’il est à l’aube de sa disparition.

Mais, Carne. reprend Malik en se rassérénant au possible. Les matakurkas, les vraies, uniques, finissent toujours par nous retrouver, d’une histoire à l’autre. Un jour, tu verras Sangre apparaître parmi tes sirènes, là. Sourit-il en désignant du menton le torse de Carne. Puis il le prend par l’épaule pour le secouer un peu, amical, et sa main demeure perchée sur la peau blême, qu’ils marchent côte à côte dans le port… Dis-moi alors, comment elle est, ta Sangre? De sa main libre, il élève l’index à sa bouche. Attend… Laisse-moi deviner… Hmm… Rousse? Sourire gamin.

Petit matin sur le port qui bâille encore, il fait bon s’apaiser la houle.
D’aiguilles et d’encre, indélébiles, les tatouages sur nos coeurs parent aux silences de nos oublis...
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MessageSujet: Re: ...Jusqu'au trognon.   ...Jusqu'au trognon. EmptyMar 3 Mai 2016 - 11:06



Carne écoute les paroles de son ami.
Il l'écoute avec une sorte de ferveur paisible. Malik est d'une sagesse rare à l'aune de ses propres perceptions. Leurs philosophies ont quelque chose de curieusement semblable : perpétuer un cycle, un simulacre de temps qui pourtant s'est figé à jamais. Un semblant de transmission et d'héritage.
Carne écoute les paroles de son ami et il entend à travers les palabre, l'écho d'une fatigue insondable. L'albinos blessé et titubant semble soudain marcher d'un pas plus sur et vaillant que son solide compagnon. Une ombre voile le regard du Scorpion et Carne la reconnait, l’Insidieuse. Il sait. Sous chaque syllabe se dessine la fin d'une course. Imminente. Combien de temps restera-t-il encore ? Combien de temps avant l'épuisement ?
La Grande Mère attend, bienveillante, son nouveau tribu et lui, l'enfant qui court sans cesse sur la peau de son bide ne peut en rien endiguer sa volonté. Il ne peut que regarder les autres coureurs s'arrêter.

Alors il écoute, silencieux.
Il n' y a pas de mots assez forts pour qualifier ce qu'il éprouve à ce fugace instant. Malik lui semble si friable, comme du sable. Il écoute en profitant de ce moment comme si demain était le dernier. N’est-ce pas de cette fibre dont sont faits les véritables amis  ? Se tenir la main, sans faillir, au milieu du grain, des tempêtes et des rires.

Le Blafard enroule son bras tatoué autour des épaules de son camarade. Il a un de ces sourires mystérieux, qui le transfigure parfois. Auréolé. Il signifie qu'il sera là, maintenant, demain et après.
Toujours.
Et si jamais Malik s'ereinte et s’effrite soudain pour rejoindre les sables du désert qu'il affectionne tant, Carne sera là pour l'écrire dans son dos.
A jamais.

-Les matakurkas, les vraies, uniques, finissent toujours par nous retrouver, d’une histoire à l’autre. Un jour, tu verras Sangre apparaître parmi tes sirènes, là. Dis-moi alors, comment elle est, ta Sangre?  Attend… Laisse-moi deviner… Hmm… Rousse?

Carne éclate d'un rire léger.

- Comment tu sais ?! Hey ! T'es devin ?

Les deux amis s'éloignent en devisant, cahin-caha, abimés chacun à leur manière. La lumière matinale les baigne comme les bruissements de vie de ce port tout neuf qui s'éveille.
Jamais les prédictions de l'un et de l'autre ne furent plus vraies.

Carne retrouvera une "Sangre".
Et son ami disparaitra, un jour de pluie, pour muer à l'ombre des entrailles de l'Ile.
Ainsi sont les légendes que l'ont fige à l'encre sur un dos,
A l'abri de l'Oubli,
Chéries par des coeurs puissants.



You were my constant
a belief, a relief
all in truth
you were my constant
antidote to defeat...


HRP:
 








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