Partagez | .
 Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Bambi
avatar

★ Mère Apprentie des Chasseurs ★


✘ AVENTURES : 117
✘ SURNOM : La Cascade
✘ AGE DU PERSO : Seize ans

✘ LIENS : and before you know it, you're walking on air

MessageSujet: Vertigo ☀ Bow   Lun 20 Juil 2015 - 16:23

Le Grand Arbre ressemble un peu à une fourmilière. Le jour, excités par la canicule, les insectes courent partout, font un bruit terrible, piétinant tout sur leur passage. Chacun rangé dans une case d'ouvrier, récolteur, soldat. Bambi, à l'école, a étudié les fourmis. Ça la fait rire, d'imaginer Peter en reine.
La nuit, la fourmilière dort. La chaleur retombe, l'excitation aussi. Dehors, des petits bruits viennent régulièrement casser le lourd silence. Les stridulations entêtantes des grillons, le ronronnement d'un feu, et puis des petits reniflements. Trouvez l’intrus, tiens. C'est Bambi qui pleure. Comme d'habitude. Et comme elle n'a pas de mouchoir, la voilà qui s'applique à renifler de façon dégueulasse pour éviter de se tartiner le visage de morve. Y a personne pour la voir, pourtant. Les petits sont déjà couchés, et les sentinelles n'ont pas que ça à faire, de la surveiller. Heureusement, d'ailleurs. Parce qu'avec son bout du nez rouge et les traînées de larmes qui sillonnent ses joues, elle ressemble décidément à rien.

Pourquoi faut-il qu'elle rate toujours tout ? C'est quand même pas compliqué, ce qu'on lui demande de faire. Mais elle n'y arrive pas. Ça fait des heures qu'elle frotte et frotte, et elle arrive pas à virer cette stupide tache de gras. Mais en même temps, c'est pas de sa faute. Personne ne lui a expliqué comment faire. Elle en a jamais eu, elle, des taches de gras sur ses fringues. Elle mange même pas de gras ! Oh la la. C'est une catastrophe. Elle va y passer la nuit. Et si jamais elle arrive pas à la virer, cette tache ? Jamais elle pourra regarder son chef dans les yeux et lui dire qu'elle a échoué. Bon dieu, elle est vraiment trop nulle. Bonne à jeter. Mérite même pas de servir de bonniche à toutes ces brutes.
Sur ces quelques charmantes pensées, la voilà qui parvient totalement à se vider de toute l'eau de son corps par les yeux.

Mais elle continue quand même à frotter. Elle va finir par user le tissu avant même d'avoir réussi à faire disparaître cette stupide tache. Tout en continuant à pleurnicher comme si sa vie était finie. Apocalypse.
Y a un bruit, alors elle se tourne. Reconnaît pas le visage derrière le voile de ses larmes, mais le gratifie quand même d'un sourire de pub pour dentifrice.

« Bonj-bonsoir. T'arrives pas à dormir ? » reniflement. « si tu veux, je te fais une infusion à la menthe. Ça aide. » reniflement.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bow
avatar

Invité



MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Jeu 23 Juil 2015 - 18:00

Vertige surprenant, il est haut, cet arbre magnifique, tu trouves. Surtout la nuit, la nuit on en voit pas le sol alors tu as cette impression étrange, l'idée que si tu tombes la nuit toute entière te dévorera pour ne rien laisser de toi. Tu ne sais pas pourquoi, cette gueule immense te met bien mal-à-l'aise. Tu t'offres un petit rire nerveux, comme pour te moquer de toi-même, et tu reprends ton numéro d'équilibriste immobile. Bow ne doit pas – ne peut pas – avoir peur. C'est ce que tu te dis, inlassablement, à t'en faire exploser le crâne, pour réussir à vaincre la nuit.

Tu as l'impression de trembler, mais tu ne bouges pas pourtant, pas le moindre mouvement. Ta valse avec les ténèbres, elle ne se fait nulle-part d'autre que dans ta tête. Tu ne sais pas danser, de toute façon. Il vaut mieux que tu sois le seul à pouvoir voir cela.

Tu t'approches un peu plus dangereusement du bord. Un truc bizarre qui te remue les tripes ; comme une sorte de naïve montée d'adrénaline à l'idée que le sol est si loin. Si ça se trouve, si tu te lançais, tu pourrais t'envoler avant de toucher le sol. Voler très haut et puis très loin. Si ça se trouve, tu ne pourrais pas. Tu calcules rapidement dans ta tête : le risque de ce que tu peux perdre est sûrement trop grand par rapport à ce que tu as à gagner. Tu n'es pas sûr. Tu repousses la question à plus tard, quand tu seras plus lucide.

Tu n'aimes pas faire des choix trop importants, la nuit. C'est toujours très mauvais, les choix bercés par le sombre.

Tu n'as pas froid, et il fait froid pourtant, dans cette nuit dégueulasse, les pieds posés sur une branche qui n'a rien d'autre à gueuler que l'écho de ta joie malsaine. Tu es bizarre Bow, tu es un enfant et tu te réjouis pourtant de ces choses dont les enfants normalement ne se réjouissent pas. Normalement, les enfants sont gentils et ils sont tendres et ils s'aiment tous les uns les autres et ils aiment jouer à des jeux minables.

Toi, ce que tu aimes bien, c'est être différent des autres enfants.

Tu aimes bien qu'on te regarde, et si tu aimes jouer avec les autres enfants, ce n'est pas avec les autres enfants comme compagnons de jeu, c'est avec les autres enfants comme jouets. Le seul problème, avec les jouets, c'est que ça se casse bien trop vite, que ce n'est pas toujours réparable.

Ça, c'est quelque chose qui, par exemple, te rend triste. Un jouet cassé. Ça ne se remplace pas, un jouet cassé, même avec mille autre nouveau jouet. Alors tu fais de ton mieux pour être l'enfant le plus précautionneux du monde. Ça ne marche pas toujours, pour sûr. Mais au moins tu essayes. Il faut bien vivre quelques malheurs pour mieux apprécier le reste.

Un sanglot dans la nuit. Un jouet qui se brise, qui a mal. Y a-t-il un engrenage, une articulation à réparer ? Une ficelle à recoller ? Tu avances d'une cabane à l'autre en tendant les bras, magnifique funambule qui brille de sa laideur. S'ils voyaient ça, les autres : le Chambellan au bord du gouffre. Tu écoutes, très attentivement, et ça vient de plus loin, et de plus loin encore, et la sensation de ne jamais pouvoir arriver au bout. Et pourtant.

Tu t'arrêtes un instant, comme pour ramasser toute la contenance dégoulinante qui te suit avec maladresse. Tu dois être parfaitement droit, et puis parfaitement cassant, et puis parfaitement Bow, quoi.

Pourtant, comme ce coup à la droiture quand on te propose une boisson chaude. C'est bizarre. Personne ne te propose jamais de tisane, Bow. L'idée est ridicule, même pour toi c'est parfaitement ridicule. Une voix cassante, rugueuse. Froide, peut-être, tu ne sais pas. Voix solidienne. « Je pense qu'avec ou sans menthe, je dormirais beaucoup mieux si tu t'arrangeais pour faire ne serait-ce qu'un petit peu moins de bruit. » Un soupir long, éprouvant, même pour toi. « Cependant, si t'occuper les mains te changent les idées, disons que oui. Je veux bien. Sans sucre. » Et il reste là, dans l'entrée, à ne rien dire de plus, à regarder la gamine aux immenses yeux de biches cernés du rouge de ses larmes. C'est pas joli une fille qui pleure, tu trouves ça plus triste qu'une fée qui meurt, toi, dans un coin de ton esprit.

Un coin de ton esprit qui ne parle pas très fort, cependant. Pas plus fort que celui qui te dit que les enfants trop jeunes, ça devrait être interdit de larmes parce que c'est vraiment trop insupportable de tous les consoler. Même pour quelques faveurs.
Revenir en haut Aller en bas
Bambi
avatar

★ Mère Apprentie des Chasseurs ★


✘ AVENTURES : 117
✘ SURNOM : La Cascade
✘ AGE DU PERSO : Seize ans

✘ LIENS : and before you know it, you're walking on air

MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Ven 24 Juil 2015 - 16:00

C'est drôle. Il a l'air tout cassé. Il se tient très droit, d'accord, mais il a l'air cassé quand même, au milieu de son corps très grand. C'est bizarre, non, comme impression ? Elle s'essuie les yeux du revers du coude pour réussir à le voir vraiment. Son visage et ses cheveux et son regard et sa voix sèche comme du gravier. Elle l'a déjà vu, ce garçon là. Au début. Premier tour du camp, il les avait croisés, elle et les perdus qui lui faisaient visiter. C'est Bow, ils ont chuchoté. Alors Bambi avait souri. Du plus beau des sourires. Et puis elle avait lancé un « bonjour » candide, qui lui avait attiré une brochette de regards interdits. Oui, ils l'avaient regardée comme si elle était stupide. Elle avait pas compris pourquoi.
Elle comprend toujours pas, d'ailleurs. Soit, il n'a pas l'air très gentil. Pas très rigolo non plus. Et il n'est vraiment, vraiment pas très beau. Mais Bambi elle aime pas juger les gens aussi vite. Et puis elle trouve ça triste, qu'on cherche à l'éviter.

Il dit qu'elle fait trop de bruit. Alors elle retient un nouveau reniflement pathétique. Et puis sourit encore, pour faire une bonne première impression. Deuxième impression, plutôt. Pour peu que Bow se souvienne d'elle. Il doit être tellement occupé ! Il doit connaître tellement de monde. Sans sucre, qu'il dit, et Bambi cligne des yeux. Comme si les quantités de sucre étaient pour elle une notion étrangère – c'est sûrement le cas. Elle se lève, essore le tissu et sa tache de gras qu'elle garde entre ses mains, un peu embarrassée. Puis bafouille.

« C'est dans euh. La menthe. La cabane. »

Elle fait un geste vague vers l'intérieur, un regard d'excuse, en rentrant presque à reculons à l'intérieur de la cabane à manger. Déserte, à cette heure là. Juste le feu qui ronfle dans le coin cuisine, et elle se hâte par là. Fouille dans un placard jusqu'à trouver quelques feuilles de menthe, les balance dans une casserole d'eau. Laisse la vapeur lui rougir les joues pour se donner une contenance, quand elle se retourne.

« T'as raison de le prendre sans sucre. Ça perd. Ça perd le goût. »

Elle explique, comme si elle voulait se justifier elle-même ; elle veut dire que le sucre ça excite, et que ça fait encore moins dormir. Et que le sucre le soir, c'est mauvais pour les dents. Tout ça tout ça. Sans dire pourtant que la tisane à la menthe (sans sucre), c'est bon pour la ligne. Bow est déjà très maigre, elle trouve.

Elle pose une fesse sur une table pour ne pas avoir à faire autre chose de ses jambes. Se balance nerveusement sur elle-même, lançant des regards furtifs entre le diplomate et la menthe qui infuse. Elle n'ose pas vraiment le dévisager, à vrai dire. C'est difficile d'être en tête à tête, comme ça. Elle n'a jamais rien à dire. Allez, un effort. Ça coûte quoi, un effort ?

« Euh. » petite voix d'oiseau un peu étranglée. Elle redresse la tête. « Je te gênais, vraiment, pour dormir ? Je suis vraiment très très désolée. »






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bow
avatar

Invité



MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Ven 24 Juil 2015 - 18:51

Des sourires à s'en faire des colliers tellement qu'elle en donne. Petite idiote, c'est pas avec des sourires qu'on se fait des amis, dans l'autre monde c'est avec de l'argent, ici c'est avec des services. On ne sauve pas le monde avec de la gentillesse, on ne fat que s'embourber de plus en plus dans le terreau de malheur sur lequel on est né, dont on a jamais su se séparer.

Ouvre les yeux, enfin, Bambi. Tu vaux mieux que ça, mieux que ce thé à la menthe fait de rien d'autre que de tes larmes. Tu le prends, Bow, pourtant, ce thé à la menthe. Parce que tu as soif. Et parce qu'une boisson chaude, c'est tout ce qui sait encore te réchauffer l'en-dedans.

Tu la suis à l'intérieur, parce que tu n'aimes pas attendre, encore moins attendre seul. Tu passes l'entrée sans regarder autour de toi, comme si l'endroit, tu le connaissais déjà parfaitement. peut-être que c'est le cas, en effet. Tu ne sais plus depuis combien de temps tu es là, dans ce monde bizarre qui t'offre une parce cotonneuse : ta place rien qu'à toi, celle que, même si tu disparaissait, on ne te prendrait pas, parce qu'elle n'appartient à personne d'autre qu'au Chambellan.

Tu restes immobile, debout, tu ne trembles même pas. Un diplomate, ça ne tremble pas, surtout devant cette étrange pleureuse aux sourires nacrés. « Oui, j'ai raison. » Tu lui dis ça, pour confirmer. Tu précises pas pourquoi tu as raison parce qu'il semble terriblement logique que tu ais toujours raison. Ce n'est pas un grand exploit lorsque l'on arrive à tordre assez la vérité pour qu'elle devienne arrangeante.

« Tu devrais en mettre un peu dans le tien. » Parce que ça remonte le moral, le sucre, tu sais ? C'est bon aussi pour faire du bien au cœur. Et puis parce que tu parais bien maigre, petite, tu dois manquer de sucres, faut pas ainsi se laisser aller, c'est dangereux pour la santé. « Tu es pale, si tu tombais malade, tu deviendrais un fardeau pour le groupe, prends garde à ton alimentation. »

Il sait bien, Bow, ce que c'est que de ne pas réussir à manger, ce que c'est que d'être trop maigre, parce qu'il n'a jamais vécu que ça. La nourriture, ça lui retourne le cœur, comme ci c'était pas fait pour lui, tous ces trucs-là. Mais il est le seul à avoir besoin de le savoir. Les autres, ils doivent manger, ils doivent être en forme. Pour servir correctement. Rien que pour ça.

Même dans sa voix, elle arrive à pleurer, Bambi, à y coller toutes les larmes de ses grands yeux de biche. Elle est douée pour être triste et pour faire de faux sourires, c'est à en déchirer le cœur d'une pierre. Bow dit rien, d'abord, parce qu'il n'a pas envie de répondre. Puis il se dit que maintenant qu'il est venu jusque là, il faut bien qu'il se donne un semblant de contenance, qu'il justifie sa présence d'un but plus ou moins vrai. Très bien, il fera semblant. Il sait bien faire semblant.

« Non, je ne dormais pas de toute façon. La nuit, c'est trop sombre pour les gens comme moi. Il y a de sales trucs dans a tête, quand j'essaye de dormir, alors j'attends d'être vraiment fatigué pour n'avoir même pas le courage d'y penser. » C'est bizarre, d'être sincère. mais c'est utile, parfois. « Et toi, Bambi, qu'est-ce qui te fait pleurer ? Pourquoi tu dors pas comme les autres à une heure où les enfants dorment, normalement ? » Ça pourrait presque paraître doux, si ta voix n'était pas si laide, si tordue, comme tes mains sur ta petite tasse de thé. Tu bois une gorgée. Sans sucre, c'est meilleur. On sent mieux la menthe.
Revenir en haut Aller en bas
Bambi
avatar

★ Mère Apprentie des Chasseurs ★


✘ AVENTURES : 117
✘ SURNOM : La Cascade
✘ AGE DU PERSO : Seize ans

✘ LIENS : and before you know it, you're walking on air

MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Sam 25 Juil 2015 - 15:00

Elle se demande plein de choses, Bambi.
A quoi il pense ? Est-ce qu'il aime le thé à la menthe ? Est-ce que c'est vrai, tout ce qu'on dit ? Est-ce que ça fait mal, sa jambe ? Comment c'est, chez les diplomates ? Est-ce qu'ils sont gentils ? Ils sont sûrement gentils. Ils savent sûrement plein de choses passionnantes. Ils doivent être tellement doux, tellement plus calmes que les chasseurs.
Elle rit. Un petit rire qui sonne comme un grelot, avec toute la légèreté qu'elle peut y mettre.

« Je sais pas dans quel placard il est rangé, le sucre. »

C'est la pire excuse qu'elle aie jamais sorti, et le plus drôle, c'est que c'est vrai.

« De toutes façons, j'aime pas ça. Et puis je suis jamais tombée malade, alors ne t'inquiète pas. »

Il ne s’inquiète pas, de toutes façons. Il pense avant tout aux intérêts du groupe. Comme c'est admirable. A vrai dire elle n'y a jamais pensé, à ça. Elle est déjà un fardeau, inutile et pleurnicharde comme elle est. Et si elle tombe dans les pommes, ce sera encore pire. Encore pire, le regard de Fang, et de Lace et des autres. Ils vont penser qu'elle est fragile. Débile. Qu'elle sait pas prendre soin d'elle. Oh, mais c'est mieux que de penser qu'elle est juste une grosse vache.
Pas de sucre, point.
Elle porte la tasse à ses lèvres, imitant le geste de Bow. C'est très amer et très chaud. Il fait un peu frais, cette nuit, pour une fois, sûrement que Peter a un peu de vague à l'âme. A penser à ça, ça la rend triste. Du coup elle pleure encore un peu. Et puis elle s’arrête aussi subitement parce qu'elle se rappelle que Bow n'aime pas ça.

Ses dernières paroles lui font cligner des yeux de surprise. Ses cils mouillés collent par paquet et rendent la tache un peu plus difficile : comme si ses paupières refusaient de se quitter. Elle le regarde. Il a l'air si sérieux. Et si pale, lui aussi. Peut-être qu'elle aurait du lui mettre du sucre quand même.
Elle hausse un épaule. Un peu embarrassée, désigne le vêtement trempé et toujours taché qu'elle tient entre ses doigts.

« C'est idiot. Je voulais juste finir ça … » elle agite vaguement le tissu dans son poing. « ça fait des heures que je le passe sous l'eau, mais en vérité ça sert à rien. Parce que le gras c'est hydrophobe, donc ... »

Elle rit nerveusement, comme de sa propre stupidité. Pauvre petite idiote qui s’abîme les mains et le cœur à mélanger l'eau et l'huile. Hop là. Changement de sujet.

« Oh, c'est horrible quand on veut dormir et qu'on pense à trop de choses. Moi dans ces cas là, je compte dans ma tête. Comme compter les moutons, mais sans moutons. Et en respirant leeeentement entre chaque nombre. »

Et pour la démonstration, elle ferme les yeux. Respire leeeentement. Et compte. Jusqu'à cinq, avant de les ouvrir de nouveau, en souriant.

« Ça marche encore mieux que le thé à la menthe, promis juré. C'est mon… »

Elle s'interrompt. C'est mon père qui m'a filé cette technique, elle allait dire. Mais ces trucs là, ça se dit pas. Ça se transmet en secret, aux petits enfants qui ont peur du noir.






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bow
avatar

Invité



MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Sam 25 Juil 2015 - 19:17

« C'est ton secret, c'est ça ? N'en dis pas plus si ça t'appartient. »

Tu les connais tous, de toutes façons, les secrets. Il n'y a pas un secret qui rode entre les méandres de toutes ces cabanes en bois que tu n'as pas appris ou que tu n'apprendras pas. Tu considères que tu as tout les droits sur les non-dits. Ce n'est pas pour toi, c'est pour le plus grand bien. On ne peut t'empêcher de rien si c'est pour le bien des autres.

Tu poses ta tasse sur la table, juste à côté de Bambi. Ta présence est menaçante, tu le sais. Ce n'est rien qu'une mise en garde. Tu te trouves plutôt juste parce que tu as toujours mis tout le monde en garde. Ce n'est pas de ta faute s'ils ne savent pas tous comprendre.

Puis tu avances vers un placard, sans hésiter. Tu lèves ton bras trop maigre pour l'ouvrir et tu en tires un petit sachet de papier blanc, sur lequel est grossièrement écrit, d'une main d'enfant, le mot farine. Tu échanges, entre tes mains, le sachet contre ta tasse de thé à la menthe.

Et ton regard, de nouveau fixe sur la jeune fille. Pas un cil que tu ne maitrises pas. Tu te permets un semblant de tendresse calculé comme tout le reste, comme chacun de tes mouvements, de tes mots, de tes actions. « Frotte ton tissu avec de la farine, ça devrait assécher ta tâche. Tu n'auras qu'à essuyer un peu une fois que ça sera sec. » C'est simple. C'est idiot comme technique. Mais ça marche. Alors toi aussi, tu lui donnes un secret inutile.

Tu voudrais avoir quelque chose d'un peu mieux à offrir, pour avoir quelque chose d'un peu mieux en retour. Mais après tout, c'est ce dont elle a besoin en ce moment. Alors ça devrait faire l'affaire.

Et puis, il y a ce petit quelque chose qui te retient les mots dans la gorge avant même qu'ils soient tout à fait formés. Ses sourires qu'elle te donne, et puis cette infusion à la menthe qui demandait rien en retour qui t'ôtent l'envie de trop en vouloir.

C'est bizarre, cette sensation. C'est comme ci tu voulais lui laisser une toute petite marge de liberté, comme lui accrocher au cou un ou deux fils de moins que les autres. Comme pour la remercier de cette infusion à la menthe.

Et peut-être aussi parce qu'avec une enfant comme Bambi, ce n'est pas vraiment nécessaire. Parce que Bambi c'est le genre d'enfant qui ne voit le noir dans ton Coeur, le genre d'enfant qui t'aiderait si tu lui disais que tu en avais besoin.

« Tu n'aurais pas quelque chose à manger, Bambi, s'il te plait ? » Ton ton est doucereux, mielleux. Calculateur pour qui sait s'en rendre compte, pour qui oserait le dire à voix haute. Peu de gens en somme.

Tu n'as pas faim à vrai dire. Mais tu espères qu'à te voir manger quelque chose. Elle t'accompagnera. Qu'elle n'osera pas refuser de t'accompagner, qu'elle n'osera pas te dire non si tu lui dis de manger aussi. Au pire, un regard noir, un ordre accompagné d'un sourire un peu grinçant. Voler de la pâleur de ses joues.
Revenir en haut Aller en bas
Bambi
avatar

★ Mère Apprentie des Chasseurs ★


✘ AVENTURES : 117
✘ SURNOM : La Cascade
✘ AGE DU PERSO : Seize ans

✘ LIENS : and before you know it, you're walking on air

MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Lun 27 Juil 2015 - 17:40

Elle prend conscience d'être en train de marcher sur des œufs. D'être à deux doigts de faire une bêtise, vraiment. Elle s'en rend compte devant ce rictus là. Mi-aimable, mi-menaçant. Il suffirait que quelques mots glissent, quelques mots de trop, et il saurait tout. Elle ne sait pas encore ce qu'elle a de si grave à cacher. Mais lui, il le saurait.
Elle lui lance un sourire fissuré.

« J'ai pas de secret. »

D'une certaine manière, ça sonne comme une question. Indécise : j'ai pas de secret, pas vrai ? Elle n'est même pas sûre de ça. Elle tend une main tremblante pour récupérer la farine, murmure un vague merci qui vient se perdre derrière un rideau de cheveux. Trêve. Maison. Instinctivement elle se cache derrière ces mèches blondes comme derrière un bouclier. Est-ce que ça marche vraiment, son truc avec la farine ? Est-ce qu'il a déjà essayé ? L'idée que Bow se soit déjà retrouvé dans une situation pareille, à devoir frotter des taches de gras, lui semble parfaitement incongrue. Mais elle est bien trop mal pour rire.

Tu n'aurais pas quelque chose à manger, Bambi, s'il te plaît ?

Quelque chose à manger.
Entre deux mèches, elle le dévisage avec de grands yeux. Regarde son corps trop maigre et ses joues émaciées, tente de déceler quelque chose dans ce regard. Elle est incapable de le lire, il faut croire. Elle ouvre la bouche comme pour poser une question, et puis se ravise. Qu'est-ce qu'elle pourrait dire ? Et puis, c'est une requête normale, pas vrai ? Elle est mère. Il est chef. Et il a faim.

« Bien sûr », qu'elle bafouille.

Et puis elle se retourne vers les placards comme si elle les voyait pour la première fois. Jette un regard frénétique à droite et à gauche. Il y a bien des restes froids du repas du soir. Du pain. Des biscuits au fond d'un placard. Quelques fruits. Devant l'étalage de choix, elle se sent prise de vertiges. Comme si ce qu'elle allait proposer à Bow déterminait ce qu'elle était, elle. Pendant quelques secondes, elle affronte les aliments du regard comme si chacun d'entre eux l'avait personnellement offensé. Et puis sa main se tend vers une poire très verte. Et avant d'avoir pu changer d'avis, elle la présente à Bow.

« Tu veux euh... tu veux ça ? Sinon si tu préfères je peux te faire un truc chaud. Comme, comme. » regard furtif autour d'elle. « une omelette ? »

L'idée tombe du ciel. Une omelette, c'est à peu près tout ce qu'elle est capable de cuisiner. A vrai dire, elle ne sait même pas pourquoi elle a dit ça. Rien que l'idée de manger des œufs lui soulève le cœur. Elle hausse les épaules, feignant une certaine nonchalance, comme si ça n'avait pas d'importance. Comme si son ventre était pas en train de faire des cabrioles à l'idée de dire une bêtise et passer pour une idiote.
Elle hésite.

« Dis Bow. » les cheveux dégagent, et elle le fixe vraiment. Doucement. « T'en fais quoi, des secrets des gens ? »






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bow
avatar

Invité



MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Mer 29 Juil 2015 - 11:54

« Une poire, c'est très bien. »

Tu tends le bras pour l'attraper. Dans un tiroir, sans chercher trop longtemps, tu trouves un couteau. Et tu t'assois à la table, en tirant une chaise du pied. Tes deux mains sont prises, la gauche par la poire, la droite par le couteau. Tu t'essuies le front du revers de la main et puis tu te concentres. La poire n'est pas assez mûre, mais tu ne dis rien. Ça sera plus consistant. Ça donnera l'impression d'avoir un peu plus mangé, rien qu'un peu. Tu poses le couteau sur la hanche courbe du fruit trop ferme, et tu l'épluches avec douceur, sans précipitation. A te précipiter tu tremblerais encore. Il ne faut pas trembler devant les enfants perdus. Tes nerfs sont des lâches, mais eux aussi, tu te dois de les contrôler. Tu écorches la pore à vif, parfaitement, comme si tu n'avais fait que ça de ta vie toute entière. Et petit à petit, tu la tournes, dans la paume de ta main, pour en attaquer les autres pans.

La peau tombe sur la table dans un dérisoire bruit d'abandon. Quelque chose qui n'est même pas assez fort pour résonner.

Ensuite, tu la coupes en quartier, et tu ôtes le trognon. Quatre quartier. Sans rien dire, sans répondre à Bambi – tu aimes bien le silence, tu ne trouves pas cela inconfortable – tu en manges un premier. Bouchée après bouchée. Quatre fois, tu mords dans le fruit, après il n'y a plus rien. Tu regardes tes doigts, un peu collants. Tu t'essuieras après. Tu relèves les yeux vers ceux de Bambi, vers sa barrière de cheveux plutôt, qui cachent son visage;sûrement ainsi se protège-t-elle de toi.

Le second quartier tu le poses devant elle d'un geste beaucoup trop lent. Tu ne lui dis pas c'est pour toi, parce que ton mouvement parle pour dire ce que tu as à dire. Tu ne lui laisses pas le temps de protester, elle le fera plus tard si elle le souhaite.

« Te dire ce que j'en fais, ce serait assassiner le mien, tu ne crois pas ? » Quelque chose comme ça, oui, comme se trahir soi-même. Alors qu'il y en a déjà bien assez qui cherchent à te trahir, Bow. « Je les garde dans mes poches pour les dévorer la nuit », tu dis, avec un rire, un rire qui s'élève trop fort pour être naturel. Un rire atroce, hideux, pour faire croire que ce n'est pas la vérité. Ce n'est pas tout à fait la vérité, mais c'est certainement ce que tu pourras dire qui s'en approche le plus. Ce n'est pas toi qui dévores les secrets la nuit, ce sont les secrets qui toi te dévorent.

« Je m'en sers pour veiller à la sécurité du camp. A la sécurité de chaque enfant perdu. Je veille sur vous tous car c'est ce que je sais le mieux faire. Avoir au creux de ma poitrine quelques uns de vos secrets – tous, en réalité – me permet de mieux vous protéger. » Tu te prends pour le Léviathan, dans cet arbre aux branches tordues.

Tu aurais encore mille réponses à donner, toutes aussi vraies que fausses, et le contraire aussi. Ce que tu en fais ? Tu les collectionnes, sûrement. Tu veilles sur eux. Tu t'assures qu'ils soient jugés à leur juste valeur. Tu aimes bien les secrets. C'est vivant un secret, parfois plus qu'un enfant perdu. « Qu'en ferais-tu, toi, Bambi, si tu avais sous ton manteau des milliers de secrets ? »
Revenir en haut Aller en bas
Bambi
avatar

★ Mère Apprentie des Chasseurs ★


✘ AVENTURES : 117
✘ SURNOM : La Cascade
✘ AGE DU PERSO : Seize ans

✘ LIENS : and before you know it, you're walking on air

MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Sam 1 Aoû 2015 - 19:10

Elle regarde Bow peler sa poire avec des yeux ronds. Comme si il effectuait un complexe tour de magie. Elle a perdu l'habitude des gestes précis, soignés. Ici, la plupart des enfants n'ont jamais eu ces réflexes. Ils mordent dans les fruits et laissent le jus couler sur leur menton, ne se soucient pas de faire des miettes ou d'avoir de la sauce au coin des lèvres. Elle les envie un peu. Ils en ont rien à foutre, eux, de ce que les gens pensent. Assise sur un coin de table, elle regarde les mains trop maigres de Bow faire tourner le fruit sous la lame du couteau. Puis le dévisage alors qu'il mord dans son quartier, lentement. Sans le vouloir, elle se sent saliver. Ne peut pas s’empêcher d'imaginer le goût de la poire sur sa langue. Alors quand le diplomate pose devant elle ce deuxième quartier, elle faiblit. Ça ne peut pas faire de mal, pas vrai ? C'est qu'un fruit. C'est bon pour la santé. Et elle ne peut pas refuser, de toutes façons. Pas avec ce regard qui pèse sur elle.
Sa main se tend vers le quartier, et puis elle se retrouve à mordre le fruit du bout des dents. Laisse fondre le morceau sur sa langue et ferme les yeux comme pour plus apprécier le goût. C'est ce qu'elle a appris à faire. A chaque fois qu'elle s'autorisait une friandise, en cachette, comme le plus grand des crimes. Tenter de garder le goût en bouche le plus longtemps possible comme pour l'ancrer dans son palais.
Ces accès de faiblesses s'étaient raréfiés. Et puis un jour, elle n'en fit plus du tout.

Elle rouvre les yeux. Et puis mâche, avale, et recommence jusqu'à finir le quartier. Ce n'est pas si mal. La poire n'est pas très mûre, on sent peu le sucre. Elle s'autorise un rire timide pour accompagner celui de Bow, à sa remarque. Dévoreur de secrets. Y a combien de calories, dans un secret, tiens ?
La sécurité, hein. En entendant ça, Bambi ne se sent étrangement pas en sécurité. Comme si elle ne voyait pas bien ce que les secrets de chacun venaient faire là dedans. Distraitement, elle vient poser ses doigts poisseux de jus sur ses lèvres. Elle réfléchit.

« Je ne sais pas... Je pense pas que je serais capable de tout garder pour moi.»

Rien que l'idée la fait frissonner. L'idée qu'on lui confie quoi que ce soit, en fait. Elle ne saurait pas quoi en faire. Trop de secrets, elle finirait surement par imploser.

« De toutes façons je n'aime pas connaître les secrets des autres. Ni dire les miens. Il faut vraiment ... » elle respire par le nez. « Il faut vraiment faire confiance. »

Elle sent que le rouge lui monte aux joues comme si elle venait d'accuser Bow de quelque chose de terrible. Elle n'a pas confiance. C'est normal, non ? Ils se connaissent pas, après tout. Il y a peu de gens qui sont au courant de ses secrets. Il y a bien Laila, mais Laila, ça ne compte pas. Elle était là avant.

« C'est comme une sorte d’impôt, en fait ? Des secrets contre ta protection ? » elle sent comme une ombre de sourire hésiter sur ses lèvres. « Mais on a pas vraiment le choix, pas vrai ? »

Elle doit être écarlate. Mais elle lève la tête et réussit à le dévisager. Avec une sorte de curiosité, un peu malsaine, c'est vrai.

« Est-ce que tu dis tout à Peter ? Ou même lui, il y a des choses qu'il ne sait pas ? »






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bow
avatar

Invité



MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Ven 13 Nov 2015 - 15:03

Tu te dis en silence qu'elle est minuscule, Bambi. C'est même pas juste une biche, c'est rien de plus qu'un faon pas fini, qu'aurait comme oublié de grandir. Et toi, toi tu n'es rien d'autre que le terrible chasseur, celui qui fait peur aux enfants. Parce qu'il est trop laid, parce qu'il est méchant, parce qu'il boite. Mais tu ne lui feras rien à Bambi. Pas ce soir en tout cas. Parce que c'est une proie trop facile, parce qu'il n'y a pas de jeu. Et tu es un maestro, toi, pas un petit participant de pacotille. Tu prépares tous tes coups à l'avance, tu réfléchis, tu tires les ficelles. Quand c'est intéressant, tu y mets tout ton cœur. Ici, il n'y a pas d'enjeu. Pas d'amusement. Pas de jouissance. Un peu de dégoût, peut-être. Rien de plus. Tu ne désires pas te salir les mains dans cette affaire. Elle a un tendre visage et peut être un tendre cœur, après tout, Bambi. Elle mérite mieux que tes grandes mains tordues pour étrangler ses rêves. Plus tard, peut-être plus tard. Il faut laisser un peu de temps, pour que la viande ait meilleur goût.

Tu voudrais te rapprocher pour toucher les cheveux de Bambi, les épaules de Bambi, les joues de Bambi. Elle a l'air si irréelle, vue de ta chaise. Ça ne peut pas exister, quelqu'un avec l'âme aussi pure, dans un monde aussi violent. Mais tu restes immobiles. Juste, tu gardes les yeux fixés sur elle. Tu te moques bien que ça la mette mal à l'aise. Elle te met mal à l'aise aussi, cette gamine, avec ses petits airs angéliques. Au sens le plus pur du terme.

« C'est bizarre, la confiance, Bambi. Ce n'est pas n'importe quoi, et en même temps ce n'est rien du tout. On ne sait pas, on ne sait jamais à qui l'on peut l'accorder, sa confiance. Tu sais, des fois, il vaut mieux l'accorder à son pire ennemi qu'à son meilleur ami. » Tu crachotes un instant (pour toi c'est comme un rire). Qui donc, pour jouer le rôle du meilleur ami de Bow, enfin ? « La confiance, ce n'est pas accepter de tout perdre pour ne pas trahir un secret. C'est n'avoir rien à gagner même en le trahissant. Ce n'est pas une affaire de sentiment, c'est une affaire de calcul. »

C'est pour cela que tu peux faire confiance, parfois, Bow. Oh, une confiance limitée, bien sûr, maîtrisée. Incertaine. Mais un semblant de confiance tout de même. S'il ne s'était agi que de sentiment, tu n'aurais pas su comment faire, n'est-ce pas ?

Un instant, tu penses à tous les enfants sur l'arbre, à ce que tu leur dois, sincèrement, à ce qu'eux te doivent – rien. « Pas le choix, j'imagine... Certains n'acceptent pas, mais c'est ainsi, c'est ainsi que va le monde. Ils sont là depuis trop peu de temps, ceux qui refusent, ils ne peuvent, ou ne veulent pas comprendre. Tout ce système, tout cela existait bien avant leur arrivée. » Un silence, comme si tu doutais toi même de ce jeu dans lequel tu tiens une place que tu ne comprends pas. « Il y a un maître du jeu, Peter. Le roi blanc, pourrions-nous dire. En face le roi noir, Hook. Mettons Fang, en cavalier. Mirka en reine. Je te laisse choisir la tour. Imaginons que moi, je suis le fou. »

Tu manges un autre quartier de poire, le dernier.

« Tu sais jouer aux échecs, Bambi ? »

Avec ton couteau, tu racles les épluchures, pour ne rien perdre de la chaire juteuse. Un faux mouvement, une coupure sur le doigt. Un peu de sang. Tu ne le remarques pas.

« Les autres enfants, ce sont les pions. Il y a plusieurs manières de jouer aux échecs. Disons, simplement, qu'il y a ceux qui pensent que les pions ont une utilité, et ceux qui croient qu'ils sont là pour être sacrifiés. Je ne suis pas de ceux-là. Je crois que chaque pion peut permettre la victoire. Mais qui donc écouterait le fou ? » Tu ne le dis pas, elle ne le dit pas, mais entre vous deux, le mot personne résonne. « Alors le fou doit établir sa propre tactique. Je ne veux que la victoire du roi blanc, Bambi. Je ne suis pas gentil, je ne souhaite pas la survie de tous les pions pour répondre à de quelconques valeurs éthiques. Loin de là. Mais je ne souhaite pas non plus les sacrifier gratuitement. »

Une image, étrange. Celles d'enfants qu'on envoie mourir, qu'on lance sur le champ de bataille, pour les faire mourir. Gratuitement. Tu clignes des yeux. L'image disparaît, comme si elle n'avait jamais été là.

« Chaque mouvement doit avoir son utilité. Sinon, tu sais ce qu'il se passe n'est-ce pas ? »

Le roi se retrouve seul, n'a plus la moindre barrière pour être défendu. La tour tente le tout pour le tout, le cavalier, idiotement téméraire, se sacrifie sans que cela ne change rien. Le fou s'arrange pour prendre la fuite. Le roi se retrouve seul.

Échec et mat.

« Non, je ne dis pas tout à Peter. Il est trop instable, Peter. C'est un enfant. Il pense au coup présent, pas aux coups qui vont suivre. Je suis là pour l'aider. Parfois, cela demande un peu de silence. Je suis plutôt doué pour me taire. Ça doit être pour cela que je suis devenu Chambellan. J'imagine. » Un picotement au niveau du doigt. Tu baisses les yeux. Une étrange coulure rouge. Du sang, encore du sang. « Tu voudrais apprendre à jouer aux échecs, Bambi ? »
Revenir en haut Aller en bas
Bambi
avatar

★ Mère Apprentie des Chasseurs ★


✘ AVENTURES : 117
✘ SURNOM : La Cascade
✘ AGE DU PERSO : Seize ans

✘ LIENS : and before you know it, you're walking on air

MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Lun 21 Déc 2015 - 19:29


Elle écoute avec attention, peut-être presque plus à l'aise. Il a pas une belle voix, Bow, en soi, mais il a une voix qu'on a envie d'écouter. Quelque chose dans le ton qui happe, qui fait que chaque mot prend une importance qu'il ne devrait pas avoir. Bambi n'a pas ce genre d'éloquence. Elle a une voix trop fluette qui la fait se sentir minuscule. Et même quand elle crie on ne l'entend jamais.
Elle écoute ce qu'il dit et elle pense à Peter. Peter l'enfant, l'instable, Peter le roi.

Tu sais jouer aux échecs, Bambi?

Et elle le sent qui tire, le sale petit sourire au coin de ses lèvres. Si elle sait jouer aux échecs ! Il ne doit pas imaginer, en fait, le chambellan, qu'elle sait jouer aux échecs, la blonde. Elle sait. Elle a appris, y a un temps. Juste avant que tout devienne bizarre, que son corps devienne trop grand, trop gênant. Juste avant que son père ne se perde ailleurs, en la laissant sans autre partenaire que l'intelligence artificielle de l'ordinateur. Elle sait. Que chaque coup a son importance, qu'il faut toujours prévoir cinq, dix tours en avance, qu'il faut sacrifier ce qu'il faut.

Les échecs, le calcul. Vu comme ça, Bow semble presque compréhensible. Bambi a beaucoup moins peur de ce qu'elle comprend.

« Tu t'es coupé avec le couteau. »

Un petit moment d'absence. Elle n'a pas répondu à Bow, elle gagne du temps en se concentrant sur autre chose. Elle réfléchit. Sans y penser, elle se mordille là lèvre inférieure, tend la main pour prendre celle du diplomate et l'examiner avec délicatesse. C'est rien, cette coupure. Ça saigne à peine, et Bambi en a vu, du sang, depuis son arrivée. Mais elle fait mine de s'inquiéter. Elle réfléchit.
Et finit par le relâcher, lui lance un sourire lumineux. Battement de cils et bouche en cœur. Bambi joue à l'idiote.

« J'adorerais que tu m'apprennes ! »

Elle y a mis le ton et l'accent, dans cette exclamation d'écervelée. On entendrait presque sonner les accents circonflexes. Et elle s'étonne d'y arriver. Quoique, ce n'est pas un si gros mensonge. Ça pourrait être amusant, de jouer avec Bow, n'est-ce-pas ? Il n'a pas besoin de savoir, qu'elle sait. Elle a toutes les excuses pour perdre. D'un geste, ses cheveux reviennent tout cacher, elle souffle, avec une pointe de gêne.

« Enfin, je voudrais pas te déranger. »

Non, elle ne se voit pas débarquer la bouche en cœur dans la cabane des diplomates, exposée à tous les regards, à ceux des enfants, à ceux de leur mère, lorsqu'elle viendrait le voir. Ni s'exposer aux rumeurs, ce que diraient les chasseurs, ce que dirait son chef à elle. Bambi joue aux échecs avec Bow.
Ah !
N'importe quoi.

Elle pivote, d'un coup, et en deux pas flottants a rejoint l’entrebâillement de la porte de la cabane. On voit bien les étoiles. C'est ce qui est le mieux, sur l'île, les étoiles, elle décide. Et sans bien savoir pourquoi, elle déclare.

« C'est une autre astuce, pour s'endormir, de compter les étoiles. En ville, on les voyait pas, à cause des lumières. Depuis que je suis là je me demande si c'est les mêmes étoiles, qu'on voit ici. On dirait qu'il y en a plus. »






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
L'Ombre
avatar



✘ AVENTURES : 1603

MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   Lun 25 Avr 2016 - 19:04

The End


Il est bien des sujets qui intéressent fort Bow,
Hélas les étoiles ne font pas partie du lot.


FIN DE L'AVENTURE




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://neverneverland.forumactif.org
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Vertigo ☀ Bow   

Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» choix de cannes
» Soeur Nami petite moniale des vertigo

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Le Grand Arbre :: Les Cabanes dans les Branches-